CHAPITRE X
Petits Métiers et petites Indijistries
§ I. — Bouchers (Gaezzara)
Les guezzara (bouchers) sont disséminés dans toute la ville. Pour la plupart, ils sont originaires des Harratin de TOued Drâa (Berbères bruns). Ils ont un amin, chef de leur corporation, et ne paient pas Vacher. Mais à côté de cela, ils paient une taxe spéciale pour Tabattage des bêtes.
Les bœufs et les moutons sont abattus dans quatre abattoirs, que des entrepreneurs louent aux habous. Ces entrepreneurs se paient sur les déchets des animaux qui leur sont abandonnés. Un amin perçoit le guerjouma, qui est de pes. 25 par mouton égorgé et de pes. 50 par bœuf. En principe, le produit de cet impôt est destiné à assurer Tentretien et le balayage des rues de Fez. Le percepteur de la taxe en transmet le total à Y amin el Mostafadh. De plus, le Mohtaseb a droit à 2 livres de viande par jour de la part de chaque boucher pour sa consommation personnelle ; cette imposition peut être acquittée en argent.
§ II, — Jardiniers (Jennana)
Presque tous les jardiniers sont Djebala et forment une corporation. Les légumes et les fruits recueillis dans les jardins de Fez sont réunis et vendus dans un fondaq spécial, marché qui ne fonctionne que cinq mois de Tannée, depuis le printemps (fèves) jusqu'à la fln de Tété (pastèques
et melons). Les légumes fournis par la campagne paient une taxe pour la vente. Ceux qui sont originaires des jardins de Fez en sont exemptés. Certains fruits, comme les grenades, les citrons et les oranges, se vendent au marché appelé Rahbat ez zebib.
Hor& la ville, les jardins occupent depuis Bab el Hedid jusqu'à Bab el Jedid les pentes escarpées, les pentes de la vallée de l'Ouislen (branche extérieure de rOued Fas), De l'autre côté, à l'Est, ils s'étendent sur les deux berges de l'Oued Fas jusqu'à proximité du Sebou. Ils sont plantés d'arbres d'essences tempérées : abricotiers, pêchers, pru* niers, pommiers et oliviers. Dans les carrés bien irrigués, les jardiniers cultivent des légumes et du chanvre.
§ m. — Portefaix (Zerzaïa)
Le zerzaï de Fez est à la fois un commissionnaire et un portefaix ; il porte les paquets, fait les commissions, conduit les Européens à travers la ville, tient les montures de cavaliers devant les portes ou auprès de la Qaïçarïa, Vamin de chaque groupe de zerzaïa reste sur place et choisit à tour de rôle (ben nouba), ceux qui sont réquisitionnés au Dar-el- Makhzen. L'amin a un tant pour cent (5 0/0 ordinairement) sur les salaires des zerzaïa.
Le zerzaï est généralement scrupuleux. Si un Fasi a à se plaindre de l'un d'eux, il va trouver l'amin. Celui-ci fait la police de son groupe et fait emprisonner au besoin celui qui commet un abus de confiance. Il est choisi par ses pairs, qui le nomment suivant ses qualités de justice et de travail.
Le mot de zerzaïa vient de ce que les premiers d'entre eux se recrutaient dans la petite tribu des Zerzaïa, sur la Moulouïa, prés de Feqqous, au pied du Djebel Queddanin. Les portefaix ou zerzaï proviennent actuellement de tous les villages environnant la fraction des zerzaïa^ des Oulad el Hadj et
des Béni Hayoun (petite tribu berbère sise à trois jours de Fez, entre les Ait Youssi et les Béni Ouaraïn).
Les zerzaïa viennent de leur pays à Fez « quand ils commencent à jeûner », c'est-à-dire à Tâge adulte (18 ans). Ils vont et viennent de leur pays à Fez, agissant en cela comme les Biskri entre Alger et Biskra. Ils n*ont pas un amin, chef de tous les portefaix, mais un amin par groupe, originaire de la même région. Chaque groupe est justiciable de son amin et du pacha de Fas-el-Bali. Les zerzaïa ne donnent pas de hedya au Makhzen.