LXXXVI
Lettre du Subdélégué de Montargis à M. de Cypierre, du ^7 octobre il 68.
M. — L'ordonnance des officiers de police, du 11 de ce mois, à l'occasion du commerce des blés, a fait sensation sur le peuple, qui, depuis ce temps, veille avec zèle à ce qu'il ne soit enlevé aucuns grains, au préjudice de cette ordonnance. 11 a, le 23 de ce mois, à deux heures du matin, arrêté Une voiture de blé qu'il a soupçonné avoir été enlevée dans des granges voisines par des marchands de cette ville. Le conducteur de ce ble, conduit par ce peuple chez les officiers de pohce, a donné lieu, par ses variations aux questions qui lui ont été faites de la part de ces officiers, à la saisie de son grain, et le lendemain 24. au siège extraordinaire de pohce qui a été tenu à ce sujet, il a été ordonné, sur les conclusions du ministère public, que ce blé serait déposé au minage pour être vendu au prochain marché et le prix déposé au greffe jusqu'à ce qu'il ait été justifié d'où provenait ce blé, et ce de son consentement ; il en a été vendu partie au marché d'hier. Le public, en très grand nombre à cette audience, n'a pas été satisfait de ce jugement. Il aurait désiré que le blé eût été saisi à son profit. Cependant, quoiqu'il y ait eu beaucoup de murmure, le tout s'est bien passé, et cet attroupement a été satisfait des raisons des officiers de pohce, encore bien qu'ils leur {sic) aient fait défense de s'attrouper à l'avenir et d'arrêter aucunes voitures comme ils l'ont fait. Ce qui excite le peuple, c'est qu'il n'y a qu'une voix pour dire que tous les blés des environs ont été arrhes
et achetés ou sur pied ou dans les granges. Ce particulier, sur qui s'est faite la saisie, s'est transporté, après le jugement, à Fontainebleau pour y demander des ordres et en est revenu hier, et m'est venu dire que M. de Montigny lui avait dit qu'à son arrivée ici, j'aurais des ordres à son sujet ; mais je n'en ai reçu aucun. Je suis, etc. . .