‹ Le commerce et la colonisation à MadagascarChapitre 24 sur 44 · CO G^ 00 O -^ O CO · texte numérisé non relu

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Au sujet de ce tableau, remarquons que certains navires portant des couleurs étrangères sont affrétés par nos nationaux. En général, les barques qui font le cabotage pour le compte des maisons françaises, même quand elles leur appartiennent, battent pavillon anglais. L'origine de cette anomalie remonte à la guerre franco-hova.

On vient de voir que presque tout le commerce de la côte Est se fait avec la France, TAngleterre, TAmérique et TAllemagne. Des négociants appartenant à ces quatre nationalités sont établis à Madagascar, mais ils ne dirigent pas leurs opérations de la même manière.

Les Américains et les Allemands possèdent des maisons peu nombreuses mais importantes ; ils disposent de grands capitaux et ont des représentants dans différents points du pays ; ils affrètent des bâtiments spéciaux pour apporter à Madagascar des marchandises prises directement dans les fabriques et pour se charger, au retour, des objets d'exportation achetés aux indigènes par les agents installés dans les centres de production. Cette méthode permet de vendre bon marché, tout en réalisant des bénéfices.

Les maisons anglaises et surtout les françaises ont généralement une moindre impo

tance. Sauf quelques exceptions, les trafiquants français ne disposent que d'un petit capital et limitent leurs opérations aux environs des points où ils sont établis ; beaucoup ne font que le commerce d'importation; beaucoup aussi ne sont pas en rapport direct avec les producteurs et se fournissent par Tintermédiaire de commissionnaires. Pour quelques articles, ils s'approvisionnent à l'étranger ; certains sont simples consignataires et se trouvent dans l'embarras quand les marchandises ne s'écoulent point assez vite. C'est ce qui explique le nombre considérable des ventes à l'enchère qui ont lieu journellement dans certaines localités, particulièrement à Tamatave ; elles se font parfois à perte et avilissent les prix.

Le nombre des villes où sont établis des commerçants français est très limité ; ils se font donc grande concurrence et doivent se borner à un chiffre d'affaires restreint. Certains arriveraient à de n\eilleurs résultats en s'installant dans des lieux moins peuplés, mais où ils seraient les maîtres du marché.

Dans quelques villes, les Européens font seulement le commerce de gros. Sur la côte Est, le commerce de détail avec les indigènes appartient aux Indiens Malabares ; dans le centre, il est fait par les Hova.

Principaux centres commerciaux

Les villes les plus commerçantes de Madarrafïcar offrent certaines particularités digne» d attention. Je vais les indiquer rapidement en insistant d'une façon spéciale sur les localités où j'ai eu Toccasion de séjourner.

DiegO'Suarez

A Icxtrémité Nord de Vile, sur le territoire vMv a la France par le traité du 17 Décembre !H<Srj et non encore exactement délimité, un im[H»rtant établissement militaire a été créé. Oans le voisinage, des commerçants français et atraiiï^ers, puis des indigènes sont venus se lix*îr et y ont formé en quelques années une n^slomération d'environ 6 000 habitants. Cette ville nouvelle est Antsirana, chef-lieu de la côlûnie de Diego-Suarez.

Antsirana se divise en deux parties : ville ImHHv et ville haute. La première, resserrée entre la plage et un coteau, aune superficie de quatre liL^ctares; elle renfermé 1 600 habitants, parmi lesquels beaucoup de commerçants dont les inaj^iLsins bordent les rues aboutissant au quai.

Construite flans une plaine marécageuse, la ville basse est restée malsaine, quoiqu'on ait fait des travaux pour faciliter l'écoulement des eaux ; elle doit d'ailleurs disparaître pour faire place à des bassins de radoub dont l'établissement est projeté.

La ville haute, percée de larges voies se croisant à angle droit, est plus salubre et mieux disposée. Plusieurs édifices publics, un grand marché couvert et quelques constructions européennes en matériaux solides y ont été élevés récemment. Quant aux cases légères des indigènes, elles sont obligatoirement isolées et bâties dans des enclos, afin d'éviter la propagation des incendies. Aussi bien pour les arrêter que pour alimenter la population, leau est en quantité insuffisante : on a le projet de détourner un ruisseau, qui coule à une dizaine de kilomètres, et de l'amener dans des réservoirs qu'on établirait sur des hauteurs dominant la ville. La dépense est évaluée à 300 000 francs.

Malgré l'importance relative qu'à prise en peu de temps Antsirana, il ne faut pas se dissimuler que le commerce qui s'y fait a encore pour objet principal l'approvisionnement des troupes et des employés de l'administration française. Quant aux échanges avec les habitants du pays, j'ai indiqué en parlant des ports

les raisons pour lesquelles, à mon avis, ils ne sauraient être considérables. Les relations ne sont possibles qu'avec les indigènes établis dans la colonie et ceux qui se trouvent à proximité sur le territoire hova et sur la côte Ouest. C'est une clientèle qui n'atteint pas 40 000 individus et qui ne peut pas augmenter beaucoup. Par suite de cet état de choses, il existe une disproportion énorme entre les importations et les exportations, les premières s'élèvent à cinq millions environ, les secondes ne dépassent pas le quart de cette somme.

La colonie de Diego-Suarez a été classée par la loi du 11 Janvier 1893 dans la catégorie de celles où le tarif douanier nlétropolitain n'est pas applicable. En ce qui concerne les produits de Diego-Suarez importés en France, ils sont soumis aux droits du tarif minimum, sauf exceptions déterminées par le Conseil d'État.

Les marchandises vendues dans le territoire de Diego-Suarez sont surtout les liquides et les étoffes de coton.

Pour les liquides, les commerçants se plaignent de rélévation des droits. Chaque débitant est assujetti à une patente annuelle de 120 fr. De plus on perçoit les taxes suivantes ; Vin rouge ou blanc, la barrique bordelaise . . . fr. 10 »»

Vin rouge ou blanc, la caisse de 12 bouteilles fr. 1,»»

Vin de dessert, rhectolitre .... lO,»»

» la caisse de 12 bouteilles . . , 1,50

Champagne, la caisse de 12 bouteilles 2,»))

Gin, l'hectolitre 100,00

Cognac , eau-de-vie , rhum , tafia ,

whisky, l'hectolitre 50,»»

Absinthe, l'hectolitre , 100,»»

» la caisse de 12 bouteilles . 15,00

Vermouth, l'hectolitre 20,»»

Ces taxes méritent l'approbation, la naissante colonie n'ayant aucun intérêt à favoriser le commerce des boissons alcooliques.

Un arrêté du gouvernement, en date du 26 Mai 1891, a aussi établi les taxes suivantes percevoir sur les liquides exportés de la coloni® par la voie de terre :

Rhum, eau-de- vie, tafia, le litre . fr. 0,10 Vin ordinaire, la barrique bordelaise 2,»»

Vin supérieur, la caisse de 12 litres. 0,60

Absinthe, le litre 0,30

Bière, l'hectolitre 2,50

Les étoffes sont, comme partout ailleurs à Madagascar, d'origine étrangère. Les tissus de coton écrus sont américains, les tissus teints

ou imprimés anglais. Sur Tinitiative du gouverneur, M. Froger, quelques tentatives ont été faites pour les remplacer par des cotonnades fabriquées à Rouen ; la bonne qualité des produits français a été appréciée par les indigènes, mais, à cause de leur prix élevé, ils se sont vendus difficilement. Les étoffes avaient aussi le défaut de n'être pas de la largeur habituelle et nécessaire aux consommateurs.

Les relevés officiels ne fournissent que des renseignements erronés sur la provenance des importations. Ainsi on compte comme marchandises françaises celles — relativement nombreuses — tirées de notre possession de Nosy-Be ; or Nosy-Be est approvisionné de marchandises allemandes par une grande maison de cette nationahté et de marchandises anglaises venant de Bombay. Actuellement, les véritables importations françaises constituent par malheur une exception, au moins pour les articles vendus aux indigènes.

Des plantations sont exploitées dans la plaine d'Anamakia à proximité d'Antsirana. Quelques concessions de terrains ont déjà été données par le gouvernement de la colonie ; elles sont habituellement de 25 hectares et peuvent s'étendre davantage lorsque le solliciteur possède des ressources suffisantes pour les mettre en

valeur. Les cultures maraîchères, .faites dans le but d'alimenter le marché du chef-lieu et de fournir des vivres frais aux navires de guerre et aux paquebots, réussissent bien et peuvent, sans grande mise de fonds, donner de sérieux bénéfices.

Une grande usine pour la fabrication des conserves de viande destinées à l'armée a été installée récemment à Antongombato sur le territoire de Diego-Suarez. Fondée par la « Société de la Graineterie française » elle doit traiter par an 40 000 bœufs, 10 000 porcs et 20 000 moutons ; plus tard, on y préparera aussi des conserves de volailles, de poissons et d'ananas ; l'établissement a pour annexes un vaste atelier de ferblanterie pour la fabrication des boites et une tannerie pour préparer les peaux par le système électrique Worms et Balé. Les bâtiments — inachevés encore — couvrent 7.000 mètres carrés ; ils sont reliés au débarcadère d'Antsirana par une voie Decauville de neuf kilomètres.

Des salines d'une superficie totale de 292 hectares ont été concédées, en 1887 et 1888, à un armateur de Granville, M. Lefebvre-Rioult ; elles sont situées au Nord de la plaine d'Anamakia entre l'embouchure de la rivière de la Main et le^ hauteurs qui bornent à l'Ouest la

yallée de rAntomboka, Une émission publique de titres a été faite en 1890 pour une société créée en vue de leur exploitatioa. Des difficultés avec une autre société qui avait aussi obtenu une concession dans le voisinage ont jusqu a présent empêché Tune et l'autre de tirer aucun parti des salines. Le partage des terrains ayant été refait récemment à la suite d'un jugement du Conseil d'Etat, les deux compagnies vont probablement commencer enfin l'exploitation.

Sainte-Marie de Madagascar

L'île de Sainte-Marie de Mada^^ascar^ qui nous appartient depuis KUS, n'a jamais eu grande importance ni par son commerce ni par ses productions ; néanmoins j'en dirai quelques mots, parce que, dans certaines circonstances, elle pourrait devenir un entrepôt général de marchandises pour alimenter les petits ports de la côte orientale de Madagascar.

Administrativement, Sainte-Marie dépend de Diego-Suarez. Quelques fonctionnaires résident dans rîlé. En les comptant la population européenne s'élèvçà trente personnes environ; les habitants indigènes sont au nombre de 7 500. L'agglomération la plus considérable est Ambodifototra sur la côte occidentale.

Sainte-Marie se trouve parmi les colonies dans lesquelles le tarif douanier métropolitain n'est pas applicable. Les produit? impoi^tés en France sont soumis aux droits du tarif minimum, sauf exceptions déterminées parle Conseil d'Etat ; en conséquence, les rhums sont admis en franchise et les girofles ont le bénéfice do la détaxe de moitié.

Les contributions directes consistent en un impôt foncier de 1 franc à l'hectare et en un impôt de 1 0/0 sur la valeur estimée des constructions. La cote personnelle est fixée à 2 fr. par an par un arrêté local de Décembre 1891. D'après un autre arrêté en date du 2 Février 1887, les patentes auxquelles sont assujettis les commerçants se divisent en quatre classes ; les droits sont fixés à 275 fr., 150 fr., 25 fr. et 15 fr. suivant la classe.

Les droits de consommation sur les liquides sont les suivants :

Rhum, par barrique. . . . . fr. 125 »»

» par caisse de 1,2 bouteilles Liqueurs »

Vermouth, par hectolitre. . .

Bière, » ...

Vin ordinaire, par barrique . .

» par caisse de 12 bou teilles;

Le sol de Sainte-Marie, là où il est cultivable c'est-à-dire sur le cinquième environ de la superficie totale, est d'une grande fertilité. La canne à sucre, les racines alimentaires, les arbres fruitiers viennent bien. On a planté récemment des caféiers Libéria et des cacaoyers ; ils réussissent, mais il est diflîcile de faire de grandes plantations, parce que les habitants sont trop indolents pour fournir la main-d'œuvre nécessaire.

Le giroflier pousse dans toutes les parties de nie, même dans celles où aucune culture n'est possible. Il produit la seule denrée qu'on exporte. La quantité de clous de girofle récoltée annuellement est d'environ 35 000 kilogrammes, et on estime qu'en faisant des plantations on pourrait la décupler. Bien loin d'essayer d'arriver à ce résultat, les indigènes laissent perdre une portion du produit, surtout dans les bonnes années. Celles-ci sont rares depuis le cyclone de 1885 qui a fait beaucoup souffrir les girofliers en ébranlant leurs racines. La situation s'est encore aggravée à la suite du cyclone de Février 1893 qui a détruit une grande quantité d'arbres.

Les importations, classées par ordre d'importance décroissante, consistent en riz et farineux alimentaires, boissoas, fils et tissus, bœufs

vivants. Le total s'est élevé, en 1 889, à 1 45 796 f . ?0. Beaucoup de marchandises importées sont réexportées à Madagascar par des boutres indigènes.

Les exportations de 1889 ont représenté 109 492 fr. 80. Le montant général du commerce a donc été de 255 289 fr.

Tamatave

Tamatave est le point de concentration de la plus grande partie des produits de la côte orientale et de rimerina, le point d'où rayonnent dans tout le pays les marchandises d'importation. C'est la véritable capitale commerciale de l'île,

Tamatave est le siège d'une Résidence française. Les Hova y ont un gouverneur, les Etats- Unis d'Amérique, l'Angleterre, l'Allemagne et l'Italie des consuls. Deux maisons de banque sont établies dans la ville : une succursale du Comptoir national d'Escompte et une agence de la« New Oriental Banking Corporation » (1).

Ces maisons ouvrent des comptes courants aux commerçants, font Tescompte, émettent des traites sur Paris, Londres et autres places.

(1) Cette banque a été mise en liquidation au commencement de 1892.

La ville se divise en deux parties, Tune européenne, l'autre malgache. Dans la première, les habitations, construites pour la plupart en bois, sont disposées le long d'une avenue parallèle à la mer ; c'est là que se trouvent les boutiques des commerçants et de grands magasins en tôle renfermant les produits qui arrivent continuellement de l'intérieur. Un chemin de fer à voie étroite, avec des>yagonnets poussés par des hommes, a été établi le long de l'avenue principale ; un embranchement dessert le port et les entrepôts de la douane.

Beaucoup de commerçants français, anglais, américains et allemands sont installés à Tamatave. Pour ne parler que des premiers ils sont très nombreux ; on peut même dire qu'ils le sont trop. Les petits, qui constituent la majorité, ne sont pas spécialisés et vendent tous à peu près les mêmes articles ; ils se font donc une déplorable concurrence et se ruinent réciproquement.

Les négociants français de Tamatave ont constitué, en Juillet 1888, une chambre consultative de commerce dont l'établissement a été encouragé par la Résidence générale et qui s'est mise en rapport avec les chambres de commerce de la métropole et de l'étranger. En 1890, elle a organisé à Tamatave une exposition

d'échantillons de produits français pour laquelle un appel a été adressé à nos industriels.

Quelques marchands hova habitent Tamatave ; ils s'occupent surtout de l'exportation des bœufs vivants et des peaux.

Le petit commerce de détail est tenu par des Indiens Malabares dont les boutiques sont concentrées à l'extrémité de la grande avenue aboutissant à la ville malgache. Dans le même quartier se trouvent les artisans indigènes : forgerons, menuisiers, ferblantiers, cordonniers, etc.

Depuis deux ou trois ans, quelques Chinois sont venus aussi s'établir à Tamatave.

Les denrées alimentaires se vendent dans un marché nommé bazar et bien approvisionné.

A Tamatave, la vie est confortable, mais coûteuse.

Comme beaucoup de convois de marchandises partent de Tamatave ou s'y rendent, on trouve toujours dans la ville un grand nombre de porteurs ou borizany (1) ; c'est là que, d'après les saisons et les demandes, ils établissent entre eux le taux des transports. Une fois le prix adopté tous s'y soumettent et l'exigent.

J'ai donné précédemment le détail des im-

(1) Ce mot vient, paraît-il, du français bourgeois.

portations et des exportations qui se font par Tamatave. Je n'y reviendrai pas. J'ajouterai seulement que le commerce général qui s'est élevé en 1890 à la somme de . 6 475 017f. 98 n'était en 1888 que de . . . 5 275 356 »»

soit, en deux ans, une aug- — ^

mentation de . ..... 1199661 98

ou environ 22,8 0/0 du chiffre le plus ancien. Cela prouve que Timportance commerciale de Tamatave a été en s'accroissant. Toutefois, on s'accorde à dire qu'elle n'atteint pas encore ce qu'elle était avant la guerre franco-hova, mais l'entente cesse quand il s'agit d'évaluer le montant des affaires à cette époque où aucune statistique n'était faite. C'est ainsi que, dans son intéressant rapport déjà cité, M. d'Anthouard donne — en faisant d'ailleurs des réserves — pour le trafic général de Tamatave ^en 1882, le chiffre de 23 285 735* fr. comme « fourni par des commerçants sérieux ». D'un autre côté le P. de La Vaissière.S. J. estime à '9 360Ô00 fr. pour 1881 le total des importations et des exportations sur la côte Est, total dans lequel serait compris le commerce de Tamatave (1). C'est un bien grand écart pour deux années voisines. La seconde évaluation

(1) Vingt ans à Madagascar; dippendice^ p. 331.

me paraît se, rapprocher davantage de la vérité, quoique la part des importations indiquées comme étant de 2 460 000 fr. soit bien faible. L'accroissement qui s'est produit dans le commerce de Tamatave et, comme j'aurai loccàsion de le signaler plus loin, de quelques autres ports ne semble pas devoir continuer.

Il tient à des causes passagères dont la plupart déjà ont cessé d'agir. Pendant la guerre francohova, les produits du pays ne pouvaient plus s'écouler et un stock considérable s'était accumulé ; durant les années qui ont suivi la cessation des hostilités, les exportations, alimentées par ce stock, ont été très actives; comme, en même temps, le gouvernement hova avait contracté un emprunt, l'argent, alors abondant, permettait de faire des achats au dehors ; les importations ont donc aussi augmenté. Aujourd'hui, les réserves sont épuisées et il n'y a plus que la production courante ; les ressources pécuniaires sont dépensées et le trésor public, vidé parle paiement des annuités de l'emprunt, insuffisamment alimenté par les recettes de la douane, n'est rempli que par des impôts pesant lourdement sur la population. Il en résulte un malaise d'autant plus sensible que l'activité momentanée des affaires avait attiré à Madagascar un grand nombre de commerçants ; bien

loin de réaliser actuellement des bénéfices, ils ne trouvent même plus le moyen de procurer une rémunération aux capitaux qu'ils ont engagés.

Cette situation peut, par suite de motifs secondaires, devenir plus ou moins tendue, mais elle n'est pas susceptible de se modifier profondément tant que subsisteront les entraves mises par le gouvernement hova au développement économique du pays.

Vatoma.nd'i^y

Les villes de la côte, comme par exemple Vatomandry, font, sur une petite écbelle, le même genre d'affaires que Tamatave, Elles ont beaucoup moins de rapports maritimes directs avec r étranger. Les marchandises sont souvent importées et exportées par Tamatave ; elles font le trajet jusqu'à cette ville soit par des boutros caboteurs, soit par des pirogues en suivant les lagunes, soit par la voie de terre,

Vatomandry a eu temporairement, il y a quelques années, une assez grande importance. Pendant la guerre avec ley Hova, Tamatave était bloqué par les navires français; comme ils étaient trop peu nombreux pour surveiller

toute la côte; le commerce extérieur se faisait par Vatomandry. Certains bâtiments ont gardé l'habitude de fréquenter ce port, mais ils la perdent peu à peu.

Aujourd'hui, les seuls établissements importants de Vatomandry sont deux maisons américaines et quelques maisons anglaises. Les négociants français y font peu d'affaires.

Le commerce général qui s'élevait en 1888

n'a été, en 1890, que de . . . 425 714 .61

soit, en deux ans, une diminu-

tion de 128 045 .54

ou 23,1 0/0 du chiffre ancien.

Les importations qui se font par Vatomandry et dont le montant s'est élevé, en 1890, à 280058 fr. 40, n'offrent, ni par leur nature, ni par leur proportion, rien de particulier. Il n'en est pas de même des exportations qui sont, entre elles, dans un rapport différant notablement de ce qu'on constate à Tamatave, En voici le tableau résumé :

VALEUR COMPAHATIVE DES PRINCTPALES MARCHANDISES EXPUKTÉG3 PAR VATUUANORY • PENDANT l'année 1890,

DESIGNATION

RoOa

Peaux de bœufs

Cire ....

Caoutchouc

Sucre . . .

Saus vides .

Rabanes . .

Crin végétal

Gomme copal

Divers ( Riz , cornes , miel , café , cordes

POUHCENTAGE

dti l'e]i|iortilioDUil3l(=

145 656 fr. 21

Le rofia servant à ti.sser les rabanes et les rabanes à confectionner les sacs, on voit que; la caractéristique du commerce local est la grande exportation de cette fi lire végétale en nature ou manufacturée, puisque les trois articles forment 56 0/0 dos marchandisGs envoyées au dehors. Yatomandry est donc le port du rofia.

Mahanoro

Mahanoro, ou plutôt Androranga — car le premier nom appartient à une ville administrative et militaire d'une cinquantaine de cases — est une agglomération de 3 000 à 4 000 habitants. Les commerçants non indigènes ne sont pas plus d'une douzaine; ce sont, pour la plupart, des Mauriciens; doux Français, originaires de la Réunion, se trouvent néanmoins parmi eux.

Les marchandises importées sont principalement les cotonnades, le sel et le rhum. On exporte, directement ou indirectement par d'autres points, du rofia, des rabanes façonnées en sacs pour le sucre, du riz, de la gomme copal, du caoutchouc et de la cire, ces deux dernières matières en petite quantité.

A Mahanoro, comme dans la plupart des petites villes de la côte, les commerçants sont aussi planteurs. Dans la région du Mangoro, ils récoltent surtout la vanille, et quand les plantations, assez récentes, seront en pleine production, les gousses préparées formeront un important article d- exportation. Evidemment, Mahanoro deviendra, d'ici à quelques années, le principal centre de la vanille, mais, en raison

de sa grande valeur et de son faihle poids qui lui permettent de supporter des frais de transport par terre, elle s'écoulera probablement par les ports voisins.

En dehors de son établissement principal qui est à Androranga , chaque commerçant possède ordinairement un petit dépôt de marchandises européennes dans sa plantation ; il les échange avec les indigènes contre des pro. duits du pays. De temps à autre, il envoie un agent , d'ordinaire un métis européen-betsimîsaraka, avec quelques marchandises dans les villages situés sur les bords du Mangoro. Ces marchandises, destinées à être troquées contre du riz ou du caoutchouc sont transportées en pirogue, mais, à cause des rapides et des chûtes, cette navigation s'arrête forcément à une petite distance de la côte. J'ai pu constater les conséquences d'un tel arrêt, car, en remontant le fleuve, je me suis bientôt trouvé dans des villages que ne visitent jamais les commerçants et où les produits européens sont presque inconnus.

Mananjai^y

Mananjary, à l'embouchure de la rivière du même nom, se trouve à côté de Masindrano :

la première ville est celle du commerce ; la seconde, qui lui est attenante, est administrative et militaire. Cette juxtaposition se présente fréquemment à Madagascar.

Mananjary sert d'entrepôt à une partie dos produits du Sud et à la presque totalité de ceux de la province des Betsileo dont la capitale, Pianarantsoa, est à cinq jours de marche.

Deux grandes maisons françaises, installées à Mananjary avant la guerre franco-hova, n'ont pas repris les affaires après la fin des hostilités. Actuellement, les commerçants sont des créoles de la Réunion ou de Maurice, représentants d'établissements anglais, américains et français qui ont ailleurs leur siège principal ; quelques uns de nos nationaux y font aussi le négoce pour leur propre compte.

Les importations sont, comme partout ailleurs, composées principalement de tissus et de liquides. Je noterai en outre qu'une grande quantité de sel est introduite ; elle a représenté, en 1890, une valeur de 80 576 fr. 60 sur

un chifïre total de 769058 fr. 10, ou environ 10,5 0/0 des importations.

Les exportations sont limitées à quelques articles entre lesquels le tableau suivant permettra d'établir la comparaison :

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