‹ Le commerce et l'industrie de la plume pour parureChapitre 84 sur 152 · PIGEON · texte numérisé non relu

PIGEON

Le mot pigeon, en italien « piccione », vient du latin « pippio », qui a la même signification.

« C'est surtout quand il s'agit des pigeons qu'on peut se rendre compte des variations considérables que peut subir une espèce sous l'influence de la domestication et d'une solution artificielle sagement raisonnée. » (J. Salomon, « Les Oiseaux ».)

Les premiers documents qui font mention du pigeon domestique remontent à l'époque de la quatrième dynastie égyptienne. Pline nous apprend que chez les Romains les pigeons étaient élevés avec grand soin, et que certains amateurs n'hésitaient pas à payer des sommes élevées pour se procurer des espèces rares.

Dans l'Inde, au XVIIe siècle, il existait déjà une vingtaine de races, dont la moitié étaient élevées comme oiseaux de luxe ; à la même époque, les Hollandais se livraient à l'élevage des pigeons comme le raconte Aldrovandus.

En Angleterre, au commencement du XVIIIe siècle, on connaissait, d'après Salerne, onze espèces de pigeons domestiques, sans compter les oiseaux de luxe; de nos jours, il existe dans le monde entier un très grand nombre de sociétés colombophiles, dont les membres s'occupent de sélection et de croisements.

Darwin a démontré que toutes les races de pigeons domestiques descendaient du « biset » ou pigeon de roche, qui du reste a été domestiqué le premier et qui existe encore à l'état de demi-liberté dans certains pays comme la Hollande. Le pigeon biset a été ainsi nommé parce que son plumage est de couleur bise ou plombée ; il habitait autrefois une grande partie de l'Europe et de l'Asie, mais il est devenu très rare aujourd'hui à l'état sauvage.

Linné n'en fait pas mention, probablement parce qu'il n'y en avait pas en Suède.

Le pigeon biset, appelé aussi colombe biset ou pigeon de roche, a le dos

bleu cendré clair, le ventre bleuâtre, la tête bleu ardoise clair, le cou bleu ardoise foncé à reflets bleu clair et pourpre ; l'aile est traversée par deux bandes noires très caractéristiques ; les rémiges sont gris cendré, les rectrices bleu foncé avec la pointe noire et la bordure des ailes blanche.

Lorsqu'il est domestiqué, sa livrée diffère peu de celle qu'il possède à l'état sauvage, mais l'oiseau est plus gros.

Toutes les races domestiques se croisent facilement entre elles ce qui est une preuve à l'appui de la théorie de Darwin, et toutes ont la même conformation, la même voix, le même genre de coloration que le biset.

En outre, tous les oiseaux provenant des croisements donnent souvent naissance à des sujets se rapprochant du type du biset et possédant des ailes marquées des deux bandes noires caractéristiques de celui-ci.

Buffon, de son côté, regarde les pigeons de volières et ceux de colombiers comme venant de la même espèce, « le biset », mais dit qu'il pourrait bien se faire que les ramiers et les tourterelles se soient unis à l'état de domesticité pour donner naissance à la plupart des races de pigeons domestiques.

Quoi qu'il en soit, l'origine des différentes races domestiques actuelles repose sur ce fait que certains sujets présentant des anomalies ont été sélectionnés et croisés par des éleveurs pour donner naissance à une variété parti-

culière; c'est du reste le même principe qui est encore adopté aujourd'hui pour la création de nouvelles sortes.

Elevage. — Le pigeon est très facile à élever et quand il se trouve dans les conditions requises, il est très prolifique et, par suite, son élevage donne un bon rendement ; il y a lieu de tenir compte cependant que dans les pays de culture, une trop grande abondance de pigeons peut être nuisible pour les semis et le fermier devra proportionner leur nombre à la surface cultivée dont il dispose; il ne faut pas néanmoins s'exagérer les méfaits de ces oiseaux au point de vue des semailles, car il est hors de doute que même si les dégâts qu'ils causent étaient aussi sérieux qu'on l'a dit, ceux-ci seraient largement compensés par les profits que l'on peut en retirer.

Avant la Révolution, alors qu'on n'avait pas encore détruit les colombiers, le pigeon était une nourriture essentiellement démocratique, et de Vitry a calculé qu'à cette époque il y avait en France quarante-deux mille colombiers, en n'en comptant qu'un par commune, ce qui était plutôt au-dessous de la vérité.

La production annuelle était de dix sept millions de pigeonneaux, représentant environ deux millions de kilos de viande, à un prix très réduit, puisque le pigeonneau se vendait couramment quatre sous dans certains départements.

Il est certain qu'un oiseau susceptible de produire un pareil rendpment ne peut qu'être d'un élevage très lucratif, surtout si on y ajoute le bénéfice tiré de la vente de son plumage.

Provenances. — L'Italie élève le pigeon blanc et le pigeon gris en très grande quantité, surtout dans la province de Bologne ; ces oiseaux sont envoyés vivants en France, avec deux ou trois arrêts au cours du voyage pour les alimenter de grains.

A Paris, l'importateur les tue, au fur et à mesure de la vente, mais, avant de les envoyer aux halles, il fait arracher les bonnes plumes des ailes, en mettant à part, d'un côté, la plume ronde et pointue de l'aile, d'autre part la cosse souple et raide, et enfin les plumes de queue. Ce commerce tout spécial est centralisé à Charenton et représente environ 300.000 francs par an.

En France, on recueille une très belle sorte dans le Maçonnais.

En Danemark, on récolte les ailes entières de pigeons de couleur beige et demi-blanc et aussi des blanches, mais en très petites quantités.

La Russie ne produit presque exclusivement que des ailes grises.

Le pigeon entier, dit « bourré » se fait un peu dans le centre et le midi de la France et au Japon, qui produit une espèce plus petite que la nôtre.

Plumes de pigeon. — Le plumage du pigeon blanc est le plus apprécié;

TQ2

on en trouve de nombreux sujets dans la race commune de colombier et aussi dans les races suivantes :

Pigeons romains, boulants, cavaliers (presque toujours blanc), cravatés, volants, pattus, etc.

Un beau pigeon blanc, bien préparé, se vend couramment 2 f r. à 2 f r. 25 ; mais c'est surtout en les plumant qu'on obtient le meilleur rendement par

suite de la vente de leur chair.

Le triage et le soin avec lequel les plumes sont récoltées en augmentent sensiblement la valeur; ainsi, la plume récoltée sans triage ne vaut guère plus de 50 francs les 100 kilos, alors que ce prix peut être facilement sextuplé par une manutention et un assortissage soignés.

Les plumes de pigeon sont classées en trois catégories : Pointe, parement et queue; elles sont très employées dans la fabrication des fantaisies collées et prennent très bien la teinture ; celles des oiseaux blancs sont les plus estimées.

Il est arrivé à certaines époques que, par suite des évolutions de la mode, les ailes de pigeon ont pris une valeur très appréciable. Il y a lieu de prendre certaines précautions pour la préparation des ailes entières ; il faut avoir soin de les couper bien exactement à la jointure, puis on les expose à l'air jusqu'à ce qu'elles soient complètement sèches; ensuite on les range dans des boîtes hermétiquement closes en les saupoudrant ■de naphtaline.

Le prix de la pointe varie de 8 à 30 francs.

Plumes de Pigeon 1 Pointe 2 Parement 3 Queue

Page 1