HISTORIQUE DE L ÉLEVAGE DE L'AUTRUCHE
La domestication de l'autruche remonte à l'époque la plus reculée; l'élevage en était pratiqué depuis longtemps dans la Haute-Egypte par des tribus qui opéraient l'incubation artificielle au moyen de fours.
Ces fours, que les Egyptiens appellent « El Katakit » (fours à poussins), sont groupés par six, huit ou dix et chauffés de deux en deux pour commencer ; ils affectent la forme d'un cône tronqué et sont divisés en deux parties dans la hauteur; la chambre supérieure sert de foyer et l'intérieure constitue le couvoir, où les œufs sont déposés sur une natte; on règle la température au moyen d'un trou pratiqué à la partie supérieure et qu'on peut obturer plus ou moins; la chambre de combustion communique avec le couvoir par une ouverture; pour se rendre compte de la température, l'Egyptien applique un œuf sur sa paupière et règle ainsi le degré de chaleur nécessaire à une bonne incubation.
Si l'emploi de ces fours pour les œufs d'autruche n'est pas absolument prouvé, il est en tout cas certain que l'on pratique depuis longtemps dans la Haute-Egypte la reproduction de l'autruche privée au moyen de l'incubation naturelle.
D'autre part, on a connu quelques autruches domestiquées au Cap dès l'année 1818, et Jules \ errieux, dans le récit de ses voyages, raconte qu'à Algoa-Bay un fermier nommé Carstens possédait deux coqs et quatre femelles domestiqués ; ces oiseaux pâturaient sur la prairie naturelle et revenaient le soir à la ferme avec leurs petits.
Sparmann relate qu'en 1820 il rencontra dans plusieurs fermes boërs des autruches domestiques qui pâturaient avec les bestiaux; mais il ajoute que les plumes produites n'étaient que rarement exportées et servaient à faire des éventails pour les moustiques ou la chaleur.
C'est du reste en 1820 que commença réellement au Cap l'élevage des autruches, qui étaient mises en pâture avec les bestiaux, et auxquelles on donnait un peu de grain le soir pour les faire rentrer à la ferme.
Au Sénégal, il y a des autruches domestiques depuis très longtemps, et dans l'Afrique australe les indigènes vendaient des plumes par voie d'échanges à des caravaniers qui les transportaient dans la Haute-Egypte.
Dans différents pays, tels que l'ouest de la Sénégambie, l'autruche était sacrifiée pour en avoir la viande et la graisse, cette dernière étant très estimée des indigènes.
C'est seulement en 1848 que la question de l'élevage commença à entrer dans le domaine des études pratiques avec l'apparition de l'ouvrage de J. Geoffroy Saint Hilaire.
En 1855, dans un rapport adressé à la Société Nationale d'acclimatation par le Dr Graells, directeur du Muséum de Madrid, il est reconnu que l'autruche peut s'acclimater en Espagne, puisqu'un couple qui se trouvait dans cet établissement y vivait dans des conditions normales, sans toutefois s'y reproduire, les oiseaux étant encore trop jeunes pour cela.
En 1856, M. Gosse rédige un questionnaire sur les conditions qui seraient à réaliser pour l'élevage de l'autruche ; ce questionnaire est ensuite adressé au Ministère de la Guerre par les soins de la Société Nationale d'acclimatation.
Le 29 février de la même année, M. Chagot fonde un prix de 1.000 francs pour la domestication de l'autruche en France, en Algérie et au Sénégal ; en 1857, il porte à 2.000 francs le montant de cette prime d'encouragement.
Il est bon de remarquer que M. Chagot pratiqua, de 1850 à 1855, des essais de fermage sur plusieurs points de nos colonies africaines, et notamment à Laghouat et à Saint-Louis du Sénégal.
Des réponses nombreuses au questionnaire de M. Gosse arrivèrent bientôt, tant d'Algérie que du Sénégal ; et, bien que ne concordant pas sur tous les points, elles furent en somme les premières indications utiles pour l'élevage de l'autruche. En effet, ces divers documents donnent des détails sur les lieux d'habitation et d'émigration des autruches de l'Algérie méridionale et du Sahara, ainsi que sur leurs mœurs et leur nourriture à l'état sauvage; leurs auteurs font des remarques sur la ponte, l'incubation, etc., ainsi que sur l'emploi de la chair comme viande de boucherie par les indigènes ; c'est ainsi qu'on sut qu'il existait déjà à cette époque un certain nombre d'autruches domestiquées à Laghouat, en Algérie.
Au mois d'août 1857, M. Hardy, directeur de la pépinière du gouvernement en Algérie, au Hamma, réussit à obtenir la ponte de huit œufs et la naissance d'une autruche, et devint ainsi le bénéficiaire du prix Chagot.
En présence du vif intérêt suscité en France par cette question, la Société Nationale d'acclimatation de France la prit à son compte en T859, et on peut dire que cette année marque le début vrai de la domestication réelle de l'autruche.
M. Noël Sergent, directeur de la Société Zoologique de Marseille, a consigné dans son rapport du 2 novembre 1860 les résultats obtenus au jardin de cette Société.
C'est seulement en 1861 que l'on réussit à faire éclore une dizaine d'œufs. et M. Geoffroy Saint-Hilaire fit sur ce sujet une communication à l'Académie des sciences.
Entre temps, S. A. le prince Demidoff avait réussi à obtenir, dès 185a la
naissance de deux oiseaux dans sa propriété de San Donato, près de Florence ; la mère de ces autruchons provenait du Jardin zoologique de Marseille. Il faut signaler également les essais de M. Bouteille, à Grenoble, vers la même époque.
Ce n'est qu'en 1866, c'est-à-dire sept ans plus tard, que les Anglais obtinrent à Beaufort et à Oudshoorn, au Cap, les premières éclosions, et c'est en s'inspirant des méthodes françaises qu'ils purent y arriver.
C'est M. Mac Kinnear qui est reconnu par les auteurs anglais comme le promoteur de l'élevage de l'autruche au Cap ; c'est en s'inspirant des rapports et articles publiés sur cette question par la Société Nationale d'acclimatation que les colons anglais réussirent peu à peu à obtenir des résultats dans les fermes qu'ils créèrent dans les régions dont le sol et le climat répondaient aux besoins de l'élevage.
Les premières années de l'élevage de l'autruche furent pour les fermiers anglais une période de tâtonnements pour arriver à la connaissance exacte de ses besoins et pour réunir tous les renseignements propices à le rendre pratique, et par cela même lucratif.
Au début de ces exploitations la demande était si grande que. malgré les mauvaises méthodes et les pertes par maladies ou accidents, le bilan annuel des fermiers se solda par un assez grand bénéfice ; il en résulta qu'un certain nombre de nouveaux venus se lancèrent dans l'élevage de l'autruche sans s'inquiéter des conditions du sol et du climat nécessaires pour sa réussite ; aussi quand la baisse survint, une grande partie de ces exploitations subirent des pertes si fortes qu'elles durent être abandonnées.
Au bout d'une dizaine d'années, le développement de cette industrie au Cap fut considérable, et les colons anglais réalisèrent en peu d'années d'immenses progrès.
En 1878, plusieurs négociants parisiens, émus de cette situation, se constituèrent en société et créèrent un parc à Aïn-Marmora. aux environs d'Alger. Ce parc, établi sur un emplacement très convenable à tous les points de vue, renfermait, au début, 20 autruches, achetées au Jardin d'essai d'Alger. 11 avait 200 hectares de superficie et pouvait suffire à l'élevage de 500 oiseaux.
Mais le climat humide du littoral ne pouvait convenir à un oiseau qui, pour prospérer, a besoin du climat sec du Sahara, dont il est originaire.
Bientôt, d'autres parcs furent créés, et en 1880 ils renfermaient dans leur ensemble 108 autruches adultes.
Le système de fermage algérien consistait à parquer les autruches par couples dans des enclos ayant t. 000 mètres carrés maximum; cette superficie était relativement petite par rapport à celle d'un hectare préconisée à ce moment par les fermiers du Cap ; quoi qu'il en soit, le système des petits enclos paraît rationnel en ce sens qu'il permet une surveillance facile et une grande économie dans les dépenses de première installation en raison de la valeur du terrain ; il permet en outre l'accouplement raisonné et évite les combats souvent mortels que se livrent les coqs entre eux ; de plus, les oiseaux sont très tran-
6 l.E COMMERCE ET L'INDUSTRIE
quilles pendant la couvée et sont maintenus dans un état de domestication très étroite qui facilite les opérations de cette industrie.
Malgré tous les soins et toutes les précautions prises, le succès ne vint pas couronner les efforts des fermiers algériens.
Les éclosions étaient obtenues couramment et régulièrement à Aïn- Marmora, El-Hamma, Misserghin et Zecalda, mais les autruchons devenaient rapidement rachitiques et mouraient le plus souvent d'accidents aux pattes ; ceci était dû évidemment à la nourriture qui leur était distribuée et qui ne leur permettait pas de se développer normalement.
Quoi qu'il en soit, ces essais infructueux et coûteux lassèrent ceux qui les avaient entrepris et l'élevage de l'autruche d'Algérie fut abandonné; on doit aussi attribuer cet échec au sol trop humide et à la trop grande proximité de la mer, le climat marin étant très mal supporté par l'autruche.
Les derniers insuccès se sont produits lors d'un essai fait par le gouvernement de l'Algérie sur le plateau oranais ; les autruches détruisaient leurs œufs et même les autruchons. L'impossibilité où on se trouve aujourd'hui de se procurer des reproducteurs ou même des œufs du Cap, constitue une grande difficulté pour tenter de nouveaux essais dans des conditions meilleures.