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service de l'Afrique occidentale à Gènes.
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poursuivi quand môme mes expériences. On a scié du bois à la colonie, on l'a bien scié, et il s'est fort bien conservé: actuellement plus de 9.000 mètres cubes de bois sciés et secs sont prêts à être utilisés dans toutes les industries.
L'erreur de croire que les bois coloniaux ne peuvent pas être sciés ni conservés sur place tombe complètement d'elle-même.
11 existe certains bois qui présentent quelques difficultés au sciage. On rencontre, par exemple, des bois siliceux qui émoussent rapidement la denture de la scie ; après avoir exécuté quelques traits la scie ne fonctionne plus. Pour résoudre cette difficulté d'un ordre spécial, il suffisait de poser la question suivante à nos fabricants d'acier : « Pouvez-vous nous donner une scie faite avec un acier spécial qui puisse résister au sciage des bois siliceux ? »
Nos fabricants d'acier ont étudié la question et je dois même dire qu'elle est résolue. Tout dernièrement, on a mis en service une scie qui a travaillé pendant deux heures sans affûtage. On peut donc dire que le but est atteint. En somme, le travail mécanique peut s'exécuter dans d'excellentes conditions. Certains bois qui sont très durs ont besoin d'outils spéciaux et je recommande à tous les industriels qui travaillent le bois de poser le problème à leurs fabricants d'acier.
En introduisant les bois coloniaux dans l'industrie, nous rencontrerons par moment la résistance de l'ouvrier routinier, habitué au sapin et au chêne, qui trouve à redire chaque fois que l'on veut changer la nature du bois qu'il a l'habitude de travailler.
Il faudra donc que l'ouvrier moderne apporte certaines petites modifications dans son travail, mais je dois dire qu'un bon ouvrier consciencieux, qui veut faire abstraction de la routine, arrivera au bout de quinze jours à très bien travailler les bois coloniaux. Il suffit
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simplement, pour le rabotage, de régler son fer et contrefer de telle façon que le travail qu'il y aura à exécuter dans les bois à fil entrecroisés se présente dans des conditions favorables. Je suis convaincu, par l'expérience, qu'au bout de quelques jours, il ne fera plus aucune distinction entre le travail des bois métropolitains et celui des bois coloniaux ; il sera même intéressé par la beauté des bois qu'il aura ainsi travaillés et il éprouvera une satisfaction personnelle à vaincre une difficulté passagère. »
Mais M. Gillet ne dit pas tout ; il glisse, avec une charmante modestie, sur l'opiniâtreté qu'il dût dépenser pour n'être point rebuté dans sa tentative. Obligé de demeurer en France où le retiennent ses affaires, il envoie des techniciens au Gabon, il fait marquer des arbres, organiser un chantier, expédier des scies, du personnel, ordonne qu'on construise des hangars pour le séchage des arbres abattus. Dès que le bois est sec, on le débite sur place et les premiers madriers arrivent à Paris. Alors, ce ne sont plus les coloniaux hostiles qu'il faut vaincre, ce sont les ouvriers blagueurs qui ne peuvent s'habituer ni aux noms indigènes ni à la pulpe des nouveaux bois. M. Gillet modifie son outillage, insiste, s'obstine et triomphe. Actuellement, il répand à profusion une circulaire où sont cataloguées quinze espèces de bois Gabonais, avec leur densité, leur nuance, leur emploi et leur équivalence à l'égard des bois de pays ou d'importation. Il y annexe des échantillons ; il offre ce bois tout débité, scié en plateaux, en poutres, en rondins au prix du sapin ; il construit et expose à la dernière Foire de Paris un pavillon entier, tout en bois colonial, pas plus cher, malgré le soyeux, le fini, la couleur rare de ses cloisons sans peinture ni tapisserie, que s'il était fait du bois blanc le plus banal !
Voilà donc ce qu'a fait un seul industriel animé par le désir tenace, par l'énergique ambition de démontrer que, des forêts africaines aux chantiers fiançais, la distance
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n'est pas si longue que des esprits indolents le supposent. Qui oserait soutenir qu'un tel enseignement est stérile ? A coup sûr les obstacles sont nombreux, les difficultés abondent, mais un gouvernement prévoyant et lucide ne saurait trouver en cela de valables excuses.
Le ministre qui fera sienne l'irritante question de bois colonial sera pour les générations à venir un nouveau Sully. De son activité dépendent l'envoi d'ingénieurs forestiers dans nos possessions d'Afrique et d'Asie, l'obtention de crédits suffisants, complémentaires de ceux que les Chambres accordèrent au temps de la conquête, l'organisation de scieries modernes sur place, la campagne nationale en faveur des bois exotiques contre les bois étrangers, l'abaissement des tarifs de douane, de fret et de transport ferroviaire... Dans la mesure de nos moyens, nous mènerons nous-mêmes le bon combat, persuadés qu'à force de plaidoyers et d'instances, un jour viendra où le plus modeste propriétaire de France aura sa maison en bois colonial.