CHAPITRE VI Fabrication des Chaussures
Le cuir tanné à Fez est transformé sur place pour une grosse partie en babouches, qui sont faites en peau de chèvre doublée de peau de mouton sur une semelle de cuir de bœuf. Un certain nombre de fabricants de babouches sont originaires de Tlemcen. Fez fournit presque tout le Maroc de chaussures. De plus, elle en exporte de grandes quantités en Algérie, au Sénégal et en Egypte. Près de 800 ouvriers sont occupés à la fabrication
des babouches, qui se vendent en gros à la criée dans une rue spéciale appelée Souk es Sebat.
Les chaussures sobat) sont fabriquées par les kherraza (cordonniers), qui achètent les peaux tannées aux debbar'a (tanneurs). Les cuirs des semelles (peau de bœuf) viennent aussi de Ouezzan, Rabat, Chochaouen, El Ksar.
Les patrons cordonniers ont un certain nombre d'ouvriers à leur solde. Ils sont dispersés dans tout Fas-el-Bali. Parfois aussi, des ouvriers cordonniers s'associent entre eux et s'installent dans une chambre de Fondaq.
Voici les expressions techniques employées par les cordonniers de Fez :
Empeigne : ield ;
Semelle extérieure : nâl ;
Semelle intérieure : (erracha ;
Empeigne intérieure : beVana ;
Talon : Gedern ;
Bordure de cuir (sur la couture)) : siouiq ;
Languette de cuir de couleur cousue sur le dessus de Tempeigne : bennara;
Broderie en or sur la babouche : trounia ;
Broderie en soie sur Tempeigne, en large : khcrVa ; en long : dal ;
Alêne : echfa ;
Tire-pied : rekab ;
Lanières : siour ;
Aiguille : ibra ;
Maillet : Men\em, khelif et tebt'in ;
Fil à poix : fella del quenneb ;
Poix blanche de cordonnier : chemâa ;
Pinces : zarrada ;
Tranchant : chefra ;
Ciseaux : meqaç ;
Etabli de cordonnier : qermil ;
Chanvre : qenneb ;
Poix : zeli.
Le kherraz ("cordonnier) donne les babouches confectionnées à un déliai (crieur public), qui va
au Souk-es-Sobat, et vend en gros (par piles de 10, 20 et 30 paires). Sur la place, les mesoueqin (négociants), qui se tiennent dans les magasins des Kouanti (boutiquiers), achètent en gros ; de là, ils font transporter les babouches à leur fondaq.
Le kherraz vend à mesure qu'il a des babouches prêtes. Tous les jours, la vente aux enchères a lieu au Souk-es-Sobat ; depuis Vovli (midi) jusqu'à Vàcer (3 heures 1/2), la rue est pleine de mesoueqin et de dellala. Les marchandises destinées à l'exportation sont envoyées à Tanger et à Larache. Il est des jours où il se vend jusqu'à 2.000 paires de babouches au Souk-es-Sobat. Celles qui sont destinées à la vente locale sont conservées chez les boutiquiers du Souk.
Différentes sortes de babouches ;
Seriksi : babouches très fmes en cuir jaune des citadins.
Rih'ia : babouches en cuir noir, pour les femmes.
Ourdi : babouches en cuir brun, pour les paysans.
Belra ziouani : babouches en cuir jaune, avec grosse semelle en cuir rouge (pour l'exportation).
Cherbil : babouches de femmes en cuir rouge uni.
Cherbil beqqami : babouches de femmes en cuir violet uni.
Cherbil ranji : babouches de femmes en cuir orangé.
Cherbil bes sqali : babouches de femmes en cuir, de diverses couleurs, avec des broderies d'or et d'argent.
Cherbil bel mejdoul : pantoufles de femmes avec ornements en satin et en velours et avec cordons.
Les Cerrafin ou savetiers sont groupés dans deux recoins où viennent échouer les vieilles chaussures à réparer. L'un d'eux se trouve sur le pont de
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par un mâllem (patron). La construction des murs se fait en commun avec des dames en bois ; les ouvriers, pour s'entraîner, chantent en damant toute la journée durant. Les plus habiles et le mâllem, une fois les murs achevés, s'occupent de la couverture, du crépissage, des cadres de fenêtres et de portes ; ensuite, ils laissent aux mâllemin (Tezzelaii le soin de carreler l'intérieur en mosaï {\\\Q. Des nègres (biadha) font les blanchiments nécessaires.
Celui qui fait construire traite à forfait avec le mâllem, qui se charge de fournir les ouvriers, les matériaux, les bois de construction. Souvent, l'évaluation du maître-maçon est à dessein inférieure, pour ne pas trop effrayer le propriétaire qui fait bâtir. Au cours de la construction, les travaux sont parfois interrompus, et il faut une nouvelle avance de fonds pour continuer et achever la bâtisse.
De l'extérieur, les habitations ont un aspect assez déplorable avec leurs murs élevés et nus, sans alignements, et le plus souvent sans la moindre fenêtre sur la rue. L'entrée est fermée par une porte en bois blindée de zinc et d'apparence très rustique. \]n corridor assez sombre aboutit à. une cour centrale, autour de laquelle s'ouvrent des chambres allongées et étroites au rez-de-chaussée et au premier étage. Chez les gens de misérable condition, la cour est de petites dimensions, obstruée en haut par une grille massive, sur laquelle on étend de vieux sacs en été pour se garantir du soleil ; les pièces sont exiguës.
Dans les maisons riches, la cour intérieure est protégée par de riches tentures qui sont accrochées aux arceaux de la galerie, ou bien le toit est suffisamment avancé pour former hangar et abriter le rez-de-chaussée contre des rayons trop ardents. Les chambres sont vastes, aérées par de larges portails ; près de la porte du vestibule, se trouve une mesria on chambre isolée, dtàiinée aux réceptionô
— laides hôtes de la maison. Si le propriétaire est un négociant, une dourya ou maisonnette indépendante flanque la maison et seît de bureau ; elle a une entrée indépendante.
La décoration des maisons ne varie que par le luxe des détails : les boiseries des plafonds sont peintes avec plus ou moins de délicatesse ; les murs, depuis îe plafond jusqu'aux bas-côtés, sont souvent évidés en plâtre {noqch KedMui) ; les bascôtés sont couverts de revêtements en mosaïque de faïence. Sur un côté d« la cour ou patio, se trouve généralement une fontaine ; le bassin est surmonté de revêtements en zellûij (cart^eaux de faïence) en forme d'arc de cercle, trois ou quatre trous parallèles correspondent aux conduites d'eau qui coulent incessamment. Souvent, au milieu de la cour dallée de marbre ou de zellaïj, une vatsqoe en marbre laisse échapper un jet d'^au abondant.
Lps mâllemin d zelaij ou dessinateurs de mosaïque, après s'être rendu compte de la surface à recouvrir en petits carreaux vernissés, font tailler chez les potiers la quantité de losanges, triangles, étoiles et petits rectangles qui leur sont nécessaires.
Les potiers .tailtent ces figures géométriques à vue de nez avec une petite hachette et réussissent à les fabriquer toujours dans les mêmes proportions. Les ajusteurs, avec une grande dextérité et un véritable art de tradition, appliquent dans un enduit de ciment^ sur le sol et dans le mur, ces petits morceaux de terre vernissée et coloriée, par l'assemblage desquels ils obtiennent des entrelacs géométriques du plus heu-reux effet. Ijcs mosaïstes sont des gens très artistes ; au moyen de quelques couleurs (blanc, noir, jaune, vert, bleu), ils arrivent à tirer le maximum d'effet de leurs combinaisons assez variées.
Cependant, tous ces dessins, comme ceux des sculpteurs sur plâtre (noqch h'edidat)^ des sculpteurs et enlumineurs sur boiseries sont exécutés
d'après de vieux modèles, dont la plupart sont vulgarisés par des découpures en papier. Il est rare que les artistes y apportent des innovations personnelles.
L'art du bâtiment est un de ceux qui se sont le mieux conservés à Fez. S'il se désintéresse totalement de l'aspect extérieur des maisons, il excelle à décx)rer les intérieurs, à les embellir au moyen de toutes les minuties de l'ornementation. Parmi les dessinateurs en mosaïques, l-es plus célèbres sont actuellement : El Hadj Kaddour ben Makhlouf let Si Ahmed ben Cherif ; parmi tes ajusteurs, les deux plus recherchés sont deux cheurfa de Figuig. Le meilleur sculpteur sur pl&tre se nomme El Hadj el Hassan el Guebbas. Enfin, les sculpteurs sur bois les plus recherchés pour l'ornementation des plafonds se nommant : El Hadj Mohammed es Saharaoui et El Mâllem Idris el Assouli.
Les riches musulmans de Fez ne trouvent rien ûe trop beau ni de trop cher lorsqu'ils font bâtir. Tout leur luxe se place pour ainsi dire dans la construction de maisons dont tes intérieurs sont 4e véritables palais. En général, les plus belles maisons de Fez sont de date assez récente, car c'est seulement depuis une quinzaine d'années que la fortune publique a augmenté.
Les habitations dont l'intérieur est orné avec le plus d'art et le plus de ridhesse sont les suivantes :
Dur Djaiiiaï (apparlenant à une famille dont plusieurs nionibres furent vizirs au temps de Moulaï-Hassan).
Dar el Mokrl (niai son de ïam'ui de ce nom).
Dar el Meneblii (habitation de l'ex-ministre).
ï>ar ben Sliman (demeure du ministre actuel des Affaires étrangères).
Dar Tazi (demeure du ministre actuel des finances).
La construction dite h' -ûdr^a est la maison mauresque ordinaire à peu près carrée, avec cour inté-
rieure, galerie au rez-de-chaussée et au premier étage, telle que nous l'avons décrite plus haut. C'est le type des mai-sons de Pas-el-Bali ou « maisons de ville ».
La construction dite makhzenia comporte des chambres très élevées, mais pas d'étage ; les pièces sont dans deux corps de bâtiments qui se font face et entre lesquels il y a une cour allongée pavée en mosaïque ; d'un seul côté, un mur élevé relie les deux bâtiments. Les deux grandes pièces principales qui se font face et dans lesquelles on a accès par de vastes portails sont précédées de colon- • nades.
La construction dite Riadh est spéciale à Fas-el- Bali et au quartier de Ras-el-Jenan. Elle comporte deux grands pavillons rectangulaires, qui ont généralement une ou deux pièces (minzah) chacun au premier étage.
De môme que la maison dite ?na/i'hzc?iia, il y a au rez-de-chaussée une grande chambre dite kouhba. Entre les- deux corps de bâtiment, il y a un superbe jardin dont les allées sont pavées de carreaux de céramique multicolores et serpentent au milieu de corbeilles de Heurs et d'arbres fruitiers. De chaque côté, un mur élevé forme clôture et relie les deux bâtiments. Le tout forme un losange à peu près parfait. Une îïvesna ou pavillon séparé, auquel on accède par une porte et un escalier spécial sert de salon de réception aux visiteurs, qui de la sorte ne pénètrent pas les secrets de l'habitation de leur hôte.
La construction dite i^'^rsaest toute récente.Elle ne se pratique que le long de la colline du D'ouh, au sud de Pas-el-Bali, très aérée et très saine. C'est une villa qui consiste en un seul corps de bâtiment placé à l'extrémité d'un jardin très allongé et clôturé de murs. De la qoubba, on aperçoit l'amoncellement des terrasses de Fas-el-Bali, qui s'étagent le long et au bas de la colline.
Voici quelques termes techniques spécialement employés par les maçons de Fez :
Fil à plomb : mizan ; Equerre : ichkouadra ;
Instrument qui tient de la truelle et de la bêche : mellasa, pala; Martelet : meiirqa ; Instrument à crépir : fermas ; Plâtre : guebs ; Pierres : ICaier ; Mortier : befli ; Ciment : borslan ; Brique : deqqa ; Mur en pisé : Vabia.