‹ Le commerce et la colonisation à MadagascarChapitre 12 sur 44 · PORTS ET RADES · texte numérisé non relu

PORTS ET RADES

La côte orientale de Madagascar n'offre que peu d'abris aux navires qui viennent y mouiller.

Par suite de sa disposition, les refuges naturels se trouvent surtout dans le Nord, où les plus importants sont la baie de Diego-Suarez et la baie d'Antongil.

La baie de Diego-Suarez compte parmi les plus belles du monde. Sur la rade centrale, à laquelle donne accès une passe défendue par File de la Lune (Nosy-Volana), s'ouvrent quatre anses intérieures, deux au Nord et deux au Sud. C'est à l'entrée d'une de ces dernières, l'anse de la Nièvre, devant la ville d'Antsirana, qu'abrités contre la mousson du Sud-Est mouillent ordinairement les bâtiments La baie de Diego-Suarez est vaste, sûre et commode, mais malheureusement, faute de signaux, elle est encore d'un abord difficile; pour remédier à cet inconvénient, on doit prochainement construire un phare au Sud de l'entrée, près du village d'Orangea, où se trouve déjà un sémaphore; de plus, un signal et un feu de couleur, établis dans l'Ile-aux-Aigrettes , indiqueront aux navires l'axe de la passe.

L'outillage nécessaire à un port de commerce est encore insuffisant. L'administration coloniale et la Compagnie des Messageries maritimes ont des appontements, mais on ne veut rien faire de définitif sur l'emplacement actuel de débarquement où seront creusés plus tard

des bassins de radoub. Jusqu'à présent, toutes les ressources disponibles ont été consacrées aux travaux de défense. D'ailleurs, c'est surtout au point de vue maritime et militaire que Diego-Suarez a une grande valeur; au point de vue commercial, cette possession n'aura sans doute jamais qu'une importance restreinte, à cause de sa situation à l'extrémité de l'île et de la difficulté des communications avec l'intérieur. Néanmoins, la grande usine pour la fabrication des conserves de viandes qui a été installée récemment et les salines qu'on commencera bientôt à exploiter aux environs d'Antsirana contribueront, sans aucun doute, à donner au port un certain mouvement.

La baie d'Antongil est trop largement ouverte aux vents duSud-Est pour que les navires y soient toujours en sûreté. C'est regrettable, car cette baie est appelée à être très fréquentée quand les magnifiques forêts qui existent à proximité seront en plein rapport.

• Au Sud de la baie d'Antongil se trouvent quelques petits ports qui sont surtout visités par des bâtiments venant y embarquer des bœufs pour les Mascareignes et par des boures caboteurs.

Le part de Sainte-Marie de Madaorascar est situé en face de cette partie de la côte. Il est formé par deux pointes qui s'avancent dans le canal séparant Tîle de la Grande-Terre. La radfv, abritée des vents par les collines Saint- Pierre, offre un bon mouillage.

Différentes taxes de navigation ont été établies à Sainte-Marie par les arrêtés locaux du 30 Octobre 1888 et du 22 Septembre 1889. Les droits d'ancrage varient de 5 à 8 fr. pour les caboteurs et de 35 à 75 fr. pour les navires de 30 à 100 tonnes et au-dessus. Les droits sanitaires sont de 2 à 5 fr. pour les caboteurs, de 10 fr. pour les grands bâtiments et de 1 fr. pour les pirogues venant de 'Madagascar. Le pilotage est iixé à 25 fr. pour tout bâtiment naviguant au grand cabotage et à 60 fr. pour tout bâtiment naviguant au long cours.

A partir de Foulpointe, en continuant à descendre vers le Sud, la côte, presque en ligne droite, n'offre plus d'abris naturels ; en outre, les récifs de coraux sont assez nombreux. Les rades, entre autres celles de Tamatave, de Vatomandry, de Mahanoro et de Masindrano, présentent donc, surtout par certains temps, des dangers sérieux; elles sont aussi très incommodes à cause de la distance à laquelle les na-

vires doivent rester de la côte. Jusqu'à présent rien n'a été fait pour les améliorer.

La rade de Tamatave est la plus fréquentée, puisque c'est par cette ville que se fait la majeure partie du commerce de la côte orientale et de la province centrale. Elle présente si peu de sécurité que, dans ces dernières années, plusieurs navires ont été jetés sur les récifs voisins et s'y sont perdus. L'absence de phare rend impossible l'attaque de la côte pendant la nuit, et l'unique signal qui se dresse sur la pointe Tanio est lui-même insuffisant pour guider les navires durant le jour.

Les bâtiments de commerce ne trouvent à Tamatave aucune facilité pour débarquer ou embarquer les marchandises. Aucune jetée, pas même un simple warf ; autrerois, paraît-il, on avait construit un petit quai, mais il a été démoli. Actuellement les caisses et les ballots sont transportés par des chalands qui viennent s'échouer sur le sable de la plage et qui sont ensuite vidés par des porteurs obligés d'entrer dans l'eau jusqu'à la ceinture.

Pour l'embarquement des marchandises, on opère une manœuvre inverse, mais souvent Tes difficultés sont grandes. C'est ce qui arrive pour le chargement des bœufs vivants qu'on exporte; au moyen do cordes attachées aux

cornes et à Tune des jambes de derrière, les , bêtes sont traînées dans la mer jusqu'à ce que Teau leur monte aux épaules ; à ce moment, elles sont amarrées par la tête à des perches posées eu travers d'une pirogue et qui en reçoivent une à chaque extrémité; quand la charge est complète, la pirogue, avec les bœufs ayant seulement le mufle hors de l'eau, est remorquée jusqu'auprès du navire sur le pont duquel les animaux sont, avec un palan, hissés par les cornes. Souvent ils se noient pendant le trajet ou sont blessés mortellement par les requins, très nombreux dans la rade de Tamatave; armés de sagaies, les conducteurs des pirogues les guettent, mais ils n'arrivent pas toujours à les atteindre.

Ces difficultés et ces lenteurs disparaîtront si on exécute les travaux projetés. M. Suberbie a obtenu, en 1886, du. gouvernement hova la concession du port de Tamatave en même temps que de celui de Mojanga sur la côte Ouest. Dressé par M. Laillet, le projet comprend deux jetées. Tune de 35 niètres, l'autre de 400, plus un phare et des docks (1). La dépense est évaluée à 804 468 fr. Les concession-

(1) Etude sur Vétablissement des parts, docks et phares de Tamatave et Mojanga , par E. Laillet, ingénieur.

naires réclameront par tonne un droit de port de fr. 25, un droit de phare de fr. 25, un droit de dock de 1 fr. pour les marchandises entrant dans les magasins généraux, et un droit d'entrepôt de 2 fr.

Les autres rades de la côte Est se trouvent dans les mêmes conditions défectueuses que celles de Tamatave, mais elles sont peu fréquentées- A Mahanoro, en dehors des boutres indigènes, il ne mouille guère par an que 12 à 15 navires et un peu plus à Masindrano.

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