COQS ET POULES
Le mot français coq ou coc, de même que le mot anglais cock, sont tirés
■du saxon coc qui a la même signification et vient du cri naturel de l'oiseau.
Les coqs et les poules sont originaires de l'Inde et de la Malaisie ; aucun
Coqs et Poules Nangasaki i Illustrations du Journal l'Acclimatation)
document historique ou autre ne nous permet de fixer d'une façon même approximative l'époque de leur domestication; ce qui prouve, en tout cas, que celle-ci remonte à la plus haute antiquité, c'est que jamais ces oiseaux ne sont repassés à l'état sauvage, et tous les essais faits dans ce but ont complètement échoué.
Le coq de Bantriva, qu'on trouve dans l'Inde Septentrionale, la Malaisie, l'Indo-Chine et les Philippines, est, d'après Darwin, la souche de toutes les races de coqs et de poules domestiques ; ce savant a démontré qu'au commencement de l'ère chrétienne, les Romains possédaient déjà six ou sept races domestiques. Les Grecs connaissaient bien les poules puisque Socrate en élevait. Il existait, d'après quelques auteurs, des poules sauvages clans les épaisses forêts de la Gaule (mot qui dérive du latin o G ail us », coq); les Romains employaient du reste indifféremment le mot gallus pour désigner un coq ou un Gaulois. Le coq est l'emblème national de la France ; il a été choisi à cause de sa hardiesse, de son courage, de sa vigilance et de son ardeur belliqueuse, toutes qualités caractéristiques des Gaulois nos ancêtres et des vaillantes armées de 1793.
D'autre part, les auteurs du XVP siècle en décrivent piusieurs races et 1 en Chine, vers la même époque, il est fait mention de sept sortes portant des noms distincts.
Il n'est pas douteux qu'autrefois il ait été fait une sorte de sélection pour conserver et perpétuer la race d'un oiseau présentant quelque point anormal de conformation et c'est à cela qu'est dû le nombre considérable de variétés qui existent aujourd'hui dans tous les pays du monde.
On peut expliquer ainsi que, malgré les caractéristiques souvent très particulières des races actuelles, toutes proviennent d'une souche primitive unique.
Coq et Poule Yokoham i (Illustrations du Journal V Acclimatation)
En raison même de ces faits et aussi de leur multiplicité, la classification des races n'est pas possible ; de nombreux ornithologistes s'y sont essayé et l'une des meilleures est celle de Cornevin.
Au XVIIIe siècle, les principales variétés connues étaient (i) :
i° Les poules huppées;
2° Les poules naines à jambes courtes;
3° Les poules sans queue ni croupion, qu'Aldrovandus appelle « poules personnes » ;
4° Les poules frisées ;
5° Les poules négresses.
Aujourd'hui, le nombre des variétés est considérable et la plupart sont élevées dans un but alimentaire, la plume étant considérée en général comme un sous-produit.
Certaines races sont très estimées pour leur plumage ; tel est le coq de Hambourg argenté, dont les plumes d'un gris havane à reflets verts bronzés sont très recherchées par les plumassiers.
La variété Campine, appelée aussi Hambourg-crayonnée, possède éga-
(I) Salerni:. — Histoire naturelle des Oiseaux.
l82 LE COMMERCE ET L'INDUSTRIE
proprement dit ; elle est très répandue comme la précédente, dans tout le nord de l'Europe et plusieurs peuples revendiquent l'honneur de sa sélection.
La poule Braeckel est une race belge très ancienne, proche parente de la Campine dont elle ne diffère que par plus d'ampleur.
Les plumes de la race des Combattants sont également fort belles, mais ces oiseaux sont difficiles à élever à cause de leur humeur batailleuse qui ne permet pas de les tenir en basse-cour.
Le coq de la Flèche a les plumes de la collerette, des ailes et de la queue
à reflets verts et violets; la race du Mans n'est qu'une variété de la précédente.
La race de Dorking possède des rémiges blanches et des rectrices noires.
La race française ombrée-coucou, élevée surtout à Rennes, est une race de luxe dont le plumage revêt les tons les plus chauds et les plus variés.
Le coq de Yokohama possède une queue munie de plumes blanches très longues et souples ; pour obtenir ces plumes intactes et aussi longues que possible, les Japonais obligent ces oiseaux à rester perchés dans une cage haute et étroite; les plumes de leur collerette (collet) sont également blanches, fines et très estimées.
Cette espèce est susceptible de s'acclimater très facilement dans nos pays où elle s'élève aussi bien que les Faverolles, par exemple.
Il est nécessaire de les chaponner, car ils sont très belliqueux et se livrent des combats souvents mortels et en tout cas désastreux pour leur plumage ; on obtient par le chaponnage un plumage très abondant et de très longues plumes de queue. Il y aurait certainement de beaux bénéfices à tirer de l'élevage de cette volaille dont jusqu'ici la production est beaucoup trop réduite pour permettre aux plumassiers d'en faire un usage courant.
Le Coq Nangasaki est également originaire du Japon et offre de nombreuses variétés de coloris; les plumes de la queue sont larges et affectent la forme d'un sabre ; mais cette espèce est de petite taille et ne peut donner de récoltes rénumératrices, aussi n'est-elle élevée que comme oiseau de luxe.
Le Coq de Java est remarquable surtout par les plumes de sa queue qui sont d'un beau vert métallique à superbes reflets.
Coq domestique ou Coq commun. — Le coq domestique n'a pas de caractères bien définis et on peut dire même qu'il y a plutôt chez lui promiscuité, mais il n'est personne qui ne puisse le distinguer à première vue.
Les plumages du coq et de la poule n'ont rien de bien déterminé, ils varient à l'infini et on en voit de toutes les nuances, mais celui du coq est de couleurs plus vives et plus riches que celui de la poule ; il existe également des oiseaux de toutes les tailles.
Une poule de la race commune pond environ 150 œufs par an; c'est une bonne couveuse et une excellente mère. Néanmoins, on a le plus souvent recours, soit à l'incubation forcée, soit à l'incubation artificielle, afin de ne pas immobiliser un trop grand nombre de poules, ce qui réduirait naturellement de beaucoup la production de la basse-cour.
Les oiseaux tout blancs sont les plus estimés et on en trouve, du ■ reste, dans plusieurs autres races ; c'est ainsi que la faucille blanche est employée pour les panaches qui ornent la coiffure des officiers supérieurs en Angleterre, et aussi pour nos cuirassiers, nos dragons et les élèves de Saint-Cyr.
Le Coq bronzé est également très demandé aussi bien en faucilles qu'en sabres ; en Italie, les bersaglieri portent un gracieux plumet confectionné avec cette sorte bronzée.
Les parties du plumage utilisées dans l'industrie de la plume sont celles des ailes, de la queue, du cou et de la gorge ; nous en donnons plus loin des reproductions photographiques avec leurs dénominations commerciales usuelles.
Les plumes du coq sont les plus estimées, et il y a quelques années, alors que la mode le demandait, les grandes caudales blanches (les différentes tailles mélangées) atteignaient le prix de 150 francs le kilo; bien que le cours en ait un peu baissé depuis, le prix de vente actuel est encore rémunérateur pour le fermier.
Les différentes catégories de plumes de coq et de poule s'emploient en fantaisies montées ou collées; ces plumes se ^ 5abre
teignent facilement et on peut les brider pour leur donner un aspect particulier ou imiter certaines sortes plus chères.
Provenances. — Les coqs et poules domestiques se trouvent aujourd'hui en quantité dans tous les pays du monde, mais c'est surtout dans le centre de la France, dans la région de Châtellerault, la Mayenne et les bords de la
Loire que sont élevés les meilleures sortes d'oiseaux blancs qui sont les plus estimés ; le triage et la préparation en sont faits à Villiers-le-Bel. En 191,1, la production française des plumes de coqs et poules s'est chiffrée par deux millions 870.000 francs.
De Russie (Kiew), un peu d'Italie (Bologne), mais surtout de Galicie proviennent les coqs blancs, demi-blancs et bronzes.
En Galicie (Pologne Autrichienne), le triage des plumes de coq est une véritable industrie locale, principalement dans les villes de Brody et de Miélec; celui de ce dernier pays
Plumes de coq 1 colUt ; 1 pampille ; 3 croupe ; 4 brillante ; 5 faucille
est le plus estimé parce que moins truqué que celui de Brody, dont les ouvriers sont d'une habileté consommée et inimitable pour glisser dans les bottes des plumes de qualité inférieure.
Il n'est fait en Galicie aucun élevage par la simple raison que ce pays ne produit pas de grains ; toutes les plumes qui y sont triées proviennent de Russie, d'où elles sont expédiées en balles constituées par le tout venant et contenant quantité d'impuretés.
Classification pour la vente et la fabrication. — Avant d'être mises en vente par les maisons de gros, les plumes de coq subissent un nouveau et soigneux triage qui aboutit à la classification suivante :
i° Collet. — Ce sont les plumes qui constituent la sorte de collerette que
les coqs portent autour du cou; ces plumes sont généralement employées pour garnir le pied des fantaisies.
2° Pampille. — Ce sont les plumes qui recouvrent le dos de l'oiseau à la partie postérieure du corps près de la queue ; on les emploie collées.
3° Croupe. — Cette sorte est celle qu'on trouve sur le dos immédiatement après la pampille, sa forme est pointue et se rapproche un peu du collet bien que moins longue.
4° Brillante. — C'est la plume qui garnit le dos du coq entre les deux ailes et à la suite de la croupe dont elle affecte la forme mais en plus petit.
5° Faucille. — Ce sont les plumes rec-
trices de la queue qui servent à faire des
montures ; les faucilles atteignent chez certains
sujets une très grande longueur, comme nous l'avons vu précédemment. Le
prix des belles faucilles blanches souples atteint 120 francs le kilo et celles
de couleur bronze valent de 35 à 50 francs.
Faucille de coq bronzé