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ÉLEVAGE DE L'AUTRUCHE A MADAGASCAR

L'élevage de l'autruche a été essayé pour la première fois en 1902. à Tuléar, dans le sud-ouest de l'île.

Tuléar, chef-lieu de la province de ce nom, est située à l'entrée d'une immense plaine (Delta de Fihercnana) dont les terrains sont très riches et propices à l'élevage ; on y cultive avec succès le maïs, les pois du Cap, etc. ; c'est le point terminus de la ligne annexe de la Compagnie des Messageries Maritimes.

Le climat, le sol et la végétation sont dans cette région à peu près les mêmes que dans l'Afrique du Sud et par suite très favorables à l'élevage de l'autruche.

C'est, du reste, à Madagascar qu'on a découvert des débris fossiles de l'autruche géante appelée « Bpiornis », qui était le plus grand des oiseaux connu et qui pondait des œufs quatre fois plus gros que ceux de l'autruche actuelle.

Les résultats obtenus ont prouvé que l'élevage de l'autruche pouvait parfaitement réussir dans cette partie de notre colonie ; en effet, non seulement les oiseaux importés se sont reproduits au bout de deux ans, mais les autruches nées dans la colonie ont elles-mêmes pondu, et, en 1907, le parc d'élevage renfermait un assez grand nombre d'oiseaux tous en parfait état.

Les essais furent faits au début avec cinq couples qui, par suite de pertes dues à des causes diverses, furent bientôt réduits à trois.

A la fin de 1905, on obtint 16 poussins bien constitués sur 89 œufs soumis à l'incubation tant naturelle qu'artificielle ; en 1910, le troupeau s'élevait à 200 têtes, comprenant 30 couples reproducteurs, et en 191 2 l'effectif total était de 500 autruches.

On a observé que les oiseaux élevés à l'intérieur des terres produisent de meilleures plumes que ceux qui restent près de la côte ; il est à noter que sur les plumes malgaches on ne constate jamais de « coups de bec », ce qui semblerait indiquer que le climat du sud-ouest de Madagascar est des plus favorables à l'élevage de l'autruche.

On a constaté qu'aucun des sujets n'a été atteint d'une maladie contagieuse quelconque et on les a débarrassés facilement de leurs parasites au moyen d'arrosage de pétrole étendu d'eau fait avec la pompe Douglass.

La couveuse artificielle employée au début a dû être abandonnée rapidement et on a obtenu de bien meilleurs résultats avec l'incubation naturelle ; il faut seulement prendre des précautions, car la température du sable atteint quelquefois 650 à 700 C.

Le meilleur mode d'exploitation consiste à parquer les autruches dans des luzernières, à raison d'une dizaine d'oiseaux par hectare.

Les conditions d'exploitation à Madagascar sont bien meilleures qu'au Cap ; les terrains disponibles et propres de l'élevage sont très vastes et à de;* prix abordables, alors qu'au Cap ils deviennent de plus en plus rares et de prix très élevés, puisque certains sont vendus sur le pied de 1.500 francs l'hectare et même davantage.

Jusqu'ici, les plumes malgaches sont encore un peu inférieures comme qualité à celles du Cap ; cependant, il n'est pas douteux qu'on n'arrive, avec une plus longue pratique et dans des conditions d'exploitation plus rationnelle que celle de l'autrucherie officielle, à obtenir des résultats rémunérateurs, car les oiseaux malgaches sont pour la majorité plus forts et plus développés que ceux importés.

La progression de qualité des plumes de Madagascar est intéressante à examiner en ce sens qu'elle peut fournir une base pour les temps nécessaires à l'acclimatation et à la production de bénéfices.

Au début de l'exploitation de l'autrucherie officielle, on a obtenu les prix suivants :

Plumes blanches : 480 fr. le kilog, soit environ 9 £ la livre anglaise. Bayoques : 450 fr. le kilo, soit environ 8 £ 5 sh. la livre anglaise. Plumes grises : 63 fr. le kilo, soit environ 1 £ 3 sh. la livre anglaise.

En 1907, le Comptoir d'Escompte vendit les plumes de Tuléar, dont les plus belles ne dépassèrent pas le prix de 14 livres.

En 1910, les plumes qu'avait emporté au Cap M. Carougeau, chef de service vétérinaire de Madagascar, étaient déjà de bien meilleure qualité comme le prouvent les prix d'estimation ci-après :

20 à 25 livres la livre anglaise pour les plumet; d'un mâle de 21 mois. 12 livres la livre anglaise pour les plumes d'une femelle de 21 mois. 25 livres la livre anglaise pour les plumes d'un mâle de 3 ans. 15 livres la livre anglaise pour les plumes d'une femelle de 3 ans.

Dans ces conditions il est probable que bientôt la qualité, et par suite le prix moyen des plumes malgaches, pourrait rivaliser sinon dépasser celui des plumes du Cap.

Des essais ont été faits depuis dans deux autres localités, à Ampanihy et a Bétioky (Cercle de Mahafaly).

Actuellement, une Société par actions est en formation pour l'exploitation d'autrucheries à Madagascar et les prévisions sont des plus optimistes, tout en

ne comptant sur des bénéfices qu'à partir de la cinquième année d'exploitation. Nous lui souhaitons une réussite complète qui sera, du reste, obtenue facilement grâce à la compétence de MM. Schuler et Tardieu, ses fondateurs expérimentés.

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