‹ Le commerce et la colonisation à MadagascarChapitre 29 sur 44 · PRODUITS VÉGÉTAUX · texte numérisé non relu

PRODUITS VÉGÉTAUX

Bois

Le massif central de Madagascar est entouré d'une ceinture de forêts. Sur le versant oriental, cette ceinture est double : la première zone n'est guère éloignée de la mer et arrive jusqu'à elle en certains points, par exemple dans le voisinage de la baie d'Atitongil ; la seconde couvre les pentes des montagnes. Si des bois ont jamais existé au centre, ils ont disparu depuis longtemps ; dans Tlmerina, les grands arbres, même isolés, sont rares et on peut voyager plusieurs jours sans en rencontrer ; la forêt la plus rapprochée de Tananarive est à une distance de 40 kilomètres.

Sur la côte, l'espace qu'occupent les bois

tend à diminuer , par Huite de l'habitude malgache de les brider pour obtenir des terrains propres k la culture. Cet usage peut fâcheusement modifier le climat •

Les forêts renferment une grande variété d'esHences. Je n'en citerai que quelques^-unes. Parmi les boih> employés dans lu construction pour les charpentes et les planchers se trouvent le vîirongy (1) qui atteint de grandes dimensions et qui otTre beaucoup de résistance, le voamboana (2) ou palissandre de Madagascar dont on tire des poutres de bonne qualité^ V hitsikitsika (3) et le vintaniîm (4) servant à faire les poteaux des cases, l'amfcora presque incorruptible. Quant au manuel (5), ou manguier, qui a été importe on le cultive en vue de ses fruits, mais il fournit aussi un bois solide convenant à la charpente. Four la menuiserie et rébénisterie on emploie Vhazomena ((3) de teinte rouge et très dur, Vhetatra (7) semblable au sapin et sei-vant à faire les portes et les fenêtres , le mangOy bois rouge utilisé pour la

(1) Ocoteairicophlebia.

(2) Dalbevfjii Ltaronî.

(3) Colea Telfalrcœ.

(4) Calophyllum iipurum. {5) Man^ifera Indlca.

(6) UazQ, \y<Às: mena.voM^Q. — Weînrhannia Hutmbmpi

(7) Fodocurpus ThunbertfiL

confection des meubles, V hazondrano (1), bois blanchâtre et léger dont sont faits les brancards des fîlanjana, Vhazomsiinty (2), bois noir analogue à rébénier, le vandrika (3), bois jaune et dense. Le harahara, le bibasy (4), le zahana (5) et quelques autres espèces servent à faire des manches d'outils et différents ustensiles.

En dehors de la zone forestière et dans le voisinage de la mer, les bois employés pour la construction des cases sont le ravinala et le rofia. Le premier pousse seulement dans la région côtière ; son tronc fendu en plusieurs morceaux, fournit la carcasse de l'habitation ; son écorce le plancher, ses feuilles la couverture, et les côtes de ces mêmes feuilles, la membrure du toit. — Le second, d'où se tire une fibre dont je parlerai plus loin, a les mêmes usages ; son bois, très léger, sert aussi à faire des échafaudages et des échelles.

Plusieurs variétés de bambous, — volo, en malgache, — croissent en abondance dans les forêts et sur le littoral ; elles sont employées à

(1) Hazo, bois; rano, eau.

(2) Hazo, bois ; mainty, noir.

(3) Crapidospermum verticellatum.

(4) Eriobotrya Japonica, — Le nom malgache vient du créole.

(5) Phyllarthron Bojeriamim.

latter les toits, à confectionner des bao pour le transport des marchandises, des récipients pour les liquides, des valiha (i), des tabatières et d'autres petits objets.

Au marché du Zoma, on trouve la plupart des bois de construction débités en solives, en chevrons et en planches, mais d'une façon absolument défectueuse. Les bûcherons hova ne se servent que de la hache et pas de la scie ; à moins qu'il n'ait un diamètre considérable, ils ne retirent d'un arbre qu'une poutre ou qu'une planche ; une fois façonnée, ils la mettent sur l'épaule et la portent à Tananarive pour la vendre. Comme la distance est longue, les bûcherons ont intérêt, pour diminuer leur fatigue, à réduire le poids de la pièce transportée ; dans ce but, au lieu de lui donner une section rectangulaire, ils la taillent suivant un profil doublement concave ; de cette façon, la pièce de bois, ayant une certaine épaisseur sur les bords, offre l'apparence de la solidité ; mais, au milieu, l'épaisseur se trouve souvent réduite à quelques millimètres.

Les solives ont ordinairement 0"*.25 de largeur et 0™.07 d'épaisseur survies bords; elles

(1) Instrument de musique. Des filaments d'écorce restant attachés aux extrémités et soulevés par des chevalets forment les cordos.

■se vendent de 6 à 9 fr. pour une longueur variant entre 5 mètres et 7*°. 50. Cette dimension est rarement dépassée, et on a de la peine à se procurer des bois plus longs ; aussi ne doît-on pas, dans les projets de constructions à Tananarive, donner aux salles plus de 7 mètres de de largeur. On doit aussi, pour les grandes portées, étrésillonner les planches, afin d'éviter le tlambement des solives trop minces.

Pour la menuiserie et les parquçts, les planches de 0"*.02 à 0"*.03 d^épaisseur valent environ 2 fr. 50 le mètre carré. Elles sont généraleriient courtes.

Les forêts de Tintérieur ne fournissent actuellement qu'une petite quantité de bois mal débité et souvent impropre aux usages au^cquels il est destiné. En se, servant de la scie de long, on arriverait facilement à un meilleur rendement; il faudrait, de plus, aménager lés parties des forêts qu'on exploite, afin de ne pas les détruire.

D'une manière générale, l'exploitation des forêts est rendue presque impossible par le manque de moyens de communication. On ne peut donc songer à l'entreprendre que dans le voisinage de la mer pour l'exportation et à l'intérieur de la deuxième zone pour l'approvisionnement de la capitale,

Depuis 1886, plusieurs concessions pour Texploitailon des bois sur la côte orientale ont été accordées par le gouvernement bova moyennant une part du produit brut s' élevant jusqu'à la moitié» Les bois exportés supportent en outre les droits de douane montant à 10 0/0. Jusqu'à présent ils ont surtout été cnvojc.s à Maurice; en 1890, Port-Louiy en a reçu pour une valeur de 47 000 roupies (1) ; la majeure partie de ces arrivages, formée d'ébènc et de bois de la mémo catégorie a été réexpédiée en Ang;lotcrrc (3)-

Une société anonyme française, la Compagnie forestière de Mada^^ascar, au capital do 500 000 fr. est actuellement propriétaire, dans la baie d*Antongil, d'une concession accordée le 28 novembre 1888, à M. Cbastellier, do Tile Maurice, et ayant, selon la mesure anglaise, 30 milles du Nord au Sud et 40 milles de TEst à r Ouest. Parmi les bois que cette société exploite et dont elle a envoyé de beaux échantillons à TExposition des sciences appliquées à rindustrie qui a eu lieu à Paris on 1890^ je citerai ; Vinzy, connu dans le commerce soua le nom de teck de Madar^ascar ; le tatsLmR.ka cm-

(1} La valeur rtScllo tic la roupie pendant cette année a oscillé entre 1 fr, 71 eL2fr. 07.

{t] Commerce et navigation de l'île Maurice en iSBO^ par Drouiti, consul ctc France.

ployé, à cause de sa légèreté, dans la construction du matériel roulant; le palissandre rouge ou noir, semblable à celui de Bahia ; Vandrevola^ de couleur jaune, pouvant remplacer le buis et le citronnier; le longotra rouge chiné; le lalona, (1), rouge légèrement vineux. Ces derniers bois et quelques autres remarquables par leurs teintes sont recherchés dans Tébénisterie.

Dans la même région se trouvent aussi les importantes concessions de la société Kingdon et de M. Coureau.

Sur d'autres points de la côte, notamment à Fort-Dauphin, dans le Sud, les commerçants achètent les bois aux indigènes et les exportent.

Dans le voisinage du centre, il n'existe pas encore d'exploitations forestières dirigées par des Européens. Comme rimérina renferme des centres de consommation importants, je crois que celles qu'on installerait , pour fournir de la matière première aux ouvriers indigènes, donneraient de bons résultats. La foret la plus rapprochée de Tananarive est celle d'Ankeramadinika, sur la route de Tamatave qui, à partir de ce point jusqu'à la capitale, est assez praticable ; il n'y aurait donc pas de sérieuses diflî-

^1) Weinmannia Bojeriana»

cultos pour le transport de pièces de bois auxquelles, le plus souvent, on ne donnerait que des dimensions peu considérables.

On trouve à Tananarive des ouvriers travaillant bien le bois. Les anciennes cases de Tlmerina étaient quelquefois vastes et élevées ; on s'explique que. les Hova aient acquis, en les construisant, de l'expérience et de l'habileté. Toutefois pour les ouvrages d'une certaine importance, on doit les surveiller de près, tracer tous les assemblages de charpente et en diriger Texécution.

Les charpentiers et les menuisiers travaillent avoD des outils indigènes et avec des outils d'importation; mais ils ne savent pas bien se servir de ces derniers. Souvent c'est par un travail long et patient qu'ils exécutent certaines parties de leurs ouvrages, qu'ils feraient plus Tïte et avec moins de peine s'ils employaient un outillage perfectionné. Ainsi, pour les parquets, les rainures et les languettes des frises sont faites par les Hova au ciseau et à la gouge au lieu d'être poussées avec un rabot spécial. — Dans ces conditions, les travaux soignés qu'on fait exécuter par les ouvriers du pays demandent beaucoup de temps, mais ils peuvent atteindre une certaine perfection. Conjme

exemple de ce qu'on peut obtenir d'eux, je citerai certaines parties de la menuiserie du pa* lais de la Résidence générale et dans le mêmei palais, certains meubles sculptés, d'après des; modèles français, et ayant bon aspect.

Une particularité singulière de la menuiserie indigène, c'est qu'en général les objets entrant dans les constructions ne sont pas exécutés à la demande, mais sont préparés d'avance d'après les mesures les plus ordinaires. Les portes, les fenêtres et les persiennes se vendent toutes faites au marché du Zoma ; le propriétaire les achète avant de bâtir sa maison et fait pratiquer les baies en conséquence. Pour peu que les objets analogues soient de modèles variés, cette habitude produit dans les constructions des irrégularités tout à fait bizarres.

Les meubles usuels, tables, chaises, bancs, armoires, lits, établis d'après des modèles européens plus ou moins modifiés, se vendent aussi au Zoma et dans les principaux marchés. Leur prix est peu élevé, mais la qualité est médiocre par suite de la défectuosité des assemblages.

Caoutchouc.

Le caoutchouc est un des plus importants articles d'exportation de Madagascar. Il provient

d'une liane appartenant à la famille des Euphorbiacées (1). Les indigènes nomment cette liane finrjotrsi et la trouvent dans les forêts. Au lieu d'inciser seulement récorce, les Malgaches coupent les parties de la plante qu'ils peuvent atteindre et les emportent avec la racine. Par ce procédé barbare, une grande quantité de caoutchouc est perdue et le pied est détruit, de sorte que, si ce système est encore continué quelques années, la source de la production ne tardera pas à se tarir.

Les lianes, coupées par morceaux de m. 45 à m. 50 de longueur sont placées debout dans un baquet où s'écoule le latex du caoutchouc ; les indigènes le font coaguler avec du jus de citron, du suc de tamarin ou une solution de sel. L'acide sulfurique donne de meilleurs résultats, mais son usage est peu répandu.

Le caoutchouc est livré au commerce sous forme de boules d'un diamètre variable, ayant à l'extérieur une couleur brune foncée et intérieurement une teinte jaune fauve. Il contient beaucoup d'impuretés, ajoutées souvent intentionnellement pour en augmenter le poids.

Les exportateurs de caoutchouc rencontrent

(1) Vahea gommifera Madagascariensis.

de plus en pluô de difficultés sur la côte orientale pour se procurer cette marchandise dont le débouché est toujours assuré. Cela tient à plusieurs causes. D'abord le système vicieux employé pour la récolte a presque épuisé les forêts voisines de la côte et force à aller chercher au loin, dans Tintérieur, les lianes de régions inexploitées encore ; de plus, beaucoup de bois ont été et sont constamment détruits par le feu; enfin, les concessionnaires des forêts interdisent la recherche du caoutchouc dans les territoires qui leur ont été accordés ou ne Tautorisentqu'à la condition que le produit recueilli leur sera vendu à des prix fixés arbitrairement et trop peu rémunérateurs pour les indigènes.

On a découvert récemment dans le Sud une nouvelle espèce de caoutchouc : la sève se coagule spontanément au contact de Tair et les indigènes en font des boules pesant de 1 à 2 kilogrammes. Ce produit n'a été trouvé jusqu'à présent qu'au delà du 23® degré de latitude et il est surtout abondant sur le marché de Fort- Dauphin. En 1890, les 100 livres y valaient de 60 à 80 francs et, comme elles se revendaient environ 250 fr. à Tamatave, certains négociants ont réalisé en quelques mois des gains considérables ; aujourd'hui, de nombreux acheteurs étant venus s'installer sur les lieux de produc-

tion, les prix sont plus élevés mais laissent encore des bénéfices notables.

Snr la Côte Ouest où la population est disséminée et peu travailleuse, le caoutchouc, sauf à Mojanga, ne donne pas lieu à des affaires régulières.

Les Américains ont été, pendant la guerre franco-hova, les principaux acheteurs du caoutchouc; ils gardent encore entre les mains la plus grande partie de ce commerce, mais actuellelement des expéditions importantes sont aussi dirigées sur Londres et sur Marseille.

Le prix du caoutchouc varie suivant les points (1). C'est à Tamatave qu'il est le plus élevé. Au commencement de 1892, il atteignait 227 fr. 80 les 100 liv. et, en Juillet, 255 fr.

La valeur totale de l'exportation annuelle du caoutchouc par les ports de la côte Est est d'environ 1 200 000 fr.

Gomme copal.

La gomme copal est le produit résineux d'uu arbre (2) appartenant à la famille des Légumi-

(1) Ponr les années postérieures à 1889, les renseignements relatifs au prix des marchandises ont été puisés dans les mercuriales publiées par le Progrès de l'Imerina.

(2) Hymenea verrucosa.

neuses. La résine suinte de presque toutes les parties de Farbre et sort en plus grande quantité par des incisions qu'on pratique sur le tronc ; on en trouve aussi dans la terre, entre les racines; c'est même celle qu'on estime le plus dans le commerce, à cause de sa dureté qui la rapproche de la gomme copal fossile venant de certains pays. Des commerçants m'ont dit que les indigènes brûlent quelquefois les copaliers pour faire refluer la résine dans les racines, mais je n'ai vu nulle part cette pratique en usage; si elle existe, elle est d'autant plus fâcheuse que les copaliers mettent de longues années à croître. Quoi qu'il en soit du motif, beaucoup de ces arbres, autrefois très nombreux sur la côte, ont été incendiés, mais ils l'ont été avec les autres espèces forestières, les Malgaches ayant, comme je l'ai dit, l'habitude de défricher par le feu les espaces qu'ils veulent cultiver.

La gomme copal achetée aux indigènes qui l'ont recueillie est triée chez les commerçants et classée en différentes sortes d'après la dureté et la teinte. Les résines les plus blanches et les plus dures sont celles qui sont les plus appréciées et servent à faire les meilleurs vernis. , Les copaliers sont ordinairement réunis en groupes situés dans le voisinage de la mer et,

souvent, entre celle-ci et les lagunes. Le plus important que j'aie vu se trouve au Nord de MahanorOj près d'un village de 70 cases environ nommé Tandroho (nom du copalier en malgache. Les arbres ont 8 à 10 mètres de hauteur et forment un bois très étroit, parallèle à la côte et long d'un kilomètre. L'extraction de la gomme est la principale occupation de toute la population du village.

Le prix de la gonime copal était, au commencement de 1889, à Tamatave, de 24 à 30 piastres (120 à 150 fr.) les 100 livres et de 30 à 38 piastres (150 à 190 fr.) en 1891. Le prix est généralement plus bas dans les autres ports.

L'exportation se fait surtout par Tamatave à destination de l'Angleterre. Pour l'ensemble de la côte Est, elle ne monte pas actuellement à plus d'une quarantaine de mille francs.

Il existe, paraît-il, beaucoup de copaliers sur la côte Ouest, mais, jusqu'à présent, ils ne sont pas exploités.

On peut rapprocher de la gomme copal d'autres résines employées par les indigènes pour faire des vernis diversement colorés. Si elles étaient étudiées par des spécialistes, on pourrait probablement les utiliser en Europe,

Orchidées

Parmi les produits secondaires des forêts, figurent les orchidées et les aroïdées, très abondantes et exportées comme plantes ornementales. Quelques-unes atteignent en Europe un prix élevé ; les collecteurs qui ont expolré à ce point de vue spécial les forêts de Madagascar ont réalisé en peu de temps d'importants bénéfices.

Les plantes sont recueillies avec une partie de riiumus où elles puisent leur nourriture, enveloppées de mousse et dirigées le plus rapidement possible vers un port, d'où elles sont expédiées, en Europe dans des caisses-jardinières vitrées. Un des marchés les plus importants est à Anvers.

Plantes alimentaires

Riz

Le riz constitue la base de la nourriture de la majorité des Malgaches- Partout où le terrain le permet, cette céréale est cultivée.

Il en existe à Madagascar un grand nombre do variétés différant seulement par la colora-

tion, la forme et la dimension des grains, ou par des particularités de la tige et des feuilles. On n'en compte pas moins de 22. Sans entrer dans ce détail, on peut en distinguer deux principales : le riz blanc et le riz rouge.

Pour la culture, on emploie deux méthodes, suivant qu'on fait pousser le riz dans des rizières occupant les vallées ou sur les hauteurs. Certaines variétés conviennent spécialement dans chacun de ces cas.

Le premier système, en usage surtout dans le centre, est celui des Ho va; par de grands et ingénieux travaux d'irrigation, ils ont transformé en de riches rizières les vallées des nombreux petits cours d'eau de Tlmerina. Le ruisseau dont on dispose est canalisé sur Tun des côtés de la vallée et leau qu'il fournit est distribuée sur des terrasses étagées, séparées les unes des autres par de petites levées en terre ; un canal de décharge est ménagé de l'autre côté. Cette disposition permet, en ouvrant ou en fermant quelques brèches dans les levées séparatives, d'avoir sur le champ de Teau courante ou stagnante et de les mettre à sec, suivant les nécessités de la culture et de la récolte. Le sol de la rizière est profondément défoncé, puis le riz, qui a été semé en pépinière dans un coin de terre préparée avec soin, y est re-

piqué ; en même temps on introduit Teau ; une couche de O'^.IS à 0"*.20 est maintenue, presque sans interruption, jusqu'au moment où la rizière est complètemeut asséchée pour la récolte. — r Quelquefois le riz est semé directement dans la rizière, qu'on fait piétiner par des bœufs pour pétrir la terre et enfoncer convenablement la semence.

La culture sur les coteaux, pratiquée par les Malgaches du littoral, est beaucoup moins perfectionnée et donne des produits de qualité inférieure; en effet, le riz ne germant et ne végétant qu'à la faveur des pluies de Thivernage, se trouve dans des conditions moins favorables que lorsqu'il est planté dans un sol constamment imbibé d'eau. Après avoir choisi un terrain, les indigènes le préparent simplement en brûlant les herbes ou les arbres qui le recouvrent, puis, avec un bâton épointé, ils font des trous dans lesquels ils mettent des graines et un peu de terre au-dessus. Quand quelques récoltes ont épuisé le sol, le champ est abandonné. Pour en avoir un autre, on incendie encore une parcelle de la forêt. Désastreux par ses effets généraux, ce système de déboisement ne donne même pas de bons résultats pour la culture en vue de laquelle il est employé. Cette culture se restreint, parce que les terrains neufs

deviennent rares, parce qu'il faut aller de plus en plus vers rintcriour pour en trouver. La protluction du riz, qui f^urpassait autrefois la consommation locale, y suffit à peine maintenant; les exportations pour Maurit;e et la Réunion, assez considérables avant la guerre franco-hova, ne se font plus, et en petite quantité, que les années exceptionnelles.

Dans le centre comme dans 1<js régions côtièrOnS, le riz est récolté par bottes ou par petites gerbes qui, après avoir été séchées, sont frappées sur une pierre ou sur un tronc d'arbre, afin de détacher le ^n*ain de 1 epi. On a ainsi le riz en paille, couvert cneore de ses tégU" ments. Les indigènes le gardent d'habitude en cet état jusqu'au moment où il est consommé.

Pour conserver le riz, les Hova renferment^ en le tassant dans des silos nommés lavdfeary (1), Creusés au milieu du sol argileux, ces silos ont une ouverture étroite, tenue soigneusement fermée par un tampon lu té avec de la terre délayée, et vont en s'élargissant vers le fond. A Tananarive, une ou plusieurs fosses à riz existent dan^ la cour de chaque maison.

Chez les Malgaches de la côte, le riz est emmagasiné dans des greniers consistant en de

(1} Lavaka, trou; vary^ riz.

petites cases construites en charpente, comme celles qui servent d'habitations, mais élevées au-dessus du sol sur de hauts piliers munis à la partie supérieure d'un large chapiteau en forme d'entonnoir aplati destiné à arrêter les rats. Ces greniers, nommés frano-ambo, (1) se dressent au centre des villages ou en dehors, mais toujours à une certaine distance des habitations pour éviter les chances d'incendie. Cette précaution n'est pas inutile, surtout durant la saison sèche, dans une contrée où toutes les cases sont construites en matériaux très combustibles. A une journée de marche de Mahalîoro, j'ai traversé un village important, Beparasy, qui, peu de temps auparavant, avait été complètement détruit par le feu, sauf les greniers à riz que leur isolement avait préservés .

Le riz est décortiqué par la méthode du pilage. Le mortier dont se servent les indigènes varie de forme et de dimensions suivant les provinces. Sur le littoral, l'ustensile, toujours en bois, a une cavité peu profonde et à peine plus étroite en bas qu'en haut. Chez les Hova, le mortier est quelquefois en pierre; le creux se rétrécit graduellement vers le fond et se termine en pointe ; avec cette forme, les grains se

(1) TranOy maison; ambOy élevée.

brisent moins sous l'action du pilon. Celui-ci est en bois et a environ deux mètres de hauteur. Par le pilage, 100 kilogrammes de riz en paille donnent 65 kilogrammes de riz blanc.

Le rendement se réduit à 56 7o ^^ moyenne après que toutes les impuretés ont été enlevées par le vannage.

Une usine pour la décortication du riz destiné à l'exportation existait autrefois à Mahanoro ; elle a été détruite pendant la guerre et n'a pas été rétablie.

Ce prix du riz est très variable suivant les régions et l'abondance de la récolte. Au mois de Novembre 1892, sur le marché de Tananarive , le riz décortiqué blanc se vendait 2 fr. 10 la vata de 39 livres, le riz décortiqué rouge 1 fr. 85. A la même époque, à Tamatave, le prix était sensiblement plus élevé. En 1893, une forte hausse s'est produite à la suite du cyclone du mois de Février par lequel beaucoup de récoltes ont été anéanties sur la côte comme dans l'intérieur.

Malgré le bas prix du riz dans l'Imerina, seule région où la culture pourrait en être développée, on ne saurait l'envoyer à la côte pour l'exporter; les conditions actuelles des transports s'y opposent ; les plus avantageuses sont applicables au riz, puisque cette marchandise

peut se fractionner à la convenance des porteurs et n'exige pas d'emballage coûteux. Or, en comptant 12 fr. 50 pour le salaire d'un homme descendant 50 kilogrammes à Tamatave, le transport revient à fr. 25 par kilogramme. Si on ajoute cette somme au prix d'achat et si on tient compte du fret, on arrive à un prix élevé pour le riz rendu sur les marchés d'outre-mer. Il faut dire aussi que le transport maritime de grandes quantités de riz à de longues distances offre des difficultés, imparfaitement résolues jusqu'à présent, à cause des fermentations spontanées, presque inévitables dans une navigation au milieu des mers tropicales.

La paille de riz est employée pour la couverture des cases dans certains villages et pour la fabrication de différents ouvrages de vannerie, notamment de chapeaux.

Blé

Le blé — varimbazaha (1) en malgache — n'est cultivé que dans l'Imerina et dans la province des Betsileo. Il ne réussit qu'à partir

(i) Vary, riz; vazaha, étranger. — Le mot français ne traduit qu'imparfaitement le mot vazaha, qui est d'un usage fréquenta Madagascar : c'est le nom générique des nations étrangères, surtout de celles appartenant à la

d'une certaine altitude et que dans des terrains convenablement choisis.

Cette culture a été essayée seulement il y a quelques années par l'initiative des missionnaires catholiques et pour leurs besoins. Elle s'est développée en même temps qu'augmentait la population européenne dans le centre et elle suffira bientôt à sa consommation. Comme le blé n'entre pas dans l'alimentation indigène, comme, d'un autre côté, on ne peut l'exporter, l'avenir de cette culture, à moins d'un changement dans les habitudes des Malgaches ou d'une immigration étrangère considérable, est forcément limité.

Maïs

Le maïs, appelé à Madagascar katsaka^ est cultivé dans diverses parties de l'Ile, mais en petite quantité. Plusieurs variétés y réussissent également bien. Si la culture du maïs était développée, elle améliorerait l'alimentation indigène dans les régions où le riz ne donne pas de produits suffisants.

race blanche ; c'est le qualificatif des objets ou des usages introduits par elles ; il s'applique à tout ce qui paraît aux Malgaches se rattacher à des civilisations supérieures.

Manioc

Le manioc — mangahazo (1) en malgache— arbrisseau de la famille des Euphorbiacées, pousse à rétat sauvage dans certaines parties de Madagascar ; il est cultivé dans presque tous les villages du versant oriental et de l'Imerina et il prospère aussi bien sur le littoral que sur les terrains élevés.

Le manioc fournit une racine tuberculeuse comestible qui entre pour une large part dans Talimentation indigène. Les variétés cultivées à Madagascar sont des maniocs doux, qui ne contiennent pas, comme celles d'autres pays, de sucs plus ou moins amers et vénéneux qu'il soit nécessaire d'éliminer par la fermentation et la compression avant la cuisson. Celle-ci se fait simplement dans Téau bouillante.

Le manioc se reproduit par bouture. Des tronçons de tige, coupés sur des plants déjà forts sont enfoncés à une faible profondeur dans la terre ameublie à la bêche. Au bout de deux ou trois années, Tarbuste a atteint une hauteur d'environ 2™. 50 et a acquis assez de développement pour qu'on puisse arracher les tuber-

(1) Manga, excellent; hazo^ bois.

cules, qui sont ordinairement au nombre de trois. Cette récolte se fait à mesure des besoins. Un champ renfermant des plantes de différents âges n'exige qu'un faible travail pour être maintenu dans un état de rapport constant.

On trouve à Madagascar une variété hâtive qui atteint de grandes dimensions et donne des produits qu'on récolte la première année de la plantation.

En râpant et en délayant dans l'eau la racine do manioc, on en extrait une fécule qui, granulée et séchée sur des plaques métalliques chaudes, sert, comme on le sait, à préparer le tapioca. Si cette fabrication était établie à Madagascar ainsi qu'elle l'est maintenant à la Réunion, le manioc deviendrait l'objet d'une culture industrielle importante.

Plusieurs autres plantes, telles que les patates, les songes, etc.; fournissent aussi des racines tuberculeuses qui entrent dans l'alimentation des indigènes et des Européens.

Légumes, Fruits

D'autres légumes, inutiles à énumérer, sont cultivés dans certaines parties de Tile et surtout dans rimerina. A cause de son altitude, cette province convient spécialement aux légumes

d'Europe. Ils y ont été acclimatés et on les trouve en abondance sur le marché de Tananarive. Si les légumes indigènes sont aussi, dans rimerina, meilleurs et plus nombreux que partout ailleurs à Madagascar, c'est uniquement parce que les Hova se donnent la peine de les faire pousser et non à cause d'une particulière fertilité du sol, lequel est, au contraire, plus aride et plus mauvais que celui de la plupart des autres régions.

Parmi les légumes indigènes, les seuls qu'on exporte sont les gros haricots connus sous le nom de pois du cap (phaseolus CapensisJ.

On les récolte surtout dans le Sud ; les expéditions pour Maurice et La Réunion se font directement par les ports de cette région. Mananjary en exporte annuellement environ 25 000 kilogrammes.

En général les arbtes fruitiers européens réussissent mal. Même dans le centre où le climat n'est pas trop chaud, ils ne tardent pas à dégénérer et à donner des produits de mauvaise qualité, sans aucune saveur. Néanmoins le figuier et le pêcher — ce dernier surtout — se sont bien acclimatés.

Les fruits indigènes et les fruits tropicaux introduits à diverses époques sont nombreux.

Parmi ceux qu'on recueille à peu près partout,

mais là surtout où on donne des soins aux plantations, je citerai les ananas, les bananes de diverses espèces, les mangues, les bibasses, les citrons, les oranges. Quelques arbres fruitiers tropicaux ne viennent bien que sur la côte : le pamplemoussier, le jacquier, Tavocatier et le letchi — celui-ci importé assez récemment — «e trouvent dans ce cas.

Les fruits sont généralement bons. Certaines espèces, par exemple les oranges, qui ont peu de jus, un parfum médiocre et une peau épaisse, pourraient certainement être améliorées par la culture et par la greffe'.

Les fruits n'ont pas d'autre emploi que ceux qu'ils trouvent dans la consommation locale.

On a essayé, paraît-il, de fabriquer sur place de l'acide citrique avec les nombreux citrons du littoral, mais la tentative a été abandonnée. — Certaine fruits pourraient servir à la préparation de conserves à exporter ainsi, qu'on doit le faire dans Pusine installée à Diego-Suarez, — D'autres, coiïime l'ananas, qui pousse si facilement qu'il n'a qu'une faible valeur, pourraient, dans des conditions économiques, être employés à la fabrication de boissons fermentées ou de l'alcool.

Canne à sucre

La canne à sucre, que les Malgaches nomment farif, pousse presque spontanément à Madagascar. Cultivée par les indigènes, des plantations en ont aussi été faites depuis longtemps par les colons.

L'espèce répandue dans Tîle est très saccharifère. Les plants ont une longue durée ; les cannes subissent un nombre considérable de coupes sans renouvellement des souches.

Sur la côte orientale, le jus de la canne à sucre est employé par les Malgaches à la préparation d'une boisson nommée le betsabetsn. On extrait le jus au moyen d'un prossier moulin : sur deux solides supports est fixé un morceau de bois creusé d'une rigolo terminée par un bec ; audessus roule un tronc d'arbre auquel on donne à la main un mouvement de va-et-vient en le tenant par des taquets dont il est muni. Les fragments de cannes interposés sont soumis à une pression trop faible ; aussi ne recueille-ton qu'un petite partie du jus sucré.

Dans PImerina, les Hova fabriquent avec le jus de la canne, qu'ils concentrent et font cristalliser, un sucre grossier nommé .siramamy (1).

[i) Sira. sel, mamy^ doux.

Ce produit se vend sur tous les marchés. Il se présente sous la forme de galettes aplaties d'une couleur foncée due à la grande quantité de mélasse qui reste entre les grains de la cassonnade agglomérés par la pression. Ce sucre indigène, obtenu par des moyens primitifs, est impur et contient des^ débris filamenteux delà canne, mais la saveur n^en est pas désagréable. '

Par la fermentation et la distillation des jus sucrés extraits de la canne, les Hova obtiennent aussi une liqueur alcoolique presque incolore qu'ils aromatisent en y faisant infuser diverses plantes. Il la nomment toaka gasy (1).

Depuis environ un demi siècle, on a essayé à plusieurs reprises d'établir à Madagascar l'industrie sucrière, mais jusqu'à présent elle n'a pas pris un grand développement. Les premières tentatives ont été faites dans le Sud-Est par des créoles de la Réunion et ont été poursuivies pendant plusieurs années avec le concours — intéressé, bien entendu, — du gouvernement hova.

Plus tard, d'autres sucreries ont été installées sur divers points de la côte, particulièrement à Tamatave, à Melville, à Mahanoro, à Manan-

(1) Toaha, rhum; gasy, malgache. On le qualifie ainsi pour le distinguer du rhum d'importation nommé toaka mena à cause de sa couleur* (Toa^a rhum; mena rouge).

jary ; il a même été question, à une certaine époque, d'établir une grande usine centrale à Andovoranto avec des annexes dans les environs pour extraire le jus de la canne et n'avoir pas à la transporter. La plupart de ces établissements ont périclité au moment de la guerre franco-hova et les affaires n'ont été reprises sur une plus petite échelle, que dans les environs de Tamatave, mais sans donner de grands résultats.

On attribue cet insuccès à plusieurs causes, toutes d'un caractère local et transitoire ; les principales sont la rareté de la main-d'œuvre, l'élévation des salaires, occasionnée par la cherté des vivres, spécialement du riz, et la difficulté du transport des cannes. Aussi l'industrie sucrière a-t-elle actuellement une tendance à se déplacer pour s'établir sur d'autres points de la côte, vers le Sud, et particulièrement dans le voisinage de Mananjary ; là, une population dense fournira plus facilement des travailleurs qui se contenteront d'un salaire modique à cause du bas prix des denrées, et des cours d'eau nombreux permettront de faire les approvisionnements de matières premières au moyen de pirogues.

Tout en appréciant ces avantages, il n'en faut pas moins reconnaître, puisqu'une expérience

déjà longue est là pour le prouver, que les fabricants de sucre auront, à Mananjary comme à Tamatave, de la peine à lutter avec les producteurs des autres pays. Même s'ils résolvent les questions relatives à la main-d'œuvre, ils ne réussiront que s'ils disposent des grands capitaux qui, au moins jusqu'à présent, ont fait défaut à Madagascar.

Le sucre des dernières récoltes s'est vendu environ 32 fr. les 100 kilogrammes. En 1890, on en a exporté de Tamatave pour 61446 fr. 17 et pour 5 598 fr. 60 de Vatomandry.

Café

Le caféier, arbre de la famille des Rubiacées, a été introduit à Madagascar et y est cultivé depuis longtemps. Jusqu'à ces dernières années, cette culture a joui d'une grande faveur : les plantes poussaient rapidement, les arbres rapportaient beaucoup ; un pied fournissait u ^.1 [ igl')!-; deux kilogrammes de grains.

Les premières plantations ont été faites sur la côte Est et dans la zone moyenne. Celles d® cette dernière région, à une altitude de 600 à 1 000 métrés se trouvaient dans de meilleures conditions climatériques, car, pour que les

caféiers réussisent, la température ne doit pas descendre au dessous de 10^, ni excéder beaucoup 30°. Le terrain argileux, pauvre en éléments calcaires et généralement riche en oxyde de fer, était aussi très convenable. Aussi sontellos les seules qui subsistent actuellement. Ajoutons qu'elles sont entretenues et fumées avec beaucoup de soin par les indigènes ; établies par eux dans le voisinage de chaque village, elles ont plus d'importance par leur nombre que par leur étendue.

Les plantations faites par les colons 3ur le littoral ont, au contraire, rapidement périclité, après une courte période de prospérité. Là où elles étaient nombreuses comme, par exemple, aux environs de Mahanoro, la plupart ont été abandonnées et celles qui subsistent ne donnent qu'un faible produit.

Le dépérissement des caféiers sur la côte tient à plusieurs causes. Les planteurs Tattribuent uniquement aux ravages d'un insecte, Yhemileia vastatrix; ils ont tort, car, avant son apparition, certaines plantations, les plus anciennes, ne donnaient plus de récoltes abondantes. Cette situation résultait, je crois, du manque de soins apportés à la culture et du mauvais choix des terrains; ceux voisins de la mer sont trop bas et trop humides pour les ca-

féiers ; ceux-ci se trouvent, de plus, à ce niveau, soumis à une température d'une élévation exagérée. Les arbres poussent vite, mais plantés dans un sol qui s'épuise en raison même de ce rapide accroissement et qui n'est enrichi par aucun amendement, ils s'afTaiblissent bientôt. Quand Tinscctc apparaît, il tait des dégâts d'autant plus prompts que les caféiers qu'il attaque présentent moins de résistance.

A mon avis, il faudrait donc, en s'inspiraDt de l'exemple des indigènes, reprendre les essais de culture en ^rand dans des reliions d'une altitude moyenne. A coté de ces plantations, il serait excellent de faire Téleva^^o du bétail, afin d'avoir toujours en quantité suiïîsante une fumure convenable.

l)n français a créé récemment dans rimerina une importante plantation de caféiers renfcr mant plusieurs centaines de mille pieds. On ne connaît pas encore les résultats de cette tentative. Je crois que, dans le massif central, le climat est trop froid pour que les arbres prennent un grand développement et produisent beaucoup de grains. Il faut considérer aussi que le cate récolté dans le contre sera ^rcvé,en arrivant au port d'embar€[uemcnt, de fr. 35 au moins par kiloprramme pour les frais de transport.

; Pendant les premiers mois de 1893, le cours du kilogramme de café décortiqué a varié entre 1 fr. 40 et 1 fr. 90 sur le marché de Tananarîve. En Europe, le café de Madagascar se vend sensiblement moins cher que cd\n de la Réunion dont la qualité est supérieure.

En 1890, la valeur des exportations de café effectuées par Tamatave n'a atteint que ? 304 fr. 60. Dans les autres ports de la côte Est, elles ont été insignifiantes.

VaniUe

La vanille est cultivée depuis assez longtemps à Madagascar comme à la Réunion et aux Comores, mais c'est seulement depuis la ruine des plantations de café que cette culture a pris une grande extension dans l'Est de Tîle.

Le vanillier est une orchidée à feuilles alternes et charnues portées sur un pétiole. Le fruit est une capsule allongée qui, convenablement préparée, constitue la vanille du commerce.

Végétal parasite, le vanillier a besoin d'une autre plante pour se développer. Dans les cultures que j'ai visitées, on se sert comme supports nourriciers de pignons d'Inde (1) disposés

(1) Jatropha curcas»

par rangées parallèles espacées d'environ deux mètres et dont les branches sont ramenées dans un même plan pour former une haie. Les boutures de vanillier, composées de trois yeux et dépouillées de leurs feuilles, sont mises en terre ; en se développant, la plante s'accroche par des suçons aux branches des arbres pour y puiser sa nourriture ; son pied est recouvert de débris de feuilles de bananier destinés à entretenir une humidité constante.

Dans les pays d'où le vanillier est originaire et où il pousse spontanément, la fécondation se fait par l'intermédiaire d'un insecte ; à Madagascar, il faut produire artificiellement cette fécondation. Elle a lieu par une opération pratiquée sur chaque fleur et consistant à mettre, au moyen d'un morceau de bois taillé en pointe, le pollen en contact avec le pistil ; c'est ce que les planteurs appellent le mariage de la vanille. Quelques mois après, la gousse, qui s'est accrue peu à peu, arrive à maturité ; on la cueille lorsque l'extrémité commence à jaunir.

Il reste alors à préparer la vanille pour en développer le parfum. A Madagascar, trois moyens sont employés : l'eau chaude, la vapeur et l'étuve sèche. Plus ancienne et plus répandue que les autres, la première méthode consiste à réunir les gousses et à les tremper pendant un

temps très court dans do l'eau sur le point de bouillir; on les expose ensuite, pondant une journée, à l'air libre au soleil ; puis on les fait sécher lentement en les enduisant quelquefois légèrement d'huile d'acajou. Cette dessication doit être surveillée de près, afin d'enlever sans délai les gousses qui, en se gâtant, prennent Une mauvaise odeur qu'elles pourraient communiquer aux autres. Enfin, choisies de plusieurs qualités et de plusieurs grandeurs dans une proportion déterminée par les habitudes commerciales, elles sont réunies en paquets.

Les gousses, provenant de bonnes espèces et bien préparées se couvrent au bout d'un certain temps de petits cristaux de vanilline, aldéhyde correspondant à la formule C*' H' 0* et constituant le principe actif qui se trouve dans la proportion de 2 0|0. La vanille est alors dite givrée et a plus de valeur. — Le givre est souvent obtenu artificiellement au moyen de l'acide benzoïque (1) ; cette falsification est très fréquente. Certains préparateurs croient même améliorer la vanille en y ajoutant ainsi une

(1) On se sert pour cet usage de Tacide impur, mais possédant un léger parfum, préparé par sublimation avec le benjoin. L'acide benzoïque, G** H» 0*, n'a pas d'action nocive ; introduit dans l'organisme, il se transforme en acide hippurique et s'éliniine par les urines.

matière étrangère ; j'en ai ren-contré plusieurs persuadés que le givre naturel est de l'acide benzoïque.

La culture de la vanille est facile et exige peu do main-d'œuvre ; une fois la plantation établie, le travail consistant à débarrasser les orchidées des insectes et des limaces qui les ravagent, à faire le mariage et à cueillir les gousses à mesure qu'elles arrivent à maturité, est peu fatigant et peut être confié à des femmes ou à des enfants. La préparation exipre de riiabitude et certains tours de main, mais ne nécessite pas de matériel coûteux. Certains planteurs la font eux-mêmes ; d'autres livrent leur récolte à des préparateurs qui possèdent des ateliers dans les principales villes de la côte.

Si on ajoute à ces avantages que les vanilliers commencent à donner des produits au bout de deux ans et qu'ils arrivent bientôt après à être en plein rapport, on s'explique que leur culture jouisse d'une grande faveur. Les bénéfices ne sont pas, à la vérité, considérables, mais ils sont assurés et prompts. Aussi le nombre des vanilleries augmente-t-il rapidement. Dans les environs de Mahanoro, depuis l'embouchure du Mangoro jusqu'aux premières chutes, c'està-dire sur une longueur de quelques kilomètres

j'en ai compté 21 , renfermant chacune de 7 000 à 10 000 pieds. Sur les bords de TOsy et en beaucoup d'autre^ points du littoral, existent des groupes de la même importance. Près de Tamatave, des colons français établissaient en 1889 une plantation de 70 000 pieds.

A mon avis, les planteurs ont tort de se livrer exclusivement à cette culture, comme plusieurs le font. La vanille n'est qu'un condiment dont la consommation est limitée et dont le prix baissera forcément si la production dépasse les besoins.

La vanille de qualité moyenne se vend de 40 à 45 fr. le kilogramme dans les ports de la côte Est. En France, le prix est au moins de 60 fr.

Une notable partie de la vanille récoltée à Madagascar s'exporte par Mahonoro, qui est l'un des centres de production ; mais, comme il n'est pas fait de statistique dans ce port, on n'en peut préciser la quantité. Quelque grande qu'elle soit, il est difficile d'admettre qu'il ne soit sorti par Tamatave, en 1890, que 60 livres de vanille représentant une valeur de 1 320 fr. ; ce sont pourtant les chiffres indiqués dans les relevés officiels.

Cacao

Les dangers que je viens de signaler, à propos du véritable engouement que montrent aujourd'hui les planteurs pour la production de la vanille, ne seraient pas à craindre avec une culture, fournissant un aliment dont la consommation est en train de se développer, comme celle du cacaoyer. Les bénéfices, moins rapides, seraient susceptibles de se maintenir.

Le cacaoyer est un arbre dont le fruit, nommé cabosse j contient des graines qui, après avoir été soumises a une légère fermentation sont séchées et torréfiées sur place. C'est dans cet état qu'on les expédie aux usines où se fabriquent le cacao et le chocolat.

Le cacaoyer réussit bien à Madagascar ; j'en ai vu quelques pieds sur différents points de la côte, mais je n'ai pas visité de véritables plantations. Elles sont d'ailleurs rares et aucune n'est actuellement en rapport.

Si la plupart des colons ont laissé de côté jusqu'à présent la culture du cacaoyer, c'est uniquement parce qu'un temps assez lonjir est nécessaire pour la croissance des arbres, avant qu'ils donnent un produit. On ne peut, en effet, attendre un rapport du capital engagé dans la

plantation qu'au bout de la cinquième année ; et, en général, les colons de Madagascar ne sont pas assez riches pour faire des placements à si longue échéance.

Il faut remarquer aussi que la nature des terrains qui conviennent aux cacaoyers n'est pas encore bien déterminée. Le choix du sol, de l'exposition, de l'altitude, ont beaucoup d'importance, car de légères différences exercent une grande influence sur la qualité des graines et le développement des arbres. Bien qu'on puisse s'appuyer, pour l'installation des pépinières et des plantations, sur ce qui se fait aux Seychelles, où la culture du cacaoyer est pratiquée avec succès, il serait nécessaire de faire à Madagascar des essais méthodiques, afln d'être assuré d'obtenir les bons résultats que font prévoir les^ conditions générales du pays.

Thé

Le thé, arbrisseau de la famille des Camelliacées, est cultivé depuis quelques années dans le massif central par les Anglais et par les Hova. Les feuilles donnent un produit dont la qualité médiocre n'est peut-être due qu'à la

connaissance imparfaite des méthodes à employer pour en développer le parfum.

Les plantations existant actuellement n'ont que peu d'importance. La culture du thé ne parait pas du reste avoir un grand avenir à Madagascar.

Giroflier

J'ai vu sur la côte orientale quelques pieds de l'arbre dont les fleurs incomplètement développées sont employées comme épices sous le nom de clous de girofle. L'arbre pousse bien et la culture en grand pourrait donner de bons résultats ; le seul obstacle viendrait de fa main d'œuvre assez considérable que nécessite la récolte.

Jusqu'à présent cette culture n'est pratiquée que dans l'île de Sainte-Marie de Madagascar. Le produit est de bonne qualité et fournit beaucoup d'essence.

Les clous de girofle se vendent, à Sainte- Marie, de 10 à 12 fr. le kilogramme. On en exporte annuellement environ 35 000 kilogrammes.

!■ ■ '^mi ■

Plantes textiles Roûa

Le roÇa est un palmier de grandes dimensions dont les feuilles s'évasent en bouquet. Il pousse seulement à partir d'une certaine altitude à quelque distance de la mer ; très répandu dans la région moyenne de Madagascar, il est rare dans les massifs du centre et n'a plus, à cette hauteur, que des formes rabougries.

La tige du rofia et les grosses côtes des feuilles sont employées dans la construction des cases indigènes ; mais l'importance commerciale de l'arbre vient des fibres qu'on en retire ; elles sont exportées en nature et servent dans le pays à la fabrication des rabanes.

Pour isoler la partie fibreuse, les indigènes partagent la feuille en minces lanières, puis ils enlèvent rapidement, avec un couteau à lame étroite, la partie verte qui en constitue les parois externes.

Ainsi préparé, le rofia se vend sur la côte de 35 à 45 fr. les 100 kilogrammes, suivant les points. Il est expédié en Europe et principalement à Londres et à Marseille, qui sont les plus important^ marchés de cette matière,

La fibre du rofia est solide et résiste longtemps à rhumidité ; elle est employée par les jardiniers pour attacher les plantes à leurs tuteurs et par les viticulteurs pour lier les ceps et les sarments. Elle sert aussi au clissage des bouteilles.

On a fait aussi, en France et en Angleterre, des essais de tissage du rofia. — En 1890, à Tépoque de la grande mode des passementeries métalliques dans les toilettes féminines, la fibre, d'une teinte jaune pâle, a été employée par certains fabricants de Paris comme dessous aux ors de différents tons.

A Madagascar, les fibres destinées au tissage des rabanes sont légèrement tordues, puis réunies les unes aux autres par des nœuds ; quand on ne les laisse pas à leur couleur naturelle, c'est à ce moment qu'elles sont teintes.

I^es métiers employés pour le tissage sont d'une construction rudimentaire et ne permettent de confectionner que des pièces de petites dimensions. On en trouve beaucoup surtout chez les Betsimisaraka, dont la fabrication des rabanes est l'unique industrie. Dans la région du Mangoro, il est rare d'entrer dans une case sans y voir un ou plusieurs métiers en fonctionnement:

Les rabanes sont solides, résistantes et se

laissent difficilement traverser par l'eau ; quelquefois très fines, elles n'ont jamais que peu de souplesse.

Dans le pays, on les utilise, surtout sur la côte, pour faire des vêtements. Les Ho va préfèrent les tissus de coton et font seulement avec ceux en rofia des habits de fatigue et de ^voyage.

Les rabanes grossières exportées servent à faire des emballages et spécialement des sacs pour le sucre, le café et d'autres marchandises ; les fabriques et les plantations de la Réunion en consomment une grande quantité.

Toutes ces rabanes sont jaunes, unies ou avec des raies, étroites et espacées, de couleur bleuâtre. On en fabrique aussi d'autres plus fines et ornées de bandes longitudinales rouges, bleues, jaunes et noires,^ disposées d'une façon tellement variée qu'il est difficile de trouver deux pièces semblables; les couleurs ne sont pas franches, parce que la trame, uniformément rougeâtre, vient, en transparaissant, modifier les teintes diverses des fils de la chaîne. Terminées aux deux extrémités par des franges, les pièces ont 0".60 de largeur et 3°". 80 de longueur. On les exporte en Europe, spécialement en France, où elles servent à faire

des rideaux et des tentures. Souvent cette

étoffe est associée à randrinoplo rouge pour couvrir dos sièf^ros on ositr dewtinâs à rameublement des maisons de cumpa^i^ne, La pièce, qui vaut environ l'r, 80 à Tanaaarivej se vend au détail à Paris de 1 l'r. 50 à 2 fr.

Les Hova tissent aussi des rabanes dont la chaîne est en soie malgache et la trame en rofla. Elles valent environ 5 h\ la pièce et ne .s'exportent pas*

En 1890, on a exporté par les trois principaux ports de la côte Est*pour ^220 000 fr, environ de rofiaet 100 OOO fr. de rabanes et de sacs.

Coton

Autrefois les Malgache.s cultivaient beaucoup le cotonnier et se servaient de ses Glaments,

qu'ils nomment tandi'hRZo{l), pour fabriquer des étolTcs. Depuis que des cotonnades étrangères h bas prix sont importées à Madagascar, ces planttitions indigènes ont été abandonnées. On n'en trouve plus quelques-unes, très peu importantes, quo dans l'imerina. Dans d'autres parties de Tile, spécialement dans TOuest, le cotonnier pousse à l'état sauvage. Si la culture était reprise, on est donc assuré qu'elle réu*'^-

(1) Landy, soie } hozo^ bois.

sîrait, à la condition de bien choisir les terrains. Une seule tentative a été faite jusqu'à présent par une compagnie anglaise, mais la plantation qu'elle avait établie aux environs de Mahanoro n'a pas prospéré, les parties du versant oriental voisines de la mer ne convenant pas au cotonnier.

Avec le coton indigène et quelquefoisdu coton extrait de vieilles étoffes d'importation effilochées, les tisseurs hova font des lamba (1) rayés de diverses couleurs employés comme vêtements dans certaines cérémonies et comme linceuls pour ensevelir les morts. Particulièrement quand ils ont des raies blanches à côté de raies foncées, ils sont composés de plusieurs morceaux cousus ensemble et différant par la couleur de la trame; le tissu est grossier, la teinture n'est pas solide et, relativement à la qualité, le prix est élevé : un lamba ordinaire de 1 m. 30 sur 2 m. se vend à Tnnanarive de 4 à 5 fr.

Toutes les autres cotonnades légères servant à 1 habillement des indigènes, aussi bien dans rimerina que dans les autres parties de l'ile, proviennent d'importations étrangères. En rai-

(1) Le lamba est un morcGdiU d'éloflc rectangulaire dans lequel les Malgacjies et surtout les Hova se drapent le corps.

son de rénorme consommation qui s'en fait, il y aurait intérêt à reprendre sur une grande échelle la culture du coton et à créer des usines pour fabriquer sur place les étoffes répondant aux besoins et aux goûts des indigènes.

C'es^ ce que les Anglais ont fait aux Indes, surtout depuis les modifications apportées au système ^iouanier par lord Lytton. en 1879. La production^ocale a pris, en dix ans, un énorme développement et n'a pas nui, comme on le craignait, aux importations. Si, à Madagascar, celles-ci diminuaient, le commerce français ne serait nullement atteint, puisque toutes les cotonnades qu'on y vend actuellement sont, d'origine anglaise ou américaine.

Chanvre ^

Dans le centre, notamment près des villages situés au milieu des montagnes de TAnkaratra, on trouve aussi des cultures indigènes de chanvre.

Les Malgaches n'emploient pas Je rouissage pour préparer les fibres. Ils font bouillir le chanvre dans Teau pour dissoudre la matière gommo-résineuse et séparent ensuite aisément la chénevotte de la filasse. On vend le chanvre

ainsi préparé etnettoyé dans tous les marchés, de rimerina.

Le chanvre filé sert à fabriquer des étofTes assez épaisses qu'on appelle rongony. Elles se vendent à bas prix et ne sont employées que dails les campagnes ou par les classes pauvres de la population.

A cause du peu de longueur des fibres , la filasse de chanvre malgache est de qualité médiocre et serait difficile à utiliser en Europe. On ne l'exporte donc pas.

Textiles divers

On trouve à Madagascar un grand nombre d'autres textiles végétaux sans usages actuels mais qui pourraient servir soit à la fabrication d'étoffes et de cordages, soit de matières premières pour la préparation du papier.

La ramie vient bien et les essais de culture entés en différents points ont réussi. On pourra la cultiver en grand quand le problème

de la décortication sera pratiquement résolu.

Les feuilles du vacoa, plante très répandue dans la région des lagunes de la côte Est, fournissent une fibre souple et résistante.

Diverses espèces d'aloës poussent à Mada-

gascar à l'état sauvage, aussi bien au niveau de la mer que sur les sommets les plus élevés.

Avec la partie fibreuse qu'on en retirerait, on pourrait fabriquer des cables.

Un arbre nommé fano, appartenant à la famille des Mimosées, fournit aussi une matière première utilisée dans le pays pour la confection des cordes.

Les pétioles du bananier, coupés avant la floraison de la plante, donnent des filaments d'une grande finesse qui peuvent entrer dans la pâte à papier.

Enfin, le chanvre de Manille, introduit récemment, réussit bien, dit-on.

Pailles et joncs

Les Malgaches, tisseurs médiocres, font au contraire avec beaucoup d'habileté les tresses, les nattes et tous les autres ouvrages de vannerie. Je vais donc dire quelques mots des matières premières de cette industrie.

Ces matières sont extrêmement variées et difl^èrent suivant les points. Parmi celles dont l'usage est le plus répandu, je citerai seulement la paille de riz , les joncs , qui poussent en

abondance dans les nombreux marais du pays, les fibres du vacoa, du rofia, du zozoro (1).

Les principaux ouvrages fabriqués sont des corbeilles pour les usages domestiques, des boites de diverses formes, des sacs, des nattes pour couvrir les planchers et les murs des ha bitations, des bonnets et des chapeaux. — Avec des végétaux analogues à Tosier, les Malgaches font aussi des nasses et différents engins pour la pèche.

Presque tous ces objets sont utilisés dans le pays. Quelques-uns cependant sont exportés ou peuvent Têtre.

Il y a quelques années, on fabriquait sur la côte, au prix de fr. 05 la pièce environ, beaucoup de sacs en paille qu'on vendait à Maurice pour y mettre le sucre à expédier en Afrique et en Australie. Ces expéditions ayant cessé, les sacs n'ont plus d'acheteurs.

Les nattes pourraient se vendre en Europe où elles ne coûteraient pas beaucoup plus que le prix du transport, puisqu'à Madagascar, elles valent seulement quelques sous. Celles que tressent les Hova sont ordinairement unies, mais les Betsimisaraka décorent parfois les leurs de

(1) Cyperus œqualis -^ On s'en sert aussi pour emplir les matelas.

jolis dessins obtenus par le croisement de joncs teints en noir.

Dans les menus objets en paille fabriqués par les Hova règne un mélange généralement peu harmonieux de plusieurs couleurs. Ceux qu'on fait à Sainte- Marie de Madagascar présentent un meilleur aspect et une exécution plus soignée ;. quelques-uns de ces derniers — boites, étuis, porte-cigares, etc — sont exportés.

Les chapeaux de paille se fabriquent surtout dans rimerina et quelques-uns peuvent rivaliser de finesse avec ceux de Panama; les chapeaux communs se vendent à Tananarive f . 50 et ceux de belle qualité 5 à 6 fr. En modifiant un peu la forme et la façon — puisque le chapeau malgache est généralement plus large en haut qu'en bas et que le fond, tressé à part, y est cousu — on pourait en faire un article d'exportation.

Plantes diverses Tabac

Le tabac pousse aussi bien dans les régions basses de la côte de Madagascar que sur les montagnes de Tintérieur. Dans beaucoup de villages, se voient de petites plantations assez

belles , , malgré le peu de spins que leur donnent les indigènes. Le terrain n'est pas sarclé, toutes les feuilles sont laissées et les plants ne sont jamais écimés. Après la récolte, le tabac est séché et mis en manoques qui se vendent dans tous les marchés de Flmerina.

Le produit laisse souvent à désirer au point de vue du parfum ; il suffirait certainement de perfectionner un peu la culture et la préparation pour en obtenir un meilleur. Ceci est tellement vrai que, toutes choses égales d'ailleurs, sauf les soins donnés à la plante, le tabac récolté chez les planteurs européens est de qualité supérieure.

Habituellement le tabac malgache n'est pas préparé pour être fumé. Aussi importe-t-on pour cet usage du tabac de France et de la Réunion.

Les indigènes pilent dans un petit mortier les feuilles de tabac complètement sèches et les mélangent avec des cendres de bois; ils obtiennent ainsi une poudre, nommée paraky voalaro (1), qu'ils se mettent dans la bouche entre les dents et la lèvre inférieure. Cette habitude est commune aux hommes et aux femmes.

(1) Paraky, tabac ; voalaro, à quoi on a mêlé un ingrédient.

Chez les Hova pourtant, le tabac se fume sous forme de cigares ; ces cigares sont petits et de médiocre qualité, mais le prix en est peu élevé : à Tananarive, une cinquantaine de cigares ne vaut pas plus . d'un voamena ou fr. 20; voici quelques années, le prix en était encore plus bas.

Indigo

Parmi les couleurs employées à la teinture par les indigènes, la plus importante est celle qui fournit Tindigo; ils le tirent d'un arbuste appartenant à la famille des Légumineuses papilionacées, nommé aika (1) en malgache, et dont Madagascar possède plusieurs variétés. La plante est utilisée directement pour la teinture en bleu, qui se fait au moyen d'une lessive des feuilles.

Les indigotiers ne sont nulle part cultivés en grand pour servir à T extraction de la matière tinctoriale par un procédé industriel. Les plantations qu'on ferait dans ce but réussiraient certainement.

(1) C'est le nom générique des indigotiers et particulièrement de Vindigoferatlnctoria. Les variétés ont des noms composés : ainsi Vindigofera argentea est appelé aikaberavina (aika^ indigotier ; be, grandes ; ravina^ feuilles).

Orseille

L'orseille est un lichen tinctorial dont Madagascar exporte une grande quantité : elle est très estimée dans le commerce et préférée à celle qui vient des Canaries et du Cap -Vert.

L'orseille ne pousse et n'est recueillie qu'exceptionnellement sur la côte Est et seulement au Sud. Les échantillons que j'ai vus chez les commerçants provenaient du Sud-Ouest de Tîle et avaient été apportés par des caboteurs. C'est dans le pays des Mahafaly que se font, par voie d'échange, les affaires en orseille, et c'est sur leur territoire que ce lichen est à la fois le plus abondant et de meilleure qualité.

Géranium

La culture en grand des géraniums destinés à la fabrication de l'essence a été essayée depuis quelques années sur la côte Est et a donné de bons résultats.

L'essence de géranium sert à peu près aux mêmes usages que l'essence de rose dans la parfumerie, mais elle a beaucoup moins de valeur. On l'obtient par la distillation des feuilles et des fleurs : 1000 kilogrstmmes de feuilles

fournissent seulement 1200 à 1500 grammes d'essence; cette quantité de feuilles est donnée par environ 800 pieds qui occupent à peu près 200 mètres carrés.

La culture du géranium est facile et a Tavantage de rapporter immédiatement. La fabrication sur place de Tessence est simple et n'exige pas d'appareils coûteux; l'écoulement du produit est assuré. Il est donc probable que cette petite industrie agricole se développera. Elle est intéressante, parce qu'elle n'exige pas un grand capital et parce qu'elle peut, dans la période de début, aider les planteurs.

Ceux-ci pourraient sans doute, comme l'ont fait ceux d'autres pays, joindre à la culture du géranium celle de l'héliotrope et de la verveine pour en extraire aussi l'essence.

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