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CONSTITUTION, FORMES ET PARTICULARITÉS DES PLUMES

Avant de mettre en œuvre une production naturelle quelconque, il est nécessaire de se rendre compte aussi exactement que possible des propriétés physiques qu'elle possède.

Dans le cas de la plume tout spécialement, cette étude est nécessaire en raison des nombreuses manutentions et des traitements variés qu'on lui fait subir avant de pouvoir la livrer au commerce.

Sans vouloir entrer dans des détails que ne comporte pas le cadre de cet ouvrage et qui ressortent plutôt de l'ornithologie proprement dite, nous examinerons succinctement cette question au point de vue pratique.

Il nous paraît utile de rappeler, tout d'abord, quelques-unes des propriétés de la matière en général, qui se trouvent à un degré plus ou moins prononcé dans celle qui nous occupe.

Ténacité. — On dit d'un corps qu'il est tenace, quand il ne se désagrège pas facilement sous l'influence des forces destructives auxquelles il est soumis.

Flexibilité et élasticité. — C'est la propriété que présentent les corps de reprendre d'eux-mêmes leur forme primitive lorsque la force qui l'avait modifiée cesse d'agir.

Porosité. — C'est la propriété qu'ont les corps d'être traversés d'une multitude de petits canaux débouchant à leur surface par des trous appelés pores.

Transparence. — C'est la propriété qu'ont certains corps de se laisser traverser par les rayons lumineux.

Ces diverses propriétés se rencontrent d'une façon plus ou moins marquée dans la plume, dont nous commencerons par donner la définition.

La plume est une production naturelle particulière, composée, en principe, d'un tuyau, d'une tige et de ramifications latérales appelées barbes, dont est couvert le corps des oiseaux.

L'aspect général d'une plume varie avec l'importance, la forme et la couleur des éléments qui la constituent et qui sont particuliers à chaque espèce et dépendent surtout de son habitat et de son mode d'existence.

En général, les plumes sont poreuses, et cette propriété est à retenir quand il s'agit de les teindre ou de les blanchir, afin de prendre certaines précautions dont nous parlerons plus loin.

La tige est, en général, de nature cornée et prendra par suite beaucoup moins bien et beaucoup moins vite la teinture que le duvet. Dans beaucoup de sortes de plumes, le tuyau est transparent, et cela encore mérite de retenir notre attention.

Les barbes des plumes ne sont pas toutes également tenaces, certaines sont même très fragiles et cassantes. L'élasticité de la tige est souvent réduite de beaucoup par les opérations auxquelles se trouve soumise la plume au cours de sa préparation.

On sait que les premières plumes, qui, à la naissance de l'oiseau, constituent le duvet, commencent à se former dans l'œuf même sur l'embryon. Elles se développent en même temps que l'oiseau lui-même, mais chez la plupart des espèces le duvet disparaît complètement pour faire place au p'iumage définitif ; en général, ce remplacement se fait dans les deux mois qui suivent la naissance.

Ces premières plumes ont reçu le nom de néossoptiles et les plumes définitives celui de tcléoptilcs.

Chez certains oiseaux et surtout dans les espèces aquatiques, le premier duvet est d'une nature toute spéciale et sert à former sous le plumage véritable une sorte de chaude toison qui met le corps de l'oiseau à l'abri de l'eau et du froid ; ce duvet est généralement assez dur à teindre, car il est imprégné d'une sorte de matière grasse et, 'de plus, formé de cellules très compactes.

Le tuyau de la plume est une sorte de tube creux, dur et d'aspect corné ; il est d'autant plus gros et d'autant plus long qu'il appartient à des plumes

d'oiseaux ou vol plus puissant ; tels sont les tuyaux des plumes d'ailes et de queue des aigles, des condors, des vautours, des oiseaux de nuit, etc., et aussi des oiseaux migrateurs et des rapaces.

Au contraire, chez les autruches, les nandous, etc., où les ailes ne servent pas au vol, les tuyaux sont relativement très petits et très minces, par rapport à la longueur et à l'importance de la plume; il en est de même pour toutes les plumes du corps et celles qui, dans certaines espèces, se trouvent sur la tête, le dos et les flancs.

La tige prolonge le tuyau dont elle a l'apparence cornée et la dureté, mais elle est remplie d'une substance opaque, appelée moelle.

Quelquefois, le dessus de la tige est recouvert d'une substance cornée brillante qui n'a qu'une faible porosité comme cela existe dans les plumes des ailes de l'autruche, ce qui explique la difficulté qu'on éprouve à faire pénétrer la teinture dans cette partie de la plume.

Nous donnons ci-contre la photographie d'une section de cette enveloppe cornée excessivement compacte.

Il arrive parfois qu'un seul tuyau porte deux tiges, comme cela se produit assez fréquemment chez les faisans et les casoars ;

le même phénomène a été constaté dans des plumes d'autruche, dont la tige s'était fendue par accident, jusqu'au tuyau et où une tige nouvelle avait poussé entre les deux branches ainsi formées.

La résistance de la tige d'une plume est très variable selon les espèces, et dépend en grande partie de celle de la matière cornée qui les recouvre sur leur face supérieure ou externe.

Chez l'autruche, par exemple, la tige de la plume est élastique et flexible;

elle ne casse pas et résiste fort bien à la torsion et à la flexion, même quand elle est complètement imbibée d'eau, comme pendant le savonnage, le blanchiment ou la teinture ; ce fait est dû à la contexture très serrée de la surface supérieure de la

Seclion de la face supérieure d'une tige déplume d'autruche, grossissement 140

Nous avons étudié au microscope la surface des tiges de plumes d'un certain nombre d'oiseaux employés dans notre industrie et nous eu donnons quelques exemples.

Les longues plumes des flancs du paradis sont assez souples à l'état naturel, et cependant quand on les a mouillées, elles se cassent assez facilement ; or, l'examen microscopique révèle que

Section de la face supérieure d'une côte de paradis, grossissement 140

la matière constitutive de l'enveloppe est formée de cellules juxtaposées n'ayant aucune liaison entre elles.

Dans les brins d'aigrette et de crosse, qui sont un peu moins fragiles que

ceux du paradis, on trouve en même temps que des cellules analogues, des sortes de fibres qui les relient les unes aux autres, ce qui explique leur résistance, relativement plus grande ; mais, en dehors de la nature de la matière qui constitue la tige d'une plume, sa résistance dépend aussi pour beaucoup de la forme de sa section, et là encore nous avons cru intéressant d'en relever quelques-unes pour l'autruche et le nandou.

Section de la face supérieure d'une cèle de crosse, grossissement 140

Plumes d'autruches. — Dans les plumes des ailes, le dessus de la côte est formée d'une matière cornée, brillante,

d'une belle teinte blanc ivoire et ayant environ o m/m 20 d'épaisseur ; cette

matière est translucide et flexible comme de la baleine.

Nous représentons ci-contre, en double grandeur, la section près du culot (deux formes différentes) et au tiers de la longueur ; la forme de cette section explique la résistance de cette côte et sa solidité exigée du reste par le poids du duvet qu'elle porte.

Dans les plumes du corps, la section de forme plate est moins bonne au point de vue de la résistance, mais aussi plus appropriée aux fonctions que remplissent ces plumes en protégeant le corps de l'oiseau.

Les plumes de queue ont surtout une forme qui leur permet de se tenir assez raides tout en conservant une certaine souplesse.

Section de la face supérieure d'une cote de crosse, grossissement 140

Plumes des ailes 1 double grosseur)

irt forme 1" forme au tiers de la

Culot longueur

Plumes du corps (grossi cinq fois

Culot à mi-longueur

Plumes de queue

Culot à mi-longueur

grossi 4 fois grossi 10 fois

Dans toutes ces plumes, la moelle qui remplit la tige est compacte et concourt ainsi à leur solidité.

Cette moelle sert, comme nous l'avons vu, de véhicule aux liquides nutritifs nécessaires à la croissance des nombreuses barbes qui garnissent la tige.

Plumes de nandous. — Ces plumes sont beaucoup plus molles que celles de l'autruche ; la gaine cornée est beaucoup moins dure et moins épaisse, et d'autre part, la moelle est percée près du culot d'un grand nombre de canaux se réunissant au tiers de la longueur de la plume pour en former un unique qui représente environ le quart de la section totale de la tige.

A partir des deux tiers de sa longueur, la section devient si petite que la résistance est très faible et c'est pour cette raison que cette sorte de plumes est toujours si flexible et courbée à son extrémité.

Barbes et barbules. — Les barbes sont des ramifications latérales formées d'une tige aplatie portant elle-même des ramifications secondaires de même forme appelées barbules, dont la longueur, la largeur, l'espacement et la ténacité varient suivant les espèces et aussi suivant l'emplacement et les fonctions de la plume.

Dans les plumes des ailes, les barbules de deux barbes contiguës s'entrecroisent et leur donnent ainsi la consistance nécessaire pour former une surface d'appui sur l'air, ce qui permet à l'oiseau de voler.

Beaucoup de familles sont caractérisées par la forme et la disposition des barbes et des barbules ; quelque fois même, comme chez le marabout,

les barbules portent des ramifications tertiaires ; chez certains oiseaux, au contraire, on trouve des plumes qui sont réduites à l'état d'une simple tige flexible plus ou moins allongée et qui ne porte ni barbes ni barbules ; tel est le cas pour certains paradisiers.

Section de la face supérieure d'une côle de nandou, grossissement 140

jmes

de Nandou

(grossi

(grossi 4 fois)

6 fois)

Culot

au 1 /î de

au a/3 de

la longueur

la longueur

Chez d'autres, tels que le héron aigrette et l'aigrette garzette, les barbes sont très ténues, longues et souples et ne portent que des barbules excessivement courtes, transparentes et invisibles à l'œil nu.

Quelquefois les barbes sont assez espacées et portent des barbules très courtes et couchées sur la tige des

barbes, comme dans les plumes qui surmontent la tête du goura; dans la micrographie, nous avons laissé d'un côté les barbes dans leur position naturelle et de l'autre nous les avons redressées.

Barbe de crosse grossie +5 fois

Barbe d'Aigle, grossie 140 fois

Chez d'autres, les barbules sont très fortement colorées, courtes et très

serrées comme dans les longues plumes vertes de la queue du couroucou.

Chez les autruches, les barbules sont relativement assez longues, molles et de forme aplatie, ce qui donne à la plume cet aspect duveteux qui lui est propre. Ce sont les seuls oiseaux chez qui les barbes soient disposées d'une manière rigoureusement symétrique par rapport à la tige. On comprend parfaitement que des plumes ainsi constituées ne permettent pas à l'autruche de voler; tout au plus peut elle, grâce à l'épaisseur de son plumage, se servir de ses ailes comme

d'une sorte de gouvernail pour effectuer des changements brusques de direction

dans sa course.

Barbe d'Aigrette grossie 90 fois

Formes des plumes. — La forme et les dimensions des plumes dépendent de l'endroit du corps où elles se trouvent et des fonctions qu'elles doivent remplir.

Les plumes des ailes se terminent généralement en pointe et possèdent

LE COMMERCE ET h INDUSTRIE

Barbe de Goura grossie 140 fois

des barbes de longueurs inégales de chaque côté de la tige de telle sorte que quand l'aile se déploie pour le vol, elles forment néanmoins une surface ininterrompue qui s'appuie sur l'air.

Les plumes de la queue, au contraire, sont carrées et plus larges à leur extrémité car la queue déployée forme gouvernail.

Les plumes du corps sont de petites dimensions, très souples, plus duveteuses, assez larges et incurvées suivant la forme du corps.

Il y a des cas où les plumes ont un développement inusité, tels sont les longs brins des flancs des oiseaux de paradis, qui ne sont en réalité qu'une exagération des plumes que les oiseaux portent sous l'aisselle.

Il en est de même pour les huppes ou crêtes de plumes qui surmontent la tête d'un grand nombre d'espèces telles que les hérons, les paons, les gouras, etc.

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