NOURRITURE
Nous avons dit que la qualité et le genre de la nourriture étaient une condition essentielle de réussite dans le fermage de l'autruche.
Le système de la plaine libre permet de nourrir un grand nombre d'oi-
Autruches au Pâturage
seaux avec le moins de matériel et le moins de frais possible. Il faut, bien entendu, pour cela, que le terrain soit bon marché, car avec une prairie naturelle de qualité moyenne, on compte 6 à 7 hectares environ par autruche, ce qui. pour des fermes de 3.000 à 5.000 hectares, ne permet pas d'avoir plus de 250 à 300 oiseaux occupant la moitié de cette surface, et séparés de l'autre bétail.
Pour 40 autruches, il faut un gardien qui les conduit au pâturage le matin et les fait rentrer le soir à la ferme. Mais, avec ce système, il peut arriver que des autruches s'échappent, surtout au moment de l'accouplement où elles deviennent sauvages.
C'est pourquoi on est obligé de clôturer des parcs d'une trentaine d'hectares pour chaque couple d'oiseaux reproducteurs. Il est aussi très important, dans ces grandes exploitations, de réserver pour les autruches les terrains dans lesquels poussent les herbes alcalines qui leur sont propices.
L'autruche pouvant se passer d'eau pendant longtemps, à la condition d'avoir des fourrages verts en abondance, il suffira de conduire les troupeaux de temps en temps à l'abreuvoir. Il faut bien se garder de faire des mares dans les parcs, car les autruches se rouleraient dans la vase et abîmeraient leurs plumes comme elles le font à l'état sauvage.
Quand les autruches, qui ne mangent que les feuilles ou les pousses des
plantes, sont restées pendant un certain temps dans un parc, on les y remplace par les bestiaux qui mangeront les tiges vertes laissées par elles et on arrive ainsi à une utilisation économique du pâturage naturel.
L'avantage de ces vastes prairies réside dans le fait que, même par les temps de grande sécheresse, on est à peu près sûr que la végétation, alors très réduite, suffira néanmoins à maintenir les oiseaux en bon état.
Il ne faut pas songer, bien entendu, dans de semblables conditions d'exploitation, à acheter des fourrages pour suppléer au manque de nourriture naturelle, car cela deviendrait excessivement dispendieux ; il est préférable de recourir à la culture de la luzerne comme fourrage de réserve.
Dans le système de la prairie naturelle, les soins à donner aux autruches sont nécessaires jusqu'à l'âge de trois mois, mais à partir de ce moment on les abandonne à elles-mêmes comme quand elles sont à l'état sauvage.
En somme, on aura surtout pour but la quantité de produits plutôt que la qualité, ce qui n'empêche pas de renouveler le sang de temps en temps par l'achat de bons reproducteurs.
En n'utilisant que la prairie naturelle il y avait forcément de grands déboires, attendu qu'au Cap on ne peut compter qu'une bonne année sur cinq; c'est seulement grâce à leur énergie et à leur persévérance que les fermiers purent arriver à trouver les moyens de remédier à cet état de choses.
Sous leur pression, le gouvernement prit toutes les mesures de protection imaginables, en même temps que le Trésor de la colonie s'enrichissait des revenus produits par les patentes et autres impôts.
Au début, les droits de sortie étaient de 5 £ pour les œufs et de 100 £ pour les autruches, mais en raison de la concurrence possible des pays étrangers et et des essais nombreux d'élevage qui y étaient tentés, le gouvernement du Cap a pris une mesure radicale et aujourd'hui l'exportation des œufs ou des autruches est punie de prison.
Les fermiers ainsi protégés purent alors, sans crainte pour l'avenir, engager des dépenses d'installation, d'aménagement et de culture de la luzerne.
On considère aujourd'hui cette culture presque comme une condition « sine qua non » de réussite dans l'élevage de l'autruche.
Cependant, il n'est pas absolument nécessaire d'avoir de la luzerne, mais on réalise par ce moyen une grande économie de grains en mettant les oiseaux pendant la bonne saison dans des parcs à luzerne de 50 à 100 yards.
Si on n'a à sa disposition que les pâturages du « Veld », la dimension de ces parcs sera de 100 à 200 yards, en raison de la moins grande abondance d'herbe. Pour l'établissement de ces parcs, on choisira de préférence les endroits où poussent quelques hauts buissons qui serviront aux oiseaux d'abris contre les rayons du soleil.
Dans les pays qui, comme le Karroo, sont complètement dépourvus d'eau naturelle, il ne faut pas songer à cultiver la luzerne, d'autant plus que les pluies y sont rares et que la culture de cette légumineuse exige une grande quantité d'eau ou du moins un sol toujours humide.
Le Karroo contient plusieurs espèces de plantes alcalines, telles que la « Monechma Divariaticum » et la « Pentzia Virgata » à fleurs jaunes, qui sont pour l'autruche du fourrage parfait.
Dans l'Est, certains fermiers n'ont pas hésité à installer des pompes puissantes, coûtant jusqu'à 25.000 francs, pour l'irrigation de nouveaux champs de luzerne qu'ils créèrent dans des terrains placés en contrehaut des rivières ; l'irrigation de ces cultures est faite environ une fois par mois et aussitôt après la coupe.
Quand la luzerne peut être irriguée ainsi régulièrement un hectare suffit pour nourrir une douzaine d'autruches.
Si, au contraire, l'irrigation n'est possible que deux fois l'an, il ne faut pas compter plus de 6 oiseaux pour la même superficie cultivée. Il ne faut jamais mettre les autruches sur la même pâture avec des moutons, car ceux-ci mangent tout et ne leur laissent rien.
On fait paitre les jeunes sur la luzerne nouvellement poussée et on y met ensuite les adultes; les oiseaux doivent être classés par âge dans des parcs différents et on sépare les sexes pour les oiseaux de trois ans et les oiseaux à plumes.
11 est des cas où il sera possible de combiner les deux méthodes de la prairie naturelle et de la luzerne ; l'utilisation du sol sera alors subordonnée à la valeur et à la superficie relative des deux sortes de terrains; l'exploitation pourra avoir ainsi pour but la production clés plumes par l'incubation naturelle ou en même temps l'obtention d'oiseaux à plumes et de reproducteurs au moyen de l'incubation artificielle.
La luzerne ne demande un labour que tous les dix à quinze ans, les frais qu'entraîne son renouvellement se trouvent ainsi amortis pour un temps suffisamment long.
L'emploi de la luzerne n'est, en somme, possible que dans les districts traversés par des fleuves ou des rivières qui permettent d'irriguer facilement la terre comme c'est le cas pour ceux d'Albany et d'Oudtshoorn.
Pour cette culture, le sol doit être préparé avec soin, de façon à se prêter à l'infiltration lente de l'eau d'irrigation et la semence sera choisie suivant la constitution du sol.
La luzerne est donnée aux oiseaux, soit à l'état de pâture, soit comme fourrage vert ou sec; sous ces deux dernières formes, on la donne mélangée avec du blé, à raison de 3 livres de fourrage vert ou 2 livres de sec.
Le. fourrage vert est donné le lendemain de la coupe, haché et légèrement mouillé; il ne faut pas donner la luzerne quand elle fleurit car alors sa valeur nutritive est beaucoup plus faible. Pour le fourrage sec, il faut le manutentionner avec soin afin d'éviter la perte des feuilles qui en constituent la partie la plus nutritive.
On emploie également comme fourrages l'orge, l'avoine, le colza et le maïs qui se cultivent de la même façon.
D'après ce que nous avons dit des conditions climatériques bonnes pour
l'autruche, celles-ci sont juste l'opposé de celles qui sont favorables à la culture de la luzerne.
Aussi, pour les périodes de grande sécheresse, il est nécessaire de cultiver différentes sortes de plantes à fourrages dont la végétation n'exige pas beaucoup d'eau.
Certaines, comme l'aloès américain, le figuier de Barbarie {opuntia ficus indica), peuvent être disposées avantageusement sous la forme de haies ; avant de la donner à manger aux oiseaux, il faut avoir soin de détruire les épines de cette dernière plante en les brûlant ou au moyen d'un hachoir.
Il existe bien des cactus sans épines, mais ils ne sont pas acclimatés et leur culture, qui exige beaucoup de soins, est onéreuse.
On peut également cultiver le melon caffrc et diverses variétés d' « atriplex », plantes très vivaces qui sont obtenues facilement par semis ou repiquage.
Toutes ces plantes peuvent être hachées comme la luzerne, mais il est bon de ne les donne] qu'en mélange à cause de leurs différentes valeurs nutritives; ainsi, l'agave échauffe l'autruche, tandis que l'opuntia la rafraîchit.
Elles ne sont, du reste, utilisées que comme nourriture de secours, dans les périodes de sécheresse persistante et seulement pour les oiseaux à plumes, sauf cependant les atriplex qui seront réservés pour les animaux reproducteurs.
Les tiges de l'aloès sont imputrescibles et deviennent excessivement dures en se desséchant, aussi servent-elles à faire d'excellents et économiques poteaux de clôture.
Une plante nouvellement importée au Cap est le « Kaal Blad ». genre d'opuntia, mais elle exige un certain temps pour s'acclimater.
En même temps que la luzerne, on peut semer dans le même terrain la sorte d'herbe verte si bien dénommée « Rescue Grass » (herbe de secours), qui pousse au moment des froids, alors que s'arrête la croissance de la luzerne. Cette herbe vient du Texas où on la donne depuis longtemps aux bestiaux. Dans les mauvais terrains calcaires, qui. sans cela, resteraient inutilisés, on plantera le « Buisson sale australien « qui servira à préparer le sol pour recevoir ensuite de la luzerne.
Quoi qu'il en soit, il ne faut jamais perdre de vue que les régions les plus propices à l'installation d'une ferme d'autruches sont celles où on rencontre de bonnes prairies naturelles, car c'est là qu'on obtiendra le plus économiquement les meilleurs résultats.
Il ne faut pas croire que l'autruche mange indifféremment toutes les plantes vertes, et si on l'observe avec soin on remarque qu'elle fait un choix et qu'il en existe beaucoup à côté desquelles elle passe indifférente.
Il y a un grand nombre de fourrages naturels excellents pour l'élevage de l'autruche, les meilleurs sont : la IValafrida geniculata, la Monechma divariaticum, la Pentzia virgata, Y Aster foliolus, la Felicia fascicularis.
Par contre, un certain nombre de plantes sont dangereuses, telles sont le tabac sauvage et certaines espèces de datura.
yS LE COMMERCE ET L'INDUSTRIE
Il est hors de doute que la nature et la qualité de la nourriture ont une grande influence aussi bien sur la croissance et la formation' de la plume que sur la fécondation et la ponte; mais on ne peut poser encore de règles précises pour le choix et le mélange des fourrages que l'on doit donner à l'autruche, et c'est seulement lorsque cette question sera résolue que l'autruche pourra être considérée vraiment comme animal domestique. En effet, on ne connaît pas encore exactement la relation qui existe entre la nourriture, d'une part, et, d'autre part, le développement des différents organes de l'autruche; on sait seulement, pour le constater chaque jour, qu'une nourriture insuffisante donne de mauvais résultats, et c'est pourquoi, dans toutes les exploitations où cela est possible, on se sert de la prairie naturelle, mais ce moyen dilatoire laisse le problème irrésolu.
Pour l'élevage intensif, on sait aussi qu'il faut donner des fourrages ayant une grande valeur nutritive afin de subvenir aux besoins du développement de la structure des organes et aux déperditions qui résultent toujours d'une production forcée. Ainsi, on donne à chaque couple, en supplément, 2 livres de maïs ou analogue, matin et soir; la betterave est également un aliment recommandable.
Il est hou de noter que, l'autruche étant insectivore, cette faculté peut être utilisée au moment de l'invasion des sauterelles dont elle est du reste très friande ; on les lui donne crues ou échaudées et c'est un moyen pratique de suppléer dans une certaine mesure à la destruction des fourrages verts par ces insectes.
CASTRATION — PLUMEE
Dans chaque ferme, on a recours à deux méthodes différentes d'élevage, selon qu'il s'agit de récolter des plumes ou d'obtenir la reproduction des oiseaux.
Tour la production de la plume, les sexes sont séparés; si les autruches sont castrées, on les met dans un enclos de prairies naturelles dont la superficie dépend de la qualité de l'herbe.
Quand on possède des oiseaux de constitution délicate, le mieux est de les castrer, ce qui a pour résultat, comme cela se produit pour tous les animaux domestiques, d'apporter de profondes modifications dans leur état et dans leur développement.
Les autruches castrées sont très douces et très apprivoisées ; leur condition s'améliore rapidement et la production des plumes en subit favorablement les effets.
Au début de l'élevage, la castration était considérée comme une opération très dangereuse, mais le docteur Elley, médecin du gouvernement du Cap, a établi des règles pratiques qui permettent de le faire avec succès (i).
1) Agric. Journal, Cape of (iood Hope 1907.
L'autruche mâle doit être castrée à l'âge de dix-huit mois, après la deuxième récolte de plumes, c'est-à-dire après la formation du plumage définitif dont les caractéristiques sexuelles doivent être conservées; pour les femelles il ne faut plus les castrer quand elles ont dépassé l'âge de deux an-et demi.
Après l'opération on met les oiseaux dans un parc tranquille sous la surveillance d'un gardien; quand on y apporte tous les soins voulus les pertes résultant de la castration atteignent un très faible pourcentage.
Dans une prairie de valeur moyenne il faut compter au moins six hectares par oiseau et par an, ce qui conduit à établir de très grands parcs.
Malgré tout, il faut mettre en pâture sur la luzerne environ une heure chaque soir si on veut obtenir des plumes de bonne qualité.
Les autruches donnent beaucoup plus de bénéfice sur la luzerne que sur le veld, car leurs plumes poussent bien mieux tout en devenant plus brillantes et plus douces.
Si l'on dispose de grands enclos de luzerne et qu'on y fasse paitre les oiseaux pendant l'été on réalisera des bénéfices d'au moins 25 0/0 supérieurs à ceux obtenus en laissant les oiseaux sur le veld et en vendant la luzerne comme fourrage sec; tel est l'avis catégorique de M. Torton, agronome attaché au Département de l'Agriculture de la colonie du Cap.
Il est nécessaire, toutefois, d'en faire provision pour l'hiver et pour la période de sécheresse ; l'autruche s'habitue bien également à la luzerne conservée en silos.
Dans les endroits où il est impossible d'irriguer le veld et par suite de cultiver la luzerne, on emploiera le trèfle et le gazon dont les autruches sont très friandes.
Quand les oiseaux pâturent sur la luzerne, ils la piétinent et en gâchent la majeure partie, car ils ne mangent que les jeunes pousses; en hachant le fourrage au moyen de machines spéciales on réalise une économie qu'on peut évaluer à deux mille francs par hectare et par an.
Si l'éclosion a lieu en août ou septembre, ou mettra les petits sur la luzerne dès le mois d'avril et on pourra couper les plumes vers le 15 mai, en ayant soin de les tenir à l'abri la nuit pendant une quinzaine de jours afin que les alvéoles durcissent facilement ; s'ils naissent en octobre ou novembre, on attendra le mois d'août, époque bonne pour les fourrages verts; en procédant autrement les plumes poussent mal et sont remplies de coups de bec.
Quand les poussins ont atteint l'âge de deux mois, il faut couper les spadones sur une longueur de 6 pouces (15 cc>itimct>-cs) de façon à régulariser leur croissance.
Vers l'âge de six mois on coupe les premières plumes appelées « spadones » au moyen d'un couteau et à environ deux centimètres et demi de la peau ; au bout de deux mois, les culots sont généralement mûrs pour l'arrachage auquel on procède au moyen d'une pince, en ayant soin de les tirer bien droit et sans
biaiser, afin de ne pas bles'ser l'oiseau et de ne pas arracher les alvéoles, ce qui empêcherait toute production ultérieure de plumes.
Pour savoir si les culots sont mûrs et par conséquent bons à retirer, il faut que la membrane qui les recouvre à l'endroit de leur insertion daas l'alvéole ait complètement disparu; si l'on n'est pas sûr de la maturité et qu'on constate l'existence d'un point rougeâtre, il sera préférable d'attendre quelques
Troupeau d'autruches réunies pour la plumée
jours de plus; si au contraire il se produit une sorte d'excroissance bleuâtre, c'est que le culot a été laissé trop longtemps et il faut s'empresser de l'enlever. Si l'on ne coupait pas les spadones, les récoltes suivantes en souffriraient et on aurait beaucoup de peine à régulariser la croissance plus tard ; cela tient à ce que les plumes de naissance, remplissant en partie l'alvéole, feraient obstacle à la naissance des plumes définitives qui font l'objet réel de l'élevage.
D'autre part, l'arrachage du culot détermine la production de la plume nouvelle et c'est à l'éleveur de choisir le moment le plus favorable pour cetteopération ; il est nécessaire, en tout cas, qu'à ce moment l'oiseau soit en parfaite condition de santé et de nourriture, faute de quoi les plumes de la récolte suivante seraient remplies de défauts.
Ainsi il faut éviter de procéder à l'arrachage des culots pendant les moi^ de juin et de juillet où la sécheresse est très grande et la nourriture verte peu abondante et souvent rare, car, pour qu'une autruche soit en bon état de santé, il faut pouvoir lui donner du fourrage vert en abondance.
Au moment de la récolte des spadones, il ne faut pas retirer d'autres plumes, d'abord parce qu'elles n'ont aucune valeur, mais aussi parce qu'elles servent à conserver la chaleur du corps de l'oiseau ; on ne récoltera donc ce> autres plumes qu'au moment de l'arrachage des culots des spadones, c'est-à-
!)!•: LA PLUME l'Ol'R PARURE
bl
dire vers l'âge de neuf on dix mois; on coupera alors les plumes de la queue et deux rangs de « drabs » situés immédiatement au-dessus des alvéoles des
Examen du degré de maturité des plumes
spadones, en partant du sommet de l'aile jusqu'à;, coude (endroit où commencent les longues plumes).
Il ne faut jamais arracher les plumes noires ou grises, mais les couper soigneusement près de la peau ; si on les arrachait, elles repousseraient aussitôt en moins bonne qualité et les oiseaux auraient un plumage irrégulier; de plus, leurs plumes ne se protégeant pas mutuellement s'abîmeraient et pousseraient moins bien.
Pour éviter, de blesser les oiseaux au moment de l'arrachage des culots, il faut procéder de la façon suivante : au moyen du pouce et de l'index d'une main on exerce une pression sur la surface de l'alvéole pendant que de l'autre main on procède à l'extraction au moyen d'une pince.
Dans le but de favoriser et d'activer la maturation des douilles, certains éleveurs donnent aux oiseaux une nourriture moins forte à ce moment.
Si les oiseaux sont bas de condition, quand les culots sont presque mûrs, il faut leur donner une nourriture supplémentaire artificielle pour les remettre en état avant l'arrachage.
Au Karroo on arrache les culots en décembre et janvier et on fait une seule récolte annuelle de plumes aux mois de juin et de juillet; les plumes ne commençant à sortir que six semaines ou deux mois après l'arrachage des culots, on évite ainsi la période des pluies et, comme ensuite le veld et la luzerne pousse rapidement, on se trouve ainsi dans les conditions les plus favorables pour obtenir un bon rendement lors de la plumée suivante.
En principe, on compte que les autruches peuvent être plumées tous les huit mois, mais il est facile de comprendre que ce temps ne peut pas être rigoureusement fixe et dépend du climat, des pâturages et de l'état de santé des oiseaux.
On a constaté que dans les régions élevées la croissance des plumes est plus lente ; on est obligé, par suite, de surveiller tout particulièrement la nourriture.
On n'a pas encore déterminé pour l'autruche sauvage l'ordre dans lequel se produit la mue des différentes rémiges, et, du reste, les quelques expériences tentées sur ce sujet tendent à prouver que la croissance des plumes n'est pas concordante pour les deux ailes. Quoi qu'il en soit, et c'est là un grand avantage, les plumes de l'aile de l'autruche privée viennent toutes à maturité en même temps quand on les a rognées toutes au même moment.
Les oiseaux doivent être baignés au moins un mois avant la plumée, mais iî faut les empêcher de se rouler aussitôt après ce lavage, car ils abîmeraient leurs plumes.
La plumée demande à être faite juste en temps voulu et avec beaucoup de précautions ; si à ce moment il survient une tempête, il faut tenir les oiseaux à l'abri pour éviter la détérioration et la décoloration des plumes ; ceci n'est du reste pas toujours possible dans les exploitations de grande étendue.
Il est essentiel de prendre en note les dates de la plumée et de l'enlèvement des culots, afin de savoir à peu près l'époque où il faudra y procéder de nouveau ; pour voir si les plumes sont bien mûres, on relève les ailes et on examine le gros bout du tuyau ; s'il est sec c'est qu'il est mûr, mais s'il contient encore du sang, il faut attendre, car, non seulement il y aura une perte de poids, la plume n'ayant pas encore atteint son maximum de croissance, mais en outre il se produirait une hémorragie qui empêcherait pendant longtemps d'obtenir de bonnes récoltes.
Certains oiseaux vivant jusqu'à trente ans, on voit l'intérêt qu'il peut y avoir à les bien nourrir et à faire les plumées avec tous les soins désirables et en temps normal.
On peut procéder à la récolte de la plume d'autruche de deux façons, soit par arrachage (plucking), soit par rognage (clipping).
Le premier procédé, du reste barbare, est aujourd'hui abandonné et on n'emploie plus que le second qui est complété en temps voulu par une autre opération consistant à enlever les culots (quilling).
Quand les oiseaux sont en liberté dans de vastes camps, il est nécessaire de s'en emparer en les attirant avec une poignée de grains, puis de les encapuchonner et ensuite de les coucher et leur lier les jambes afin d'éviter tout accident.
Mosenthal recommande également une autre méthode qui consiste à rassembler les oiseaux dans un coin du kraal de façon qu'étant serrés, ils ne puissent presque pas bouger ni donner des coups de pied à l'homme qui se glisse au milieu d'eux pour récolter les plumes.
Quand il s'agit d'autruches castrées ou bien domestiquées, deux hommes suffisent généralement en prenant soin de les capuchonner.
Pour procéder à la récolte des plumes, on fait usage d'un couteau bien effilé ou même d'un sécateur; le capuchon qui sert à aveugler l'oiseau doit être fait d'une étoffe solide et assez ample; il est percé d'un trou pour le passage du bec et muni d'un élastique qui maintient son ouverture appliquée sur le cou de la bête.
Quand les oiseaux sont dans des parcs de petites dimensions, on peut, en les chassant vers un coin de l'enclos, les faire pénétrer dans un box aménagé spécialement pour la plumée: « plucking box ». Cet appareil est constitué comme le montre la figure, par deux grands poteaux de trois mètres de long réunis par un boulon à leur extrémité supérieure et ayant un écartement de 80 centimètres au pied.
Ces poteaux sont fixés par le bas à une barre de 2 mètres de longueur attachée au sol.
Deux autres poteaux de i m. 25 de hauteur sont fixés comme les précédents à une barre transversale inférieure et réunis par des boulons à leur extrémité supérieure avec une autre barre de 60 centimètres de longueur.
Pluckinp-Box
84 LE COMMERCE ET i/lNDUSTRlE
Les deux groupes de poteaux sont écartés de i m. 40 l'un de l'autre et réunis par des barres de sapin sur lesquelles sont clouées des planches dans la partie supérieure de l'encadrement.
On capture l'oiseau, on lui couvre la tête avec le capuchon, on le fait entrer dans le box et un homme le maintient p;ir derrière pour l'empêcher de sortir pendant qu'on le plume.
Pour procéder à la plumée, on saisit une aile et on l'étalé en dehors des cloisons latérales du box. On commence par couper les deux rangs de plumenoires (black) ou grises (drab) qui se trouvent près des plumes blanches et en allant depuis le bout de l'aile jusqu'au coude où finissent les longues plumes.
On passe les plumes à un aide au fur et à mesure qu'elles sont coupées ; puis on coupe les plumes blanches jusqu'à un demi-pouce de la queue ; on procède de la même façon pour l'autre aile et, après avoir coupé les plumes de la queue, on fait sortir l'oiseau du box et on lui enlève le capuchon.
Quelques fermiers enlèvent les plumes plus loin que le coude et aussi celles de couvertures des ailes, mais, comme elles ont très peu de valeur, il est préférable de les laisser sur l'oiseau pour lui tenir chaud.
Après la plumée on peut baigner les autruches dans un bassin rempli d'eau tiède légèrement phéniquée qui aura pour but d'éloigner les mouches.
Après sept ou huit mois on peut procéder à une nouvelle plumée suivie elle-même de l'arrachage des culots deux mois plus tard, et on continue ainsi jusqu'à ce que l'autruche ait atteint l'âge de dix ou douze ans environ; il y a des oiseaux exceptionnels qui donnent encore de très belles plumes à l'âge de dix-huit ans et davantage.
Quand la ferme est située dans une région dont le climat est tempéré, c'est-à-dire où l'hiver n'a pas une température très différente de celle de l'été et où il n'y a jamais de grande sécheresse, on peut compter sur une récolte régulière tous les huit mois, soit 3 récoltes en deux ans ; si ces conditions climatériques ne se trouvent pas remplies, les frais considérables de nourriture et d'exploitation mangeront les bénéfices.
De plus, les récoltes faites tous les huit mois fatiguent évidemment les oiseaux et d'après Duerden conduisent rapidement au renouvellement du troupeau.
Aujourd'hui, dans la plupart des exploitations, la récolte n'est faite qu'une fois par an, ce qui évite une consommation de fourrage artificiel trop onéreuse et permet d'avoir des oiseaux toujours en bonne condition.
En outre, ce système est de beaucoup préférable, car il est prouvé scientifiquement que la plume atteint son maximum de beauté au début de l'appariement; c'est donc à cette époque qu'on récoltera les plus belles plumes.
Il est bien entendu que pour les autruchons il y a lieu d'observer des dates précises afin de permettre aux plumes de remplacement de pousser régulièrement.
Le système de la récolte annuelle est le seul employé par les fermiers du Karroo, pays où il existe une grande différence entre les températures de l'hiver et de l'été; il s'ensuit que, par suite de la disette de nourriture due aux grands froids, les plumes de remplacement mettent quatre et quelquefois six mois pour se former.
Il est bien entendu que la variation des cours de la plume a une grande influence sur les résultats financiers d'une ferme d'autruches.
Dans certaines exploitations, on arrache les plumes des ailes au lieu de les couper; mais le second système est en somme reconnu préférable et en tout cas moins barbare.
Quel que soit le moyen employé pour la récolte des plumes, il est nécessaire, pour procéder a cette opération, d'immobiliser l'oiseau en le poussant dans une partie rétrécie d'un parc et de là dans le plucking-box, car il faut que l'opérateur se trouve libre d'exécuter ces manipulations sans être exposé à des coups de pied dangereux.
Il est nécessaire, pour pouvoir assortir les plumes par genres et qualités, de bien connaître la place qu'elles occupent sur le corps de l'oiseau comme nous l'expliquerons dans un autre chapitre. Une autruche adulte produit de 500 à 650 grammes de plumes, dont la valeur varie, suivant la race et la constitution des oiseaux, de 150 francs pour ceux de sorte moyenne jusqu'à 250 et 300 francs pour ceux de bonne race.
On peut se rendre compte par ces chiffres combien l'élevage des oiseaux à plumes peut être rémunérateur, mais malgré tout le fermier a encore avantage à s'occuper des oiseaux reproducteurs, et c'est la méthode d'exploitation que devront employer ceux qui possèdent des terrains de grande valeur.
Quand il s'agit d'oiseaux reproducteurs, on les enferme dans les enclos à raison d'un mâle pour une ou deux femelles ; ces enclos doivent être placés le plus près possible de l'habitation afin de surveiller facilement l'incubation ; leurs dimensions varient suivant l'abondance des fourrages produits par la culture de la luzerne.
Quand on donne des fourrages artificiels, un parc de 30 ou 50 mètres est suffisant; si au contraire les oiseaux peuvent trouver à se nourrir en partie dans l'enclos, on porte les dimensions à 200 mètres sur 300, mais, comme nous l'avons dit, le système des petits parcs est toujours préférable afin d'éviter les chances d'accidents.
On laissera entre les clôtures de deux parcs voisins une bande de terrain de 4 à 5 mètres pour éviter que les coqs se battent et viennent se briser les jambes contre les clôtures.
Le sol d'un parc à reproducteurs doit être sec et bien drainé dans toutes ses parties.
On donne aux oiseaux, par jour et par tête, 3 kilos de luzerne sèche et environ 10 kilos de luzerne fraîche hachée ; en plus de ce fourrage, les oiseaux
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reçoivent o kil. 300 de maïs au moment de l'accouplement et de la ponte ; l'orge et la betterave constituent également une nourriture parfaite.
La récolte des plumes des oiseaux reproducteurs doit se faire avant l'accouplement; c'est à ce moment, en effet, vers le mois de mai ou le commencement de juin que le plumage du coq atteint toute sa perfection et son complet développement ; les plumes ainsi récoltées seront donc de qualité supérieure et de plus ne présenteront pas de défauts.
Pour arracher les culots, on attendra que la première partie la plus active de l'accouplement soit terminée, ce qui correspondra avec l'apparition des premiers fourrages verts.