‹ Le commerce et l'industrie à FezChapitre 45 sur 63 · CHAPITRE PREMIER Considérations générales · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER Considérations générales

Une étude détaillée et approfondie des Industries de Fez, basée sur un programme sociologique où les recherches sur les mœurs et coutumes des indigènes sont spécialement visées, exigerait à elle seule une enquête spéciale de plusieurs mois. Ayant des instructions d'ordre plus pratique à observer, je n'ai pas cru devoir insister beaucoup sur cette partie, d'autant plus qu'elle est destinée par avance à être traitée avec toute la minutie désirable dans les Archives marocaines de la Mission scientifique de Tanger. Cette publication, qui ne mérite que de vifs éloges, s'est d'ailleurs étendue sur l'industrie locale d'El-Ksar-el-Kebir ; elle doit s'étendre encore bien davantage sur les industries de Tétouan ; de sorte que d'ores et déjà les lecteurs désireux d'obtenir sur les travaux indigènes marocains des renseignements détaillés, peuvent s'adresser à ce recueil si intéressant.

Dans cette troisième partie de mon rapport, je me suis borné à donner un résumé d'ensemble sur rindustrie à Fez, en signalant plus particulièrement les produits qui, comme les tissus dont j'ai réuni les échantillons, peuvent être imités en France pour l'exportation au Maroc.

Fez, de par sa situation géographique, était tout indiquée pour devenir un centre industriel d'une grande importance, et cela surtout à cause des eaux abondantes et constantes de l'oued Fas, dont le courant rapide traverse la ville, qui s'étage sur les bords d'un ravin évasé.

La meunerie et la mégisserie devaient tout naturellement profiter de cette abondance d'eaux courantes. D'autre part, la destination de Fez comme capitale du Maroc du Nord, centralisa dans la grande ville la fabrication d'objets manufacturés,, chers aux musulmans : les étoffes de laine, de coton et de soie ; les calottes rouges ou fez, célèbres dans tout l'Orient ; les babouches, qui s'exportent encore jusqu'en Egypte et au Sénégal ; toutes les parties du vêtement devinrent en quelque sort^ le monopole de Fez pour tout le Maghreb.

Durant plusieurs siècles, Fez profita de la réputation qu'elle avait su se faire dans les pays musulmans d'Afrique, et aujourd'hui encore, si la plupart de ces industries survivent, c'est grâce à cette réputation déjà ancienne. La routine est le caractère distinct de ses ouvriers et de ses artisans. Les procédés employés datant du moyen âge, les ouvrages exécutés ressemblent à ceux que l'on fabriquait déjà il y a plusieurs centaines d'années, et, dans bien des cas, les outils n'ont pas été per fectionnés. La mentalité musulmane, on le sait, est réfractaire à toute tentative de progrès ; de plus, le despotisme politique et l'insécurité du Maroc ne permettaient pas à des industriels de s'engager dans des dépenses coûteuses pour transformer leur matériel et leurs usages.

Les tisserands, minotiers, mégissiers, selliers, briquetiers et potiers continuent donc à travailler suivant des méthodes traditionnelles ; leur groupement en corporations n'a pas non plus subi de modifications. Outre la renommée dont jouit encore la fabrication fdsi au Maroc même et dans les contrées musulmanes voisines, les difficultés de communication et Téloignement de la mer ont également contribué à la conservation à peu près intacte des industries locales de Fez, alors que les importations européennes ont diminué ou même détruit ces industries dans les villes du littoral atlantique.

Cependant avant 1902 la prospérité des différents métiers commençait à déchoir à Fez, lorsque le Makhzen vint s'installer dans la capitale du Nord. Il en résulta une nouvelle période de prospérité, que depuis plusieurs années les corporations ne connaissaient plus. En 1903, notamment, l'afflux vers le Makhzen des contingents des tribus, venus d'abord pour accompagner le sultan, puis pour combattre avec lui les insurgés de la région de Taza, augmenta naturellement de beaucoup le chiffre de la consommation locale. Naturellement aussi, les prix ont monté dans des proportions considérables. Il en a été de même des salaires qui, à l'époque actuelle, ont atteint un chiffre double de ce qu'ils étaient en 1900.

Dans la vie économique de Fez, il faut distinguer les métiers destinés uniquement à la consommation sur place (fourniers, gargottiers), de ceux qui produisent des objets manufacturés destinés tant à la localité qu'à l'exportation, soit au Maroc, soit à l'étranger (tisserands, cordonniers). Parmi ces derniers, il est telle industrie qui n'utilise comme matière première que des produits du pays (les fabricants de babouches, par exemple), tandis que telle autre se sert de matières importées (les tisserands en soie et en coton).

Voici, d'ailleurs, une liste des principaux métiers de Fez :

a) Industrie du vêtement.

Tisserand : derraz ; Tailleur : khiat ; Mégissier : debbar ; Cordonnier : kherraz ; Savetier : Verrai ; Teinturier : Cebbaf ; Orfèvre : çaïr' ; Couturière : khiaVa, mâllema.

b) Industrie du bâtiment,

Maçon : bennaï ;

Briquetier : fekhkhar ;

Menuisier : neHar ;

Tourneur : kherrat ;

Architecte, entrepreneur : mâllem ;

Plâtrier : guebbas ;

Ajusteur de mosaïques : mâllem d ezzetalf,

c) Industrie du mobilier,

P>rblantier : gezdar ; Chaudronnier : celfar ; Potier : fekhkhar^ qechchach ; Fabricant de bâts : bradâ:i ; Fabricant de peignes : mechchat ; Sellier : serrai ; Forgeron : h'eddad ; Armurier : znaïdi ; Relieur : seffar ; Fabricant de tamis : ciar ; Peintre en bôtimeats : zouaq ; Tonnelier : bramli,

d) Industrie d'alimentation.

Meunier : rafVoui, Vehlian ; Boulanger : khabbaz ; Boucher : guezzar ; Gnrgottier : Vebbakh , Fournier : Verrait ; Confiseur : h'aloui.

e) Métiers divers.

Maréchal-ferrant : semmar ;

Jardinier : \enna% rebbaâ ;

Portefaix ; zerzaX ;

Barbier : WeHam, mezien ;

Tenancier de bains maures : moul-el-h'emmam ;

Copiste : naquel ;

Imprimeur: Vebbâa ;

Librairie : biaâ l ketoub.

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