PARTICULARITES DES PLUMES
Il arrive parfois que les plumes ont l'apparence d'une simple tige flexible sur laquelle l'œil ne distingue aucune barbe, ce qui a fait dire à certains auteurs qu'il n'y en avait pas. Nous avons examiné au microscope quelquesunes de ces plumes spéciales qui ont, à l'œil nu, l'apparence d'une tige complètement dépourvue de barbes, et nous donnons ci-dessous, à titre de curiosité, les résultats de cette petite étude.
Fouets du paradisier grand émeraude. — On appelle ainsi les deux tiges longues de 35 à 40 centimètres et de couleur rouge marron foncé, dont la queue de cet oiseau est munie.
A l'oeil nu on ne distingue de duvet que sur une longueur de dix centimètres environ en partant du pied ; mais sous l'objectif du microscope la tige apparaît
garnie de barbes symétriques ayant environ BarbuUs d'Autruche
un millimètre de longueur; ces barbes por- grossies 45 fois
tent elles-mêmes des barbules excessivement petites et, en outre, dans l'intervalle des barbes, des barbules analogues sont implantées sur la tige principale.
Fouets de manucode. — Ces deux rectrices n'ont que 15 centimètres de longueur environ ; elles sont de forme aplatie et sont complètement dépourvues de barbes sauf sur une longueur de 3 à 4 centimètres à partir du pied ; leur largeur est de un millimètre ; à leur extrémité, elles sont garnies sur un côté de barbes d'un beau vert métallique à reflets dorés qui sont roulées en spirales plates, laissant un petit vide circulaire au centre.
Fouet de Paradis grossi 90 fois
Brins de sifilet. — Cet oiseau, appelé aussi paradisier doré, porte à chaque oreille trois filets de forme plate et ■d'une largeur de 6/10 millimètre environ, garnis sur un côté de barbes courtes et très serrées donnant, au microscope, l'impression des poils d'une brosse ; à leur extrémité, ces filets portent de petites barbes symétriquement disposées et dont l'ensemble affecte la forme d'un fer de lance, comme nous l'avons vu d'autre part.
Paradisier magnifique. — Cet oiseau porte de chaque côté du croupion
un filet contourné en spirale ouverte de 25 à 30 centimètres de longueur et se terminant en pointe.
Ce filet se compose d'une tige principale sur un des côtés de laquelle sont implantées à angle aigu
Fouet de Manucode, grossi 45 fois Brin de Sifilet, grossi 4S fois d'assez longues bar-
bes à reflets vert métallique et garnies elles-mêmes de barbules symétriques •donnant l'impression d'une feuillle de fougère.
Ces barbules sont entrecroisées par suite de la courbure de la tige principale du filet ; la micrographie ci-contre ne permet de voir que le bout des barbes par suite de la densité des barbules.
Coloration des plumes. — C'est surtout sous le rapport de la coloration ■que les plumes varient le plus. Il est à remarquer toutefois que chaque espèce
LE COMMERCE ET t, INDUSTRIE
Fouet de Magnifique grossi 45 fois
d'oiseaux a toujours des plumes de couleurs invariables.
La coloration des plumes est due très probablement à une disposition spéciale des facettes excessivement petites et invisibles à l'œil nu qui recouvrent les barbes et les barbules ; suivant l'angle sous lesquels ces facettes sont frappées par les rayons lumineux, la coloration passe par des tons souvent très nombreux et très différents. Ainsi la gorge du paradisier émeraude, par exemple, passe du ton vert clair et doré aux reflets du beau velours noir. La collerette rubis de certains oiseaux-mouches varie de l'orangé au rouge très foncé.
Il nous semble qu'une autre explication pourrait être donnée de ces phénomènes de variations de teintes ; en effet, comme on peut le constater au microscope, les barbes des plumes, excessivement petites des oiseaux-mouches, sont enchevêtrées les unes dans les autres ; elles constituent ainsi une surface irrégulière présentant une infinité de petites parties courbes sur lesquelles les rayons lumineux viennent se réfléchir sous des angles très différents.
La lumière et la chaleur semblent avoir une grande influence sur la coloration de la plume des oiseaux ; coloration variée à l'infini depuis le blanc, le gris et le noir jusqu'aux nuances les plus vives et les plus chatoyantes.
Les plus belles sont l'apanage des espèces qui habitent la région des tropiques et on a remarqué que l'intensité de coloration diminue lorsqu'on les transporte sous une latitude plus froide, ce qui reviendrait à l'appui de cette supposition que leurs couleurs ne sont pas dues à la présence d'un pigment, mais de facettes excessivement petites qui .réfléchissent les rayons lumineux à la manière d'un prisme.
Plumes de gorge d'Oiseau-Mouche
(rubis-topaze)
grossies 140 fois
Ces plumes sont disjointes pour montrer
la forme et la disposition des barbes
qui dans la réalité sont enchevêtrées.
Le même phénomène se produit après la mort et les plumes perdent alors tout leur éclat par suite probablement de la modification et du dessèchement des cellules.
Le plumage des oiseaux de proie et des oiseaux de mer est en général gris, noir ou blanc, ou un mélange de ces trois nuances.
Ceux qui habitent les régions très froides portent presque tous un plumage blanc ; dans certaines espèces, comme les lagopèdes, les individus adultes subissent plusieurs mues par an et pendant l'hiver, leur plumage est entièrement blanc, du moins superficiellement.
Très fréquemment, les plumes possèdent une coloration en harmonie parfaite avec les lieux de l'habitat de l'oiseau (mimétisme), ce qui le met à l'abri de la destruction par l'homme ou les animaux; souvent même, la coloration est appropriée aux mœurs de l'espèce ; ainsi en est-il pour l'autruche, dont la femelle est grise parce qu'elle couve pendant le jour alors que le mâle est noir parce qu'il remplit les mêmes fonctions durant la nuit.
Le plumage des jeunes oiseaux est presque toujours d'une couleur différente de celle qu'il possède à l'âge adulte, mais ensuite la nuance ne varie plus sauf pendant la période de mue.
Les mâles possèdent presque toujours le plumage le plus riche et le plus élégant alors que celui de la femelle est assez terne, ce qui est une nouvelle preuve de la prévoyance de la nature qui a voulu la rendre invisible pendant l'incubation.
Il arrive parfois que chez certaines espèces, telles que les paons, les poules, la perdrix grise, les faisans, la femelle revêt le plumage du mâle, mais elle est alors impropre à la reproduction ; on a aussi constaté parfois chez les faisans que des individus très âgés revêtaient un plumage presque blanc.
Nous estimons qu'une étude approfondie des différentes questions que nous venons d'effleurer ne pourrait qu'être très profitable à l'industrie de la plume au point de vue des progrès à réaliser dans son traitement, toujours si délicat, et nous prions le lecteur d'excuser les fautes ou les omissions qui ont pu glisser dans ces notes succinctes.