PRINCIPES DE LA TEINTURE
Certains corps colorés possèdent la propriété de céder aux autres corps avec lesquels ils sont mis en présence dans un liquide, tout ou partie de la teinte qui leur est propre ; on les désigne sous le nom de corps colorants, et la partie qu'ils cèdent aux autres corps est dénommée matière colorante. Tous les corps colorés ne sont cependant pas colorants et certains corps, comme les métaux, ne sont pas susceptibles d'absorber les couleurs. Il y a lieu d'en déduire qu'il existe une relation entre la forme et la disposition des molécules d'une substance déterminée et son pouvoir colorant.
La coloration est le résultat des phénomènes dûs au spectre lumineux et dont l'étude sortirait du cadre de cet ouvrage.
Les procédés employés pour fixer les couleurs sur les corps ont reçu le nom générique de teinture.
Une couleur n'est véritablement fixée sur une fibre qu'autant que la couleur est en état de résister aux actions physiques extérieurs comme le frottement, à la lumière du jour et même à un lavage énergique à l'eau pure ou savonneuse. Il faut donc, pour qu'il y ait teinture, que la matière colorante pénètre la fibre en faisant désormais corps avec elle ; dans la réalité, le produit colorant pénètre dans les cellules par endosmose et se combine intimement avec la cellulose qui les constitue.
Il y a des matières colorantes directes, c'est-à-dire se combinant d'ellesmêmes avec la cellulose sans emploi d'un corps intermédiaire ; les autres sont appelées indirectes, parce qu'elles ne formeraient avec les cellules des fibres que des combinaisons peu stables si on n'avait recours à des substances intermédiaires qui ont reçu le nom de mordants.
Les mordants sont des produits qui ont pour la couleur une grande affinité et qui ont le pouvoir de la fixer sur les corps qui, sans eux, refuseraient de se combiner avec elle.
On a cru à tort, pendant longtemps, que les mordants n'avaient qu'une action toute mécanique qui consistait à ouvrir les pores des corps à tein Ire, de façon à y faciliter la pénétration de la couleur.
Emploi de l'eau en teinture. — La plupart des produits tinctoriaux employés aujourd'hui sont solubles dans l'eau; telles sont les couleurs d'aniline. La question du choix de l'eau devant servir aux bains de teinture ou de blanchiment est de la plus grande importance. Il est absolument essentiel de n'employer que de l'eau douce, c'est-à-dire ne contenant pas trop de sels de chaux ou, ce qui revient au même, ne décomposant pas le savon avec formation de savon calcaire insoluble.
En effet, pour les matières colorantes solubles dans l'eau, la présence de sels calcaires trop abondants en précipite une partie à un état tel que la cellulose ne peut plus l'absorber.
Il faut également éviter l'emploi d'une eau contenant des sels de fer, ce qui est facile de reconnaître à l'absence de précipité par le prussiate de potasse.
Il existe aujourd'hui un grand nombre d'appareils industriels pratiques, destinés à l'épuration des eaux ; chaque fois que cela sera possible, on recueillera les eaux de condensation de l'usine et on réalisera en même temps par ce moyen une économie de chauffage.
La quantité d'eau qu'on emploie pour dissoudre une matière colorante a une certaine influence sur le ton qu'on veut obtenir; il faut donc, autant que possible, que le volume du bain soit proportionné au poids de la plume à teindre et au pouvoir colorant du produit employé.
Si le volume de l'eau était trop considérable, on serait forcé de laisser ie bain à l'ébullition pendant trop longtemps, ce qui conduirait à une dépense inutile de vapeur et nuirait en même temps au degré de solidité du duvet teint.
Procédés de chauffage. — On ne se servait jadis que de bassines ou de cuves chauffées à feu nu. et ce procédé subsista longtemps encore, après la découverte de la vapeur; celle-ci n'était, en effet, au début, employée que comme force motrice et c'est seulement en 1809, qu'un grand manufacturier d'origine suisse, Samuel Widmer, eut l'idée de l'utiliser pour le chauffage des bains de teinture. '
Les premiers essais furent faits en présence des membres de l'Institut et l'année suivante, en 1810, son procédé reçut une première application à la manufacture de Jouy.
Widmer ne garda point pour lui son secret, et bientôt sa méthode se répandit partout, faisant ainsi faire de grands et rapides progrès à l'art de la teinture.
Les avantages de ce nouveau mode de chauffage étaient nombreux et considérables; en effet, outre l'économie de temps et d'argent qui en résultait, le teinturier pouvait employer des récipients, de nature, de formes et de dimensions appropriées aux matières à teindre.
En ce qui concerne l'industrie de la plume, ce n'est guère avant le milieu du siècle dernier que fut mis en pratique le chauffage à la vapeur, et son emploi coïncida à peu près avec la découverte des couleurs d'aniline.
Il est à remarquer en passant que, en dehors de la teinture, l'idée de Widmer contribua pour une large part au développement rapide d'un grand nombre d'industries diverses.