PAON
Les plumes du paon ont été employées dans l'antiquité la plus reculée ; en Chine, il est réservé depuis fort longtemps comme insigne aux mandarins. Dans certaines parties de l'Inde, le paon est un oiseau sacré et inviolable, et, près de certains temples, les brahmines entretiennent des troupes assez nombreuses qui restent à demi-sauvages.
De tout temps, les esprits superstitieux n'ont jamais consenti à se servir du paon comme parure et actuellement encore certains peuples, pourtant civilisés, ont la même répulsion ; c'est ainsi que cette superstition existe encore dans certaines parties de la Bourgogne et de la Normandie et aussi en Angleterre.
L'histoire nous apprend qu'Alexandre le Grand (356 avant J.-C), fut saisi d'étonnement lorsqu'il aperçut cet oiseau pour la première fois lors de sa campagne des Indes et qu'il en rapporta plusieurs individus en Europe.
A Samos, il y avait une troupe de paons sacrés dans le temple de Junon et un paon figurait sur les monnaies de ce pays ; au temps de Périclès, d'après Elien, un paon valait en Grèce mille drachmes, soit environ 1.800 francs de notre monnaie; mais il s'y multiplia rapidement et Aristote en parle comme d'un oiseau commun. Les Romains prisaient fort la chair du paon et l'histoire nous rapporte que Vitellius et Héliogabale servaient à leurs invités des plats énormes de langues et de cervelles de paon.
Le roi Saint-Louis portait un « chapel » couvert de plumes de paon.
Au xive et au xv° siècles, son emploi était devenu si courant que les plumassiers portaient, comme nous l'avons vu, le nom de « chapeliers de paon » ou « paonniers ».
On raconte qu'au xvie siècle, le pape Paul III envoya au roi un manteau dont la trame était faite de plumes de paon.
Les seigneurs de la famille de Montmorency portaient un paon comme cimier sur leur heaume.
■Ën 1557y Gessner, le naturaliste suisse, décrit très exactement le paon dans son ouvrage, mais en explique les mœurs d'une façon erronée.
La mode de la plume de paon disparut complètement depuis le xvie siècle jusqu'au milieu du XVIIIe, période pendant laquelle elle fut remplacée par celle de l'autruche.
Elle reparait alors et c'est Marie-Antoinette qui la remet en vogue avec !a coiffure à la Minerve que nous avons décrite précédemment.
Depuis cette époque, l'emploi des plumes de paon a suivi les caprices de la mode et elles se sont portées sous toute espèce de formes et d'aspect, grâce aux progrès de l'industrie.
On a dit du paon qu'il a le plumage d'un ange, les pieds d'un larron et la voix du diable; selon certains auteurs le paon peut vivre jusqu'à cent ans ; il est si glorieux que sa fierté est passée en proverbe.
Caractères et origines. — Il existe trois espèces de paons, qui se ressemblent étroitement, plus une quatrième qui est blanche et assez rare ; parfois les extrémités des plumes de la traîne du paon blanc portent des yeux bleus et chez certains individus les tiges de ces plumes sont d'une belle couleur vert doré alors que les barbes sont blanches.
Le paon vulgaire a la tête, le cou, le devant de la poitrine d'un bleu pourpre superbe à reflets verts et dorés ; le dos vert avec traits cuivrés ; les ailes blanches, rayées de noir; le ventre noir; les plumes de la queue (traîne) sont vertes et ornées à leur extrémité de taches en formes d'yeux. Il porte une huppe formée de plumes dont l'extrémité seule est munie de barbes serrées.
C'est le plus grand des gallinacés; il a le cou long, la tête petite, les ailes courtes, mais les plumes de la traîne ont de 1 m. 30 à 1 m. 50 de longueur.
Le paon vulgaire habite les Indes et Ceylan où il vit dans les forêts, mais surtout dans les régions montagneuses qui sont pourvues d'eau et dans le voisinage des terrains cultivés et des plantations où on les trouve du reste souvent.
Il vole difficilement mais court avec une telle rapidité qu'il échappe facilement au chasseur.
Elevage. — Le paon s'est acclimaté complètement en Europe; il résiste, du reste fort bien aux froids les plus rigoureux ; on peut le laisser en liberté, ce qui est le régime qui lui convient le mieux. Ce n'est qu'à l'âge de trois ans qu'il prend son plumage définitif et qu'il devient apte à la reproduction.
« On ne sait pas au juste, dit Rémy Saint-Loup, à quelle époque l'élevage du paon fut essayé dans les pays de l'Europe moyenne et septentrionale. Cependant Olaiis Magnus, archevêque d'Upsal (1550), dit que pour leur beauté et leur excellence, on en élève un grand nombre en Suède. Ces beaux oiseaux ont été portés dans tout le monde et on en peut trouver aussi bien dans l'Amérique que dans l'Asie et l'Europe et l'Afrique. Il y a des nations qui les ont particulièrement protégés, il y en a d'autres qui n'en n'ont pas voulu sur leur territoire. Si les Hindous les considérèrent depuis fort longtemps comme des oiseaux sacrés que les prêtres doivent soigner et qu'il est défendu de tuer, il s'est trouvé que les Suisses, à une certaine époque, se sont appliqués à les détruire et cela, dit Buffon, en haine des ducs d'Autriche contre lesquels ils s'étaient révoltés et dont l'écu avait une queue de paon pour cimier ! !... »
Le paon s'est très facilement acclimaté clans notre pays, mais on ne doit le considérer que comme oiseau de luxe et du reste on ne peut le laisser dans une basse-cour à cause de son caractère querelleur.
Provenances. — Tous ces oiseaux proviennent de l'Asie ; ils sont particulièrement nombreux en Chine et aux Indes. On ne trouve pas dans le commerce de paons entiers ; la peau seule, sans la queue, vaut de 2 à 5 francs et les plumes de la queue se vendent de o fr. 50 à 2 francs la pièce suivant qualité. Les yeux de paon valent environ 2 fr. 50 à 3 francs le cent et les médaillons 60 francs le kilog; les barbes coûtent en moyenne to à 12 francs l'once.
Le paon blanc s'est vendu à une certaine époque jusqu'à 25 et 50 francs et les belles plumes de la queue sans défauts atteignent le prix de 2 francs à 2 fr. 50 pièce.