CHAPITRE XIII Marehé aux esclaves
Nous avons vu précédemment qu'une des halles aux grains, Souk el Rezel, était affectée à des usages divers. Le matin, les femmes des environs viennent y mettre en vente la laine qu'elles ont filée les jours précédents ; de 11 heures à midi, on y vend le blé à la criée. Enfin, l'après-midi, entre Vâceur et le moghreh (de 4 à 7 heures), on offre aux acheteurs de la chair humaine : des esclaves.
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L'esclavage n'est nullement aboli au Maroc, et dans toutes les villes de Tintérieur ce genre de transactions se pratique ouvertement.
Les esclaves (âbid) sont des nègres et surtout des négresses (jeunes femmes et jeunes filles). Le recrutement des esclaves se fait au Tafilelt. Là, les marchands s'en procurent comme ils peuvent, auprès de caravaniers venant du Touat et du Soudan. Mais, depuis la prise du Touat par la France, le recrutement des esclaves par le Sud devient de plus en plus compliqué, et le nombre d'importations a beaucoup diminué. Les esclaves que Ton vend à Fez ont généralement passé par Merrakech avant d'y arriver. D'autres viennent d'El Ksar ou de petites villes aussi misérables, où on les vend généralement assez bon marché.
Des hauts fonctionnaires, comme VAmin el Moustafadh et le Mohtasib^ en font acheter dans les villes environnantes, telles que Meknès, El Ksar, Sefrou, etc., pour les faire revendre, à Fez, par des prête-noms intermédiaires. Un nègre vaut de 50 à 500 pesetas, une femme de 500 à 2.500 pesetas. En fait, la négresse est surtout considérée comme un instrument de plaisir ; c'est pour cela que son prix est bien supérieur à celui du nègre.
La vente se fait aux enchères ; Vamin des déliai crie, au milieu du Souk el Rezel, le prix des nègres et négresses. Les clients se promènent et examinent la marchandise. L'acquéreur d'une femme examine les dents, les seins, l'avant-bras. Il tâte comme s'il s'agissait. d'un animal de boucherie.
Le Makhzen ne prélève point de taxe sur la vente des esclaves. Pour la régularisation de la vente, acte est dressé devant les âdoul entre le déliai et l'acheteur. Si l'acheteur a des doutes sur les droits du vendeur sur l'esclave, il peut exiger un dhameii (répondant).
Ce marché aux esclaves n'a pas une grande importance. C'est à peine s'il y a chaque jour 6 ou
S nègres ou négresses au Souk el Rezel ; les mêmes reviennent, d'ailleurs, plusieurs fois, jusqu'à ce qu'ils trouvent acquéreur. Ce marché n'a évidemment que très peu de répercussion sur la vie économique de la ville. Il méritait cependant d'être signalé.