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FLEUVES, RIVIÈRES ET LAGUNES

Sur le versant oriental et dans le centre, les fleuves et les rivières de Madagascar ne sont pas navigables ou ne le sont que dans une partie très limitée de leur cours. Dans les régions montagneuses, ils se trouvent fréquemment interrompus par des cascades et des rapides; c'est seulement lorsqu'ils coulent sur des plateaux ou dans la zone alluviale près de leur embouchure qu'ils peuvent être utilisés pour les transports.

Je prendrai pour exemple le Mangoro, dont j'ai suivi les bords depuis la mer jusqu'au point où il coupe la route de Tamatave à Tananarive.

C'est Tun des plus grands fleuves se jetant dans r Océan Indien. Il ne peut être remonté facilement que jusqu'à 12 ou 15 kilomètres de la mer ; encore a-t-il peu de fond et son lit est-il embarrassé par des bancs de sable que le couruint déplace continuellement. A partir des petites îles dites Nosindrava et Nosinatody, la navigation devient pénible : le fleuve est encombré de roches et d'îlots couverts d'arbres; ces obstacles produisent des rapides et de petites chutes auxquelles on a donné le nom de cascades du Mangôro, Pour les franchir, on emploie des pirogues d'une construction spéciale, courtes, solides, ayant Tarrière et l'avant très relevés ; on remonte par certains passages connus des pilotes du pays, en appuyant des perches sur le fond, en raclant les pierres et les rochers avec l'embarcation. Périlleuse, surtout quand les pirogues sont fortement chargées, la descente se fait par les rapides. A une journée du point que j'ai indiqué, toute navigation devient impossible et les transports doivent s'opérer par terre. — Plus haut, le Mangoro est coupé par des chutes élevées, placées à peu de distance les unes des autres. — Plus haut encore, dans la partie de son cours où le fleuve coule du Nord au Sud entre les deux premières chaînes de montagnes paral-

lèles à la côte, il redevient navigable, mais il est inutilisé, aucun trafic ne se faisant dans ce sens.

Sur les hauts plateaux du centre, certains cours d'eau peuvent servir aux transports. Une partie des approvisionnements de la capitale arrive ainsi d'une distance de 20 à 30 kilomètres en suivant Tlkopa et divers canaux secondaires. C'est par cette voie que Tananarive se procure certains matériaux de construction, des produits alimentaires et le combustible.

Dans une grande partie du pays, les (tours d'eau ne peuvent donc être employés pour de longs transports que d'une façon exceptionnelle, mais lés marchandises ont souvent à les traverser. Les ponts sont rares et ceux qu'on rencontre se bornent ordinairement à une ou deux pièces de bois grossièrement équarries et fléchissant d'une manière inquiétante sous une charge même modérée. Dans rimerina existent quelques ponts en pierre, mais en mauvais état et presque impropres au passage; souvent, comme à celui d'Antanjonbato, sur Tlkopa, il n'en reste que les piles. Il laut donc recourir aux pirogues indigènes, qu'on trouve à tous les points'où une rivière non guéable est coupée par une route. Creusées dans un tronc d'arbre, elles ont peu de largeur. De là de graves diffi-

cultes pour certaines marchandises que leurs dimensions empêchent de placer à Tintérieur; force est de les faire reposer sur les bordages; dans cette position, si elles sont lourdes, elles élèvent ^rop le centre de gravité de Tembarcation, exposée dès lors à chavirer. C'est une cause fréquente de pertes et d'avaries. Le seul moyen de les éviter est de réunir plusieurs pirogues, en les attachant bord à bord.

Si les transports par eau sont peu utilisés pour le commerce dans Tintérieur, il n'en est pas de même dans la région côtière de TEst. Là, les lacs, les lagunes et certaines parties du cours inférieur des rivières forment, à peu de distance de la mer, une voie presque ininterrompue et très fréquentée, tant à cause du prix élevé des transports par terre que des dangers de la navigation côtière et des difficultés d'embarquement et de débarquement des marchandises dans les bâtiments qui font le cabotage. Le trafic est considérable le long de la côte, parce que c'est une région de production et de consommation dans laquelle la population a relativement une densité élevée; parce que, de chaque village, on a à envoyer des marchandises dans les ports où se centralisent les communications avec le dehors, et à en tirer d'autres, notamment des produits européens.

Par suite de l'importance commerciale de Tamatave, c'est dans le voisinage de ce port que le mouvement est le plus actif; en outre, la route qui conduit à la capitale ne s' éloignant de la mer qu'à partir d'Andovoranto, les marchandises qui viennent de l'Imerina et celles qui s'y rendent peuvent être transportées par eau entre cette ville et Tamatave.

A partir de ce point, les pirogues suivent le Manangaresa, qui communique une partie de Tannée, pendant la saison de^ pluies, avec une rivière se jetant dans les lacs Nosy-Ve et Sarobakiny. Une mince bande de terre sépare ce dernier de Tlrangy, qui coule parallèlement à la côte pendant plus de vingt kilomètres et qui forme le lac Mangoaka, où se déverse une rivière conduisant à Ampanotomaïzina. A la suite sont les lacs Rasoamasay et Rasoabe, la rivière d'Andavakamenarana et des marais ayant assez de profondeur pour permettre d'atteindre la bouché de Tlaroka, près d'Andovoranto.

Au Sud de cette ville, le système hydrographique est le même. Un coup d'œil jeté sur la carte montre que, sur une longueur de 300 kilomètres, des lagunes, des lacs et des rivières s'étendent dans la région cotière d'une façon presque continue; les parties navigables ne

sont séparées que par des marais remplis d'eau, pendant l'hivernage seulement, ou par des isthmes étroits. Pour les traverser, les pirogues sont vidées et traînées sur le sable, les marchandises sont portées par des hommes; quand les embarcations sont remises à flot, on les recharge et la navigation continue.

Les pirogues employées ^our les transports, particulièrement entre Tamatave et Andovoranto, peuvent porter environ 500 kilogrammes; chacune d'elles est conduite par deux hommes. On en fait le plus souvent voyager plusieurs ensemble, afin d'avoir un personnel suffisant pour opérer le passage des isthmes.

Le prix du transport de la tonne, par eau, entre Tamatave et Andovoranto, est d'environ 25 fr., sans compter la location des pirogues. En le comprenant, ainsi que les dépenses accessoires, le coût du fret de la tonne kilométrique par les lagunes est de fr. 30 à fr. 35.

Les bandes de terre qui, en plusieurs points, séparent les lagunes rendent actuellement les transports difficiles et coûteux. Des travaux d'une faible importance suffiraient pour faire communiquer toutes les lagunes entre elles, ainsi que pour les approfondir dans certaines parties et les débarrasser de la végétation pa-

lustre qui les encombre. Des propositions tendant à ce but ont déjà été adressées au fçouvernenient ho va, mais elles n'ont pas abouti. Ce travail sera sans doute exécuté tôt ou tard. Soit en conservant le mode de propulsion actuel des pagaies pour les pirogues, soit en employant des chaloupes à vapeur, afin d'en remorquer un grand nombre à la fois, il permettrait de supprimer les déchargements, qui occasionnent une grande perte de temps, et les nouveaux arrimages, qui, exécutés par des mains inexpérimentées, sont une cause fréquente d'avaries.

On aurait ainsi, le long de la côte Est, une voie commerciale sûre, économique et d'une grande utilité pour les industriels, les négociants et les planteurs de cette région.

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