SELECTION ET STUD-BOOK
Autrefois, et jusque vers 1900, on élevait l'autruche de la même manière que les moutons et les bœufs; on croyait seulement que cet élevage devait se faire dans les contrées où l'autruche vivait à l'état sauvage ; aujourd'hui, tout cela est changé et les fermiers ne reculent devant aucun sacrifice pour améliorer leur troupeau au moyen de reproducteurs soigneusement sélectionnés ; on a reconnu en effet que la faculté de produire des plumes de choix est transmise par le sang, mais il faut y adjoindre bien entendu une nourriture appropriée, sans laquelle on constate une diminution de valeur dans la production même des oiseaux les meilleurs.
Il ne faut nourrir et élever que les meilleurs sujets et autant que possible des autruches ayant leur « pedigree », car les oiseaux communs ou inférieurs coûtent aussi cher de soins et de nourriture que les bons.
Dans le Karroo, on peut se procurer un couple de bons oiseaux pour le prix de 100 à 150 livres sterling.
Une autruche de qualité inférieure ne rapporte rien, tandis qu'on n'hésite pas à payer 10.000 et 15.000 francs pour une autruche de bonne origine, car on sait qu'on sera largement payé de cette mise de fonds par les produits obtenus.
On peut citer l'exemple de l'oiseau reproducteur « (Jld Jack », qui fut acheté il y a environ trente-cinq ans par M. Barber-Halesowen, pour la somme de 1.000 francs, et qui a rapporté à son propriétaire plus de 800.000 francs; ses produits, à l'état d'autruchons, se sont vendus jusqu'à 250 francs pièce. Un autre oiseau célèbre de Mosslands, près Grahamstown, nommé Rock, est âgé d'au moins 35 ans, et une de ses dernières plumées a atteint le prix de 700 francs le kilo.
Alors qu'une autruche adulte ordinaire ne vaut pas plus de 250 à 500 francs, un oiseau de classe supérieure se paie de 2.500 à 12.500 francs et on a même vu donner jusqu'à mille livres sterling, soit 25.000 francs pour des sujets hors ligne.
Aussi les fermiers sélectionnent soigneusement les sujets destinés à la reproduction, afin d'obtenir si possible leur admission au Stud-Book de la colonie, ce qui est très difficile, car les oiseaux n'y sont inscrits qu'après que leurs plumes ont subi deux séries d'évaluations confiées à des experts.
Pour montrer la sévérité de ces expertises, il nous suffira de dire qu'a l'heure actuelle il n'y a pas beaucoup plus de vingt autruches inscrites au Stud- Book du Cap. Comme exemple, en 1908, sur 200 oiseaux présentés, il n'en a été inscrits que six.
Si les producteurs ont les qualités requises, on peut compter que celles-ci se retrouveront pour la plupart dans leurs produits.
La sélection des sujets est assez difficile et demande une grande expérience
DE LA PLUME POUR PARURE Jl
de la part des fermiers, car on ne connaît pas encore aujourd'hui les signes extérieurs que doit présenter un bon reproducteur.
Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il faut des reproducteurs forts et robustes, sans quoi on n'obtiendra que des poussins chétifs, difficiles et coûteux à élever.
La logique conduit cependant à choisir un animal ayant une bonne constitution, une grande vitalité, une forte structure des jambes et les parties du corps recouvertes d'une peau blanche, lisse et souple.
Une bonne constitution est de toute première importance, car il ne faut pas oublier que la qualité des plumes est soumise à des influences extérieures telles qu'une mauvaise température, l'insuffisance de nourriture ou la maladie, toutes choses qu'un animal supportera plus facilement s'il est robuste et bien constitué.
Comme chez tous les êtres vivants, les particularités, défauts ou qualités des organes de l'autruche se transmettent plus ou moins par hérédité et, par suite, la structure des plumes est soumise à la même loi naturelle.
On a donc cherché par les croisements de différentes races à obtenir des oiseaux donnant des plumes se rapprochant le plus possible du type idéal.
Ces essais n'ont pas donné les résultats qu'on était en droit d'en attendre et les recherches faites par le professeur Duerden ont montré que, contrairement à ce qui existe pour les autres animaux, on n'est pas certain pour l'autruche d'ennoblir la race par le croisement.
Peut-être pourra-t-on y arriver par la suite, mais les méthodes d'élevage de l'autruche sont relativement de date si récente qu'on n'en peut obtenir de résultats certains comme pour les autres animaux dont la domestication est poursuivie depuis des siècles.
Il s'écoulera certainement encore de nombreuses années avant que ne soient résolues toutes les questions concernant cet élevage, et ce n'est qu'en les conduisant d'une façon systématique qu'on arrivera à établir des règles sûres pour la sélection des reproducteurs.
Quoi qu'il en soit, il est indéniable que les qualités des parents se retrouvent toujours chez les descendants et en suivant fidèlement cette méthode on doit arriver forcément à obtenir des plumes de bonne qualité.
Ce qui rend la sélection très difficile pour l'autruche c'est qu'il n'existe pas de corrélation définie entre la forme du corps et la production des plumes.
Les fermiers devront donc se livrer à des observations suivies et très méticuleuses pour le choix des reproducteurs.
Il existe au Cap deux races dont le croisement donne des oiseaux produisant des plumes de premier choix, ce sont : la race Lovemorc- Evans , dont les plumes, relativement courtes, ont un duvet épais, bien fourni et brillant, et la race Barber, dans laquelle les plumes sont plus longues, plus larges et ont un duvet un peu flou.
C'est pour encourager les efforts des fermiers que le gouvernement du
Cap a créé le Stud-Book, dont nous avons parlé, et dont les inscriptions confèrent aux quelques oiseaux qui en sont l'objet, une valeur considérable.
Il est intéressant de rappeler qu'en 1881, d'après Forest, le plus baut prix atteint par un couple de bons reproducteurs était seulement de 1.250 francs, alors qu'aujourd'hui ce chiffre est souvent décuplé.
CLOTURES
C'est une des grosses dépenses d'installation d'une ferme d'autruches, car les terrains qui en dépendent doivent être clos entièrement.
Quand on a à sa disposition du bois en abondance, on peut s'en servir pour clôturer les parcs, mais leur mise en œuvre est toujours assez coûteuse et peu durable.
Au Cap, cependant, les poteaux en bois sont employés de préférence aux poteaux de fer, car ils coûtent moins cher d'achat ; les poteaux ont de 1 m. 75 à 2 mètres de hauteur, sont espacés de 3 m. 50 à 6 mètres et sont percés de trous dans lesquels passent des fils de fer au nombre de 5 ou 6 et ayant de 2 millim. à 2 millim. 1/2 de diamètre.
Ces fils ne doivent pas avoir plus de 300 à 400 mètres de longueur d'un seul bout, à cause du rétrécissement produit par le froid, ce qui pourrait les faire casser.
Les clôtures de deux parcs voisins doivent être placées à 3 ou 4 mètres l'une de l'autre, afin d'empêcher les oiseaux de se battre; dans l'intervalle, on peut planter des figuiers d'Inde ou des arbustes vivaces si le sol est assez humide.
Pour les parcs de très grandes dimensions, une clôture double devient très onéreuse; on peut alors n'employer qu'une seule ligne de poteaux en tendant de chaque côté, à hauteur de la poitrine des oiseaux, des fils de fer qui sont portés par les extrémités de tiges d'aloès de 1 mètre de long attachés solidement en leur milieu sur les poteaux de la clôture.
Les portes sont faites en grillage monté sur des tubes.
Le prix de revient d'une clôture dépend naturellement de celui de la maind'œuvre, mais aussi pour beaucoup des frais de transport jusqu'à la ferme ; au Cap, ce prix varie entre 2 et 3 francs le mètre courant de clôture, suivant
la région.
Dans l'Amérique du Nord et la République Argentine, on fait usage de poteaux en fer à T et de fils munis de tendeurs ; ce système coûte plus cher d'installation que la clôture en bois, mais il est beaucoup plus solide et d'une durée quatre fois plus longue ; on emploie aussi quelquefois comme clôture des murs en pierre sèche, mais ils sont d'une construction très coûteuse, car ils doivent avoir une épaisseur de 1 mètre à la base et de 50 centimètres au faîte. Le grand avantage qu'ils présentent est d'éviter les accidents souvent très graves qui se produisent parfois avec "les clôtures en fil de fer. Il arrive,
en effet souvent, que les autruches effrayées et lancées à grande allure no voient pas les fils et viennent s'y briser les jambes en se blessant quelquefois mortellement ; il faut dire, néanmoins, que les oiseaux s'y habituent assez rapidement.
( )n pourrait employer des fils de fer tressés et par suite plus visibles, mais ils sont difficiles à tendre et la clôture est alors moins solide.
Quand il est nécessaire de protéger les œufs ou les autruches contre la dent des carnassiers, on utilise avec avantage le grillage en fil de fer galvanisé, mais l'emploi en est limité en raison de son prix élevé.
Les haies de cactus ou d'aloès, employées à la nourriture des autruches pendant les périodes de grande sécheresse, servent malheureusement d'abri à quantité de vermine et de bêtes de proie que le fermier doit s'efforcer de détruire par les pièges., le poison et le fusil.
La dimension des enclos a une grande importance au point de vue des accidents qui peuvent se produire ; en effet, avant l'accouplement, les mâles poursuivent les femelles, lesquelles ne voulant pas se laisser approcher par eux. s'affolent et en courant peuvent se briser une jambe ou une aile contre la clôture si le parc est de grandes dimensions, tandis qu'avec les petits enclos, le danger n'existe pas, l'oiseau n'ayant pas devant lui un espace suffisant pour prendre de la vitesse avant d'arriver sur l'obstacle.
Le mieux serait évidemment d'adopter des enclos de forme ronde, mais on perdrait ainsi beaucoup de terrain et la clôture des parcs deviendrait trop coûteuse.
En résumé, le système des petits enclos carrés est bien préférable et presque partout adopté.