‹ Le commerce et l'industrie à FezChapitre 3 sur 63 · CHAPITRE II Relatlotts <^oInlnereIales ée Fez · texte numérisé non relu

CHAPITRE II Relatlotts <^oInlnereIales ée Fez

Fez, ville d'ioipoitation et d'exportation, entretient d'une part des relations avec les différentes régions du Maroc, et d'autre part, avec un certain nombre de -nations européennes et de pays nordafricains (Algérie, Sénégal, Tunisie, Egypte).

Au Maroc, Fez est en relations directes et constantes avec Tanger, Larache, Rabat, Meknès> Sefrou, Ouezzan, El Kçar, Télouan, le Djebel Zer^xOun, le Tadla. Elle reçoit de plus, à certaines époques, des caravanes du Tatilelt. 11 y a deux ans encore elle avait des rapports assez suivis avez Taza et Oùjda. Les commerçants en gros de Fez sont généralement associés avec ceux de Sefrou et du Tafilelt. La petite bourgade de Sefrou, située à trente kilomètres au Sud de la capitale dessert les tribus berbères du voisinage. Il en était de même il y a deux ans de Taza qui desservait une partie de la clientèle des Djebala et du Rif méridional. Sous le règne de Mouley- Hassan, nombreuses et fréquentes étaient les caravanes qui circulaient entre Fez et Oujda pour les relations avec r Algérie. Peu à peu, grâce à l'incurie et à la faiblesse du Makhzen, ces relations s'étaient ralenties. Les pistes étaient de moins eu moins sûres ; les muletiers se ruinaient à payer les ze/tat (guides-sau'^ega'de) pour traverser les tribus en effervescence, Ils ne s'aventuraient plus sur ces routes qu'à la suite des convois du Makhzen chargés de porter vivies et solde (moitna), tous les trois mois, aux garnisons éloignées du cherg et des kusbas intermédiaires,

L'iasurrection de Bou Hamara arrêta coajplément ces relations directes de Fez avec l'Algérie, Et il est bon d'insister sur ce l'ail, car iUausa

une profonde perturbation dans le mouvement économique de la frontière algérienne qui, rapidement, dans la région de Marnia, déchut de 11 millions à 2 millions. Aujourd'hui, Taza, la capitale des insurgés, se développe toute seule ou plutôt végète toute seule et a rompu tous rapports commerciaux avec Fez. .

En tempsordinaire, une caravane mensuelle de 50 à 100 chameaux suffit aux relations du Tatilelt avec Fez (avec l'établissement du chemin de fer du Sud-Oranais qui aboutira bientôt à Béchar, ces relations ne feront que diminuer). Lors de la saison des dattes il faut jusqu'à huit caravanes par mois.

Les négociants de Fez n'ont pas attendu que l'Europe vint chez eux, auquel cas ils auraient sans doute attendu longtemps. Les principaux commerçants de gi os sont en relations directes avec de grandes maisons de commission européennes, ou bien encore ils installent eux-mêmes dans les grands ports des commissionnaires qui sont leurs associés.

La maison qui veut faire du commerce avec Fez doit forcément avoir un commissionnaire (juif ou musulman, à défaut d'un européen), qui reçoit ses instructions, offre les échantillons, reçoit les commandes, les communique, s'occupe du paiement des marchandises, etc. .. Le consul de France à Fez est à même d'indiquer aux fabricani:s de la métropole des correspondants honorables. Souvent le Fasi (négociant de Fez) a luimême son commissionnaire européen dans un grand port d'Europe (comme à Marseille par exemple). C'est cet intermédiaire qui se charge de se procurer les commandes et de les faire par* venir. Jamais un négociant de Fez ne s'adresse directement à une fabrique, ce n'est pas la gaïda (la règle). Il ne veut avoir affaire qu'à un correspondant local ou à une maison de commission.

Pour rachat des cotonnades, les maisons de Fez possèdent à Manchester une douzaine de comptoirs. Les plus importants sont régis par les commerçants dont les noms suivent : f

Ben Khalef (dont Tassocié à Fez est El Hadj A bon T'aleb ez Zerak)

Mefdhel ben A*ïat (dont Tassocié à Ft z est El Hadj Kadiour Tazi).

El Hadj ben Nacer ben Nani (dont Tassocié à Fez est son fils).

Le ftls de Si Mohammed Qesous ben Bou Bekr (ce der nier à Fez).

Ahmed ben Jelloul (a comme associé à Fez : Ben Âbd es Selam).

Si Mohammed Jelloul (a comme associé à Fez Bel Mekki Tazi).

Ces Marocains, fixés à Manchester, font les achats de cotonnades anglaises que leur commandent leurs correspondants de Fez. Ils se chargent de l'emballage et de l'expédition des marchandises. Ce sont eux également :iui règlent les fournisseurs.

A Gênes, un marocain Fasii, Ahmed ben Taleb, dont lassocié à Fez est Sidi Ahmed ben Bachir, se charge également d'expédier à son correspondant les articles d'origine italienne demandés sur le marché de Fez : les soieries notamment.

Le dernier correspondant marocain de Marseille, El H'élou, vient de mourir à Fez. Il avait fondé à Marseille une maison de commission commanditée par des négociants de Fez et appelée Dar el Helou. Cette maison subsiste toujours; elle est marocaine de nationalité mais dirigée par des agents français. D'autres maisons de Marseille servent d'intermédiaire aux commerçant de Fez pour l'exportation et l'importation. Ce sont : la Compagnie de navigation maritime Paquet; Jules David et C^*; maison Collardot et Baninger; maison Isaac Balniti; ces maisons

sont européennes ; elles emploient, pour la correspondance, des jeunes Syriens ou des Algériens (Israélites ou musulmans).

Il n'y a pas de Marocains ni de maison de commission marocaine dans un port quelconque d'Allemagne. Les relations commerciales avec l'Allemagne ont lieu par l'intermédiaire de la maison Richter. La maison Richter qui a une agence à Fez oX une autre à Merrakech se charge d'importer non seulement des marctiandises allemandes (Hambourg, Francfort, Leipzig), mais encore des produits de tous pays (Suisse, Italie, Autriche, France, Angleterre). Elle est représentée a Fez par M. Leer, qui est en même temps chargé de la poste allemande, et dont l'entrepôt commercial est installé à proximité de la Kaïçaria (le quartier d'affaires par excellence). La maison est en rapports constants avec les commerçants qui se font'communiquer des échantillons et des catalogues. Ces marchands en gros dissimulent beaucoup leurs relations avec l'agent allemand, ne lui donnent rendez-vous que le soir ou dans des villas écartées, de peur que le voisin ne sache où ils s approvisionnent. Il est, en eff'et, curieux de constater combien à ce point de vue les négociants de Fez se défient les uns des autres. Leurs secrets en la matière sont d'ailleurs le secret de polichinelle. Détail piquant, tous les catalogues, même ceux des maisons allemandes, sont rédigés en langue française. La langue allemande est en effet totalement inconnue dans tout le Maroc, et la rédaction en français facilite beaucoup les affaires. La raison en est que les commerçants marocains aiment beaucoup à consulter les catalogues dans le silence de leur demeure où ils peuvent examiner à leur aise et durant de longues heures les vignettes et les illustrations : ils appellent alors auprès d'eux soit un jeune juif du Mellah qui,

ayant suivi i école de l'Alliance Israélite, sait lire et écrire le français, soit un algérien Tlemçani (de Tlemcen) de passage (étudiant, employé àv. commerce, etc.). Ces interprèles de renconirc leur traduisent les explications données par Jes catalogues : ce qu'ils ne pourraient faire si le texte imprimé était de l'allemand.

La maison Richter possède deux salles d'échantillons de toute provenance où sont accumulés des spécimens d'articles allemands principalement, mais aussi d'articles autrichiens (calottes roug< S;, suisses (draps), italiens (soieries), français (épices, draps, soieries), anglais (cotonnades de toutes sortes, etc.). Il faut reconnaître à son éloge qu'elle est très active et que son chiffre d'affaires considérable est dû uniquement à la patience énergique et au zèle infatigable de ses agents de Fcz et de Merrakech. Ces agents qui sont allemands parlent parfaitement l'arabe et l'écrivent suffisamment.

Deux grandes maisons d'Allemagne sont, en outre, représentées à Fez par le même agent, un Israélite M. Raphaël Bonjo : Maison Ed. Victor Sperleng, de Leipzig; maison Hassner et Joachimssohn.

La Compagnie Marocaine (compagnie française), dont le siège social est à Paris et l'agence principale à Tanger est représentée à Fez par M. Fabarez qui gère son agence avec beaucoup d'habileté et de sens commercial. Cette Compagnie s'occupe bien d'importation et d'exportation proprement dite pour les négociants de Fez, mais ceci n'est qu'un côté de ses attributions essentielles qui consistent à fournir directement au Gouvernement marocain les articles européens qui lui sont nécessaires et aussià s'occuper de travaux publics,

La maison française Braunschwig et C'% de Tanger, est représentée à Fez par Jacob Beusi-

mon (Juif marocain). La maison Allier, de Tanger, est également représentée par un Israôlile.

Une seule mais3a anglaise est représentée à Fez : c'est la maison Lourgh Brother and C°, de Londres, dont Tagent commercial est un juif marocain, Isaac David Cohen.

Comme on le voit, il y a place, à Fez, pour des entrepôts commerciaux français dirigés par des commerçants français ou tout au moins des agents de maisons françaises (Français ou musulmans d'Algérie, possédant quelque instruction). Le tout, pour installer des agences de ce genre, pst d'être habile, patient, et de s'être rendu exactement compte de la situation de la place.

En Algérie, la province d'Oran possède un grand nombre de boutiques marocaines et d'entrepôts marocains. Il y en a jusqii'à Alger. Tous les tenanciers de ces magasins ont des associés ou des correspondants à Fez. Outre Oujda qui est au Maroc, mais dont toutes les relations commerciales <^>t épistolaires ont lieu par l'Algérie (Marnia et Nemours), les localités de la province. d'Oran qui possèdent des négociants marocains représentants des Fasi sont : Marnia, Nemours, Ras el Ma, Bedeau, Relizane, Le 81»^:, Saïda, Perrégaux, Tlemcen, Mostaganem, El Aricha, Aïn Temouchent, Mascara, Bel-Abbés et surtout Oraii. D'autres villes comme Alger, Constantine, Bône, Tunis et Tripoli ont des négociants do Fez installés à demeure. A Alger, Dadi est le correspondant d'une grosse maison de Fez, celle de Mohammed el Cohen.

Le commerce de Fez est représenté par plus de trente comptoirs au Sénégal, à Dakar, à Saint-Louis et le long des lignes de chemin de fer. Quelques négociants marocains ont même sollicité et obtenu la naturalisation

française pour pouvoir commercer au-delà de Kayes. Les marchandises exportées dans ce pays sont principalement des haiks et des l3aoouches II y a aussides caftans de drap, des Zaboulat (sacoches en cuir), des burnous en laine brune.

Les négociants en gros de Fez qui exportent au Sénégal sont les suivants :

Ben Zouig, gros exportateur ;

Compagnie Marocaine (agent : M. Fabarez) ;

Moulay Ali el Kethiri (c'est celui qui fait le plus gros chiffre d'affaires avec le Sénégal, environ 60.000 francs par an. n a trois associés au Sénégal);

El Hadj Brahim Sousi, protégé français (50.000 francs d'affaires environ. A 4 asso(ûës (Cherka) ;

Hadj Abmed el Asri (50.000 francs d'affaires environ) ;

Hidj Thami Diouri, 20.000 francs d'affaires ;

Si Mohammed ben Abd el Kader Ben Jelloul (a son père installé au Sénégal) 20.000 francs d'affaires);

Hadj Abd er Rah'manel Helou, 20.000 francs d'affaires ;

Ben Solh'a, 20.000 francs d'affaires.

En Egypte (au Caire), un petit groupe de Marocains vit sous l'autorité d'un mandataire, sorte de consul officieux, appelé Ouhilel merarha^ Les Fasi forment un clan à part que dirigent quatre amin choisis par eux. Les maisons de Fez qui ont des correspondants marocains installés au Caire sont les suivantes :

El Hadj Mohammed Zemrani ; £1 Ha^ el Rali ben Lamin ; Kl Hadj Mohammed Bou Zian ; Abd er Rahman ben Zian ; El Hadj Ahmed el Helou ; Si Mohammed Qessous ; El Hadj el Arbi el Helou.

Ben bou Bekr ; Sidi Mohammed Zizi ; El Hadj el Aïachi ez Zerouk :

El Hadj Taher Mekouar ; El H:.dj Mohammed el Azreq ;

El Hadj Mohammed ben Abd ÂUah ;

El Hadj Othman ben Nani ;

Bel Badaoui Berada ;

El Hadj Mohammed el Euldj ;

Âbd es Selam el Merrakchi ;

Sidi Slimau Sqaldi (chérif) ;

Sidi Qasem Zâdani ;

Sidi Mohammed ben Mekki Thazi ;

Sidi Mohammed ben Thabet ;

Kaddour el Oajdi ;

Abd el Kader bea Monrzouk ;

Sidi Mohammed Ëz Zizi.

Chacun de ces commerçants fait individuellement entre 60.000 et 10. OOb francs d'affaires suir vaut son capital commercial.

En résumé, le commerce de Fez avec Textérieur peut être considéré comme prenant les formes suivantes:

a) Relations avec les différentes régions du Maroc, qui importent etexportent; relations avec les ports marocains où les négociants de Fez ont des correspondants pour la vente des articles manufacturés à Fez et des qebbal (courtiers) pour recevoir, entreposer et remettre aux muletiers les marchandises de provenance européenne ; relations avec les villes de l'intérieur (El Kçar, Ouezzan, Meknès, etc.) où se vendent de nombreux objets fabriqués à Fez.

b) Relations avec V Europe par Tintermédiaire soit d'agents-reprèsentants des maisons installés à Fez, soit de Marocains lixés dans des ports d'Europe (Manchester, Gênes), soit de commissionnaires européens comme à Marseille.

c) Relations avec C Algérie^ la Tunisie et la Tripolitàine : Vente dehaïks et de babouches ; achats de lainages par Tintermédiaire de correspondants ou d'associés marocains établis dans les centres importants de ces pays.

d) Relations avec l'Egypte et le Séneffal(grosses exportations de babouches et de haïks), par Tinterméûiaire de véritables petites colonies de négociants marocains installées au Caire, à Dakar, à Saint-Louis, à Kayes, et à différentes stations des chemins de fer sénégalais,

Il est intéressant de constater que les courants commerciaux qui s'étaient établis entre Fez et les pays de l'Afrique du Nord résultent de relations par caravanes qui faisaient communiquer le Maroc avec l'Algérie, la Tunisie, la Tripolitaine, l'Egypte, le Sahara, le Soudan et le Sénégal. Jusqu'au début du xix** siècle d'immenses convois de chameaux amenaient à Fez des produits de ces divers pays et emportaient de la capitale du Nord du Maroc des articles très prisés par tous les sujets musulmans de l'Afrique septentrionale et occidentale : des haïks et des ô^/ra,*? (babouches). Il y avait aussi une exportation considéraDle de ces calottes rouges ou chéchias qui portaient le nom de leur ville d*origine, des fez en un mot. Depuis, la concurrence tunisienne, égyptienne, turque, russe et surtout autrichienne, a supprimé à peu près complètement la fabrication de cet article à Fez.

L'insécurité de plus en plus grande des pistes du Maroc, par suite de l'affaiblissement continu de la dynastie des Chérifs, et aussi la concurrence croissante de la navigation de commerce à vapeur amenérentladiminution des relations par caravanes. Des régions comme le Sud-Oranais (Figuig), le Rif, le Sahara occidental, le Soudan, le Sénégal, l'Egypte, laTunisie, la Tripolitaine ne communiquèrent plus avec Fez. Les transports se iirent par les ports du Maroc à destination des ports desservant le Sénégal, TEgypte, la Tunisie et la Tripolitaine. Puis, ce fut le tour de l'Algérie. Les caravanes marchandes se lirei.'t de plus eu

plus rares dans la direetion d*Oudjda et actuellement elles ont cessé complètement.

On peut dire que toutes les relations commerciales avec les pays musulmans africains se font maiotenant par mer. Les objets manufacturés quittent Fez à destination de Larache ou de Tanger et là ils s'embarquent, non seulement pour des ports algériens, égyptiens ou sénégalais, mais encore pour des ports marocains, comme Casablanca, SaQ, Mazagan, Mogador, tant est grande l'insécurité d-es routes à l'intérieur du Maroc.

Ce changement, survenu dans la première moitié du xix* siècle, n'a pas empêché le commerce extérieur d'exportation avec les pays musulmans voisins deconserver son caractère vivace et prospère. Seule l'Algérie en a souffert, parce que sa proximité immédiate comportait un avantage appréciable des relations économiques par terre sur les relations par mer. J'aurai d'ailleurs l'occasion de revenir sur ce snjet.

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