TEINTURE DES PLUMES FANTAISIE
Teinture en couleur. — Les opérations que l'on fait subir aux plumes de fantaisie pour les teindre en couleur sont les mêmes que celles décrites pour la plume d'autruche; la seule différence consiste dans l'emploi de l'acide .sulfuriqne comme mordant au lieu de l'acide oxalique.
On additionne le bain de 3 à 4 grammes de cet acide par litre d'eau et pour les teintes très foncées on peut aller jusqu'à 5 grammes.
Il faut apporter une attention toute particulière au trempage parfait de toutes les plumes afin d'avoir des teintes bien unies.
Comme le duvet de certaines sortes de plumes fantaisie est plus fragile
et moins résistant que celui de l'autruche, il est nécessaire de faire usage pour la teinture de bassines à double fond et d'éviter l'emploi du barbotage. Ces cuves sont en général de forme ronde et leurs dimensions varient avec l'importance des lots à teindre.
Teinture en noir des plumes en vrac. — Dans la quantité d'eau nécessaire pour un kilogramme de plumes en ajoute 3 grammes par litre d'acide sulfurique à 66° B.
On fait bouillir le bain jusqu'à mouillage parfait des plumes.
On monte ensuite ce bain comme suit :
Noir naphtol 12° B 8 %
Orangé II 3 %
Roccelline - 1 %
Terra 25%
On laisse tirer à clair.
La durée de la teinture est de une heure à une heure et demi. On rince ensuite les plumes dans de l'eau froide additionnée de 3 grammes par litre d'acide sulfurique.
Teinture des plumes de grèbe, de pingouin, etc. — Pour la teinture de ces sortes de plumes, qui sont d'une nature toute spéciale, on ne peut employer les produits tinctoriaux à l'acide, d'abord parce qu'ils ne s'y fixeraient pas et aussi parce que la présence de l'acide serait nuisible, car on les teinte presque toujours en peaux.
Il faut procéder comme suit :
i° Savonnage dans un bain alcalin à 300 centigrade, constitué dans la proportion de 50 grammes d'alcali pour 20 litres d'eau ;
20 Rinçage à l'eau carbonatée à 300 ;
30 Rinçage à l'eau pure toujours à la même température (il ne faut jamais se servir d'eau froide, car les plumes se détacheraient de la peau) ;
4° Le bain de teinture doit être maintenu à la température de 6o° centigrade ; il contient la quantité de colorant nécessaire dissous dans 10 litres d'eau pure ; par exemple, on plonge les plumes dans ce premier bain pendant un quart d'heure, puis on y ajoute 30 grammes d'acide acétique à 440 B. et on y laisse les plumes pendant 40 à 45 minutes, jusqu'à ce que la teinture ait bien pénétré ;
50 On sort, on rince et on sèche soigneusement.
Nous donnons ci-dessous une liste de colorants basiques avec lesquels on pourra obtenir toutes les teintes, soit directement, soit par mélanges :
Auramine O (jaune) Safranine FF (rouge groseille) RhodaminE B extra (rose vif) Brun Bismarck Bleu nouveau B
Bleu méthylène B Violet méthyl B Violet méthyl R Vert brillant en cristaux.
On peut dire que toutes les peaux d'oiseaux de ce genre peuvent être teintes par le procédé que nous venons de décrire.
Teinture du paon. — Les plumes de paon peuvent être teintes au moyen des couleurs d'aniline, mais elles conservent toujours un reflet métallique, même quand elles ont été préalablement décolorées; cela prouve bien que ces reflets sont dus à des jeux de lumière produits par une contexture spéciale de la surface du duvet.
Cependant, pour la teinture en noir, il existe un procédé qui permet de faire disparaître complètement ces reflets et qui a reçu pour cette raison le nom de « noir-noir ».
On commence par décolorer jusqu'à l'obtention de la teinte bistre clair; on ne peut pousser plus loin sous peine de brûler le duvet.
On mordance dans un bain de rouille à çj0/io° B. et à la température de 20° C. pendant deux heures ; puis on entre dans un bain de campêche, semblable à celui employé pour l'autruche, pendant une demi-heure en maintenant la température aux environs de jo" C.
On sort, on rince et on passe dans le bain de bichromate de potasse ; ensuite on amidonne mais on ne passe pas à la batteuse.
Le noir obtenu est très solide et d'une très belle nuance.
Teinture en noir des aigrettes, crosses, paradis, hérons. — On fait un .bain contenant 3 grammes par litre d'acide sulfurique à 66° B. On y laisse bouillir les plumes jusqu'à mouillage parfait.
On monte le bain avec :
Noir naphtol 120 B. . . . 10 grammes par litre
Orangé II 2 gr. 5
On y plonge d'abord l'aigrette par le pied en tenant les paquets dans la main jusqu'à ce que cette partie soit presque complètement teinte, puis on met les paquets entièrement dans le bain et on maintient à i'ébullition pendant 1111 temps qui peut varier de 10 à 15 minutes suivant la sorte traitée.
On rince ensuite à l'eau froide additionnée de 3 grammes d'acide sulfurique et on sèche lentement.
Ce procédé a l'avantage d'éviter aux barbes, toujours très fragiles de ces sortes de plumes, un séjour trop prolongé dans le liquide bouillant, qui peut les brûler.
Teinture des plumes sous pression. — Nous avons vu que pour faire
oénétrer le liquide colorant dans les cellules qui constituent les plumes, autre-
. ment dit pour les teindre, il fallait les laisser dans le bain bouillant pendant
un temps plus ou moins long. Pour certaines sortes de plumes, la durée du bouillon nécessaire pour que la teinte soit bien répartie est souvent assez longue et dans certains cas peut atteindre 40 ou 50 minutes ou même davantage.
Ce n'est pas impunément que la plume se trouve soumise ainsi à une ébullition aussi prolongée et son degré de solidité en est fortement diminué.
Il est bien évident que la plus ou moins grande facilité de pénétration du
Autoclave r>our teindre les plumes sous pression (Brevet N* 44Î.707J Procédé Edmond Lefévre. Construit par la Maison Le Blanc.
liquide tinctorial dans les cellules constitutives de la plume sous l'influence de la seule pression atmosphérique, dépend de leur contexture plus ou moins serrée ; si on force ce liquide à y pénétrer en le soumettant à une pression, le temps nécessaire pour en obtenir la teinture complète sera de beaucoup réduit.
Après nous être livré à des expériences dont les résultats ont été des plus probants, nous avons étudié le moyen de mettre en pratique le principe ci-dessus et nous avons fait construire un appareil qui permet de teindre facilement les plumes sous pression.
Il y a lieu de tenir compte que, si la matière constitutive des plumes est facilement détruite par un séjour trop prolongé dans un bain à une température de ioo° C, elle l'est également et plus vite si cette température est plus élevée. Or, la température augmente très rapidement avec la pression, et il existe une limite qu'il ne faut pas dépasser sous peine de brûler les duvets ; pratiquement, il est nécessaire de maintenir la pression entre 2 et 3 kilos, soit entre 121 ° et 1340 C. pour que le duvet reste en bon état.
Certaines sortes de plumes, comme celles des palmipèdes, par exemple, sont très réfractaires à la teinture; il s'ensuit que même sous une pression de 3 kilos, le temps nécessaire pour les teindre est encore assez long.
Afin de tourner cette difficulté, nous avons combiné l'emploi de l'air comprimé avec celui de la vapeur, ce qui permet d'obtenir des pressions élevées sans augmentation nuisible de la température.
Notre appareil se compose d'un autoclave cylindrique en tôle d'acier, muni sur un fond d'une porte à charnières et dans lequel en peut introduire, au moyen d'un chariot, une bassine ordinaire en cuivre recouvert d'une plaque de même métal.
La vapeur passe par un régulateur spécial, qui permet de régler la pression à ioo grammes près; un manomètre et deux soupapes à ressort, réglables à la main, sont placés à la partie supérieure, qui porte, en outre, un robinet pour évacuation de la vapeur et une vanne pour l'admission de l'air comprimé; à la partie inférieure, se trouve un purgeur automatique pour l'eau de condensation.
Cet appareil permet de réaliser une grande économie résultant d'une part de la moindre consommation de vapeur et, d'autre part, de la diminution considérable du temps nécessaire pour la teinture. Ce procédé peut être employé bien entendu avec succès à la teinture en noir factice.