LXXXIV
Réponse de M. de Montigny, du 30 octobre 1768.
Je présume, M., par votre lettre du 25 de ce mois, que je me suis mal expliqué vis-à-vis de vous par ma dernière lettre. Je conçois le mal que peuvent faire les ordonnances de police particulières rendues dans l'intention de faire garnir les marchés, mais qui, dans le fait, les empêchent d'être garnis. Mais c'est un mal auquel il est difficile de porter remède dans le moment présent et qu'il vaut peut-être mieux tolérer et paraître ignorer que de révolter les esprits par une conduite toute opposée, à laquelle on pourrait éprouver des obstacles sans nombre et qui pourraient faire beaucoup de mal. Il suffit que ceux qui sont chargés de l'administration n'autorisent pas cette conduite en ayant l'air de l'approuver et en se conduisant de même. Mais, outre ces ordonnances, il est encore bien des obstacles de détail et des oppositions de la part de la populace au transport des grains, souvent achetés dans d'autres provinces. Ce sont ces attroupements, qui ne peuvent être fondés sur aucuns règlements, que la maréchaussée peut et doit dissiper ; sans cela, il n'est pas sûr que la disette ne se fasse pas sentir dans un lieu proche de celui où sera l'abondance. Je ne doute pas que vous ne donniez toute votre attention à faire dissiper tous ces mouvements populaires. Cependant vous savez qu'il a été arrêté à Romorantin des grains destinés à Orléans, et, en dernier lieu, des femmes ont arrêté un voiturier qui venait pour porter ici des grains qu'il avait tirés de l'Auvergne. C'est cette liberté de circulation qui
demande de votre part la plus grande fermeté. M. le Contrôleur Général a écrit en dernier lieu à votre subdélégué de Montargis pour protéger ce passage. C'est dans ces occasions que la maréchaussée doit agir ; c'est le cas où les troupes mêmes ne doivent pas refuser le service, et, si vous avez besoin d'y être autorisé, vous le serez sûrement. Si vous connaissez quelques séditieux plus coupables que les autres et qui se soient fait remarquer dans ces émeutes, ayez la bonté de me mander leur nom et leur demeure, et je demanderai à M. de Saint-Florentin des ordres pour les faire enlever chez eux et les faire mettre en prison (1). Un exemple ou deux de cette nature calmeront tout cet emportement déraisonnable, et la liberté des transports établira l'abondance. Vous connaissez, etc.