CHAPITRE XI
Conelnsion
Ainsi que nous l'avons vu plus haut, les troisprincipales industries de Fez sont : la fabrication des tissus, la mégisserie et la cordonnerie ; les produits manufacturés de ces industries sont destinés tant à la consommation locale qu'à l'exportation dans tout le Maroc et en pays étrangers. La mégisserie, grâce à ses procédés restés excellents, s'y maintiendra certainement tant que les préparations chimiques employées en Europe donneront des résultats très inférieurs au tannage proprement dit. La cordonnerie, dont la qualité dépend des cuirs employés, continuera à être très prisée par les musulmans qui s'en servent, tant au Maroc qu'en Algérie et en Tunisie, et peut-être même prendra-t-elle plus d'extension le jour où le pays sera pacifié, et les moyens de communication et"de transport plus commodes et plus réguliers.
La fabrication des tissus est, au contraire, appelée à péricliter, du moins en ce qui concerne le tissage des soies et des cotons, qui tend à disparaître devant les importations de plus en plus nombreuses de l'Europe. Les lainages résisteront mieux sans doute ; fabriqués, lentement il est vrai, mais avec la laine du pays, avec une main-d'œuvre àbon marché, ils sont obtenus dans des conditions économiques qu'il sera difficile de concurrencer. Il est possible même que ces lainages soient appelésà trouver des débouchés nouveaux en Algérie lors-
•que la route de Fez à Oujda jouira d'une réelle rsécurité.
En dehors de ces industries de caractère purement indigène, Fez est appelée à devenir le centre de grandes manufactures modernes, cela grâce à son admirable situation. L'Oued Fas, divisé en de nombreuses branches, traverse la ville d'un courant rapide, roulant des eaux vives qui ne tarissent jamais. Le l3ord de ces canaux aux ondes claires et abondantes verront certainement plus tard de -grandes usines se construire pour utiliser la force en houille blanche que représente le volume d'eau considérable qui se déplace sans cesse à travers Fez. Quelques minoteries bien aménagées remplaceront avantageusement les 160 petits moulins qui s'échelonnent le long des rives de l'Oued Fas. Des scieries mécaniques, mues par un courant vigoureux, débiteront les bois de construction qui seront amenés en hiver par l'Oued Sebou jusqu'à proximité de Fez, et participeront à l'activité nouvelle •que nécessitera l'extension de la ville hors de ses murs.
Les petits métiers indigènes resteront ce qu'ils :sont, adhérents à la vie indigène elle-même, comme ils se sont maintenus à Tunis, à Constantine. Il faut espérer que certaines spécialités locales comme la poterie, et surtout la fabrication des zelldij, ne disparaîtront pas ainsi que cela a eu lieu à Tunis. J'aime à croire que lorsque l'architecture européenne viendra plus tard exercer son habileté à Fez, elle saura utiliser intelligemment les mosaïques en carreaux de faïences et les noqch Kedidai qui, avec les sculptures sur boiseries, donnent aux intérieurs de Fez ce cachet si pittoresque et si -agréable qu'on ne retrouve nulle part ailleurs.
La véritable transformation de Fez, lorsque la civilisation européenne sera parvenue à l'entamer, *ce sera la mise en valeur de sa réserve d'eaux courantes, sans compter l'utilisation des eaux du Se-
bou, qui roule également des flots abondants à 4 kilomètres de là. Ce jour-là, Fez, qui fut durant des siècles le plus grand centre religieux du Maghretr, en même temps que la ville la ï>1us réputée dans rOccident musulman, pour la science de ses maîtres et de ses étudiants, deviendra la capitale industrielle de l'Afrique du Nord. Et cette évolution dans un sens plus matériel ne démarquera en rien la grande ville aux yeux du monde civilisé.
Ch. René-Lecleiic.
Diplômé d'Arabe et de Berbère,
Membre correspondant dn Ministère
de rinstruction publique.
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Page 69, ligne 3, lire \ m,e\ass^ au lieu de méKaffa.
Page 71, ligne 3, lire ; zouan (alpiste).
Page 71^ ligne 12, lire : pyrèthret a^n lieu de pirette.