‹ Le commerce et l'industrie de la plume pour parureChapitre 46 sur 152 · MARCHE DE LONDRES · texte numérisé non relu

MARCHE DE LONDRES

C'est en 1876 que les arrivages de plumes du Cap devinrent si importants-, à Londres qu'on y organisa dans les Docks des ventes publiques bi-mensuelles, dont l'importance a été depuis toujours en augmentant.

A partir de cette époque, les anciens marchés de Vienne et de Livourne cessèrent complètement d'exister et les plumes d'autruche, de quelque provenance qu'elles fussent, furent dirigées sur Londres qui eut ainsi le monopole de la vente.

Les procédés d'élevage et de reproduction s'étant rapidement perfectionnés et les bénéfices en résultant étant très élevés, le nombre des fermes et, par suite, des oiseaux à plumes augmenta très vite; le montant des plumes importées à Londres s'éleva progressivement jusqu'au chiffre annuel de soixante millions de francs qu'il atteint aujourd'hui et dont la majeure partie est constituée par les plumes du Cap, le reste venant d'Egypte et de Barbarie.

Il y a lieu de remarquer que le prix actuel du kilo de plumes étant de 60 0/0 inférieur à celui pratiqué au début du marché londonien, le chiffre cidessus serait plus que doublé si la valeur intrinsèque des plumes n'avait pas changé.

Nous avons résumé, dans un tableau de statistique comparée, les fluctuations énormes des cours du marché de Londres, , de la production et de la valeur des plumes vendues annuellement sur ce marché, ainsi que du nombre d'oiseaux existant clans les fermes du Cap ; on pourra ainsi se rendre compte que bien peu de commerces ont suivi une marche ascendante aussi rapide.

Il semble bizarre tout d'abord qu'il se soit trouvé de nombreux individus pour engager leurs capitaux et consacrer leur vie à la production d'une seule sorte de plumes, alors que depuis que l'homme existe sa constante préoccupation a été de rechercher la particularité dans la parure ; nous avons pu constater, cependant, qu'à peu près à toutes les époques de l'histoire, la plume d'autruche a été employée comme ornement, tantôt par les hommes, tantôt par les femmes, ou par les deux en même temps.

L'explication de ce semblant d'anomalie se trouve dans l'esthétique propre et la richesse même des plumes de l'autruche qui, comme les pierres précieuses, sont d'un emploi absolument indépendant des variations de la mode. Le développement du luxe a conduit, au cours de ces dernières années, à une utilisation régulière d'autres sortes de plumes également très belles, quoique de genre tout différent, nous voulons parler de la crosse, de l'aigrette et du paradis ; mais bien que la mode change assez souvent pour ces dernières, cela n'a pour ainsi dire aucune influence sensible sur la demande des plumes d'autruche; celles-ci, en effet, concurrencent facilement par leur beauté toutes les autres sortes de plumes pour parures; de plus,' leur solidité relative ne permet pas de les employer à un autre usage que celui de la parure et surtout leur emploi se démocratise de plus en plus.

Les fluctuations des cours du marché de Londres sont dus à deux causes principales : la production et la consommation.

En 1875, à cause de leur rareté relative et aussi par suite des difficultés et des frais de production, les prix furent excessifs et augmentèrent progressivement jusqu'en 1878, année de leur maximum.

En raison des énormes profits réalisés par suite de ces prix élevés, de nombreuses fermes se créèrent de tous côtés, le marché fut inondé de plumes de basse qualité et il y eut bientôt surproduction, si bien que la valeur moyenne baissa d'environ 50 0/0 ; une crise inévitable se produisit et occasionna l'abandon de nombreuses exploitation-.

Les fermiers qui purent supporter la crise modifièrent alors leursméthodes d'élevage en leur donnant une direction plus technique qui devait conduire forcément à un emploi plus judicieux des capitaux engagés.

La production devint meilleure comme qualité, mais baissa en même temps beaucoup comme quantité pour atteindre son chiffre le plus bas en 1891.

Mais si la production avait beaucoup diminué, la demande, par contre, s'était maintenue et nous voyons se produire cette même année une hausse considérable des cours. Les fermiers qui avaient pu résister à la première crise en profitèrent largement et un grand nombre de nouveaux exploitants surgirent alors, amenant fatalement une surproduction et une nouvelle crise qui dura de 1894 à 1897. Mais à la même époque, la consommation augmenta beaucoup et permit d'avoir des cours plus soutenus.

Les méthodes d'élevage, grâce à la propagande gouvernementale, s'améliorèrent de leur côté et contribuèrent pour beaucoup au relèvement des prix en 1907; mais en 1908 et 1909, la surproduction fut telle que, malgré la grande demande de la mode, les cours ne purent se maintenir et atteignirent leur minimum. En dépit de cet affaissement des prix, le consul de Erance au Cap signale, le 5 mai 1909, que des « whites » ayant figuré au concours agricole ont été vendues aux enchères à Port-Elisabeth, à raison de 85 £ la livre anglaise, soit 4.700 francs le kilo; à la même époque, des « feminas » blanches ont atteint le prix de 40 £, soit plus de 2.000 francs le kilo.

Pour remédier à cet état de choses, les fermiers furent amenés à surveiller leurs livraisons de façon à relever la moyenne de la qualité.

Les années 1910 et 191 1 furent assez bonnes, mais dès 1912 une nouvelle crise se fit sentir et nous nous trouvons aujourd'hui en présence de ce fait que par suite de l'abondance des belles sortes et des exigences de la mode en qualités ordinaires et basses, le cours de ces dernières est en hausse sensible, alors que les premières sont légèrement dépréciées. Le cours moyen annuel n'en sera très probablement que peu affecté, en raison de la proportion des lots de belle sorte et aussi de la capacité de plus en plus grande du marché mondial, mais il faut redouter une baisse due à l'énorme surproduction aussi bien qu'à une éclipse momentanée de la mode de l'autruche.

Il est intéressant de se rendre compte de l'importance relative des quantités de plumes du Cap et d'Egypte mises en vente à Londres, ainsi que de leurs valeurs respectives. Nous devons à l'obligeance de MM. Lewis et Peat les

chiffres donnés dans le tableau ci-dessous. (Les poids sont exprimes en livres anglaises et la valeur en livres sterling.)

Dates des Ventes

Décembre 1906

Octobre

Juillet

Juin

Avril

Février

Novembre 1910

Septembre

Juillet

Juin

Avril

Février

Décembre 1912.

Octobre

Juillet

Juin

Mars

Janvier

Décembre 1913.

Octobre

Juillet

Juin

Avril

Février

Cap

Poids

Valeur

Egypte & Barbarie

Poids

Valeur

Si nous examinons ces chiffres, nous constatons de suite que les quantités de plumes provenant d'Egypte et de Barbarie sont très peu importantes par rapport à celles du Cap et restent à peu près stationnaires, tandis que l'importation de ces dernières est en progression constante.

D'autre part, le prix moyen de la livre de plumes de Barbarie et d'Egypte tend à diminuer sensiblement en raison même de la qualité qui est de moins en moins belle et de la diminution de l'offre.

Pour les plumes du Cap, au contraire, les prix se maintiennent à peu près depuis 1910 jusqu'en 1912, mais tendent à baisser à partir d'octobre 191 3, et la baisse s'accentue encore à la vente de décembre par suite d'une éclipse partielle de la mode de l'autruche.

Il y a lieu de remarquer que c'est la vente de juin qui réalise toujours la moyenne de prix la plus élevée; nous avons, du reste, expliqué pourquoi dans le chapitre consacré à l'élevage.

Les lots de plumes constitués comme nous le verrons plus loin, sont expédiés par les fermiers du Cap ou ^es exportateurs d'Egypte et de Barbarie,

Page 1