CONCLUSIONS
Pour clore notre étude, il nous suffira de condenser aussi brièvement que possible, les différentes réformes qui découlent de nos observations et des doléances exprimées, tant par les colons que par les fonctionnaires.
On peut les classer en deux catégories :
i° Celles qui relèvent de l'initiative privée ;
2° Celles de la compétence de l'Administration locale ou centrale.
Réformes à appliquer par l'initiative privée. — La réforme qui s'impose avant tout est l'organisation syndicale des exploitants forestiers et des commerçants du Gabon.
Comme la loi sur les syndicats et celle sur les associations n'ont pas encore été promulguées dans la colonie, il importe que les intéressés nomment une délégation ou un bureau provisoire chargé d'obtenir la promulgation de ces deux lois.
Cela fait, ils pourront créer légalement un syndicat professionnel des exploitants forestiers du Gabon, constituer un bureau qui sera chargé d'étudier leurs desiderata et d'en poursuivre la réalisation.
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Au nombre de ces desiderata nous nous permettons de citer :
i" Amélioration des moyens de transport et des relations avec la Métropole tant sur la fréquence des bateaux que sur le prix du fret et des passages ;
2° Création des voies de communication intérieure, (routes), réorganisation du service fluvial ;
3° Aménagement d'un poste de T. S. F. à Port-Gentil.
4° Achèvement de la ligne télégraphique de Port-Gentil à Lombaréné, N' Djolé.
5° Aménagement du port de Port-Gentil : balisage, appareils de déchargement, warf de débarquement de marchandises, stockage, à l'abri des vols, eau potable pour les navires et les habitants, éclairage moderne, etc., etc..
A côté de ces demandes d'ordre général, le syndicat aura à examiner la possibilité de doter l'association d'un organisme qui documentera ses membres sur le cours du bois en Europe, les besoins de la Métropole en essences forestières, le fret disponible, etc. Les relations de ce syndicat avec les Chambres de Commerce et les syndicats similaires en France, créeraient un courant direct d'affaires, que l'étranger monopolise presque entièrement à son profit. Ainsi serait diminué le tribut que nous payons à l'étranger et qui pèse si lourdement sur notre change.
La question intéresse au premier chef notre grand argentier, M. le Ministre des Finances, qui n'hésitera pas à donner tout le concours de sa haute situation à la réalisation d'un programme si pratique.
Enfin, le syndicat est tout désigné par la loi, pour donner son avis sur toutes mesures que l'Administration aurait l'intention de prendre concernant ses intérêts professionnels. Cela se passe ainsi en France, il n'y a aucune raison qu'il n'en soit pas ainsi dans une colonie française. Ces mesures, prises, ainsi en collaboration, seraient plus facilement appliquées, dans l'intérêt général.
Réformes de compétence administrative. — Parmi les réformes énumérées plus haut, il en est déjà un certain nombre qui sont du ressort de l'Administration en collaboration avec les Colons.
Pour compléter le texte des mesures que l'Administration a le devoir de prendre afin d'améliorer la situation financière et économique de la Colonie nous devons ajouter les suivantes :
La plus importante de l'avis de tous, fonctionnaires et colons, consisterait à détacher la colonie du Gabon du groupe de l'A. E. F., en lui donnant son autonomie financière et administrative. En effet, du fait de ce rattachement, le Gabon voit la majeure partie de ses finances tomber dans le gouffre du budjet général, cela sans profit pour lui.
De plus Y Administration locale du Gabon qui se trouve dans le port de Libreville, dépendant d'un gouvernement général situé à Brazzaville, à 5oo kilomètres à l'intérieur du pays, à dix jours au moins d'elle, se voit dans l'impossibilité matérielle et légale de résoudre avec rapidité et compétence le plus simple des problèmes administratifs intéressant le Gabon,
Il est donc urgent que le Gabon devienne à tous les points de vue, une colonie autonome, ayant son Gouverneur et un organisme dépendant directement du ministère des Colonies.
Quand ce Gouverneur jouira de sa liberté d'action et aura le libre emploi de toutes les ressources financières de sa colonie, il pourra alors organiser les différents services qui sont actuellement, ou à l'état squelettique ou inexistants.
Son premier soin devra porter sur le service de santé. 11 n'est pas en effet admissible qu'une région comme le Gabon, aussi vaste que la France et peuplée de près d'un million d'habitants, ne possède que cinq médecins assurant le service de santé pour européens et indigènes.
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A défaut de médecins militaires, la colonie pourrait s'adresser à des médecins civils contractuels qui, moyennant une indemnité suffisante, pourraient s'installer dans les principaux centres de la colonie.
En attendant mieux, on pourrait faire appel aux médecins indigènes (hommes et femmes) sortis de l'école de médecine de Dakar.
Quant au service de l'agriculture si indispensable à l'avenir du pays, il est inexistant. Il faudrait donc le créer en y ajoutant un laboratoire, des jardins d'essais et une école pratique d'agriculture pour indigènes.
Une école professionnelle spéciale à l'industrie des bois serait également à créer.
Des écoles primaires avec maîtres européens et moniteurs indigènes s'imposent, si nous ne voulons pas en être réduits, dans les grands centres, à utiliser les indigènes instruits, formés dans les colonies anglaises.
Il est cruel à un cœur français de constater qu'à Freetown (capitale de Sierra-Leone, colonie anglaise), il existe non seulement des écoles primaires, mais encore une grammar school correspondant à nos lycées ou collèges de France, tandis qu'à Port-Gentil il n'existe aucune école, même, enfantine. Voilà les améliorations les plus urgentes que nous croyons devoir proposer à l'examen de l'Administration et des colons. Quand elles seront réalisées, la France comptera à son fleuron une colonie florissante de plus, qui contribuera à sa grandeur nationale.