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paquets sont aux frais des porteurs, ainsi que les enveloppes en feuilles de vacoa (1) dont ils font usage pour les protéger contre l'humidité. Les autres emballages sont fournis par l'expéditeur.
Afin d'éviter les avaries provenant de la pluie, de la chute des colis dans les rivières ou simplement de l'eau qui emplit presque toujours le fond des pirogues, il est indispensable de placer dans des caisses étanches, doublées de zinc ou de fer blanc, les marchandises susceptibles de se détériorer par l'humidité.
Le prix payé aux porteurs de marchandises pour le trajet de Tamatave à Tananarive est à peu près le même que celui donné aux porteurs de fllanjana. En tenant compte des différences pour la montée et la descente et des variations qui résultent de l'abondance ou de la rareté des demandes, il est en moyenne de 15 fr., compris 2 fr. 50 de vatsy. Avec cette dernière somme, versée le jour du départ, les hommes se nourrissent, se logent et paient, s'il y a lieu, les passages de rivières en pirogue. Le reste leur est donné à l'arrivée.
Quand les porteurs de marchandises sont engagés à temps et non pour un trajet déterminé,
(1) Pandanus utilis.
ils reçoivent un salaire quotidien de fr. 90 à 1 fr. 10, y compris la somme représentant la nourriture. Quelquefois, si la route présente des difficultés particulières, ils exigent davantage, par exemple pour aller de Tananarive à Mojanga, parce que le sol caillouteux des régions traversées rend la marche fatigante et occasionne des blessures aux pieds.
Dans rimerina, on éprouve souvent de sérieuses difficultés pour former des convois destinés aux parties de l'île non soumises aux Hova. Y étant traités en ennemis, ceux-ci ne veulent pas s'y aventurer. L'Européen ne peut donc qu'avec beaucoup de peine aller commercer dans certaines tribus, bien que, en général, il n'y soit personnellement pas mal reçu. Dans ce cas, le mieux est de changer de porteurs et, quand on arrive dans un pays indépendant, d'en prendre dans le pays même.
Parfois les porteurs reçoivent en secret du gouvernement hova la consigne de ne pas accompaorner un étranger en certains lieux que, dans un but quelconque, on tient à lui cacher. Le voyageur pourra, s'il le veut, y aller seul, mais ni les offres ni les menaces ne décideront un porteur à le suivre; dans ces conditions, il renonce le plus souvent à son projet.
C'est donc sur les porteurs, dont un étranger
peut difficilement se passer, et non sur rétrangei" lui-même, que le gouvernement agit quand il a des raisons de le faire. On cite le cas d'un commerçant américain qui, ayant eu des démêlés avec le premier ministre, fut ainsi, d'une manière indirecte, exilé de la capitale et du payf> : ses affaires Tayant appelé à Tamatave, il y resta plusieurs mois sans qu'aucun porteur consentit à le ramener à Tananarive ; de guerre las, il quitta Madagascar.
Route de Tamatave à Tananarive.
La route de Tamatave à la capitale étant la plua fréquentée de Madagascar et la plus importante au point de vue commercial, je vais parler avec quelques détails des transports qui fcj'y font actuellement.
En admettant que', suivant les données précédentes, chaque homme soit payé en moyenne 15 fr. pour son voyage avec une charge de 40 kilogrammes, le prix du transport de la tonne sera de 375 fr., ce qui élève celui de la tonne kilométrique à 1 fr. 25.
En réalité, ce prix est beaucoup plus élevé à cause - des emballages coûteux par euxmêmes, plus coûteux encore par suite de la di-
vision des charges, et qui représentent un poids mort important relativement au poids utile. De plus, certaines marchandises ne se prêtant à aucun fractionnement occasionnent de^ dépenses exagérées et donnent lieu parfois, ainsi que je Tai dit, à de grandes difficultés. Enfin, la fréquence des pluies dans les zones forestières, le passage des rivières, les chutes dans la boue des marais sont des causes d'avaries. En tenant compte de tous ces éléments, qui ont plus ou moins de valeur suivant la nature des objets, on arriverait à un chiffre compris entre 500 et 600 fr. pour la tonne utilement transportée.
Le chiffre même de 375 fr. représente six fois et demie le prix du fret d'une tonne de marchandises de Marseille à Tamatave, suivant le tarif des Messageries maritimes. Il est huit fois plus élevé que celui du transport de la tonne pour une même distance de 300 kilomètres sur le chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée, d'après le tarif le plus haut de la petite vi-
II est impossible de connaître exactement rimportance du trafic actuel entre Tamatave et Tananarive. Pour l'évaluer, il faudrait faire des comptages sur un point bien choisi de la route. Quelques personnes ont essayé de se baser sur
le nombre et le chargement des pirogues qui partent chaque jour de Maromby ou qui y arrivent, et qui transportent les marchandises entre ce village et Andovoranto, en suivant riaroka et un des affluents de ce fleuve. Ce point ne me paraît pas bien choisi, parce que certains porteurs — pour n'avoir pas à payer le prix de ce trajet de trois ou quatre heures en pirogue — passent simplement Tlaroka à Andovoranto et traversent ensuite, malgré mille difficultés, le marais de Tanimandry. A mon avia, le point le plus favorable serait Andakana, au passage du Mangoro; là, pas d'omission possible ; en eff*et, le plus proche dépôt de pirogues pour la traversée du fleuve se trouve à deux journées de marche vers le Sud. Ces comptages devraient être continués pendant une année au moins, parce que, suivant les saisons et les arrivages de bateaux à Tamatave, le mouvement des marchandises est plus ou moins grand. Par exemple, pendant l'hivernage, il est plus faible, la durée du voyage étant allongée par le mauvais état des chemins et les envois non urgents étant remis au beau temps pour éviter les avaries causées par Thumidité. Au mois de Novembre, à l'époque du fandroana (1), le trafic se ralentit aussi, parce (IJ Fête nationale des Hova.
que les porteurs veulent se trouver à Tananarîve pendant la fête.
Malgré tout, on peut évaluer approximativement ce trafic. D'après les commerçants depuis longtemps établis dans le pays et mes propres observations, 150 porteurs environ arrivent chaque jour à Tamatave et autant à Tananarive ; chacun étant chargé de 40 kilogrammes, on obtient 6 000 kilogrammes par jour ou 2 200 tonnes par an à la descente et autant à la montée; en tout 4400 tonnes.
Le nombre des porteurs étant d'environ 7 000 et la durée du voyage étant supposée de 12 jours, le lieutenant-colonel Rocard estime à 5 000 ou 6 000 tonnes le mouvement annuel possible et à 8 000 ou 9 000 kilogrammes par jour le mouvement actuel (1).
M. Cortesse, ingénieur italien, qui s'est rendu à Madagascar en 1887, pour étudier l'établissement de lignes de chemins de fer, arrive k des chiffres supérieurs. Il estime qu'entre Tamatave et Tananarive, le trafic est de 25 tonnes par jour, soit annuellement 9 1 25 tonnes. —
(1) Dans le rapport du lieutenant-colonel Rocard (Journal officiel, 20 janvier 1889), tout le passage relatif aux transports a des chiffres évidemment défigurés par des fautes d'impression. Je les ai rétablis d'après les bases du calcul.
Entre Tamatave et Andovoranto , en tenan* compte des produits qui viennent du Sud ou qui y sont expédiés, le trafic annuel serait, solon lui, de 12 000 à 13 000 tonnes. — Ces chiffres me paraissent fortement exagérés.
Si Ton prend, mais sans y attacher une trop grande importance, le nombre de 150 comme celui des porteurs arrivant journellement aux points extrêmes, et si Ton admet que chacun reçoit en moyenne 15 fr. pour son voyage, on voit que, pour le transport des marchandises, les commerçants paient 4 500 fr. par jour ou 1 642 500 fr. par an. En rapprochant ce chiffre de celui de 6 millions de francs environ auquel s'étève le commerce de Tamatave, on voit combien il est considérable.
Afin de diminuer les frais sans modifier le mode de transport actuel, il semble qu'on pourrait raccourcir le trajet en allant directement de Tamatave à Tananarive au lieu de faire un crochet par Andovoranto. Une route suit cette direction le long de la vallée de Tlvondro :
c'est le chemin de Radama (i). D après une opinion que j'ai plusieurs fois recueillie des commerçants de Tananarive, cette route était bien meilleure que l'autre, à tel point que les
(1) Raéama I, successeur d'Andrianampoinimerina, a rCgné de 1810 à 1828.
Hova, pour rempêcher de servir à une armée d'invasion, la cachaient aux Français et défendaient d'y passer. Le docteur Catat, chef de la mission scientifique dont je faisais partie, Ta suivie au mois d'Août 1889, après avoir obtenu du premier ministre Rainilaiarivony l'autorisation nécessaire ; il a trouvé des escarpements aussi raides que sur la route ordinaire, passé des journées entières à traverser des marais et rencontré de sérieuses difficultés pour nourrir ses hommes, à cause de l'éloignement et de la pauvreté des villages. Cette question méritait d'être éclaircie; mais on comprend sans peine qu'entre Tamatave, au niveau de la mer, et Tananarive, à 1 400 mètres d'altitude, ne saurait exister un chemin naturel bien commode, quand on voit que, dans la région intermédiaire, les reliefs du sol sont sensiblement parallèles à la côte et que la nature du terrain varie peu. Du système orographique de l'île et de sa constitution géologique résultent , au point de vue des transports, certains inconvénients qui doivent se rencontrer aussi bien en allant de l'Imerina à la côte orientale par la perpendiculaire que par l'oblique. Le profil do la route actuelle (1) n'est pas seulement une
(1) Ce profil, que j'ai relevé en allant de Tamatave à Tananarive au mois de Mars 1889, a été tracé^ d'après un
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représentation des accidents du sol suivant une ligne déterminée ; il donne aussi une idée de la forme générale du terrain dans toute la région.
Il a été souvent question de l'établissement d'une voie ferrée conduisant à la capitale. Les difficultés techniques de la construction seraient considérables; néanmoins elles ne se- • raient rien auprès des difficultés financières. Même par l'adoption d'une voie étroite permettant les courbes à petit rayon, même par l'emploi d'un système spécialement approprié aux pays montagneux, comme, par exemple, le mono-rail Lartigue ou une voie à crémaillère, le mouvement des terres et les ouvrages d'art entraîneraient d'énormes dépenses. Ces dépenses sont à la fois au-dessus des moyens du
grand nombre d'observations faites au moyen d'un anéroïde Naudet. L'instrument, dont la marche avait été déterminée au Bureau central météorologique de France, a été comparé, avant le départ de Tamatave, àvec le baromètre à mercure de la mission catholique. Dans les calculs altimétriques, il a été tenu compte de l'erreur instrumentale du baromètre employé aux stations supérieures, de l'écart entre les deux baromètres, des pressions observées au niveau de la mer, des températures aux deux stations et de la correction relative â la latitude. La cote terminale se rapporte au point le plus élevé de Tananarive. Les rizières qui s'étendent au pied de la colline sur laquelle est bâtie la capitale sont à l'altitude de 1270 mètres environ.
gouvernement hova et de nature à faire reculer une société financière, qui craindra d'entreprendre une ligne nécessitant de si grands frais de construction pour un trafic probable aussi faible.
La concession a, du reste, déjà été donnée voici quelques années à une société italienne, et, comme je l'ai dit, M. Cortesse a été étudier la question sur place. Bien qu'ayant trouvé pour le trafic des chiffres beaucoup plus élevés que les miens, il n'en résume pas moins ainsi son opinion (1).
« Il trafico délia costa orientale dell' isola non e taie da consigliare la costruzione di una ferrovia, per quanto di tipo economico.
La stessa ragione, unita aile difficoltà topografiche del suolo, faceva riconoscere assurda Tidea di famé una, che conducesse alla capitale. »
Jusqu'à présent, aucune suite n'a donc été donnée au projet par les concessionnaires.
Selon moi, un chemin de fer ne pouvant être construit que dans un avenir éloigné, il faut, pour le moment, une solution plus économique. La meilleure serait de partir du tracé
(1) Sei mesi in Madagascar.— Bollettino délia Societa Geografica italiana, fascicolo IX, Settembre 1888.
actuel de la route et de mettre celle-ci en bon
état : en rectifiant le chemin sur les plateaux et en lui faisant décrire certaines courbes sur les flancs des montagnes, en élevant quelques remblais et en ouvrant des tranchées pour élargir les couloirs étroits de la zone forestière, en comblant les fondrières et en donnant de récoulement aux eaux pluviales, en construisant des ponts légers sur certaines rivières et en établissant des bacs, pour remplacer les pirogues, sur les cours d'eau plus importants, en arrachant enfin les arbres et les rochers qui gênent le passage, on diminuerait sensiblement les fatigues des porteurs et on réduirait, par suite, le prix du transport. De plus, on pourrait, sur la route ainsi améliorée, faire circuler des attelages de bœufs ou, au moins, des mulets ou des ânes portant des paquets. L'âne surtout rendrait de grands services : son prix d'achat est peu élevé, il est fort relativement à sa taille et il a des habitudes rustiques qui lui permettent de se passer d'une nourriture choisie.
Une telle route serait établie à peu de fraiâ par le gouvernement hova. La corvée ou fanompoana (1) est en usage dans le pays : cha-
(1) Mot dérivé du verbe maaompo, sevwir. qui vient luimême du substantif tompo, maître.
cun est tenu de travailler pour le souverain pendant un temps indéterminé et sans aucun salaire. On ne saurait mieux utiliser et justifier cette institution qu'en la faisant servir à la création de voies de transport favorisant le commerce et facilitant la mise en valeur des richesses naturelles de Madagascar.
Ces observations s'appliquent non seulement à la route de Tananarive, mais aux autres routes, puisque toutes sont dans un état aussi rudimentaire. Et si, pour ce cas spécial, on construisait un chemin de fer, les chemins d'accès n'en seraient pas moins indispensables, car une voie ferrée ne possède une véritable puissance et un champ d'action étendu que si des voies secondaires viennent y aboutir, de façon à drainer pour elle les produits du pays et à permettre de répandre ceux qu'elle amène du dehors.