‹ Le commerce et la colonisation à MadagascarChapitre 32 sur 44 · ALIMENTATION · texte numérisé non relu

ALIMENTATION

Sel.

Le sel consommé à Madagascar est employé à la préparation des aliments et à la conservation des peaux destinées à Texportation. Il provient généralement dos salines de Marseille et d*Hyères. On importe aussi du sel d' Angleterre et d'Allemagne ; ce dernier, dont des quantités relativement considérables ont été introduites dans ces dernières années, notamment par Mahanoro, n'est pas, m'a-t-on dit, estime des indigènes.

En 1892, le sel valait environ 9 fr. les lOf) kilogrammes à Tamatave et 40 fr. à Tananarive. La différence, qui est énorme rehitivement au prix dans le port de débarquement, représente le transport, remballage, le déchet par suite des avaries que cause l'humidité, et le bénéfice du commerçant.

Bientôt les salines exploitées par des sociétés françaises dans les environs de Di ego-Su arez pourront alimenter les marchés mal^nehes.

Mais on voit par les chiffres précédents ([ue le

prix auquel elles livreront le produit ne pourra avoir qu'une faible influence sur le prix de vente dans Tlmerina, qui est le principal centre de consommation, puisque le transport direct par terre de la pointe Nord de l'île à la capitale est actuellement impraticable et serait plus coûteux que par la route détournée Diego- Suarez-Tamatave-Tananarive. Le sel devra donc arriver par mer dans un des ports de la côte Est et être soumis aux mêmes manutentions que celui qui est importé d'Europe, avant d'être rendu sur les marchés de Tlmerina.

On importe annuellement pour environ 30 000 fr. de sel à Tamatave et pour 80 000 fr. à Mananjary. Il se fait aussi des arrivages importants parles autres ports.

Au lieu de sel (chlorure de sodium) les Malgaches, notamment ceux des tribus peu civihsées, emploient pour les usages culinaires un produit qu'ils préparent en faisant cristalliser les lessives de cendres de certains bois et de joncs. Ce sel, nommé sira-hazo (1) contient beaucoup de potasse.

Autrefois les Hova se procuraient aussi un succédané du sel en faisant évaporer Teau de sources thermales d'Antsirabe qui est bicarbo-

(1) Si?'a, sel; /lazo, bois.

natée sodique. Cette industrie est abandonnée depuis que le sel est importé dans Tlmerina en quantité/ suffisante.

Sur la côte Ouest, on recueille au bord de la mer du sel, qui, transporté dans Tintérieur, est employé à la préparation des peaux ; il ne peut, à cause des nombreuses impuretés qu'il contient, servir à d'autres usages.

Conserves.

Les conserves alimentaires (viande, poisson, pâtés, fromages, huile, confiserie, eaux minérales) sont surtout consommées par les Européens. Elles viennent de France, d'Angleterre, d'Amérique et d'Allemagne. Cette diversité de provenance résulte de ce que les étrangers établis à Madagascar recherchent les produits de leur pays d'origine.

C'est principalement d'Allemagne et d'Amérique que les farines sont importées. Il est probable que les quantités introduites iront en diminuant, malgré l'augmentation de la population étrangère, puisque, d'année en année, la culture du blé prend de l'extension. Les deux centres principaux de consommation sont Tamatave et Tananarive ; ce sont, parmi les villes que j'ai visitées, les seules où soient établis des

boulangers de profession ; dans les autres, les colons ne mangent pas de pain d'une façon habituelle. Ils le remplacent par du riz.

Vins.

Le vin est aussi consommé en majeure partie par les Européens ; cependant les Hova des classes aisées commei\cent à en boire. Le vin de Champagne, vrai ou faiix, est celui qu'ils préfèrent. Les vins aromatisés, comme par exemple le vermouth, trouvent aussi des consommateurs parmi les indigènes.

On importe surtout à Madagascar des vins du Bordelais et du midi de la France.

Les vins fins sont expédiés du pays d'origine et transportés dans l'intérieur, principalemen à Tananarive, en bouteilles.

Les vins ordinaires arrivent à Tamatave en barriques qui se vendent de 120 fr. à 170 fr. Ils sont mis dans des dames-jeannes do 18 litres pour être transportés à Tananarive; chaque homme n'en peut porter que deux. Dans ces conditions, en tenant compte de la valeur des dames-jeannes ou do leur retour à vide, le transport du litre ressort à environ fr. 55.

Dans la capitale, la dame-jeanne de vin de Pro-

vence se vend 25 fr. (1 fr. 38 le litre), celle de vin de Bordeaux 30 fr.

L'importation du vin se fait surtout par Tamatave et dépasse 100 000 fr. par an.

Bière

La bière est d'origine anglaise, allemande ou française; cette dernière est fournie par les brasseries de Marseille. A Diego-Suarez, on importe aussi de la bière de Bar-le-Duc.

La plus grande consommation se fait dans ^ les villes de la côte ; a Tananarive, en effet, la bière revient, avec le transport, à un prix trop élevé (27 fr. 50 les 12 bouteilles, en 1892).

Les missionnaires catholiques établis dans la capitale fabriquent de la bière pour leur consommation, avec du maïs du pays et du houblon importé. Le prix de cette boisson est faible et sa qualité est assurément meilleure que celle de la plupart des vijis vendus à Tananarive.

Rhum

Relativement à la consommation, la production de rhum indigène est insignifiante.

Le rhum importé à Madagascar vient de Maurice et est par conséquent d'origine anglaise ;

les usines de la Réunion fabriquent un produit qui a une qualité supérieure, mais un prix trop fort pour que la lutte soit possible. Dans ces dernières années, quelques expéditions d'alcool de grain, aromatisé artificiellement pour imiter le goût de rhum, ont été faites de Hambourg; les indigènes ont parfaitement su apprécier la différence ; ce produit de qualité inférieure s'est difficilement écoulé.

Le rhum de Maurice, pesant 23**, arrive dans des fûts d'environ 220 litres qui se vendent en gros de 70 à 80 fr. à Tamatave. Il se débite couramment au détail à raison de fr. 50 le litre, laissant au commerçant un bénéfice d'à peu près 40 **/o. Le bénéfice est encore plus considérable dans l'intérieur, à Tananarive, par exemple, puisque le rhum y vaut

I fr. 40 et que le prix du transport, qui se fait dans les mêmes conditions et par les mêmes moyens que celui du vin, n'est qiie de fr. 55.

II est vrai que certaines restrictions sont apportées par la loi hova à la vente de ce produit, ainsi du reste qu'à la fabrication du rhum indigène, mais elles sont peu appliquées dans la pratique.

L'importation par la côte Est doit atteindre annuellement une valeur d'environ 800000 fr.

Plus de la moitié se fait par Tamatave. La ma-

jeure partie est consommée dans la région côtière.

Les autres liqueurs alcooliques ont surtout les Européens pour consommateurs. L'absinthe est la seule qu'achètent le^ indigènes. A Tananariveles 12 bouteilles (marque Pernod) se vendaient 52 fr. 50 en 1892. Pour la même quantité, Tamer Picon valait 42 fr. 50 etTalcool désigné sous le nom de Cognac de 15 francs à 21 fr. 25.

Les liqueurs importées, même celles qui portent la marque des maisons connues pour bien fabriquer ordinairement, sont souvent de qualité médiocre et se vendent néanmoins à un prix élevé. L'habitude prise par certains industriels français de préparer des produits inférieurs spécialement destinés à l'exportation n'est peut-être pas le meilleur moyen à employer pour augmenter leur clientèle et pour lutter contre la concurrence étrangère.

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