CHAPITRE V
Les fondaks
Le fondak, c'est le caravansérail d'Orient, !e fondouk d'Algérie, la maison commune à plusieurs personnes qui y logent ou qui y entreposent. Les fondaks ont de tout temps joué un grand rôle dans la vie de Fez. Suivant les historiens, ils y étaient
excessivement nombreux à Tépoque des Almohades (douzième et treizième siècles). On en rencontre encore beaucoup dans la capitale, et ils jouent un très grand rôle dans la vie économique. Il faut distinguer le fondak-hôtellerie ou caravansérail, où s'arrêtent les caravanes et les voyageurs, du fondak de commerce.
L'architecture du fondak-hôtellerie est peu compliquée. Au rez-de-chaussée, se trouve une cour plus ou moins vaste sur laquelle s'ouvrent, en bas, les écuries et les hangars ; en haut, des chambres exiguës. Au premier étage, qui est généralement Tunique étage, ces chambres donnent sur une galerie circulaire. Dans les quartiers excentriques et près des grandes portes de la ville, on trouve de nombreux caravansérails de ce genre. Là, logent les chameliers et les muletiers, ainsi que les voyageurs seuls ou montés. Les animaux sont entravés dans la cour et sous les hangars, et les hommes peuvent trouver asile dans les chambres.
La cour est sale, mal pavée, ou même dépourvue de pavés. Elle est encombrée de chameaux, de mulets, de chevaux et d'ânes. Les chambres ne sont pas entretenues et la vermine y grouille. On y paie le droit de logement de 20 centimes à i franc par jour. Il n'y a, comme bien on pense, aucun ameublement. C'est au voyageur à apporter son matelas, s'il en possède un. Un chameau paie 20 centimes par jour, un cheval ou mulet 12 centimes, un âne 6 centimes.
C'est dans ces caravansérails qu'aboutissent les caravanes d'hommes et de marchandises ; c'est aussi là qu'elles se forment. On s'est peu préoccupé, à Fez, du sort des étrangers. Faute de maisons amies pour les héberger, les plus aisés peuvent louer quelques chambres dans les fondaks des négociants ; les autres doivent vivre dans les caravansérails affectés aux bêtes de somme et à leurs conducteurs.
Certains de ces fondaks sont occupés, dans la cour, par un marché aux grains. Quant aux chambres, elles sont louées soit à des voyageurs sans bêtes de somme, soit à des industriels (petits tisserands, petits cordonniers). Les fondaks appartiennent presque tous aux habous. Ils sont loués par le nadher, préposé à l'administration des habous, assisté d'un déliai (crieur aux enchères), à des concessionnaires qui paient assez cher le « droit de clef », c'est-à-dire le droit d'occuper telle ou telle pièce, mais qui ne doivent aux habous qu'une redevance mensuelle très minime. Le concessionnaire d'une pièce est libre de vendre la clef de la pièce à qui bon lui semble.
Les fondaks de commerce ont une architecture à peu près semblable aux autres, quoique plus exiguë. Ils sont placés dans le médina, ou quartier commerçant par excellence. L'entrepôt, appelé dar es selâa (maison de marchandises), diffère du fondak de commerce en ce qu'il appartient à un seul négociant, tandis qu'ailleurs plusieurs commerçants louent chacun une pièce dans un même immeuble. Dans les fondaks à plusieurs locataires, les tenanciers ne prennent aucun soin pour entretenir rétablissement qui est toujours très sale ; le sol n'y est pour ainsi dire jamais lavé, et l'odeur y est insupportable. Tandis que parmi ces fondaks, les uns sont des espèces de grands magasins où les commerçants déposent leurs marchandises, chacun dans une ou plusieurs pièces louées, d'autres sont de véritables halles où on vend certaines denrées. D'autres, enlin, servent à la fois d'entrepôt et de lieu de réunion pour les négociants. Ils y viennent quelques heures chaque jour pour établir leurs comptes, causer entre eux et prendre vent des affaires.
Ces fondaks de commerce portent le nom des rues ou des quartiers dans lesquels ils sont situés {Fondak en Xejjarin, Fondak ed Dionan, Fondak
el Attarin, Fondak Sara, etc.). L'un d'eux, où se réunissaient autrefois les négociants originaires de Tétouan, porte le nom de cette ville. Le plus grand et le plus beau de tous est le Fondak en Nejjarin, avec sa cour pavée en mosaïques, sa porte monumentale et sa fontaine, dont le toit en auvent est orné de boiseries finement travaillées. C'est le plus ancien de la ville et le plus célèbre. Il est surtout connu par la taxe douanière qui s'y perçoit, et dont j'ai déjà parlé.
Le plus grand des fondaks de marchandises est le Fondak el Qittanin (celui du marchand de coton). Le Fondak el Jeld, où l'on vend, le matin, des peaux fraîches, et, le soir, des peaux tannées, est également très important. Les entrepôts privés des négociants, même les plus riches, ont toujours une apparence des plus modestes. Leur dar es selâa se compose d'une petite cour pavée de mosaïque, — seul luxe de l'immeuble ; autour, des pièces dû s'accumulent des marchandises jusqu'au premier étage ; l'une d'elles, au rez-de-chaussée, sert de bureau au négociant, qui s'accroupit sur une natte, entouré de ses registres et de ses échantillons.
Les rares négociants européens ayant créé des dépôts à Fez possèdent une dar es selâa (maison de marchandises), qu'ils occupent tout entière à eux seuls. Les gardiens et les portefaix des fondaks sont pris parmi des gens originaires du Touat.
Voici la liste des principaux fondaks de Fez :
Près de la poste française se trouve un entrepôt privé qui porte le nom de Diouan (emprunté au quartier), et qui appartient à Gheik Tazi, ministre des linances. Un autre entrepôt, celui de Ras Gherratin, appartient à Si Mohammed bel Arbi Jamaï, qui était ministre au temps de Mouley-Hassan. Dans le quartier de Qittanin se trouve le fondak d'El Hadj ould Abd er Rahman Smires ben Nani. Le propriétaire le loue à plusieurs négociants.
A Bab Gisa se trouve le fondak-hôtellerie de
Mouley Idris ben Abd el Hadi ; au quartier de Talâ, le plus important des caravansérails appartient au chérif d'Ouezzan.
Les fondaksde marchandises appartenant aux habous les plus connus sont les suivants :
Fondah Tittaounin (eo face de la mosquée Qaraoaï .
Fondak Sidi Abd-ei-Mejid (à proximité du précédent).
Fondak el Brika (quartier de Qittanin] .
Fondak el Jedid (quartier de Qittanin).
Fandah en Nejjarin (auprès du souk en Nejjarin).
Fondak el Âttarin (auprès du souk el Attarin\
Fondak Sara (quartier de Sara).
Fondak Rahbat el qis (dans le quartier du même nom}.
Les caravansérails appartenant aux habous les plus nombreux et les plus fréquentés sont ceux du quartier de Talâ et des environs de Bab el Gisa.