‹ Le commerce et la colonisation à MadagascarChapitre 30 sur 44 · PRODUITS ANIMAUX · texte numérisé non relu

PRODUITS ANIMAUX

Bœufs

Les bœufs de Madagascar appartiennent, en majorité, à la race des zébus ou bœufs à bosse. On en distingue plusieurs variétés d'après la forme des cornes. En général, ils sont de petite taille et leur poids dépasse rarement 300 kilo-

grammes. On trouve aussi d'autres espèces introduites par les Européens.

Les bœufs sont nombreux dans toutes les parties de l'île, notamment dans celles où le sol inculte et déboisé est couvert de pâturages. Les plus grands troupeaux se rencontrent dans le Nord, dans le centre et dans l'Ouest; ils se composent souvent d'un nombre considérable de têtes de bétail. Toutefois, d'après ce que j'ai constaté à Madagascar, ce serait une exagération de dire avec certains auteurs « qu'il n'est pas rare d'y voir, comme à la Plata, des troupeaux de 15, 20 et 30000 bœufs (1). »

Jusqu'à présent, l'élevage du bétail est fait exclusivement par les indigènes. Les colons qui l'entreprendront en grand dans l'avenir pourront réaliser de sérieux bénéfices. Actuellement, le principal obstacle qu'ils rencontreraient résulterait peut-être de l'état d'insécurité d'une grande partie du pays ; ils seraient exposés à des vols que les autorités hova seraient dans l'impossibilité absolue de prévenir ou de réprimer.

Les bœufs servent à la consommation intérieure ou sont exportés à Maurice et à la Réunion. Les ports de Tamatave, de Foulpointe,

(1) Louis Pauliat. — Madagascar ^ pdige X.

de Vohîmarina, par où se fait cette exportation, possèdent de grands parcs dans lesquels les bœufs venus des régions environnantes ou de Tintérieur sont réunis avant d'être embarqués. Les achats s'opèrent par Tentremise de courtiers du pays, le plus souvent hova. Plusieurs d'entre eux appartiennent à l'administration et profitent quelquefois de leur pouvoir pour faire les acquisitions dans des conditions particulièrement avantageuses.

Le prix des bœufs varie beaucoup suivant les régions; il dépasse rarement 45 fr. dans les ports d'embarquement. A l'intérieur, dans l'Imerina par exemple, il est plus bas. Au commencement de 1893, un bœuf maigre se vendait de 35 à 40 fr. sur le marché de Tananarive et un bœuf engraissé de 85 à 90 fr.

La préparation des viandes conservées ne s'était faite jusqu'à ces dernières années que sur une petite échelle, mais, comme je l'ai dit, on a installé récemment une grande usine de conserves à Diego-Suarez. Ce point n'est pas le meilleur au point de vue des approvisionnements de bétail, puisque les communications avec l'intérieur sont longues et difficiles, mais les organisateurs ont été guidés par d'autres raisons qui leur ont fait abandonner l'emplacement de Mahanoro primitivement choisi : ils

tenaient surtout à s'établir sur un territoire français.

Les bœufs de Madagascar ne sont employés à aucun travail et ne sont habitués ni à porter ni à traîner; d'une façon ou de l'autre, ils pourraient rendre de grands services dans un pays où les transports sont si pénibles. C est seulement dans une partie de l'imerina qu'ils sont utilisés comme montures ; aux animaux choisis très jeunes pour cet usage, on coupe la queue, on taille les oreilles, on enlève les cornes et la bosse du garrot ; ces diverses opérations ont pour but, sinon pour résultat, de leur donner l'apparence de chevaux; ils sont ensuite entraînés à aller au trot. Le bœuf ainsi transformé est appelé omby-soavdly (1).

Les vaches sont mauvaises laitières; d'ailleurs le lait n'entre pas dans l'alimentation indigène. On ne fabrique un peu de beurre et de fromage qu'à Tananarive et pour l'usage exclusif des Européens.

Les peaux de bœufs constituent un des plus importants articles d'exportation de Madagascar. Autrefois la peau restait adhérente aux quartiers de viande, mais maintenant, du moins dans la plupart des provinces, elle est

(1) Omby^ bœuf ; soavaly, cheval.

soigneusement enlevée ; d'abord légèrement salée, puis recouverte de terre du côté intérieur et séchée, enfin pliée, elle est expédiée dans les ports d'embarquement.

Les peaux de bœufs sont surtout exportées aux Etats-Unis. En Europe, elles n'atteignent pas de hauts prix, à cause de leur préparation défectueuse et de la bosse qui rend difficilement utilisable une partie de leur surface.

Au commencement de 1893, les peaux valaient à Tananarive 6 piastres ou 30 fr. les 100 kilogrammes, ce qui, en raison du poids moyen, mettait la pièce à 3 fr. 75 environ. A Tamatave, le prix était presque double à cause du transport.

L'exportation se fait principalement par Tamatave et Mojanga; 90 000 à 100 000 pièces sortent annuellement par chacun de ces deux ports.

Dans flmerina, on fabrique, pour la consommation locale, une petite quantité de cuir avec les peaux de bœufs. Il est de mauvaise qualité. Les matières tannantes fournies par lés écorces du pays, surtout par celles du pêcher et du grenadier, sont mal utilisées; leurs propriétés exactes sont d'ailleurs jusqu'à présent peu connues.

Les cornes de bœufs sont aussi exportées. A

Tamatave, elles se vendent environ 15 fr. les 100 pièces. C'est par ce port et par celui de Mananjary que se font les plus grandes expéditions. Elles comprennent, au total, 40 000 pièces par an.

Sur les marchés français, les cornes de Madagascar sont moins estimées que celles d'autres provenances, de Bombay par exemple ; leur couleur n'est pas uniforme et elles s'écaillent trop facilement.

Les Hova travaillent bien la corne. Ils la découpent en lames plus ou moins épaisses qu'ils amollissent ensuite par la chaleur et soumettent à un estampage dans des moules en bois. Les objets fabriqués sont enfin polis. Ce sont principalement des cuillers et d'autres ustensiles de ménage qui, dans la capitale, se vendent à bas prix.

Des pieds de bœufs cuits dans l'eau bouillante, les Hova extraient de Vhuile. Le liquide qui surnage est séparé par décantation. Cette huile sert à l'éclairage.

Moutons.

Les moutons de Madagascar appartiennent à la race stéatopyge, dont on trouve des représentants dans diverses parties de l'Afrique et

de TAsie, race caractérisée par la grosseur de la queue à la base de laquelle s'accumule une énorme quantité de graisse. Ces moutons ont les aines presque rases ; ils ne donnent pas de laine. Leur chair est sèche, coriace et dégage une forte odeur,

Dans rimerina, les moutons sont assez nombreux ; ils se vendent 2 fr. en moyenne. On les élève aussi dans toutes les autres parties de l'île, mais je n'ai jamais rencontré de grands troupeaux.

Il serait nécessaire d'améliorer fortement la race indigène par des croisements ou de la remplacer totalement par une autre race. Divers essais d'acclimation de moutons européens semblent avoir été assez heureux pour qu'on les poursuive.

Depuis quelques années, on exporte les peaux de moutons ; ce commerce a pris rapidement un certain développement. Les peaux valent dans le pays environ fr.. 80 ; elles sont expédiées en Angleterre, principalement par Tamatave.

Chèvres*

Les chèvres sont élevées dans l'Imerina, le Betsileo et les provinces de l'Ouest, mais en petite quantité quoiqu'elles réussissent bien.

La chair est consommée par les indigènes et la peau est exportée en Angleterre où elle sert à la cordonnerie.

Porcs.

Les porcs sont nombreux à Madagascar, surtout dans les provinces du centre et dans celles qui sont soumises aux Hova. Pendant longtemps la chair en a été considérée comme impure par les indigènes, mais maintenant elle entre pour une part notable dans leur alimentation ; elle est de bonne qualité.

Par Tamatave et les autres ports de la côte orientale, quelques porcs vivants sont exportés à Maurice et à la Réunion. On fait aussi sur la côte quelques conserves de porc salé, mais elles ne constituent pas jusqu'à présent un notable article de commerce.

Graisses.

On n'exporte qu'une petite quantité de graisse d'origine animale. La plus grande partie de celle qu'on recueille sert, principalement chez les Hova, à faire des chandelles et du savon.

Les chandelles sont surtout en usage dans rimerina ; elles ont presque entièrement rem-

place Tan ci en mode d'éclairage à riiuile au moyen de ^^andes lampes en pierre.

Le savon est fabriqué avec de la potasse extraite des cendrea de certains joncs ; il renferme auQ«i de la chaux. Le produit obtenues! caustique et trop mou. Cette petite industrie, d'importation européeime récente, est maintenant très répandue.

Volailles,

Parmi les animaux servant à ralimentation, je citerai encore les volailles. Toutes les espèces d'Europe -sont acclimatées et se trouvent dans les villages tes plus reculés.

Lefi volailles constituent laprineipale et presque V unique nourriture en viande des Européens établis en dehors des centres. Au point de vue du coniineroo extérieur, elles n'ont que peu d'importance, néanmoins on en exporte une certaine quantité aux iles Mascareignes.

Poisson.

Les eaux courantes et stagnantes do Madagascar contiennent beaucoup de poissons. A r intérieur, la pèche se fait surtout dans les lacs et les rizières. Sur la côte orientale, elle

est organisée collectivement par les habitants des villages qui installent, à demeure, dans les lagunes voisines, des barrages et des nasses.

Pour être conservé, le poisson est souvent fumé sur le saZaza, châssis en bois placé au dessus du foyer de chaque case.

Dans les cours d'eau des régions montagneuses et particulièrement de TAnkaratra se trouvent beaucoup d'écrevisses ; elles appartiennent à une espèce spéciale a Madagascar CAstacoides MadagascariensisJ et sont caractérisées par une tête volumineuse, de forme arrondie, et par une carapace garnie de piquants et d'aspérités.

La pêche maritime est très peu développée au moins sur la côte Est.

Au siècle dernier, les baleines étaient, paraitil, assez nombreuses dans TOcéan Indien pour que la capture de ces animaux fut Toccupation habituelle des Malgaches sur certains points du littoral. Voici à ce sujet ce que dit Lescallier d'une localité des environs de Foulpointe, dans un rapport dont j'aurai l'occasion de reparler plus loin :

« C'est un petit village habité par des pêcheurs qui s'occupent continuellement de la pêche des baleines dans de grandes pirogues. Je mesurai une de ces baleines qu'on avait amenée

sur la plage ; elle n'avait que 19 pieds de longueur. Cette pèche qui pourrait être un grand objet de commerce et spéculation pour les huiles qu'on en pourrait extraire, n'offre aux naturels qu'un moyen de subsistance ; ils se bornent à dépecer la chair de ce poisson pour la saler et la manger. Quelques bâtiments français viennent cependant faire cette poche pour faire de l'huile pendant la saison favorable et cet article est toujours d'un excellent débit à rile de France (1). »

Par suite, probablement, du développement de la navigation, les baleines ont abandonné les mers qui baignent Madagascar. Je n'ai pas connaissance que, même exceptionnellement, elles s y montrent encore à Tépoque actuelle.

Chevaux, ânes

Les chevaux sont rares à Madagascar. A l'intérieur, on n'en rencontre guère qu'à Tananarive où ils ont été amenés avec beaucoup de peine. Dans l'état présent des chemins, ils ne sont d'aucun usage et ne peuvent servir ni au transport des hommes, ni à celui des marchandises, au moins dans un rayon quelque peu

(1) Institut national ; sciences morales et politiques. Tome IV, 1803. — Vol. 10.

étendu. Les Hova qui n'appartiennent pas à Tarmée les montent seulement pour la promenade et certains ofïî6iers pour passer des revues.

On voit aussi quelques ânes dans Tlmerina, mais les Hova les utilisent peu. — J'ai indiqué, en parlant des transports, les avantages qu'on trouverait à multiplier ces animaux et à introduire les mulets.

Soie

Madagascar nourrit plusieurs variétés de vers à soie.

Le bombyx, originaire de Pile, est commun et vit sur l'arbuste nommé ambrevade. Il donne une soie résistante, mais rugueuse, manquant de finesse et de brillant.

Des espèces étrangères qu'on élève sur des mûriers, nombreux dans le pays, ont aussi été introduites et sont acclimatées ; elles fourniraient des produits complètement satisfaisants si les indigènes en prenaient plus de soin. Actuellement, les cocons sont petits et d'une qualité inférieure à ceux de la Chine. .

Après qu'on en a retiré la chrysalide, les cocons sont plongés dans Teau bouillante, puis desséchés. Le dévidage se fart à la main. La

soie est ensuite filée et teinte. Sqit seule, soit mêlée au coton, elle sert à fabriquer des étoffes et surtout des lamba.

Ces lamba de soie sont de bonne qualité au point de vue du tissage et du brochage. Les Hova en fabriquent qui, dans le pays même, coûtent plusieurs centaines de francs. En général, ceux d'un ton uniforme sont les plus beaux; quand plusieurs couleurs se trouvent juxtaposées, l'ensemble manque' d'harmonie.

Les teintes n'ont souvent qu'une faible solidité. Ces tissus ne sont pas exportés et ne peuvent pas l'être à cause de leur prix élevé.

Une filature de soie a été récemment établie à Tananarive par M. Iribe, ingénieur français. Elle sMnstallait au momeçt de mon voyage ; depuis, malgré Pinexpérience d'un personnel indigène qu'il a fallu former, des résultats sérieux ont déjà été obtenus.

Cire

Tirée par les indigènes des nombreuses ruches d'abeilles do la zone forestière, la cire est façonnée par eux en pains et vendue aux traitants.

Elle devient rare à Madagascar, parce qu'en la récoltant les Malgaches ont l'habitude de

détruire presque entièrement les ruches. Si les abeilles étaient mieux traitées, le produit pourrait être obtenu en plus grande abondance.

A Tamatave, la cire indigène valait environ 2 fr. 20 le kilogramme, en Avril 1892; en Europe elle a la même valeur que celle du Sénégal. Toutefois on reproche à la cire de Madagascar ses nombreuses impuretés ; c'est un défaut aisé à faire disparaître.

Le miel, noirâtre et de qualité médiocre, est consommé dans le pays. Les Hova s'en servent quelquefois pour fabriquer, par fermentation et distillation, une liqueur alcoolique nommée toaha-tantely (1).

1) Toaka, rhum; tantely miel.

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