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MATIÈRES COLORANTES ET PRODUITS DIVERS EMPLOYÉS POUR LA TEINTURE

Les teinturiers de jadis n'avaient à leur disposition que des quantités restreintes de produits colorants, mais leur instruction et leur habileté étaient d'une grande importance pour la réussite de leurs opérations, basées presque toutes sur une longue pratique du métier. En outre, la chimie et la physique n'avaient pas encore atteint le degré de perfectionnement auquel ces sciences sont arrivées maintenant. Il en résultait qu'on distinguait facilement un ouvrier instruit et habile d'un autre moins capable.

Aujourd'hui, ces différences de capacité professionnelles sont presque impossible à apprécier et cela depuis que le nombre considérable de couleurs mises à la disposition du teinturier a simplifié ce métier, au point d'en faire presque une simple question de mélange et de coup d'œil.

Nous ne voulons pas dire par là que le teinturier moderne est peut-être moins instruit qu'autrefois (et cela n'est pas vrai, bien au contraire), mais dans la réalité, la concurrence se réduit aujourd'hui pour une grande part à la question d'économie.

Nous avons pu constater et nous constatons cependant tous les jours qu'une bonne instruction élémentaire facilite beaucoup au débutant l'apprentissage de son métier et que s'il sait apporter dans son travail le sérieux et l'attention nécessaires il deviendra rapidement un bon ouvrier et même un excellent contremaître.

Il existe aujourd'hui de bons ouvrages que le vrai teinturier consultera avec fruit, car il y puisera des renseignements sur les produits qu'il emploie et sur la meilleure manière de les employer.

Dès l'année 1878, plusieurs fabricants de plumes préoccupés du recrutement des ouvriers, avaient essayé d'installer une école de teinture, où pendant quelques heures le dimanche ils envoyaient leurs apprentis prendre des leçons. Ces essais n'ont pas réussi et on ne peut que le regretter car là se trouvait la solution du problème et le bon fonctionnement de cette école aurait permis le recrutement des ouvriers en conciliant leurs intérêts avec ceux des patrons qui éprouvaient souvent de grandes difficultés à se procurer un personnel sérieux et habile.

La non réussite de cette école de teinture doit avoir eu aussi pour effet de décider un assez grand nombre d'ouvriers à s'établir à leur compte comme ouvriers à façon, espérant ainsi gagner plus sûrement leur vie qu'en restant dans des ateliers où la durée de la morte-saison ne leur permettait pas de vivre. Il en est résulté ainsi, qu'au lieu de chercher à perfectionner leur travail, ces façonniers ne pensaient qu'à produire beaucoup pendant la période où ils avaient du travail ; malgré tout, un certain nombre abondonnèrent le métier de teinturier en couleurs, pour ne s'occuper que du blanc ou du noir, ou même pour entrer dans le laboratoire des chapeliers.

Aujourd'hui et depuis quelque temps déjà une amélioration sensible peut être constatée dans cet état de choses ; on peut l'attribuer à ce fait que par suite des exigences de la mode, du luxe moderne et aussi de la concurrence qui en est résultée, les contremaîtres des ateliers de teinture, qui se sont créés dans les maisons de modes, s'ingénient à obtenir de belles et fines teintures sur toutes les espèces de plumes ; de fait, on est arrivé à des résultats souvent très appréciables dans un certain nombre de ces ateliers de teinture, grâce à la coopération constante et journalière des teinturiers avec les vendeuses et les premières ou les créatrices des ateliers de plumes.

Les matières colorantes employées pour la teinture des plumes peuvent être divisées en trois groupes suivant leur nature.

i° Les matières colorantes naturelles d'origine organique; 20 Les matières colorantes artificielles; 30 Les matières colorantes minérales.

Les matières colorantes organiques naturelles sont tirées en majeure partie des végétaux; quelques-unes, comme la cochenille, appartiennent au règne animal.

Elles n'ont en général pas une très grande stabilité à part l'indigo et l'alizarine; ce groupe n'est plus aujourd'hui employé dans l'industrie de la plume.

Les matières colorantes artificielles sont toutes des dérivés du goudron tie houille; leur éclat est plus vif que celui des matières colorantes naturelles, mais comme stabilité, elles leur sont généralement inférieures bien qu'on soit arrivé aujourd'hui à fabriquer des matières colorantes artificielles assez stables et donnant surtout des teintes éclatantes et pures.

Les matières colorantes minérales sont presque toutes insolubles dans l'eau, aussi leur emploi en teinture est-il restreint et pour la plume on n'en emploie que deux : le sulfate de fer et le sulfate de cuivre.

Matières colorantes organiques naturelles. — Cette catégorie de matières colorantes n'est plus guère employée aujourd'hui pour la teinture des plumes à pari quelques-unes.

Extrait d'orseille. — L'orseille est un lichen; l'un est marin et se trouve dans la Méditerranée et les mers d'Orient, l'autre terrestre, croît sur les rochers de l'Auvergne, des Pyrénées, etc. On en trouve également de grandes quantités sur la côte Sud-Ouest de Madagascar. Autrefois, dès le XIVe siècle et jusqu'au commencement du XIXe, on employait l'orseille dans les bains à l'état naturel, mais depuis, au moyen d'un traitement chimique, on fabrique l'extrait d'orseille qui est vendu sous la forme d'une pâte violet rouge.

L'orseille est soluble dans l'eau et dans l'alcool.

Indigo. — Ce produit était connu dans l'antiquité. La plante d'où s'extrait cette matière tinctoriale est cultivée en Chine, au Japon, en Egypte et en Amérique ; aujourd'hui, ce produit est livré au commerce sous le nom de carmin d'Indigo; il est tiré du sulfate d'indigo par la soude de Solvay et a la forme d'une pâte bleu foncé; il se fixe par lui-même sans le concours d'aucun mordant.

Curcuma. — Ce colorant est tiré des tubercules du « curcuma tinctoria » dénommé communément a safran des Indes » et « gingembre jaune de Madagascar ». La meilleure qualité vient du Bengale; ce produit est soluble dans l'eau bouillante et donne une belle teinte jaune d'or.

Campêche. — Ce produit est tiré d'un arbre qui croît au Mexique et

aux Antilles, Yhaematoxylum campechianum, dont le tronc contient un principe colorant appelé hématoxyline ou hématéine ; il sert à obtenir les gris, les noirs et les bleus selon les sels employés comme virage. L'extrait de campêche se présente commercialement sous la forme d'une masse noire ressemblant à de la poix.

Avec les sels de fer il donne un noir très solide.

Extrait de châtaignier. — Le bois de châtaignier renferme du tannin, produit qu'on rencontre dans beaucoup d'autres essences d'arbres.

Pour fabriquer cet extrait, on fait une dissolution de châtaignier et d'aulne que l'on concentre jusqu'à' 250 B et qu'on livre dans cet état au commerce. Cent kilos de bois donnent environ vingt-cinq kilos d'extrait brut à 250 B.

Cachou. — Ce produit portait autrefois le nom de « Terre du Japon » ; on l'obtient par décoction du bois de certains acacias ou des fruits du palmier araquier, arbres qui poussent dans l'archipel indien.

Le cachou renferme deux principes colorants :

i° Un tannin particulier très soluble dans l'eau froide et qui se colore en vert olive par l'action des sels de fer.

2° Une substance incolore, insoluble dans l'eau froide, mais très soluble dans l'eau bouillante, qui a reçu le nom de catéchine.

Cette substance, qu'il est facile de séparer du tannin par un lavage du cachou à l'eau froide, devient noire sous l'influence des agents d'oxydation.

Il y a deux sortes de cachou : le brun qui vient de Calcutta et qui est le plus pur mais le plus cher, et le jaune qui vient de Batavia. La teinte dite « cachou » est de nuance beige.

Brou de noix. — Il est obtenu par une très longue macération dans l'eau de la partie charnue de la noix commune ; il contient une forte proportion de tannin et donne un beau noir.

Cochenille. — Ce produit était connu très anciennement et dès l'an 400 avant Jésus-Christ la Perse et les Indes en envoyaient déjà d'assez grandes quantités en Europe; on l'a longtemps considéré comme une graine, de là son nom de « graine d'écarlate », et c'est seulement au XVIe siècle qu'il fut démontré que c'était un insecte qui vit sur le nopal, espèce de cactus qui croit à l'état sauvage au Mexique et que l'on cultive en Algérie, en Espagne et aux Canaries. Le corps de cet insecte donne une matière colorante d'un rouge intense; il faut environ 150.000 insectes pour obtenir un kilogramme de cochenille sèche; un hectare de culture produit jusqu'à 300 kilogrammes par an.

Quercitron. — Cette matière tinctoriale est tirée de l'écorce d'un arbre le « Quercus tinctoria », qui pousse clans l'Amérique du Nord; cette écorce c-t broyée et livrée au commerce sous forme de poudre.

La dissolution sert à obtenir des teintes grises ou noires ; mais il ne faut jamais la préparer à l'avance car elle s'altère au contact de l'air en donnant un dépôt brun rougeâtre.

Alizarine. — C'est la matière colorante de la garance ; elle a été découverte en 1826, par Robiquet et Collin ; ce produit est peu soluble dans l'eau froide et même clans l'eau bouillante, pir contre, il se dissout facilement dans l'éther, l'alcool, la benzine, l'acide acétique et l'acide sulfurique. Il donne les teintes jaune, rouge, rose, noire ou violette selon les mordants employés.

Rocou. — Cette matière colorante est préparée avec la pulpe du fruit du « Bixa orellana » (Rocouyer), arbuste exploité dans l'Amérique du Sud et aux Indes.

Le « Roiicou >• fut rapporté en 1613 par les « sieurs de Ravardière et Rafilly, qui partirent de Cancale en mars 1612 avec trois vaisseaux et par la permission de la Reine régente ».

Ils rapportèrent en même temps le bois du Brésil.

Le rocou est soluble dans l'eau et dans l'alcool ; il donne les nuances aurore et jaune orangé; le meilleur est celui de Cayenne.

Matières colorantes artificielles; couleurs d'aniline. — L'aniline est obtenu par le traitement du goudron de houille et surtout par la réduction de la nitrobenzine.

En traitant la nitrobenzine par la limaille de fer et l'acide acétique on obtient de l'aniline par suite de la production de l'hydrogène naissant; ce procédé a été découvert par Béchamp, en 1854.

Le noir d'aniline est le produit de la déshydrogénation de l'aniline; en passant les plumes dans un bain d'aniline et en les exposant à l'air ozone, on obtient le noircissement direct.

Aujourd'hui on teint très facilement les plumes en toutes nuances avec les couleurs d'aniline, excepté cependant pour le noir qui est fait au campêche.

On peut teindre soit en bain neutre, soit en bain acide ; dans ce dernier cas, on fait usage de l'acide sulfurique ou de l'acide acétique.

Les colorants en bain neutre sont les moins employés. L'acide sulfurique donne de bons résultats et surtout un beau brillant, mais seulement avec les plumes de première qualité dont le duvet est assez solide pour résister à son action corrosive.

L'acide acétique est très employé pour obtenir des nuances vives.

Il existe des quantités de couleurs d'aniline qui sont fabriquées, dans différentes usines de France et de l'Etranger et il serait trop long de les citer toutes ici ; aussi nous contenterons-nous de donner la liste de celles qui sont les plus employées pour la teinture des plumes et qui permettent d'obtenir pour ainsi dire, toutes les nuances soit par l'emploi d'une seule couleur, soit par mélange.

Les couleurs d'aniline se trouvent généralement dans le commerce à l'état

de poudre et demandent à être conservées dans un endroit sec et complètement séparé de l'atelier de teinture où l'humidité due à la vapeur pourrait les altérer bien qu'elles soient livrées dans des boîtes métalliques hermétiquement closes ; une température élevée est également nuisible à leur bonne conservation.

Il serait très mauvais de mettre la couleur en poudre directement dans le bain et de plus les poussières soulevées par cette manipulation se répandraient dans l'ateiier et pourraient, en se déposant, salir les plumes à teindre.

L'emploi des couleurs d'aniline en solution permet en outre un dosage plus facile des bains et une économie de temps ; aussi on a l'habitude de dissoudre à l'avance dans l'eau la couleur en poudre dans la proportion de 1 à 2 0/0 en poids.

L'eau doit être à une température de 70 à 8o° C ; on agite avec soin jusqu'à complète dissolution et on filtre sur un feutre épais.

Quand l'eau est calcaire, elle donne lieu à un trouble dû à une insolubilisation partielle qu'on évite facilement par l'addition d'une petite quantité d'acide acétique.

Ce système ne doit être mis en pratique que pour les teintes d'un emploi courant, car il se formerait à la longue des dépôts insolubles et même des modifications de teinte.

Ces dissolutions doivent être conservées dans des flacons bouchés hermétiquement pour qu'elles soient à l'abri des agents extérieurs dont l'action est beaucoup plus forte sur elles que sur les couleurs en poudre.

Afin de faciliter la dissolution on ajoute quelquefois dans l'eau un peu d'alcool, ce qui permet en même temps de la conserver plus longtemps en bon état ; pour certaines couleurs il est même avantageux de les dissoudre dans de l'alcool pur à 950 C chauffé au bain-marie mais dans un récipient en cuivre.

Fuschine. — C'est une des premières couleurs d'aniline qu'on ait fabriqué; elie donne des tons différents suivant la marque.

La fuschine ordinaire donne les nuances groseille, mais avec les autres on obtient des rouges violacés, des grenats, des cerises, des amarantes ; la fuschine acide présente l'avantage de pouvoir s'employer avec les matières colorantes végétales comme l'indigo et avec les couleurs artificielles pour donner une grande variété de nuances composées ; les teintes données sont assez solides. Elles s'obtiennent également en bain neutre. La fuschine acide demande a être conservée dans des récipients absolument clos.

Eosine. — Ce produit appartient à la classe des phtaîêines et donne des nuances rouges et rose vif mais peu solides ; il tire en bain d'acide acétique.

Rhodamine. — Cette couleur est fabriquée par la « Badisch Anilin und Soda Fabrik », et sert à obtenir des nuances d'un très beau rouge extrêmement vif et très résistantes à la lumière ; de plus elle possède un grand pouvoir colorant ce qui en rend l'emploi économique ; on peut obtenir, suivant les marques, toute la gamme des rouges depuis le rouge ponceau vif jusqu'au rouge violacé.

Jaune de quinoléine. — Ce produit appelé aussi quinophtalone donne un jaune verdâtre très vif et très solide.

Violets de Paris. — On emploie fréquemment parmi les nombreuses marques de cette couleur, le Violet j B et le Violet 7 R qui permettent d'obtenir une grande variété de tons violets par suite des proportions très différentes de bleu et de rouge qu'ils contiennent ; c'est une teinte assez solide.

Roccelline. — Cette couleur se présente sous forme de poudre cristalline brun rougeâtre, peu soluble dans l'eau froide, mais un peu plus dans l'eau chaude ; ce produit tirant très vite, il y a lieu de prendre quelques précautions si on veut obtenir une teinture régulière. Il donne un beau rouge violacé solide et on peut le combiner avec le jaune naphtol, l'orangé et le carmin d'indigo pour obtenir toute la gamme des nuances comprises entre l'écarlate et le grenat.

Verts. — Il existe dans les couleurs d'aniline des verts plus ou moins bleuâtres ; les uns tirent en bain acide comme le vert de naphtaline et d'autres en bain neutre comme le vert malachite ; les teintes obtenues sont très solides et résistent parfaitement à la lumière.

Autres couleurs d'aniline. — Il existe une quantité considérable de couleurs d'aniline qui portent toutes des noms différents suivant leur provenance; nous donnons ci-dessous une liste de couleurs qui avec les précédentes permettent d'obtenir n'importe quelle nuance, soit au moyen d'un seul produit, soit par le mélange de plusieurs :

Cerise ; Jaune orange II ; Bleu national ; Bleu marine Bk ; Bleu Dôme ; Bleu turquoise ; Bleu lumière ; Bleu de Prusse ; Noir autruche ; Noir naphtol 12 B; Nigrosine W et W H ; Marron direct; Mandarine; Rose aurore (éosine sans acide).

Autres produits employés en teinture :

Rouille. — La rouille des teinturiers est un sulfate de peroxyde de fer ; quand on emploie les sels de fer comme mordants, il faut passer ensuite la plume dans un bain alcalin qui aura pour but de fixer l'oxyde.

Sulfate de fer (Mordant).

Sulfate de cuivre (Mordant).

Bichromate de potasse.

Permanganate de potasse.

Bisulfite de soude.

SëL d'oseille (Bioxalate de potasse).

Sulfate de soude.

Acide picrique.

Acide acétique.

Acide sulfuriquë.

Acide oxalique.

Amidon. — L'amidon est une matière organique blanche pulvérulente et inaltérable à l'air. On trouve de l'amidon dans les fruits des graminées (blé, riz, maïs), dans les graines des légumineux (fèves, haricots) et aussi dans certains fruits comme le marron d'Inde.

L'amidon est composé de grains très petits en nombre très variable et de formes différentes suivant sa provenance.

Comme exemple, on peut compter au microscope par millimètre carré :

Amidon de maïs 1.600 grains

Amidon de blé 450 grains.

L'eau froide ne modifie pas l'amidon mais sous l'influence de l'eau chaude les granules amylacées se gonflent en augmentant de 30 fois leur volume ; c'est cette propriété qui est utilisée dans le traitement des plumes pour faire ressortir et gonfler le duvet.

Teinture en couleur de l'autruche. — Avant de teindre les plumes, il suffit de les savonner si elles sont blanches naturellement, mais il faut les blanchir à Teau oxygénée si elles sont grises ou de couleur sale.

Chaque fois qu'on peut se contenter d'un savonnage, cela est préférable, car le duvet reste avec toutes ses qualités.

Le bain de teinture est préparé dans une bassine en cuivre de forme oblongue et à fond arrondi ; cette bassine doit être faite dans une seule feuille

de cuivre emboutie au marteau, de façon à éviter

^£^ ■-■-- ■■Cn? toute soudure qui serait attaquée par les acides

CuiMtr des bains ; à chaque bout se trouve une poignée

fixée sur le bord de la bassiné au moyen de rivets

=© fle cuivre.

Spatule Pour prendre la poudre servant à la teinture

on fait usage d'une longue cuiller double en cuivre qui permet également

d'agiter les bains et d'en retirer les plumes pendant le bouillon.

On peut aussi employer une spatule en cuivre.

Les plumes sont d'abord plongées dans un bain d'eau à 500 C, contenant un gramme par litre d'acide oxalique en cristaux et un peu de sulfate de soude; pour les très belles sortes de plumes du corps, on emploie l'acide sulfurique qui donne un beau brillant au duvet, mais sans adjonction de sulfate de soude; pour les nuances de rose on se sert d'acide acétique et pour le rose aurore (éosine sans acide), on emploie le sel d'oseille.

Quand les plumes sont bien imprégnées de ce liquide, on les sort de labassine, on ajoute alors au bain la quantité de couleur d'aniline que l'on juge devoir se rapprocher le plus du ton que l'on f~r^ veut obtenir. l^îy '

On amène le bain à l'ébullition et on le laisse Ecumoire

bouillir quelques minutes en remuant avec la cuiller pour bien dissoudre le produit ; pour retirer les plumes du bain en ébullition, on se sert quelquefois d'une sorte de passoire en cuivre.

On y plonge la plume pendant cinq à dix minutes en la remuant et la

retournant avec la cuiller et en observant la coloration qu'elle prend ; on la retire ensuite du bain et on l'essore dans un torchon bien propre. (La présence d'impuretés telles que savon, carbonate ou tout corps gras empêcherait la teinture de mordre.)

La plume étant ainsi bien essorée, on la secoue au-dessus d'une rampe à gaz pour bien la sécher; on la compare alors à l'échantillon et on rectifie le bain en y ajoutant la quantité et la sorte de couleur nécessaire pour obtenir le ton voulu ; quand il s'agit de teintes très claires et par suite délicates, on prépare le bain additionnel dans un récipient appelé cassin, dont on verse le contenu dans la bassine après dissolution parfaite du produit ; cela permet d'obtenir des différences de ton excessivement légères.

On trempe et on sèche à nouveau ; le nombre de trempages dépend évidemment de la capacité et du coup d'œil de l'ouvrier; il faut, en tout cas, bien se garder de chercher à obtenir la teinte par un seul trempage car si le bain est trop chargé de produit la plume se teint d'une façon inégale et reste blanchâtre par places ; il ne faut pas non plus sécher trop brusquement car la nuance pourrait être altérée.

Quand on a enfin obtenu la teinte voulue, on plonge la plume dans un bain de piquage et on lui fait subir le même traitement que pour le savonnage.

Plumes ombrées. — Les opérations que nous venons de décrire permettent d'obtenir des plumes de teinte unie, c'est-à-dire de la même nuance dans toutes leurs parties.

Pour les nuances ombrées dans lesquelles la teinte va en se dégradant du clair au foncé, on commence par teindre la plume en uni dans la nuance la plus claire ; puis on ajoute peu à peu le produit au bain en ébullition en ayant soin de bien mélanger chaque fois ; en même temps et après chaque nouvelle addition, on trempe la plume en partie en la faisant danser dans le bain afin d'éviter toute démarcation et d'obtenir une teinte bien fondue ; on contiue ainsi jusqu'à obtention de la nuance la plus foncée.

Plumes bordées. — On appelle plumes bordées, celles dont la teinte" est plus claire au milieu que sur les bords ou inversement.

On commence par teindre la plume en uni dans le ton le plus clair, puis on serre la partie qui doit rester ainsi entre deux plaquettes de bois de cinq à six millimètres d'épaisseur et de la largeur de la partie qui doit rester claire (ne pas employer de bois résineux pour la confection des planchettes).

On procède ensuite comme pour les plumes ombrées, par additions et trempages successifs; la partie emprisonnée entre les deux plaquettes clouées l'une sur l'autre, n'étant pas touchée par le liquide, conserve la teinte claire du début.

Mise en plaque pour plume bordée

On peut, par ce procédé, obtenir également des plumes bordées de plusieurs tons ou rayées dans un sens quelconque, ou portant des médaillons de diverses couleurs.

Plumes chinchilla. — On pose la plume sur un rouleau de bois d'environ six à huit centimètres de diamètre, la tige dans le sens de sa longueur.

On applique soigneusement les barbes sur la surface du rouleau et on enroule dessus à intervalles irréguliers et en la serrant bien une ficelle assez grosse; les spires de la ficelle sont espacées de deux à cinq millimètres. Les parties du duvet recouvertes par la ficelle, resteront de la nuance claire donnée au début alors que la teinte foncée produira sur les barbes de petites marbrures analogues à celles du chinchilla.

Plumes nacrées. — On dénomme ainsi les plumes dont les nuances données par la teinture ont des reflets changeants suivant l'angle d'incidence des rayons lumineux. On était déjà parvenu, depuis longtemps, pour les étoffes et particulièrement pour les soieries, à obtenir des nuances changeantes rappelant celles qu'on ren- Priparaiion dune piume contre dans la nature ; cet aspect n'a été obtenu pour

pour teinture chinchilla. ja piume d'autruche que plus récemment.

Nous prendrons comme exemple la teinture d'une plume dans les tons variant du vert au marron rougeâtre.

i° On teint la plume comme à l'ordinaire, dans un bain composé comme suit :

Eau 5 litres

Acide sulfurique à 66° B S grammes

Rouge ponceau brillant 20 —

On fait bouillir pendant une dizaine de minutes.

2° On rince dans de l'eau à 6o° C, contenant 40 grammes de carbonate de soude par litre, pendant environ dix minutes ; la teinte ne subsistera quesur la côte principale et sur celles des barbes dont les duvets ne garderont qu'une teinte un peu rosée ; dans le cas où le duvet serait resté encore trop rouge, on remettrait la plume à nouveau dans le bain de carbonate en le chauffant un peu plus et en y ajoutant 10 0/0 d'alcool.

30 Au sortir de ce bain, on lave à fond dans de l'eau acidulée.

40 On remonte le bain de teinture comme suit :

Eau 5 litres

Acide oxalique 30 grammes

Jaune de quinoléine 25 —

On fait bouillir pendant dix minutes, puis on rince à fond.

50 Dans le bain de teinture précédent on ajoute 2 à 3 grammes de violet

7 B, on y trempe la plume rapidement à deux ou trois reprises et on sèche aussitôt ; on obtient ainsi un reflet vert et si la teinte verte ne monte pas assez vite on plonge à nouveau.

6° On rince, on sèche et on passe à l'amidon.

Le coloris obtenu sera le suivant : côte principale et arête des duvets rouges, duvets jaune verdâtre mélangé de vert foncé avec des reflets rougeâtres.

En règle générale, il est bon de ne pas faire de nacrés en employant plus de deux ou trois bains quand on désire pouvoir reproduire exactement le même nacré sur d'autres plumes.

Avec cinq ou six bains appropriés, on peut obtenir une grande variété de coloris.

Plumes dites « neige ». — On appelle neige, les plumes teintes en nuances foncées et qui sont parsemées d'une quantité de mouchetures claires ou blanches.

On prépare une dissolution composée de o kil. 500 de résine blanche dans un litre d'éther sulfurique à 650 B.

On pose la plume à plat sur une feuille de papier buvard et on frotte une brosse imbibée de cette dissolution sur une toile métallique placée un peu au-dessus de la plume ; les gouttes de la dissolution tombent sur le duvet et on brosse pendant plus ou moins longtemps suivant qu'on veut obtenir un effet neigeux plus ou moins prononcé.

La plume est ensuite mise à sécher pendant vingt-quatre heures; l'éther s'évapore et il se forme ainsi des réserves sur le duvet à tous les points qui ont été touchés par la dissolution de résine.

On teint ensuite en plein bain comme à l'ordinaire pour obtenir la nuance du fond; ensuite, on essore et on laisse la plume séjourner pendant dix minutes dans un bain composé par parties égales de tétrachlorure de carbone et de benzine. Ce bain devra être fait dans une cuve en grès ou en verre, mais jamais en métal.

La résine se dissoudra dans ce bain, mais il faut avoir soin de manier le duvet et de l'étirer pour qu'il soit bien pénétré par le liquide.

Toutes les parties qui étaient recouvertes par la résine apparaîtront alors comme autant de points blancs.

Au lieu d'avoir une plume portant des points de neige blancs on peut obtenir des taches de nuances claires différentes du fond en passant la plume dans un bain d'amidon coloré à la température de 30 à 350 C.

Il est bon de remarquer dans ce cas que pour obtenir le ton foncé définitif, il faudra teindre d'abord le fond à une nuance qui sera complétée ensuite par celle du bain de teinture claire des réserves.

Par exemple, si on veut avoir une plume taupe neigée en ciel, le premier bain devra donner un fond un peu plus rosé, que le bain du ciel amènera au taupe désiré.

Décoloration et teinture en couleur des plumes déjà teintes en noir au campêche. — Les plumes teintes en noir au campêche peuvent être très

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bien décolorées et reteintes en nuances quelconques sans que leur duvet en soit altéré; il y a lieu cependant d'écarter les nuances claires à l'exception des jaunes, kakis, orangés et vieux roses qui viennent très bien; toutes les autres nuances moyennes et foncées réussissent parfaitement à la condition que le duvet n'ait pas été brûlé par le bain de noir, ou que les plumes n'aient pas été portées trop longtemps.

Pour six grandes amazones, par exemple, on procédera comme suit :

i° Savonnage à fond au savon de Marseille avec addition de 50 grammes de cristaux de soude, puis rinçage à l'eau.

2° On fera un bain de décoloration composé de :

Eau bouillante 1/2 litre

Eau oxygénée 12 volumes y litre 1/2

Ammoniaque 10 centilttres

Alcool à 900 1/2 litre

On obtiendra ainsi une température d'environ 250 C; les plumes entrées ■et brassées dans ce bain prennent rapidement une teinte marron foncé. On les laisse jusqu'au moment où elles prennent une teinte mordorée assez claire.

30 On lave, on rince à plusieurs eaux et on savonne à fond, ce qui fait encore tomber la teinte.

4n On rince dans un bain contenant 50 grammes de carbonate par litre et à la température de 25 à 300.

5° Piquage à l'acide oxalique comme pour le blanc ; la plume prend dans ce bain un ton clair se rapprochant du bistre.

6° On amidonne sur ce bain de piquage, on essore et on passe à la batteuse ; il ne faut pas sécher à l'air chaud.

La tige garde une teinte un peu plus foncée que les duvets, ce qui est dû à la coloration donnée par le mordant de fer employé dans la teinture en noir.

70 Avant de reteindre en couleur, on laisse bien sécher et reposer la plume à l'air pendant vingt-quatre heures au moins.

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