ÉLEVAGE DES POUSSINS
Les petits ne commencent à prendre de nourriture que le troisième jour; jusque là il faut les tenir dans une chambre chauffée dont le sol est recouvert de sable et de petits cailloux ; on peut ensuite leur donner du son, de la farine et de l'eau, en même temps qu'un peu de jeune luzerne ou de fourrages verts hachés.
Il est recommandé d'enlever les poussins de la couveuse dès leur éclosion et de les faire d'abord bien sécher.
ç8 LE COMMERCE ET L INDUSTRIE
Le fermier devra toujours réserver chaque année une pièce de luzerne spéciale pour les poussins, qu'il aura ainsi toutes chances de voir grandir sans crainte d'infection ni de maladies ; il leur donnera en plus en abondance des os broyés et du gruau d'avoine.
On peut mettre environ de 15 à 20 poussins dans un enclos de 40 mètre? entouré de grillage et dans lequel on construit un petit auvent, où ils peuvent s'abriter des rayons du soleil ou des chutes soudaines de pluie. A partir de l'âge de trois semaines, les petits peuvent être mis toute la journée dans une prairie naturelle à eux spécialement réservée et le soir pendant deux heures sur la luzerne, à moins qu'on ne la leur donne hachée quand ils sont rentrés dans leur cabane.
On n'a pas encore déterminé scientifiquement les causes d'infection, mais c'est un fait d'expérience qu'une pièce de luzerne qui sert plusieurs années de suite s'infecte et donne des maladies aux oiseaux; on attribue ces maladies au peu d'espace laissé aux oiseaux et aussi au développement des vers dans la fiente et l'humidité qui règne toujours clans la luzerne.
Quand on manque de luzerne on plante du colza ou des choux, car la nourriture verte est indispensable pour les petits; la jeune avoine est aus.si une excellente nourriture pour eux ; il en est de même de la farine de blé de Kaffir, du maïs écrasé et de l'orge dans la proportion de une livre anglaise pour six à dix poussins, suivant leur âge et leur état.
Si la prairie est bonne le grain est inutile, mais si les poussins ne sont pas en bon état il ne faut pas chercher à réaliser une petite économie de grains, ce qui conduirait plus tard à en dépenser beaucoup plus pour les
remettre en bonne condition.
Si les petits sont élevés par leurs parents on peut les laisser dehors pendant la nuit, à moins qu'il ne fasse trop mauvais temps ; dans ce cas, on les met dans une cabane qui devra être exempte de vermine, car les poux et les punaises peuvent entraîner la mort des poussins ; en général, après quatre ou cinq jours, les petits sont séparés de leurs parents, afin que ceux-ci recommencent à s'accoupler et à pondre.
Les petits s'habituent rapidement à l'enfant qu'on leur donne connue gardien et le suivent facilement au bout de peu de temps ; il faut mettre à la disposition des poussins un endroit rempli de sable ou de cendres, pour qu'ils puissent s'y rouler.
Dans le cas où les petits proviennent de l'incubation artificielle, il faut absolument les tenir au chaud pendant la nuit jusqu'à l'âge de trois mois; à partir de cet âge ils sont assez forts pour résister à la fraîcheur de la nuit.
On peut employer une boîte recouverte en partie d'une toile à voile et garnie de sacs à l'intérieur ; cette boîte devra être assez large pour que les poussins ne montent pas les uns sur les autres, ce qui pourrait les faire mourir.
On les habitue peu à peu, d'abord en ouvrant un peu plus le dessus, puis en l'enlevant complètement, mais il faut toujours leur constituer un abri contre la pluie.
Un autre système consiste à prendre une boîte, garnie de sacs cloués à l'intérieur, avec une ouverture sur le côté pour l'entrée des poussins et quelques trous dans les parois pour l'aération ; puis on découpe dans cette
J euncs autruches
même toile un certain nombre de lanières que l'on suspend au couvercle de la boite ; c'est ce qu'on appelle une mère artificielle.
Si la température est très basse, il faut recourir au chauffage artificiel au moyen d'un poêle, sur lequel on posera une terrine remplie d'eau, afin d'éviter la dessication de l'air.
M. Schuler, à Tuléar, a fait construire une éleveuse qui lui permet de réduire la mortalité des poussins. Voici la description qu'en donne M. Menegaux dans son ouvrage « L'Elevage de l'autruche » :
Cet appareil se compose d'une caisse ayant i'" 60 de long sur 1'" 10 de large et 1'" 30 de haut; cette caisse est en treillis métallique d'un côté et est divisée en deux compartiments égaux par une cloison horizontale percée de trous. La source de chaleur est fournie par une lampe à pétrole placée dans un coffre situé sur le petit côté de l'éleveuse; elle communique par une cheminée en tôle verticale et recourbée à angle droit avec un tuyautage en U courant sous la séparation longitudinale de la caisse et distribuant la chaleur comme dans la couveuse Petaluma. Un treillis métallique isole le tuyautage et sert de plafond au compartiment inférieur.
La sortie de l'air chaud s'effectue à l'intérieur de la caisse et est plus ou moins favorisée, suivant la température que l'on veut obtenir, par des obturateurs venant fermer plus ou moins les orifices de sortie des tuyaux.
Le devant de la caisse est ouvert sur toute la longueur sur une hauteur de 40 centimètres et se trouve garni de franges de laine que les autruchons ont bien vite appris à soulever pour entrer et sortir, ce qui leur permet d'aller de la chaleur à la nourriture et de la nourriture à la chaleur. Le compartiment supérieur, fermé par un vitrage et aéré par une série de trous, sert de sécheuse pendant les premiers jours de l'éclosion et d'infirmerie à l'usage des autruchons maladifs ou faibles. Une légère couche de sable, qu'il est facile de renouveler, recouvre le plancher des deux compartiments. L'éleveuse, placée dans une chambre construite en pierre, dont le sol est recouvert de sable, donne une température à peu près constante de 300 dans ses deux compartiments. L'air chaud de l'éleveuse se répandant dans la pièce maintient également celle-ci à une température à peu près uniforme.
Dès leur sortie de la couveuse les jeunes autruchons sont placés dans la partie supérieure de l'éleveuse où ils restent pendant une quinzaine de jours. Us sont ensuite déposés sur le sol de la nursery, d'où ils peuvent sortir et entrer d'eux-mêmes dans le compartiment inférieur de l'éleveuse. La nuit ils se réfugient, sans le secours de personne, dans cette chambre de chauffe, qui les met à l'abri des refroidissements. A deux mois, M. Schuler les plaçait dans un hangar fermé présentant dans un coin une caisse ouverte par un côté pour la nuit; à trois mois, il les mettait dehors le jour et dans le hangar la nuit ; à quatre mois, ils passaient leurs nuits dehors comme les adultes.
Les poussins doivent rentrer avant le coucher du soleil et ne pas être mis dehors trop tôt le matin, surtout en cas de gelée ou de rosée ; on les tiendra alors dans un endroit sec et abrité jusqu'au moment où les rayons du soleil seront assez chauds et on leur donnera pendant ce temps un peu de luzerne hachée mélangée à du grain et à des os broyés. On peut également leur donner un mélange de chou et de colza hachés et mélangés à du son légèrement mouillé. S'il fait du brouillard, on les laissera dans la cabane.
Il ne faut jamais chasser ni effrayer les petits, car, ayant les os très fragiles, ils pourraient se briser les jambes ; d'autre part, il faut les rendre confiants pour qu'ils se domestiquent facilement.
Les pertes dues à l'élevage artificiel décidèrent beaucoup de fermiers à laisser les petits à leurs parents, mais les résultats ne furent guère satisfaisants et, de plus, les oiseaux, déjà fatigués par la couvée, se trouvent épuisés par les soins qu'ils prodiguent à leurs petits et donnent alors de mauvaises récoltes de plumes.
Il faut pouvoir suivre le développement de chaque oiseau afin d'obtenir une exploitation rationnelle en contrôlant la valeur des couples reproducteurs.
Afin de pouvoir reconnaître plus tard les autruches, on les marque dès leur naissance au moyen d'un fer chaud.
Un moyen très simple consiste à prendre une épingle à cheveux, que l'on courbe en lui donnant la forme voulue; on la fait chauffer, et quand elle est brûlante on l'applique sur la peau de l'estomac, derrière la cuisse, à l'endroit qui est dépourvu de plumes.
On peut opérer sans inconvénient le jour même ou le lendemain de la naissance, mais il faut avoir soin de ne brûler que l'épiderme. Pour arriver à ce résultat, on retirera la marque juste au moment où éclate la boursouflure qui s'est formée au contact du fer chaud, de façon à ne brûler que l'épiderme.
Ces marques peuvent se reconnaître encore deux ans après leur application ; mais il est bon néanmoins de les renouveler et aussi quelquefois de les changer pour éviter les contrefaçons ; tous les oiseaux sont inscrits sur un registre avec leur marque propre, la date de leur naissance et le numéro de leurs parents.
A partir de lage de trois mois, l'autruche jouit d'une très robuste constitution; il est alors possible de laisser les jeunes dehors en liberté jour et nuit, mais on recommande, quand les bénéfices le permettent, de leur construire un abri contre le froid et l'humidité.
Les poussins sont quelquefois couverts de teignes qui pénètrent jusque dans leurs oreilles, d'où on les fera sortir au moyen d'un peu de paraffine.
Il vaut mieux couper la teigne en laissant la tête sortir ensuite d'elle-même plutôt que de l'arracher, car il résulte de ce deuxième procédé des démangeaisons et une enflure qui ne laissent aucun répit aux oiseaux.
Il est bon de mettre à la disposition des poussins un endroit rempli de cendres, où ils pourront se rouler pour se débarrasser de la vermine. Si celleci est très abondante, on mélange du soufre en poudre avec une petite quantité de chaux et on place ce mélange dans un sac, que l'on secoue légèrement au-dessus du dos des poussins.
Un autre bon système consiste à mettre dans un réservoir un demi-mètre cube d'eau dans laquelle on fait dissoudre quatre livres d'arséniate de soude, on y ajoute deux livres de savon mou et on y plonge les poussins pendant deux minutes ; cela suffit pour tuer la vermine.