MOYENS DE TRANSPORT
Voyageurs
Les routes de Madagascar ne se prêtent pas à la circulation des véhicules à roues ; les voitures ne sont employées que d'une façon exceptionnelle, sur la côte, pour le service et dans le voisinage de quelques plantations.
Les animaux ne sont pas davantage utilisés, quoiqu'ils puissent Têtre; dans quelques parties de l'île seulement, les indigènes se servent comme montures de bœufs auxquels ils coupent la queue, les oreilles et les cornes. En général, les marchandises et les voyageurs sont transportés par des hommes.
Pour les voyageurs, on emploie le /i/an-
jansi (I). Il se compose de deux brancards en bois de 3", 20 do longueur et de 0"',05 d'équarrissa^e, reliés à O'^jQO de Tavant et à 1™,30 de l'arriére par des traverses en fer rond, attachées au bois par des rivets ; une armature en fer, placée dans la partie médiane, soutient une forte toile qui forme un siège avec dossier; l'étoH'e se replie au-dessous et va se fixer, par une cordelette ou des courroies, à la traverse d'arrière. Une barre de bois tenue par deux courroies sert d'étrier pour reposer les pieds. — A Tusage des dames, certains fîlanjana sont formés d'un panier rectangulaire peu profond attaché entre deux bambous. La voyageuse est obligée de tenir les jambes horizontalement, dans une position très incommode.
Un filanjana coûte 12 fr. 50 à Tananarive, centre de la fabrication, et 20 fr. à Tamatave.
Cos instruments sont souvent d'une fabrication défectueuse et ne résistent pas longtemps. Les parties faibles sont ordinairement les traverses en fer.
Quatre hommes, deux à Tavant et deux à rarrière, soutiennent le filanjana. Ceux des extrémités ont chacun un brancard sur la même épaule et marchent, deux à deux, au même
(1) Mot dérivé de lanja, action de porter sur les épaules.
pas, en maintenant le brancard avec la main.
Le porteur dont le bras est libre du côté intérieur saisit le poignet de son compagnon en lui passant le bras sous le coude. — A des intervalles assez réguliers, de 150 à 200 pas, les porteurs changent les brancards d'épaule en les faisant passer par-dessus leur tête. — Pour une course un peu longue, par exemple pour voyager toute la journée, on emmène huit porteurs qui se relaient même en courant.
Sur un terrain plat et au pas, les porteurs de fîlanjana parcourent environ 5 kilomètres 500 à l'heure. Avec huit porteurs, on peut faire 45 à 60 kilomètres par jour sur les sentiers frayés.
, Pour les trajets déterminés à Tavance, les porteurs s'engagent à forfait. En 1889, le voyageur voulant aller de Tamatave à Tananarive — et monter à la capitale, suivant l'expression consacrée — devait payer à chaque porteur un salaire de 17 fr. 50. Pour le trajet en sens contraire, de Tananarive à la côte, il devait payer 12 fr. 50. — Il est d'usage, au milieu de la course du matin, de donner aux porteurs du manioc qu'on trouve cuit dans tous les villages de la route, et de leur acheter de la viande une ou deux fois pendant le voyage. Celui-ci peut se faire aisément en six jours.
Sur le salaire total, une somme de 2 fr. 50
est considérée comme représentant le prix de la nourriture pendant le trajet ; cette somme, — le vatsij, — est payée au moment du départ ou le lendemain. Le reste est versé aux porteurs à Tarrivée.
Le passage des rivières en pirogues est à la charge des voyageurs, ainsi que son logement dans les cases indigènes. Les porteurs se logent à leurs frais.
Pour les trajets dont Titinéraire varie au gré du voyageur, les porteurs de fîlanjana, si leur engagement doit durer un certain temps, reçoivent fr. 70 à fr. 80 par jour, plus fr. 20 à fr. 30 pour la nourriture, suivant la valeur du riz dans la région traversée. La seconde partie du prix est payée quotidiennement, la première à la fin du voyage. — Dans ces conditions, les hommes fournissent des courses moins longues que si le voyage ne dure que peu de jours. ^ .
Marchandises
Le coltinage est le seul mode de transport usité pour les marchandises qui voyagent par terre dans Tintérieur de Tile. Il se fait au moyeu d'un bâton placé sur Tépaule des por-
teurs et auquel les paquets sont solidement attachés par des cordes, pour empêcher tout glissement ou tout balancement.
Ce bâton, nommé 6ao, est généralement une tige de bambou, bois léger et résistant. 8a longueur varie suivant que le porteur a une charge indépendante ou que plusieurs se réunissent pour porter un même colis. Dans le premier cas, il est d'environ 1"*,50, dans le second de S'^jôO ou plus. Le bambou est choisi d'un fort diamètre, ordinairement de 0™,12 à 0"Sl5. Dans la partie reposant sur l'épaule, le bois est soigneusement poli et les nœuds saillants sont brûlés au moyen d'un ter rouge.
Malgré ces précautions, et bien qu'ils s'oignent les épaules de graisse, les porteurs se blessent souvent. De plus, l'usage du bao leur occasionne une déformation professionnelle consistant en une loupe ou une bourse séreuse plus ou moins épaisse ; quelquefois même, les deux loupes arrivent à se rejoindre derrière la tête.
Lorsque la charge est divisible, les porteurs la partagent en deux paquets qui sont attachés à chacune des extrémités du bao de façon à s'équilibrer. C'est leur mode de chargement préféré. Ils marchent alors en s'appuyant sur une sagaie, dont j'ai indiqué précédemment l'usage. Le long de la route sont creusés des
trous au fond desquels ils accèdent par une pente douce ; ces trous sont assez étroits pour que les deux paquets puissent, à leur sommet, se poser sur la route elle-même. Au départ, le porteur n'a pas ainsi d'efforts à faire pour soulever son fardeau.
Quand la charge est indivisible, on réunit celle de deux hommes et on attache le tout au milieu d'un long bambou porté à chaque extrémité. Pour les objets très lourds ou d'une forme encombrante, on emploie plusieurs bambous soutenus chacun par deux hommes. Le nombre des porteurs nécessaires, et, par suite, le prix du transport, augmente plus vite que le doids, parce qu'ils se gênent réciproquement. Dans Tétat actuel des chemins, il est même absolument impossible de transporter des objets dépassant un certain poids. Ainsi, pendant mon séjour, le Comptoir d'Escompte avait envoyé pour sa succursale de Tananarive un grand coffre-fort en fer; malgré plusieurs tentatives, on ne put jamais le porter au-delà de la région côtière ; force fut donc de le ramener à Tamatave et de faire venir pour Tananarive une caisse démontable.
La charge des porteurs varie en raison inverse de la vitesse exigée. Ceux qui, accompagnant les voyageurs j parcourent de 50 à 60 ki-
lomètres par jour et vont en six étapes de Tamatave à Tananarive, ne doivent pas être chargés de plus de 25 à 30 kilogrammes. Ceux qui transportent des marchandises proprement dites et font le même trajet en un temps variant entre dix et vingt-cinq jours, sont chargés de 45 à 50 kilogrammes. C'est le fardeau habituel des nombreux porteurs qui descendent de Tananarive à Tamatave avec quatre peaux de bœuf séchées. — J'en ai rencontré quelquefois chargés de 80 kilogrammes, mais ce cas est tout à fait exceptionnel.
Les porteurs de marchandises voyagent généralement par troupes sous la conduite d'un commandeur qui les recrute pour les commer- Çantset qui est plus ou moins responsable du convoi. Les colis sont souvent soumis à des retards provenant de l'arrêt des porteurs. Quand a pluie grossit les rivières, rend les sentiers trop glissants ou mouille la marchandise en augmentant son poids, ils attendent dans un village le retour du beau temps; quelquefois •Is y ont fait des dépenses dépassant leurs moyens et les habitants ne veulent pas les laisser partir. Si aucun de ces accidents ne survient, le trajet de Tamatave à Tananarive s'eflectue en douze jours environ.
Les bao et les cordes servant à attacher les