RENDEMENT DE L'ELEVAGE RATIONNEL DE L'AUTRUCHE
L'élevage de l'autruche, conduit d'une façon normale par un fermier compétent, donne de gros bénéfices et c'est une chose facile à contrôler au Cap, où on trouve presque autant de preuves qu'il y a de fermes.
D'un autre côté, une exploitation coloniale prospère est, pour la mère patrie aussi bien que pour la colonie elle-même, une source de profits de toute nature. En effet, en dehors des droits et patentes qui viennent enrichir le
Trésor, la prospérité d'une colonie concourt au développement de toutes les forces vives de la métropole.
Or, il y a bien peu de commerces ou d'industries qui produisent comme pourcentage des bénéfices comparables à ceux que procure l'élevage de l'autruche et dont nous avons donné des exemples.
La France se trouve dans des conditions favorables pour la réussite de cette industrie dans ses colonies de l'Algérie, de la Tunisie, du Sénégal et de Madagascar; ces régions étaient, du reste, fréquentées par les autruches avant leur destruction irraisonnée.
Il ne faut pas se dissimuler cependant que la création de semblables établissements présente quelques difficultés; elle exige une mise de fonds assez considérable, nécessitée tant par l'acquisition et la mise en valeur du terrain, le matériel et les constructions que par l'achat d'oiseaux reproducteurs de bonne race.
Il n'y a pas de doute que, si les capitalistes étaient mieux éclairés sur cette question, ils n'hésiteraient pas un instant à courir des risques relativement minimes en comparaison des gros bénéfices pour ainsi dire assurés qu'ils pourraient tirer du placement de leur argent dans l'élevage de l'autruche.
En ce qui concerne l'achat de bons reproducteurs, cette question est aujourd'hui plus difficile à résoudre, depuis que les Anglais ont frappé de peines sévères l'exportation des oiseaux et des œufs de leur colonie du Cap. Il existe heureusement d'autres races avec lesquelles, par des croisements et des sélections appropriés, on pourrait arriver assez rapidement à obtenir des sujets égaux, sinon supérieurs comme qualité à ceux du Sud de l'Afrique.
Les conditions et les méthodes d'élevage dérivées d'une pratique suffisamment longue et aujourd'hui parfaitement déterminée dans leurs parties principales, sont des facteurs importants de réussite auxquels il ne reste plus à joindre qu'une bonne dose de volonté et de persévérance.
Les résultats appréciables obtenus à Madagascar sont la meilleure preuve que nous puissions en donner et constituent en même temps un sérieux encouragement pour les fermiers français de l'avenir.
Malgré l'avance évidemment considérable prise par les Anglais au Cap, il n'est pas douteux que nous puissions réussir à ramener bientôt en France le marché des plumes d'autruche qui aurait dû nous appartenir depuis l'époque de nos premiers essais d'élevage en Algérie, c'est-à-dire depuis cinquante ans.
Si le gouvernement français veut bien ne pas ménager aux colons son appui moral et financier, la réussite est au bout.
Nous avons dit que les fermiers du Cap gagnaient beaucoup d'argent, mais combien en gagnent-ils ?
Voici un décompte établi par M. Evans Bedford, d'abord pubiieiste et ensuite devenu éleveur au Cap.
Sur une ferme disposant de 20 acres (8 hectares) de luzerne pouvant être irriguée facilement, il est possible de nourrir 60 autruches à raison de 3 oiseaux paissant tous les six mois sur chaque acre.
Io8 LE COMMERCE ET I/INDUSTRIË
Le matériel nécessaire se composera de :
I Voiture légère Livres 30
6 Mulets 90
Harnais 10
Outils de culture 15
Moissonneuse et faucheuse 15
Divers 10
Total Livres 170
Dépenses :
Frais d'ensemencement de la luzerne Livres 2 9
Irrigation sept fois par an 1 8
Nettoyage de la source 4
Entretien des clôtures 2
Main-d'œuvre pour la récolte et le nettoyage des plumes. ... 20
Amortissement du matériel, 10 0/0 17
Intérêt à 5 0/0 sur la valeur de 60 autruches, soit 1.200 £. . . . 60
Intérêt à 5 0/0 sur la valeur du terrain, 50 £ l'acre 50
Total annuel des dépenses Livres 156 17
Recettes :
Les plumes de 60 autruches à 7 £ 10 par an et par tête. . Livres 675 Les jeunes de 60 autruches, dont 60 ont atteint l'âge de vente. Les jeunes valent de 6 à 10 livres, mais il faut déduire 20 livres pour les vieux, et M. Evans compte seulement 45 petits à 6 livres
chacun 270
Total des recettes Livres 945
La balance s'établit comme suit :
Recettes Livres 945
Dépenses 156 \J
II reste donc Livres 788 03
de bénéfice net.
Le capital immobilisé est le suivant :
20 acres de terre à 50 livres Livres t .000
60 autruches à 20 livres i . 200
Matériel 170
Fonds de roulement 400
Total Livres . . 2 . 770
Pour un capital de 70.000 francs, on aura donc un bénéfice net d'environ 20.000 francs par an.
En admettant même une mortalité exceptionnelle et des accidents, on voit qu'il existe peu d'industries aussi lucratives que l'élevage de l'autruche et on comprend les mesures de protection rigoureuses que les Anglais ont prises dans leur colonie du Cap.