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INDUSTRIE DU BOIS

Tous les bois coupés au Gabon ne sont pas exportés en nature.

Sitôt après la guerre, les besoins immédiats du Gabon et des colonies voisines ont incité quelques exploitants à aborder le problème du débitage des bois sur place.

C'est ainsi qu'est née au Gabon l'industrie du bois. Elle y est appelée à un grand développement, si l'on considère l'utilisation possible de cette matière première dans la fabrication des meubles, dans les constructions, dans les travaux publics, pour le chauffage des bateaux, des machines à vapeur, et enfin la fabrication de la pâte à papier.

Scieries mécaniques. A la suite des premiers essais tentés en utilisant la scie à main, on a conclu à la possibilité d'établir des scieries mécaniques à vapeur. C'est ainsi qu'il existe, à Port-Gentil même, la scierie Broèt. A N'Gomo la scierie de la mission protestante. Dans les grands lacs à N'Jégoué, la scierie Gillet, A Libreville, la scierie C. C. A. E. F. (Compagnie commerciale de l'A. E. F.).

Certes, les difficultés auxquelles se sont heurtées ces entreprises sont grandes. Il leur a fallu étudier et réaliser,

avec un personnel inexpérimenté, la technique du sciage mécanique des diverses essences de bois utilisables.

La contexture molléculaire inconnue, de la plupart des essences, rendait difficile l'utilisation d'un outillage non approprié. Après maintes expériences, on est arrivé à mettre les choses à peu près au point en adaptant l'outil à la matière.

Nous avons eu l'occasion de constater de visu, que le débitage des bois pour meubles, charpente, parquets, traverses de chemins de fer, est entré dans le domaine de la réalisation pratique, et nous sommes persuadés qu'un jour viendra où, dans la Métropole, on utilisera couramment les bois coloniaux en remplacement des bois étrangers.

Nous avons lu, au cours de notre traversée, qu'un de nos éminents ministres avait eu l'ambition de devenir le Ministre du « bon pain ». Le même jour nous lisions un article fort documenté sur l'utilisation des bois coloniaux et l'auteur M. Georges Delamare affirmait avec une grande logique, que le Ministre, qui ferait sienne l'irritante qu tion du bois colonial, serait pour la génération à venir un nouveau Sully.

()ue de journaux à court de copie, de conférenciers sans sujet d'actualité, que de cinémas réduits à des films bien souvent immoraux ou sans intérêt, pourraient trouver dans la question des bois coloniaux Le sujet de reportages, de conférences et de sources de profits, en envoyant parmi nos colons, des rédacteurs, des correspondants, des techniciens pour se documenter ! ils pourraient alors intéresser leur public, l'instruire et coopérer à une œuvre d'utilité nationale.

Nous prenons la liberté de reproduire ici et dans sou entier, le magistral article de M. Georges Delamare paru dans la Kevuc Coloniale. Que M. Gillet nous pardonne de mettre ainsi sa modestie à l'épreuve mais il nous excusera de lefaireà cause de L'intérêt général.

POUR L'UTILISATION DES BOIS COLONIAUX Par G. Delamare.

Nous avons, dans notre premier article, mentionné l'excellente initiative de la ville de Paris touchant l'utilisation du bois de provenance coloniale clans les travaux de pavage des rues. Nous disions que les neuf dixièmes des matériaux étant fournis par les pins landais, l'Administration, en toutétatde cause, ne pouvait rechercher le bois colonial — spécialement le bois africain — que jusqu'à concurrence du dixième manquant. Ajoutons aujourd'hui que la superficie pavable en bois est, à Paris, de 2.462.5oo mètres carrés. Par conséquent, si les expériences entreprises sur les essences africaines, Avodiré, Bahîa, Iroko, sont couronnées de succès, la ville de Paris aura besoin d'acquérir assez de bois colonial pour assurer le pavage de 246. i5o mètres carrés, soit environ 49.23o mètres cubes. Cette quantité, encore qu'elle ne soit point considérable, viendra grever notre budget d'importations si les bois employés sont de provenance étrangère ; si nous l'empruntons à nos forcis métropolitaines, elle concourra fâcheusement au déboisement national, lequel n'est déjà que trop accéléré.

Il apparaît donc comme une nécessité véritable de faire usage du bois africain pour compléter le pavage de. Paris, à supposer, bien entendu, que les essences actuellement à l'examen soient reconnues satisfaisantes.

Néanmoins cette question tend à perdre de son importance, étant donné que le pavage en bois ne semble pas devoir se généraliser. C'est en effet un procédé coûteux, qui nécessite un travail préparatoire très spécial du sol, sans donner des résultats dont on ait lieu d'être satisfait. En raison de son usure relativement rapide, on envisage, sinon l'abandon du pavage en bois, tout au moins sa limi-

tation à quelques grandes artères, ce qui revient à dire que la ville de Paris ne saurait devenir, même avec le temps, une grosse consommatrice de bois colonial.

Mais, il n'en est pas ainsi de l'industrie qui, plus que jamais, exige d'immenses approvisionnements de bois. D'une part, nous voyons l'ébénisterie, soucieuse de redevenir un art, ressusciter par d'heureuses associations le» marqueteries d'autrefois ; d'autre part, le bâtiment, les compagnies de chemin de fer, la marine, les houillères et combien d'autres ne peuvent exister sans les bois d'oeuvre. Pour ce qui concerne les bois précieux, l'ébénisterie sait fort bien que notre domaine colonial en est le plus riche pourvoyeur ; elle sait que, dans l'Afrique française, se trouvent l'Acajou, l'Oréré, l'Ogéminia, l'Isombé, quantité d'essences remarquables, soyeuses au toucher, plaisantes à la vue : elle ne réclame donc qu'un peu d'organisation et se déclare au plus haut point favorable à l'emploi des bois coloniaux... Y a-t-il là de quoi chanter victoire ? Pour le déterminer, il suffit d'étudier brièvement de quelle manière on procède pour fournir à l'ébénisterie les bois sans défauts qui lui sont nécessaires.

Bois de Luxe. — Supposons que l'ébéniste ait besoin d'une bille d'acajou pour réaliser tel meuble qu'il se propose de créer ; il lui faut évidemment un bois qui soit une trouvaille. Or, la forêt africaine a beau être luxuriante et riche, ses arbres ne sont pas tous dignes de se muer en meubles gracieux et quelques recherches, souvent fort longues, sont indispensables. Le malheur, c'est justement que ces recherches consistent à jeter bas un grand nombre d'arbres avant de découvrir l'heureux élu, de sorte que l'obtention de la bille d'acajou susdite a coûté la vie à maints acajous de valeur secondaire qui, désormais, pourriront sur le sol sans utilité ni profit.

Il convient donc qu'une liaison s'établisse entre les

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justes exigences de l'ébéniste et les besoins du charpentier, entre la recherche des bois rares et l'abatage des bois d'œuvre. Grâce à un triage préalable des arbres jetés bas en vue de leur utilisation sous formes d'échafaudages, d'estacades, de traverses de chemins de fer etc., on parviendra aisément à distraire ceux qui, par leur belle qualité, pourront être jugés dignes d'un plus haut destin.

Qu'un expert en bois précieux soit adjoint à toute une équipe de scieurs, il n'en faut pas plus pour procéder à un judicieux départ entre les bois communs, et les bois exceptionnels, tandis que des actions séparées ne réussissent qu'à engendrer, là comme en toutes choses, le gaspillage et la confusion.

Bois d'œuvre. — La consommation annuelle de la France en bois d'œuvre est d'environ douze millions de mètres cubes, sur lesquels la France elle-même en fournit quatre. 11 lui faut donc chercher ailleurs que chez elle les huit millions de mètres cubes de bois qui lui manquent.

Rien qu'en sapin du nord, sapin Scandinave, propre à tous les usages, facile à travailler, populaire en un mot, la France a importé, en 1921, 442.200 tonnes. Il convient d'ajouter à ce chiffre 178.470 tonnes de sapin allemand, au total 620.670 tonnes. Si nous étions de bons administrateurs et des organisateurs actifs, nous irions chercher dans nos possessions d'Afrique, à nos portes, ce bois qui nous est facturé si cher par des acrobates du change. Si nous étions aussi prévoyants dans l'utilisation de nos colonies que nous avons été vaillants à les conquérir, nous ne serions pas acheteurs de bois ; nous en serions vendeurs et le monde entier nous en demanderait.

Mais nous objectera-t-on, ce bois colonial que vous défendez si fort, a-t-il bien toutes les qualités que les bois de Suède nous offrent ?

À cette question, réponse a déjà été faite par M. Gonnot, ainsi que l'a montré notre premier article. Toutefois, descendons au fond de la question et prenons en main le travail accompli par M. E. Gillet relativement à l'équivalence des bois d'Afrique comparés aux bois du Nord. Nous y lisons qu'au seul Gabon, où sont situées les exploitations forestières de M. Gillet, l'okoumé rose et l'okoumé rouge, l'un et l'autre très abondants, sont indiqués comme les équivalents du peuplier et du sapin de Suède, le premier pour les travaux intérieurs de faible résistance, le second pour menuiserie, carrosserie, construction de navires et de wagons.

Ceci est connu ou, du moins, devrait l'être. Pourquoi le bois colonial n'est-il pas vigoureusement exploité au profit de la Métropole ? Pourquoi continuons-nous à solliciter le concours des bois du Nord, exactement comme si nous étions privés de colonies?

C'est ce que nous allons tenter de dire.

Ce qu il faudrait faire. — Chaque fois que de grands travaux d'Etat sont projetés : constructions d'édifices, palais nationaux ou simples casernes, les architectes établissent un cahier des charges. Ce cahier des charges prévoit que, dans la construction, tels matériaux seront employés à l'exclusion de tous autres, et c'est ainsi, par exemple, que certains ouvrages doivent être obligatoirement traités en sapin du Nord, en chêne de Bourgogne, en chêne de Hongrie, etc. Pour favoriser l'admission du bois colonial dans les travaux d'Etat, il importe donc que les architectes officiels soient minutieusement documentés sur la valeur, les propriétés, la résistance, la teinte de chaque espèce, afin que, bien renseignés, ayant vu et touché le bois dont il s'agit, ils inscrivent dans le cahierdes charges des dispositions dans ce genre :

« Les revêtements extérieurs seront enLUlingaduGabon ;

EXPLOITATION FOKK.STIKHL

la menuiserie intérieure sera traitée en Evino du Gabon et ainsi de suite.

Il faut bien croire que ce procédé n'est pas si mauvais, puisque lorsque les Américains voulurent introduire leur pitchpin dans le domaine commercial, où il était parfaitement inconnu, commencèrent par se munir d'échantillons avec toules indications de densité, mesure, etc., et s'en vinrent faire l'article aux architectes et aux entrepreneurs. Le résultat fut qu'ils prirent des commandes et aujourd'hui le pitchpin est d'emploi courant.

Est-ce que les Pouvoirs Publics, en France, ont essayé quelque chose de semblable ?

On aurait tort de croire que l'industrie privée méprise le bois colonial. A la vérité, elle l'ignore. Quand on entretient un industriel de nos ressources forestières aux "colonies, quand on l'engage à faire essai du bois colonial, il répond : « Comment est-il ce bois ? Comment le travaille-t-on ? Quel est son aspect ? » Et, parce qu'il est pressé, il parle d'autre chose.

Les Allemands, avant la guerre — sans doute le font-il encore — rassemblaient avec méthode des bois coloniaux dûment choisis par des équipes spéciales. Ils les entreposaient à Hambourg, puis ils envoyaient des agents un peu partout, avec mission de vendre des boiseries pour intérieurs et, particulièrement, pour magasins. Tout Nancy est aménagé de la sorte. Ces agents faisaient de bonnes affaires : ils vendaient aux Français du bois poussé dans les colonies françaises, aux frais des Français, avec de sérieux bénéfices pour les Allemands. C'était du négoce, du commerce, de l'activité, du travail, enfin...

Est-ce que les Pouvoirs Publics, en France, ont tenté quelque chose de pareil ?

Ah ! certes, il y a beaucoup, il y a énormément à faire ! Mais qu'on ne prétende pas que les dirigeants d'un grand

peuple sont dans l'impossibilité de vaincre, une par une, les résistances, de surmonter tour à tour les obstacles, car cette grande tâche, un homme tout seul l'a accomplie.

Un exemple. — Le 7 mai 1921, à la chambre syndicale des agents et commissionnaires des bois d'Industrie, une conférence avait lieu, faite, partie par M. le Commandant Mornet, partie par M. E. Gillet, industriel. Ce dernier avait pris pour thème : « L'utilisation industrielle des bois coloniaux». Très simplement, très sobrement, il y énumérait les progrès successifs qu'il était parvenu à réaliser dans sa propagande an faveur des bois africains : « Il y a bientôt seize ans, dit-il, que je m'occupe de cette question. J'ai débuté par travailler les échantillons que M. le professeur Chevalier, au retour de ses missions d'études, avait bien voulu me soumettre.

J'ai expérimenté les principaux bois delà côte d'Ivoire et du Gabon et, plus récemment j'ai étudié les collections de bois de l'Indochine qui sont merveilleuses et semblent présenter des avantages sur tous les autres bois. Je n'ai pas voulu rester sur l'examen de simples échantillons, j'ai fait venir des centaines de tonnes de bois coloniaux avec lesquels j'ai fabriqué des portes, des croisées, du parquet, des meubles, et des constructions entières pour démontrer an public que ces bois étaient utilisables en industrie. Ces essais m'ont conduit à une autre étape ; pour pouvoir utiliser et se servir rationnellement des bois coloniaux, il était nécessaire de les exploiter par soimême avec méthode. Je me suis donc fait exploitant forestier ; j'exploite une forêt au Gabon depuis huit ans. J'ai débuté comme tous les coupeurs, c'est-à-dire par abattre le bois et à l'envoyer en grume en France. Je transportais ainsi 5o % de matière première inutilisables. J'ai donc abandonné ce procédé et j'ai conclu qu'il fallait que le bois soit scié sur place. On m'a dit qu'il ne se conserverait par sous L'influence des pays tropicaux. J'ai

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