PROCÉDÉS ACTUELS DE BLANCHIMENT
Quand les plumes sont très blanches de nature, il suffit de les savonner, elles peuvent alors être teintes en couleurs même claires ; le duvet reste alors beaucoup plus soyeux que quand les plumes ont dû être blanchies, ce qui les rend toujours un peu rêches.
Les procédés que nous décrivons permettent de blanchir même des plumes grises ou noires, mais pour ces dernières on n'obtient qu'un blanc jaunâtre.
Avant de procéder au blanchiment proprement dit, on fait subir aux plumes les différentes opérations du savonnage jusqu'au piquage exclusivement.
Le blanchiment peut s'obtenir par divers procédés, mais nous n'en retiendrons que deux qui sont, du reste, les plus usités.
i° Blanchiment à l'eau oxygénée. — L'eau oxygénée se décomposant rapidement sous l'influence d'un changement de température, il est bon d'opérer dans une pièce close à l'abri des rayons du soleil.
On verse dans une cuve en bois, en grès ou en porcelaine (ne jamais se servir de récipients métalliques) de l'eau oxygénée à 12 volumes et on y ajoute 3 0/0 d'alcali.
On immerge les plumes dans ce bain et pour les y maintenir en pose dessus une petite planche de chêne bien propre.
On laisse les plumes dans le bain pendant deux heures environ ou pendant le double de temps si on a étendu l'eau oxygénée d'un volume d'eau pure égal au sien ; dans ce cas, il faudra y mettre 5 ou 6 0/0 d'alcali.
Ce bain doit être maintenu à une température voisine de 200 C, et la cuve sera recouverte d'un couvercle en bois.
En sortant des plumes du bain d'eau oxygénée, on les rince à l'eau froide dans quatre bains successifs.
Après le rinçage, on fait subir aux plumes le traitement indiqué précédemment pour le savonnage et à partir du piquage inclusivement.
N. B. — L'eau employée pour le bain d'eau oxygénée et pour le rinçage doit être d'une grande pureté, il est même bon, pour le premier de ces bains, de faire usage d'eau distillée.
2° Blanchiment au permanganate de potasse et au bisulfite de soude. — Le permanganate de potasse est un composé oxydant très instable ; les fibres décomposent le sel en s'emparant d'une partie de l'oxygène naissant, ce qui produit leur décoloration.
On prépare, dans une cuve en grès, un bain de permanganate à raison de 25 grammes par kilog. de plumes avec de l'eau à 500 C.
On plonge les plumes dans ce bain pendant 15 minutes environ et jusqu'au moment où le duvet prend une teinte violet rougb foncé ; au sortir du bain, les plumes deviennent marron foncé ; plus elles sont sales, plus il faut de permanganate ; pour le dosage du produit, on se base sur la teinte que prennent les plumes au sortir du bain.
On plonge ensuite les plumes directement et sans rinçage dans un bain composé de bisulfite de soude (150 grammes), acide sulfurique à 66° B. étendu de son volume d'eau (50 grammes) et eau à 500 C. (10 litres); on les y laisse pendant un quart d'heure environ et jusqu'à ce qu'elles soient devenues blanches.
On rince ensuite à quatre ou cinq eaux et on fait subir aux plumes le traitement indiqué pour le savonnage à partir du piquage inclusivement.
Ce procédé est beaucoup moins usité que le premier, car il a l'inconvénient de donner un blanc moins durable et, de plus, le duvet ne devient jamais aussi beau qu'avec l'eau oxygénée; en outre, il est dangereux pour la solidité du duvet, et il est même préférable d'opérer le traitement en deux fois et avec des solutions plus faibles, ce qui diminue les risques de détérioration.
. Azurage. — Quand les plumes viennent du blanchiment, elles sont d'une teinte blanc cru tirant quelquefois sur le jaune; pour remédier à cet inconvénient, on procède à l'azurage.
Autrefois, on se servait d'eau amidonnée, contenant 60 grammes d'amidon par litre et la quantité de bleu d'outremer nécessaire pour arriver à la teinte désirée ; mais, depuis la découverte des violets d'aniline, on procède comme suit :
Dans le bain de piquage on ajoute, en même temps que l'amidon, quelques gouttes de Violet de Paris 7 B. Le bain prend une coloration d'un beau bleu azuré; on y laisse la plume pendant le temps nécessaire pour obtenir le blanc cherché, mais il est préférable de se tenir toujours un peu au-dessous de cette teinte.
Le violet est de beaucoup préférable au bleu, car il couvre mieux la teinte jaune et donne un ton de blanc beaucoup plus chaud.
DETIRAGE
Détirage, — Quand la plume a été teinte ou blanchie, puis séchée, ses barbes se trouvent légèrement couchées sur la côte.
Afin de lui donner une bonne apparence et d'en faire ressortir la largeur, il faut procéder à une opération qu'on appelle le détirage.
Pour effectuer ce travail, l'ouvrière tient la plume entre le pouce et les autres doigts de la main gauche, à 5 ou 6 centimètres au-dessus du culot; elle rejette les barbes vers le pied de la plume, le pouce glissant sur le dessus de la côte, et les autres doigts appuyant légèrement le dessous des duvets, en opérant une légère traction vers le bas.
On agit ainsi sur des portions successives de plus en plus rapprochées de la tête du brin, de telle sorte qu'il ne reste plus qu'une faible partie à détirer; cela évite de casser la côte, qui est très fine à l'extrémité, et cela pourrait se produire si on voulait détirer toute la longueur de la plume en une seule fois.
Quand le détirage a été bien fait, les barbes de la plume se trouvent disposées régulièrement et presque à angle droit sur la côte, mais il faut que l'ouvrière ait une grande légèreté de main.