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AIGRETTE BLANCHE

Ardea Bgretta — Der Edclrciher — The white Egret

Cet oiseau, dénommé également « Héron argenté i), « Hcron blanc » ou « Héron noble », se trouve dans la Chine, l'Inde, la Guyane, le Sénégal et l'Amérique du Sud. ( )n en a vu nicher en Hongrie et en Allemagne, mais ce fait est assez rare et n'a pu être observé souvent.

Belon dit qu'elle a reçu ce nom à cause de l'aigreur de sa voix qui est beaucoup plus puissante que celle du héron commun. Les Italiens la nommaient « Agrati » au XVIIIe siècle. Selon Mgr Huet, évêque d'Avranches, aigrette s'est dit par corruption du mot Aiglette, mais cette dernière étymologie n'est pas naturelle et il faut s'en tenir à celle de Belon.

Ce héron a environ 1 m. 05 de longueur, son plumage est d'un blanc éclatant et sa tête porte une petite huppe de plumes souples et pendantes.

A l'époque des amours, son dos se recouvre de plumes scapulaires. longues de 35 à 50 centimètres et formées d'une tige portant des barbes fines et espacées ; ces plumes tombent en automne à l'époque de la mue ; les jeunes ne portent pas de ces plumes dites « aigrettes ». Un oiseau produit de 3 à 5 grammes d'aigrettes.

Ces oiseaux se tiennent dans les terrains marécageux et nichent aussi bien sur les arbres que dans les roseaux. Ils vivent en familles nombreuses et les marais où ils reviennent fidèlement chaque année pour nicher s'appellent des « liéronniercs ». Ils se trouvent toujours mêlés aux autres sortes de hérons avec lesquels ils vivent en parfaite intelligence.

La chasse de ces oiseaux est fort pénible et même dangereuse à Cause des exhalai- A.g.etlc blanche lArdea garzella)

sons pestilentielles qui se dégagent de ces marais.

Il existe d'autres sortes d'aigrettes telles que l'aigrette grise du Sénégal et l'aigrette ardoise des Indes (Ardea strumi ou Bgretta plumbea).

L'aigrette grise se multiplie aussi à Madagascar et à la Réunion, où on se trouverait par conséquent dans d'excellentes conditions pour tenter l'élevage de l'aigrette proprement dite.

Il en est de même pour le Sénégal, le Soudan et le Cambodge où se trouvent réunies les conditions de sol et de climat les plus propices à cet élevage.

Pays de production. — La plus grande partie de l'aigrette provient de l'Amérique du Sud et représente environ la moitié de la production mondiale ; parmi les pays de l'Amérique du Sud fournissant l'aigrette, il faut mettre en première ligne le Venezuela qui exporte annuellement plusieurs centaines de kilogrammes d'aigrettes achetés généralement en entier par la France. En 1895, l'exportation était déjà de 600 kilogrammes et elle a augmenté sensiblement. Depuis quelque temps, par suite de la demande américaine et de la concurrence des acheteurs américains sur le marché même du Venezuela, une certaine partie de la récolte est expédiée directement aux Etats-Unis sans passer par le marché français.

Parmi les autres pays producteurs de l'Amérique du Sud vient ensuite le Brésil, dont l'aigrette ressemble beaucoup à celle du Venezuela, surtout quand elle provient des régions voisines de ce dernier pays, mais la tige est d'ordinaire plus forte et plus grosse.

La Colombie produit également une certaine quantité d'aigrettes dont l'extrémité est presque toujours rougeâtre ; on en récolte aussi dans la République Argentine, le Mexique, dans la Guyane anglaise et la Guyane hollandaise, mais en petite quantité dans ces deux derniers pays.

En 1895, l'exportation de la République Argentine se montait à 100 kilogrammes ; aujourd'hui ce cbiffre a plutôt bztissé, non parce que la production a diminué, mais parce qu'une partie assez importante est travaillée dans le pays même.

En Asie, l'aigrette se récolte dans les Indes, dont l'exportation est très importante et destinée au marché anglais, ce qui s'explique facilement par le lait que les maisons établies aux Indes sont presques toutes anglaises.

Le principal port d'expédition de l'aigrette des Indes est Rangoon et on distingue même l'aigrette des Indes de celle de Rangoon qui est la plus fine et la plus légère de toutes.

La Chine et l'Indo-Chine française produisent une assez grande quantité d'aigrettes qui est pour la plus grande partie réexpédiée par Rangoon.

Le Japon produisait une assez grande quantité d'aigrettes, mais depuis quelques années, l'exportation de ce pays est en sensible diminution.

Java, la Turquie d'Asie et la Russie d'Asie fournissent quelques lots tous les ans. En Afrique, la production a été jusqu'ici peu importante; Madagascar

et la Côte d'Ivoire exportent fréquemment de petits lots d'aigrette. Au Sénégal, l'exportation n'a pas dépassé 20 kilogrammes pour l'année 1912, et cela malgré les quelques années pendant lesquelles la chasse de cet oiseau a été rigoureusement interdite. Il existe en outre au Sénégal une autre sorte qu'on appelle l'aigrette noire qui est plutôt bleu gris avec une plume blanche à chaque aile.

En résumé, on peut dire que les principaux pays producteurs d'aigrette sont : l'Amérique du Sud (bassin de l'Amazone) et l'Asie (Indes et Chine).

Récolte des plumes. — Il n'y a jusqu'ici qu'un seul pays, le Venezuela. où l'aigrette est récoltée dans des endroits marécageux souvent fort étendus et dénommés a Garceros » (de « garceta » aigrette) ; le nombre de ces garceros est assez considérable et d'un excellent rapport pour leurs propriétaires.

Un prix d'encouragement de 10.000 francs a été fondé récemment par la maison Sciama et Cie pour être attribué à la personne qui aura pu justifier d'un élevage d'aigrettes et de la récolte des plumes sur l'oiseau amené à l'état domestique. Il est probable que cette prime encouragera les essais d'élevage de cet oiseau, mais jusqu'à maintenant on peut dire que la plume d'aigrette est le produit des garceros.

Le Dr Bouet, à Madagascar, a réussi à avoir des aigrettes, qui, pendant plusieurs mois quittaient tous les matins sa maison pour y revenir le soir; cependant à l'époque des amours un certain nombre ne revinrent plus.

Les garceros sont des parcs immenses, naturellement marécageux appartenant à des particuliers et où les oiseaux reviennent périodiquement chaque année pour y pondre et y couver, et dans lesquels on récolte la plume deux fois par an.

Nous tenons d'un de nos amis, la photographie que nous reproduisons ci-contre ; c'est celle du garcero de la Calandria, province de Apure, au Venezuela. Malgré l'échelle réduite, il est facile d'apercevoir les milliers d'oiseaux qui se trouvent perchés sur les buissons ou sur les arbres et qui forment autant de points blancs.

Les aigrettes récoltées sont portées aux propriétaires des « garceros »>, lesquels vendent le tout aux maisons d'exportation établies dans les ports ou marchés tels que Caracas, Manaos, Para, etc. Les propriétaires autorisent le ramassage de la plume tombée à condition qu'on leur donne la moitié de la récolte.

Les livraisons d'aigrettes sont faites soit contre paiement en espèces, soit par voie d'échange contre d'autres marchandises et plus spécialement des cotonnades.

Souvent, les expéditions sont organisées et équipées par des maisons du Venezuela et du Brésil qui leur consentent même des avances avant leur départ.

'Si

Commerce d'exportation. — Chaque année, lorsque les lots sont assez importants, les maisons étrangères expédient à leurs correspondants de Paris. Londres et quelquefois Hambourg, des lots qui sont alors vendus de gré à gré ou soumis au feu des enchères publiques de Londres.

Ces lots sont naturellement très variables comme importance, mais la

Garcero de la Calandria — Etat de Apure — Venezuela

qualité est généralement meilleure au début qu'à la fin des arrivages. Cela provient de ce que les premiers envois se composent des aigrettes de la première récolte qui sont les plus belles.

Ceux de la seconde récolte sont moins bons mais depuis quelques années leur prix est à peu près égal même s'il n'y a pas eu de hausse entre temps comme cela se produit quelquefois.

Il n'est pas rare de constater que des lots valant plusieurs centaines de mille francs soient mis en vente et qu'ils trouvent preneur immédiatement. Le paiement en est fait au comptant à l'enlèvement de la marchandise.

Classification et qualités. — On considère commercialement qu'il y a deux sortes d'aigrette, quelle qu'en soit la provenance : l'aigrette courante, appelée aussi quelquefois aigrette ronde, et l'aigrette plate; cette dernière sorte se distingue facilement de la première parce que les barbes restent droites et ouvertes presque dans le même plan au lieu d'être retombantes et placées à angle aigu comme dans l'aigrette ronde.

La Sibérie et le Turkestan produisent plus spécialement l'aigrette plate mais de qualité assez ordinaire.

Il y a naturellement différentes qualités d'aigrettes ; en principe on la

classe en longue 140 à 50 centimètres) moyenne (32 à 40 centimètres) et

courte; dans chaque taille on distingue l'aigrette extra, première, seconde, troisième et quatrième. L'aigrette extra, appelée communément ccafiotte, est reconnaissable à sa belle couleur blanche, les barbes . sont longues et sans défauts ni manquants, la tête est bien fournie, le pied est recouvert de petites peaux jaunâtres et sanguines qui s'étendent sur une hauteur variable formant une sorte de gaine dans laquelle les barbes sont enfermées.

Pour qu'une aigrette soit classée dans le premier choix, il faut que la pointe soit intacte, les barbes assez longues, souples et douces au toucher.

Dan.-, les second et troisième choix, la tête est plus ou moins usée et les barbes moins longues et moins régulières que dans la qualité précédente, le toucher est plus dur, plus rugueux, plus piquant, mais la plume est encore assez souple. On classe dans la quatrième et dernière qualité, l'aigrette dont la tête est cassée ou usée et les barbes courtes et en mauvais état : la teinte est grise ou jaunâtre et les brins présentent l'apparence de « bouts de bois », dénomination sous laquelle on la désigne souvent dans le commerce.

Le second et le troisième choix représentent à eux seuls plus des neu'f dixièmes de la quantité totale mise sur le marché et se composent presque exclusivement d'aigrettes tombées

et ramassées, comme il est facile de s'en rendre compte par un simple examen

des tiges et des barbes.

L'aigrette du Venezuela est généralement longue et moyenne, tandis que celle de Rangoon ou des Indes est moyenne et courte.

Brin d'aigrette

Marché de l'aigrette. — Ainsi que nous l'avons dit précédemment, l'aigrette des Indes étant presque toute expédiée en Angleterre, il en résulte que le marché de Londres a une influence considérable sur les cours ; les prix obtenus aux enchères servent de base aux marchands pour les ventes qu'ils effectuent sur tous les autres marchés. Cela s'explique par ce fait que les acheteurs des différents pays se trouvent réunis à Londres au moment de ces ventes et que la loi de l'offre et de la demande produit alors ses effets d'une manière immédiate et indiscutable.

La valeur des marchandises mises en vente à Londres peut être estimée à 2 ou 3 millions à chaque vente et naturellement l'importance des offres

attire de nombreux acheteurs surtout depuis quelques années au cours desquelles la valeur de l'aigrette a plus que doublé.

Ces ventes aux enchères ont lieu tous les deux mois immédiatement après celles de l'autruche et les dates en sont fixées comme pour ces dernières au mois de décembre pour toute l'année suivante; cependant dans certaines circonstances elles se trouvent reculées de huit ou dix jours.

Les lots mis en vente sont, comme pour l'autruche, exposés dans les docks où les acheteurs peuvent les examiner ; ces lots sont préparés dans l'intervalle des ventes et leur importance est très variable.

Certains lots sont retirés de la vente pour être reportés à la suivante. quand le vendeur ou l'importateur n'a pu obtenir le prix qu'il désirait et s'il juge que les cours doivent hausser.

Les ventes sont faites par les brokers qui garantissent aux vendeurs le paiement de la marchandises par l'acheteur moyennant une commission qu'ils touchent du vendeur et aussi de l'acheteur.

La vente la plus importante est celle de décembre alors que celles de mai et juin sont presque nulles pour reprendre un peu en octobre ; ces fluctuations dépendent de l'époque à laquelle se fait la reçoit?.

D'après les statistiques, il a été mis en vente à Londres en aigrettes de toutes provenances :

En 1910 : 20.377 onces.

En iqïi : 26.144 — En 1912 : 20.748 —

Il y a lieu de remarquer que dans ces chiffres sont compris les lots qui ont pu être mis en vente puis retirés pour être reportés à la vente suivante, comme nous l'avons expliqué ; par contre, une assez grande quantité d'aigrettes est vendue directement sans passer par les docks.

D'autre part, il y a des lots très importants qui sont vendus directement en France et dans les autres pays sans qu'il en soit fait mention nulle part ailleurs que dans des statistiques d'ensemble.

Il est donc impossible de dire qu'elle est la quantité exacte d'aigrette vendue annuellement dans le monde entier.

Néanmoins, on peut estimer que le poids d'aigrette envoyé directement en France par le Venezuela et le Brésil est au moins égal, sinon supérieur, à celui des lots vendus à Londres, si bien que la quantité totale d'aigrette importée annuellement en Europe peut être évaluée à 1.000 kilogrammes au minimum.

Une grande partie est réexpédiée à l'état brut ou manufacturé en Allemagne, en Autriche, et aux Etats-Unis (1).

Le nombre des importateurs français n'est pas très grand ; ce sont, pour la plupart, des commissionnaires qui sont en compte-courant sous forme d'avances ou autrement avec leurs correspondants étrangers. Cependant.

(I) Pour ce dernier pays cela n'existe plus depuis le 3 Octobre 1913, date de l'application du bill I.acey.

r^S LK COMMERCE ET l'industrie

quelques-uns ne sont que de simples consignataires chargés de vendre les lots qu'on leur confie à un prix fixé et moyennant une commission.

Un certain nombre de spéculateurs conservent les lots en magasin et ne les remettent sur le marché que quand les cours sont rémunérateurs.

Sur le marché français, les arrivages d'aigrette se font généralement en octobre ou au commencement de novembre pour se terminer en mars.

Le prix de l'aigrette était jadis sujet à cf assez grandes variations dues en grande partie à ce fait que les quantités mises sur le marché étaient ellesmêmes très variables et peu importantes. Depuis un certain nombre d'années, les cours sont plus stables et le chiffre de l'importation est aussi plus régulier et plus élevé qu'autrefois.

En France, courant 1913, le prix de l'once de 30 grammes était compris entre 80 francs pour les bouts de bois et 250 à 275 francs pour la qualité extra, c'est, comme on le voit, un cours très élevé. Il arrive que par suite des variations de la mode, la valeur de l'aigrette longue est tantôt plus grande, tantôt plus faible que celle de l'aigrette moyenne et courte.

On importait jusqu'ici un certain nombre d'aigrettes préparées en peaux plates, mais depuis quelque temps déjà les propriétaires de garceros ne laissent plus tuer les oiseaux et il n'en arrive plus sur le marché.

On vendait également le plumage de l'aigrette à raison de 200 francs le kilogramme et aussi la plume palette et flèche entre 2 fr. 50 et 3 francs le cent, suivant qualité. Les oiseaux en peaux valaient de 15 à 30 francs.

Il est bon de signaler une fraude à laquelle se livrent certains individus; elle consiste à introduire une aiguille fine dans le tuyau de l'aigrette fraîchement récoltée ; celle-ci se rétrécit en séchant et rend la supercherie presque invisible, tout en augmentant beaucoup le poids de la marchandise.

Considérations sur la consommation de plumes d'aigrettes. — Nous avons donné ci-dessus le chiffre de récolte mondiale des plumes d'aigrettes; leur simple examen permet de voir qu'ils ne sont pas en diminution et que par suite on ne doit avoir aucune crainte pour la disparition de l'espèce, tout au moins dans l'Amérique du Sud. En ce qui concerne l'Asie et plus particulièrement la Chine, la rareté relative de l'aigrette e^t due non pas aux plumassiers comme d'aucuns l'affirment, mais aux massacres faits par les habitants de ce pays à une époque bien antérieure au commerce moderne de la plume.

Les Chinois, en effet, se servaient de l'aigrette comme nourriture et utilisaient ses plumes pour faire des éventails et des chasse-mouches.

Au Venezuela, les propriétaires gardent avec soin les hérons qui vivent dans leurs « garceros » et on a pu constater récemment que le nombre de garceros a tendance à augmenter en même temps que l'importance des récoltes. Le Gouvernement a du reste promulgué, le 12 mars [910, une loi de protec-

tion qui érige l'exploitation des plumes de l'aigrette en industrie de l'Etat. Voici le texte de cette loi de protection :

Article PREMIER. — L'exploitation des plumes de l'aigrette est une industrie d'Etat.

Art. 2. — La chasse des aigrettes est absolument interdite tant avec les armes à feu que par tout autre moyen qui aurait pour résultat la destruction des oiseaux.

La loi divise, en outre, les garceros en sept classes suivant l'importance de leur rendement et fixe les redevances au Trésor.

Il est donc bien prouvé que les plumes exportées du Venezuela sont pour la presque totalité, des plumes récoltées après la mue et comme les chiffres de l'exportation sont plutôt en augmentation chaque année, il est logique d'en déduire que cette loi produit ses bons effets en accroissant le nombre des oiseaux.

Dans l'Afrique Occidentale Française, la chasse de l'aigrette est aujourl'hui absolument interdite.

AI. Grisol, habitant San Fernando de Apure, dans une lettre rendue publique, nous

apprend qu'il a récolté lui-même des plumes dans le garcero de Canitos, situé dans les

tvanes de la Candelaria. Travaillant avec six hommes, il assure que. pendant trois mois,

chaque homme peut recueillir de 450 à 500 grammes par jour. (Extrait de la Protection

ces oiseaux et de l'Industrie plumassière par M. A. Ménégaux.) »

Nous avons reçu tout dernièrement d'un de nos amis français, connaissant parfaitement et habitant depuis longtemps ces régions dans lesquelles il a chassé, une lettre où il nous assure qu'il reste encore des quantités innombrables d'aigrettes dans les marais (esteros) des grandes forêts du Chacos, et ce fait nous a été confirmé tout récemment par une autre personne ayant vécu dans ce pays pendant quinze ans.

Quoiqu'il en soit, il >era facile d'avoir des données précises sur cette importante question quand fonctionnera activement le Comité d'Ornithologie économique actuellement en formation.

AIGRETTE GARZETTE

Ardea garzetta — Dcr Seidcn Reiher — The Silk héron

Cet échassier appelé aussi héron soyeux, petit héron blanc ou argenté, est de taille beaucoup plus petite que l'aigrette blanche et sa grandeur n'est que de 65 centimètres environ. Il habite le sud-est de l'Europe, le sud et l'est de l'Asie, l'Afrique et l'Amérique; autrefois on le trouvait dans tout le sud de l'Europe et même en France dans le Languedoc, les Landes et la Provence;

c'est une des espèces les plus nombreuses dans les héronnières.

Cet oiseau porte une huppe pendante formée de deux ou trois plumes longues et étroites ; son plumage est d'un blanc éclatant et à l'époque des amours, il porte sur le dos un certain nombre de plumes fines à barbes souples et espacées qui sont disposées sur trois rangs et que l'on désigne sous le nom de « crosses » à cause de la courbure très particulière que p résente leur extrémité ; la longueur de la crosse est comprise entre 12 et 20 centimètres.

La garzette vit en familles nombreuses comme l'aigrette blanche et dans les mêmes conditions ;

elle revient, comme elle, périodiquement chaque année pour nicher aux mêmes

endroits.

Elle s'apprivoise facilement et l'élevage semble par suite pouvoir en être fait sans grandes difficultés, aussi a-t-on pensé à domestiquer cet oiseau.

Domestication des aigrettes :

« Avoir ces volatiles sous la main, dit Ernest Olivier, pouvoir leur enlever au moment précis où elle a atteint tout son développement, leur précieuse parure, nullement endommagée par l'action des pièges ou des armes à feu ; supprimer les fatigues et les frais considérables de la chasse qui, se faisant au moment de la chaleur dans les régions basses et marécageuses, par conséquent malsaines, entraîne avec elle tout un cortège de fièvres et de mala'dies et, en outre, accroître chaque année par des naissances, la population de sa volière, sont des résultats tentants pour un éleveur intelligent, qui comprendra qu'une large rémunération est attachée à la réussite d'une telle entreprise et qui n'hésitera pas à avancer quelques capitaux qu'il retrouvera rapidement avec un bénéfice considérable. »

Aigrette garzeite [ArJea garzetta)

Nous extrayons d'un article publié par J. Forest, dans la Revue Scientifique, la description d'un parc à aigrettes qu'il visita en Tunisie :

« Un marchand naturaliste de Tunis a acheté à une petite distance de la ville, un terrain clos de murs où l'eau peut être amenée en quantité plus que suffisante. Dans cl1 terrain, il a fait entourer et recouvrir d'un grillage, une superficie de 540 mètres carrés, où se trouvaient quelques gros figuiers et tamaris. Puis il s'est procuré de jeunes aigrettes (Egreta garzetta), prises au nid, qui ont grandi et se sont habituées facilement à la perte de leur liberté. L'année dernière, quelques femelles ont pondu et ont mené à bien trente petits : les oiseaux nourrissent leurs petits pendant quinze jours; à partir de ce moment, les petits sont en état de manger seuls. Aujourd'hui (1895), la volière comprend environ 250 oiseaux superbes de plumage et en parfaite santé qui produisent et volent avec aisance dans l'espace qui leur est affecté.

« Ces oiseaux sont nourris avec de la viande de cheval ou de mulet, hachée en petits morceaux, qui leur est distribuée deux fois par jour.

« Les plumes précieuses du dos sont enlevées deux fois par an, en mai et en septembre, mais ce n'est que quand l'oiseau est arrivé à l'âge de trois ans qu'elles atteignent toute leur beauté et la première plumée, celle de mai, est toujours la meilleure.

« Chaque oiseau en fournit sept grammes dans ses deux plumaisons de l'année, soit 35 francs par tête (à 5.000 francs le kilogramme). »

La grande difficulté de l'élevage est due à la voracité de ces oiseaux car leur nourriture coûte cher.

Etant donné les constatations faites au cours de ces essais, il ne fait pas de doute que l'élevage en domesticité libre comme celui des pigeons devrait réussir.

M. V. Mellis, propriétaire à Irhono, près Diégo-Suarez, a fait des essais en prenant des jeunes dans leur nid. Il est arrivé à les élever facilement avec de la viande et des petits poissons ; devenus adultes, ces oiseaux vont chercher leur nourriture et rentrent d'eux-mêmes le soir dans leur logement.

Il pourra certainement arriver qu'au moment de l'accouplement certains oiseaux s'éloignent davantage et disparaissent, mais il n'en subsiste pas moins que l'aigrette garzette est susceptible de se domestiquer.

La garzette s'acclimate parfaitement en Europe puisqu'on en a obtenu la ponte au Jardin zoologique de Cologne, mais le prix des terrains et la densité trop grande de la population y sont un obstacle à son élevage. Il serait donc tout indiqué de le faire dans nos colonies dont certaines réunissent, comme nous l'avons vu, toutes les conditions désirables.

Voici les conseils que donne M. Franck Finn, B.-A. Hon, F.I.S., dans un article intitulé : « Economie Zoology », publié dans le journal « Tropical Life », numéro de juin 1913 :

« Un correspondant de Ceylan me demande des renseignements sur ce sujet, mais je ne connais pas d'établissement dont je pourrais recommander les méthodes et ne peux que dire comment je procéderais moi-même pour installer une ferme à aigrettes si j'avais un domaine à Ceylan.

« Jusqu'à présent, il ne s'agit que d'expérimentations, mais qui devraient présenter beaucoup moins de difficultés que l'élevage de l'autruche car les oiseaux sont beaucoup plus petits, plus maniables, moins dangereux, sauf qu'ils visent la figure quand on les cerne.

« Il faudrait d'abord établir un emplacement sous la forme d'un hangar avec toit, à l'abri de la pluie et protégé contre les grands vents du côté ou des côtés où ils soufflent habituellement. Le ou les autres côtés pourront être garnis de réseaux en fil de fer. Un certain nombre de casiers en bois sur des pieds assez bas, comme la boiserie de lits indigènes, seulement avec des barres de bois transversales au lieu du filet, seront installés comme perchoirs.

« L'idée de ces cases mobiles, au lieu de perchoirs fixes est pour faciliter le nettoyage, tt il les faut basses car les oiseaux sont appelés à avoir une aile rognée pour les raisons qui vont être expliquées tout à l'heure.

« Le sol devrait être constitué de toute manière, pouvant bien se mélanger avec les ordures des oiseaux de façon à fournir de l'engrais.

« Cet engrais pourrait même constituer une certaine valeur, étant d'un type similaire au guano frais. '

« Ce serait une dépense inutile que de mettre les oiseaux en volière; je leur rognerais

une aile (en coupant les plumes à peu près à mi-longueur) et je les laisserais en liberté le jour, aussitôt qu'ils seraient suffisamment apprivoisés.

« Pendant la nuit, il faudra les enfermer dans le hangar pour les protéger de la vermine et des rongeurs, et pour ramasser leur fumier.

« Un gamin ou deux devraient suffire pour les empêcher de s'égarer; mais en cas contraire, une barrière en réseau de fil de fer de six pieds de haut suffira à les contenir et, s'ils grimpent après, un retour de un pied de ce réseau vers l'intérieur sera placé le long du haut.

« S'il y a de l'eau dans le domaine, ce hangar devra être situé dans son voisinage et l'enclos (si on en fait un), devra être en partie dans cette eau.

« Autrement, on devra employer de grands bassins qu'on remplira d'eau, qu'on ■videra, nettoiera et remplira tous les jours. — L'eau pourtant ne sert que pour boire et pour un bain de temps à autre. La vraie difficulté est la nourriture, car ces oiseaux se nourrissent exclusivement d'animaux. S'ils peuvent aller au large, ils trouveront une grande partie de leur nourriture, surtout quand il y a de l'eau dans laquelle ils peuvent attraper des poissons, des grenouilles, etc., etc. Mais on peut aussi prévoir qu'ils se nourrissent d'insectes, souris, lézards, moineaux, etc., de sorte que même en l'absence de pièces d'eau naturelles ils trouveront quelque nourriture car, comme ils ne nuisent à aucune récolte, on peut les laisser errer partout.

« Il faudra trouver quelque alimentation artificielle, si on veut élever un certain nombre d'oiseaux, surtout si on est assez loin de l'eau.

« Ce qui vaudrait le mieux serait du petit poisson ou à son défaut du gros poisson haché menu, ou de la viande également hachée.

« Les vidages de volailles, les poumons de moutons lavés et hachés pourront être utilisés. Il faudra naturellement faire quelques expérimentations avant de savoir quel sera l'aliment artificiel le plus avantageux à utiliser, car c'est de ce point que dépendra le plus le succès de l'entreprise.

« Les oiseaux devraient être nourris une fois par jour avant de se reposer.

« Les oiseaux capturés hors de saison n'auront probablement pas de panache d'aigrette. Mais il est à supposer qu'ils les auront au printemps. Aussitôt que les plumes seront bien adultes, on les coupera. A cet effet, on emprisonnera les oiseaux dans un filet et on les prendra de suite par le cou afin qu'ils ne vous frappent pas aux yeux.

« Il faudra recouper l'aile tous les ans après la mue. Je ne recommande pas de lier les ailes, de crainte de la secousse que cela donnera à l'organisme, ce qui pourrait empêcher la pousse des plumes.

« Parmi les trois sortes d'aigrettes que l'on trouve à Ceylan, la moyenne (Herodias intermedia), serait la plus favorable à l'élevage, car elle produit un grand nombre d'excellentes plumes et elle est plus sociable que les autres espèces.

« Les jeunes oiseaux peuvent être élevés avec du petit poisson, des grenouilles, du gros poisson ou de la viande hachée; mais aux adultes on devra donner du poisson vivant dans l'eau quand on vient de les capturer, car autrement, ils auraient une tendance à devenir tristes et à refuser toute nourriture.

« Les aigrettes peuvent vivre des années en captivité si on les traite bien et peuvent reproduire.

« Si on les voit transporter des brindilles, c'est qu'elles veulent nicher, et on devra prendre soin de protéger les endroits qu'elles ont choisis pour leurs nids par des filets.

« On pourrait placer des paniers plats sur des branches d'arbres jetées sur le sol, ce qui pourrait les décider à y mettre leurs nids, ou encore attacher ces paniers dans les casiers où elles reposent.

« Les jeunes restent au nid et il faut donner aux adultes de la nourriture en plus, afin qu'ils puissent alimenter leurs petits; cette nourriture consisterait préférablement en menu poisson ou grenouilles. »

Un prix d'encouragement, d'une valeur de 10.000 francs vient d'être fondé pour l'élevage de l'aigrette. Nous en donnons ci-dessous le règlement :

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