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HISTORIQUE DE L'INDUSTRIE DE LA PLUME

Au nombre des métiers pratiqués dans la Rome antique, on trouve celui des « Plumarii conlegae », c'est-à-dire des brodeurs en couleur qui peuvent être considérés, ainsi que nous l'avons déjà dit dans l'Historique de la Plume, comme les ancêtres de la corporation des plumassiers ; l'histoire nous a même légué le nom de l'un d'eux, « Artemidoro » qui vivait 600 ans avant Jésus- Christ.

Au I" siècle de notre ère. il existait à Rome une tradition indiscutée qui attribuait à Numa l'institution des collèges industriels, sur lesquels Plutarque donne de nombreux détails. Il n'y avait, à cette époque que sept métiers classés, tous les autres étant réunis en une seule corporation.

Jusqu'au XIIIe siècle, la profession n'existait pas en France, à proprement parler, et c'est alors seulement qu'elle y fut introduite par les Italiens.

La corporation nouvelle prit alors le nom de « Chapelliers de Paon » ou « Paonniers ».

Au XVe siècle, Louis XI donna à toute la corporation une organisation militaire pour coopérer à la défense de Paris, et il la répartit en 61 bannières.

Dans la liste de celles-ci il n'est pas fait mention des « Chapelliers de Paon » ; peut-être étaient-ils réunis aux chapeliers qui avaient la 27e, mais c'est là une simple supposition ; en tout cas c'était un faible appoint car ils devaient être bien peu nombreux.

Quoi qu'il en soit, nous savons que pour entrer dans un corps de métier quelconque, il fallait subir un apprentissage plus ou moins long.

C'est seulement au XIVe siècle que vient s'ajouter à l'apprentissage l'obligation de servir un certain nombre d'années en qualité de compagnon.

L'apprenti versait entre les mains de son maître 5 à 20 sols, et quand il passait maître, le campagnon était tenu également de verser une certaine somme à la confrérie; c'est ce qu'on appelait le « droit d'entrage ».

Mais, malgré tout, la corporation n'avait ni organisation, ni réglementation officielles et il faut remonter pour cela jusqu'au XVIe siècle; c'est.

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en effet, sous Henri III que le Conseil d'Etat, par son arrêté du 5 juillet 1582, classa les « Plumassiers de « Panaches » au troisième rang des arts et métiers.

« Les maîtres Plumassiers, Panachers, Bouquetiers et Enjoliveurs de la ville, faubourg, banlieue, prévôté et vicomte de Paris » furent érigés en communauté et en jurande, par édit de 1599, sous le règne du bon Roi Henri IV, lequel s'écriait comme on sait à la bataille d'Ivry : « Enfants, si vous perdez vos enseignes, ralliez-vous à mon panache blanc, vous le trouverez toujours au chemin de l'honneur et de la gloire. »

Les plumassiers n'avaient que deux jurés dont l'un s'élisait tous les ans; leurs fonctions étaient de prendre soin des affaires de la communauté, de faire les visites, de veiller sur les apprentis, de leur donner « chef-d'œuvre » et d'assister au serment qu'ils prêtaient devant le Procureur du Roy au Châtelet.

S'ils en étaient jugés capables, ils leur délivraient les lettres de maîtrise.

Chaque maître ne pouvait avoir qu'un apprenti obligé par devant notaire au moins pour six ans ; il pouvait toutefois en recevoir un second à la fin de la quatrième année du premier.

Pour qu'un apprenti qui se présentait pour la maîtrise fût admis au « Chef-d'œuvre », il devait avoir servi chez les maîtres en qualité de compagnon pendant quatre ans après son apprentissage.

Les fils du maître étaient dispensés du « Chef-d'œuvre », ainsi que ceux qui épousaient leurs veuves ou filles.

Les assemblées générales étaient composées des Jurés, qui les présidaient, de tous les « Bacheliers », c'est-à-dire de tous ceux qui avaient passé par la jurande, de six maîtres qui avaient été administrateurs de la confrérie et de deux « modernes ». Les jeunes maîtres pouvaient aussi y assister, mais on n'était pas tenu de les avertir.

Enfin, il n'y avait que les maîtres de cette communauté qui avaient la

faculté de faire « tout ouvrage de plumes de quelques oiseaux que ce puisse être ». Il leur était néanmoins défendu de mêler aucune plume de héron faux parmi celles de héron fin, et des plumes de vautour, de héron, ou d'oie avec celles de l'autruche, si ce n'est dans les ouvrages de ballets

Jeton en plomb de la Corporttion °

des Plumassiers- Panachers, au XVI' Siècle et de mascarades.

Pour constater la présence des maîtres aux assemblées du métier, la plupart des corporations avaient créé des jetons.

Les métiers étaient taxés à la somme uniforme de 50 livres pour prix d'armoiries.

Ces statuts furent confirmés en 1612, sous le règne de Louis XIII et en 1644, sous celui de Louis XIV.

Nous relevons, dans les ordonnances royales de 1614, cet article remarquable des statuts qui régissaient la corporation des plumassiers :

Est défendu à tous les maistres de bailler plus grand prix les uns que les autres pour attirer et débaucher les compagnons.

Que n'a-t-on conservé le respect de ces sages prescriptions !

En 1630, les six corps des marchands décidèrent de se classer entre eux en prenant comme emblème le vaisseau de la Ville de Paris ; nous repro- >f1î^'''^V ko0"?"^ duisons la face et l'avers d'une médaille des corps et métiers portant la date de 1698.

Quelques années plus tard, en 165g, Louis XIV renouvela les règlements des Plumassiers en considération « de ce qu'ils avaient découvert l'éminence des ajustements de têtes, que les carrousels ne peuvent éclater sans les applications de leurs ornements et que l'on trouverait de la tristesse dans les pompes les plus magnifiques si les diversités de leurs préparatifs n'y étaient agréablement mêlés. »

Par un autre édit de iôçi, les Plumassiers étaient rangés dans la deuxième classe des corps de métiers, et payaient au Roi, pour exercer la profession, un droit de 2 livres par an. Le nombre des plumassiers n'était pas très considérable au XVIIe siècle, nous voyons dans un annuaire de 1692 que le plumassier du Roy était un sieur Roussard, demeurant rue Saint-Honoré.

Les plumassiers revendiquaient alors l'un des premiers rangs des communautés et la dédicace qui orne le recueil de leurs statuts était ainsi libellée :

Les Six Corps

« A l'incomparable Messire Jehan de Riantz, chevalier, baron de Riveray, seigneur de la Gallesière et autres lieux, procureur au Châtelet, premier juge et conservateur des Arts et Métiers.

« Monseigneur, les apanages fidèles du négoce et les adresses industrielles de la manufacture se rencontrent dans la profession de panachers, puisque par l'honneur des premiers ils portent leur intelligence jusqu'aux pays les plus éloignés et que l'usage de la seconde les rend nécessaires dans les triomphes de la Paix... Il n'y a rien de ravalé en la disposition de leurs ouvrages car les rois, les souverains et les princes, en empruntent les principaux objets de leur ajustement. Les célèbres embellissements des Louvres ne sont point en l'état de leur perfection qu'ils n'en aient curieusement recherché la délicatesse, etc. »

Nous reproduisons ci-contre une jolie gravure sur bois, éditée sous Louis XIV par J. Mariette, rue Saint-Jacques, Aux Colonnes d'Hercule; en

a ^eiie

dehors de la richesse des « ajustements » de la noble dame que cette gravure représente ; il est intéressant de noter la forme des plumes placées dans sa coiffure, et qui semblent être des têtes d'autruche doublées et frisées. Nous lisons dans Diderot, le fondateur de l'Encyclopédie, que :

« La Plumasserie » est l'art de blanchir et de monter toutes sortes de plumes d'oiseaux; quoique cet art ne soit que de peu d'agréments, on ne peut nier que la société

Atelier de Plumas>ier (XV111' Siècle

en tire des avantages particuliers de l'industrie et du goût de ceux qui l'exercent. Les ambassadeurs, les rois et les temples même lui doivent leurs principaux ornements et il n'est point de cérémonie importante qui n'emprunte de lui une partie de sa magnificence.

« Les plumassiers, qui prennent aussi le nom de panachers, font et vendent des ouvrages de toutes sortes d'oiseaux, tels qu'autruche, héron, aigrette, queue de paon, etc., etc., qui servent à la parure et à l'ornement. »

Il est à remarquer que dans cette définition, il est parlé du blanchiment et non de la teinture.

. .En 1J12, il y avait quatre plumassiers munis de lettres patentes et attachés au service de la Cour. Celui de Louis XV s'appelait Jacques Roch-Donnebecq et portait le titre de « Plumassier du Roy » ; c'était le gendre de Charles-Germain de Saint-Aubin, dessinateur du Roi, père des deux célèbres graveurs du XVIIIe siècle.

On peut lire dans le « Mercure de France », en 1735, une note assez

curieuse sur la fabrication du drap de plumes d'autruche, pour lequel on comptait de 700 à 750 grammes de duvet au mètre carré.

Ouvrages de Plumassiers (XVIIIe Siècle)

En 1772, l'annuaire des marchands ne fait mention que de trois plumassiers : Le Dreux, Maréchal et Boyer.

Ait mois de février 1776, un édit de Louis XVI supprima les maîtrises et jurandes, c'est-à-dire les corporations. Voici le texte du premier article de cette ordonnance :

DE LA PLUME POUR PARURIv

« Il sera libre à toutes personnes, de quelque qualité et condition qu'elles soient, même à tous étrangers, d'exercer dans notre royaume telle espèce de commerce et telle profession d'art et métiers que bon leur semblera, même dans réunir plusieurs à l'effet de quoi nous avons supprimé tous les corps et communautés de marchands et artisans, ainsi que les maîtrises et jurandes, abrogeons tous privilèges, statuts et règlements donnés aux dits corps et communautés. »

Dans cette ordonnance, le roi Louis XVI fait preuve d'une plus grande largeur d'idées que celle de certains syndicats patronaux actuels, dont les statuts exigent l'exercice d'une profession unique, à l'exclusion de toute autre.

Nous avons trouvé dans le « Dictionnaire raisonné universel des « Arts

Armes des PJumassiers

■et Métiers », publié chez P.-Fr. Didot jeune, en 1773, la description du métier de plumassier, tel qu'on le pratiquait à cette époque.

« On donne le nom de plumassier à l'ouvrier qui apprête et vend des plumes fines et précieuses qui servent à la parure des hommes et des femmes, et à l'ornement de certains meubles, tels que les dais, les impériales de lits, etc., etc....

« Les plumes qui font le principal objet de leur commerce et de leur fabrique sont celles de héron, de paon et d'autruche, surtout les dernières. Après avoir reçu les plumes de la première main, ils les dégraissent dans plusieurs eaux de savon, les lavent ensuite dans une eau claire, Jes teignent, les blanchissent pour ôter le gros de la teinture, les mettent en craie, les relavent encore plusieurs fois, les mettent après au bleu, les ensoufrent, les dressent pour écarter les franges, examinent leur largeur, les frisent s'il le faut, les assortissent suivant la grandeur et la couleur qui leur convient et en forment ensuite les ouvrages dont ils ont besoin. Les maîtres plumassiers sont au nombre de vingt ou vingt-deux. »

Pendant le cours du XVIIP siècle, les plumassiers entreprirent en même temps la fabrication des fleurs artificielles ; aussi, lorsqu'à la fin de l'année I//6, les communautés furent réorganisées, on les réunit aux « faiseurs de modes », et ils prirent dans leurs nouveaux statuts la qualification de « plumassiers-fleuristes ».

Ceci peut expliquer, dans une certaine mesure, l'emploi de certaines méthodes de • fabrication qui sont restées communes aux deux professions

a nouveau séparées aujourd'hui.

La nouvelle ordonnance de fin 1776 fixe à 300 livres le montant de la taxe annuelle payée par les « plumassiersfleuristes ».

En 1781, l'annuaire des marchands donne les noms de dix membres de cette corporation.

Au mois de mars 1791, toutes les maîtrises furent supprimées par décret de la Constituante et la profession de plumassier devint libre comme toutes les autres.

En 1798, la liberté professionnelle a déjà porté ses fruits et « l'Almanach des Communes de l'an VII »

enregistre vingt-cinq plumassiers.

A partir de 1802. date de la création du Didot-Bottin, il est facile de suivre dans cet annuaire le développement de l'industrie des plumes pour parures.

En 1862, nous y relevons le nom de 120 plumassiers et de 280 en 1870.

Actuellement la corporation des plumassiers est représentée par les syndicats patronaux ci-après :

La Chambre syndicale des Négociants en plumes brutes, qui comprend une soixantaine de membres, est présidée par M. A. Guyot.

La Chambre syndicale des Fabricants de plumes pour parures, fondée le 7 mars 1893, et qui comprend cent trente-et-un membres, ayant comme président M. Demaret, et comme président d'honneur M. Grillet.

La Chambre syndicale des Fabricants de plumes fantaisies pour modes,

fondée en 1904, et qui comprend cent quatre-vingt-seize membres, ayant comme président M. E. Bordeau, et comme président d'honneur M. Roussel.

La Chambre syndicale des Fleurs et Plumes, fondée en 1858, et qui comprend cent cinquante membres; présidée par M. E. Lavanoux, et a comme présidents honoraires, MM. Hiélard et Chandelet.

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(Bibliothèque des Arts décoratifs)

La Chambre syndicale des Teinturiers en plumes, qui comprend trente membres ; présidée par M. Georges Brossard.

La Chambre syndicale des Fournitures générales pour fleurs et plumes.

Les chambres syndicales s'occupent de l'étude et de la défense des intérêts commerciaux communs, tout en permettant à leurs membres de mieux se connaître et de s'apprécier par une fréquentation suivie.

Elles nomment des arbitres rapporteurs au Tribunal de commerce et leurs bureaux servent d'arbitres gratuits pour tous les litiges concernant la corporation. Elles possèdent des services d'assurance, de contentieux, de renseignements commerciaux et de révision des contributions et patentes.

Les chambres syndicales sont en rapports constants avec les pouvoirs publics, près desquels elles font valoir les desiderata du commerce, signalent les abus ou les réglementations qui ne leur paraissent pas fondées, etc., en un mot, cherchent les meilleures solutions de toutes les questions qui intéressent la corporation.

Il existe aussi une commission intersyndicale qui se réunit pour discuter les questions d'ordre général intéressant toute la corporation et qui est présidée à tour de rôle par le président de chacune des chambres syndicales.

Ont été créées en outre un certain nombre d'œuvres sociales :

La Société de Secours mutuels des Fleuristes et Plumassiers, fondée le Ier janvier 1852, fut approuvée par arrêté ministériel du 21 décembre de la même année. Ses membres participants, âgés de 21 à 40 ans, paient une cotisation mensuelle de 2 fr. 25, plus un droit d'entrée de 10 à 30 francs, suivant l'âge, moyennant quoi la société leur donne les soins des médecins et les médicaments, des secours en cas de maladies ou d'accidents, des indemnités aux femmes en couches, aux veuves et aux orphelins et une pension de vieillesse. Les membres honoraires versent une cotisation de 24 francs par an.

La Société pour l'assistance paternelle des enfants employés dans les industries des fleurs et plumes.

Ce patronage industriel, qui a pour but d'assister les enfants employés comme apprentis dans les industries des fleurs et de la plume, fut fondé en 1866, par M. Charles Petit, qui en resta le président jusqu'en 1878; M. Robert Turnay lui succéda jusqu'en 1892, où il fut remplacé par le président actuel M. Jules Caillaux, qui remplit ces fonctions avec le plus entier dévouement.

Cette société fut reconnue d'utilité publique le 25 août 1894; elle se charge gratuitement du placement et des contrats d'apprentissage pour les enfants des deux sexes qui lui sont recommandés.

Elle procure à certains apprentis, dans- des internats dénommés « Groupes de famille » et placés sous sa surveillance, le logement et la nourriture.

Elle a établi des cours gratuits d'instruction primaire, d'histoire naturelle et de dessins appliqués aux réductions des fleurs et plumes.

Chaque année, elle distribue aux enfants, qui se sont distingués dans les concours qu'elle organise, des récompenses consistant en livrets de caisse d'épargne, médailles, volumes, etc.

Grâce à l'appui moral et financier des bienfaiteurs de cette œuvre humanitaire et sociale, la société pour l'assistance paternelle s'est beaucoup développée et ses concours de fin d'année réunissent de deux à trois cents élèves.

Caisse patronale de Secours de l'industrie des Plumes pour parures.

- — Cette caisse a été formée entre les fabricants et les négociants en plumes pour parures et a pour président M. Grillet. Elle a pour but, au moyen d'une cotisation annuelle, de dons volontaires, etc., de venir en aide aux fabricants et négociants tombés dans le besoin, ou à leur famille.

La cotisation est de trente-six francs par an, et les personnes étrangères à la corporation peuvent obtenir le titre de bienfaiteur moyennent un versement unique ou une cotisation annuelle.

Caisse de Secours immédiat aux ouvrières plumassières. — Cette caisse présidée également par le toujours si dévoué M. Grillet, a pour but de venir en aide aux employés ouvriers et ouvrières de l'industrie des plumes' pour parures tombés dans le besoin par suite d'accident, de maladie ou de chômage prolongé.

Elle est alimentée par les patrons, qui versent une cotisation annuelle de dix francs et par les employés, ouvriers et ouvrières, dont la cotisation annuelle est de 50 centimes.

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