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USTENSILES ET OUTILS

Porcelaines et faïences

Les ustensiles de ménage en porcelaine ou en faïence blanche ou décorée — assiettes,

plats, pots — sont maintenant assez répandus dans rimerina. Ceux qu'on trouve à Tananarive, dans les magasins européens ou au Zoma, sont de diverses provenances : les plus communs, seuls de vente courante, proviennent d'Allemagne; ceux d'une qualité supérieure, dont le débit est restreint, sont fournis par la France et par l'Angleterre. Le prix de ces objets est élevé, comparativement à leur valeur; il ne peut pas en être autrement, puisque, étant lourds et fragiles, ils nécessitent de grands frais pour leur transport. Il y aurait donc intérêt à en établir la fabrication dans le pays même.

Les Hova font, il est vrai, des poteries destinées aux usages domestiques; ces poteries, de couleur rougeâtre, ont quelquefois une forme élégante, mais elles sont mal cuites et couvertes d'un vernis de mauvaise qualité; elles sont donc fragiles, poreuses et, partant, peu propres à contenir les liquides. — Chez les Betsimisaraka, cette fabrication est beaucoup moins répandue et encore plus défectueuse; dans la partie de Tîle qu'ils habitent, on se sert de plats en bois. Les assiettes de faïence y sont de véritables objets de luxe : les cases ne possédant ni tables ni armoires, on les enferme, pour les préserver des chocs, dans un

étui en jonc à réseau hexagonal suspendu aux parois de l'habitation.

Verrerie.

Les verres et les carafes de fabrication commune, ne trouvent quelques acheteurs que dans rimerina.

Les bouteilles se vendent à bas prix à Tananarive ; elles valent environ fr. 20 au Zoma^. Celles qui proviennent des arrivages de vins fins, de bière et de liqueurs sont en quantité suffisante pour alimenter le marché. — Au contraire, dans l'Est, aussitôt qu'on a quitté la côte, les bouteilles sont rares et très recherchées par les indigènes; dans les échanges contre les marchandises du pays, elles atteignent une valeur qui peut s'éJever jusqu'à environ 1 fr.

Les dames-j cannes qui, dans l'intérieur, servent au transport des liquides, sont d'origine allemande. Comme il est rare qu'on les rapporte à vide sur la côte, on vend dans les ports beaucoup de ces récipients.

Ustensiles de ménage.

Quelques Hova en rapport constant avec les Européens se servent seuls de fourchettes ; les autres et tous les Malgaches en général mangent avec les doigts. Il est donc inutile actuellement d'envoyer des fourchettes métalliques à Madagascar.

Les cuillers sont un peu plus recherchées, mais les indigènes préfèrent celles faites dans le pays, plus grandes en général que celles dont nous faisons usage. Dans les provinces, elles sont en bois; dans Tlmerina, elles sont le plus souvent en corne, matière que les Hova travaillent habilement. Ces cuillers, faites avec soin, ont une jolie forme ; elles ne se terminent pas en pointe comme les nôtres, mais sont arrondies par le bout.

Les couteaux européens, de grande et de petite dimension, trouvent plus d'acheteurs dans les provinces que dans le centre et dans la capitale. Les Hova se contentent des couteaux fabriqués dans le pays ; ces instruments coupent mal et ont une trempe défectueuse, mais ils sont suffisants pour les usages courants et peuvent être remplacés à peu de frais.

Les ustensiles de ménage en fer-blanc im-

portés à Madagascar n'y auraient aucun débit, car les ouvriers indigènes, surtout ceux de TImerina, les font convenablement. Les pots, les cuvettes, les chandeliers, les cafetières, les caisses de voyage qu'ils confectionnent sont solides et ont même quelquefois un aspect élégant. La ferblanterie est un des rares métiers que les Hova exercent avec habileté.

La matière première est fournie principalement par les boites dans lesquelles arrive le pétrole importé d'Amérique, néanmoins, on introduit aussi du fer-blanc en feuilles; en 1890, il en est entré pour près de 12 000 fr. par Tamatave.

Les lampes à pétrole en cuivre se vendent maintenant assez couramment à Tananarive.

Leur éclairage étant très supérieur à celui que produisent les chandelles malgaches, leur usage se répand de plus en plus. Il faut surtout envoyer de petits modèles brûlant peu d'huile et pouvant se rendre bon marché. Les lampes métalliques sont préférées à celles en verre dont le réservoir se casse trop facilement.

Parmi les autres ustensiles de ménage, les marmites en fonte sont les seules qui soient l'objet d'un commerce important. Ces marmites servent à faire cuire le riz et les autres aliments. Dans rimerina, on applique souvent à

cet office des vases en poterie de fabrication indigène, mais ils sont si peu solides qu'ils doivent être remplacés fréquemment. Dans les provinces, particulièrement dans l'Est où les poteries sont rares, on n'use que de marmites en fonte. Fussent-ils sans aucun rapport direct avec les Européens, les habitants des villages les plus reculés en possèdent. Souvent le même ménage en emploie plusieurs de différentes dimensions. C'est un article indispensable pour les commerçants qui font des échanges avec les indigènes.

Les marmites en fonte qu'on trouve à Madagascar sont de provenance américaine ou française. Elles sont de toutes tailles, avec ou sans couvercle, de forme hémisphérique ou plus hautes que larges et légèrement retrécies à la partie supérieure. Le modèle hémisphérique est le plus répandu, parce qu'en dehors des usages culinaires, les marmites servent à faire fondre la cire destinée à l'exportation et que cette forme permet au pain solidifié de se détacher facilement du vase.

Machines.

L'industrie étant jusqu'à présent à peu près nulle à Madagascar, on y emploie peu de ma-

chines ; et cette situation ne pouvant se modifier que lentement, les commerçants agiront prudemment en n'en envoyant que sur commande.

Les machines introduites jusqu'à ce jour étaient destinées soit aux fabriques de sucre établies sur la côte, soit aux mines, soit aux quelques usines appartenant au gouvernement et situées dans la province centrale.

Loin de prendre de Fextension, l'industrie sucrière périclite d'année en année ; dans plusieurs des usines qui existaient avant la guerre franco-hova, les travaux n'ont pas été repris. Quant aux mines, l'attention s'est portée de leur côté dans ces derniers temps ; elles nécessiteront un certain matériel industriel, quand on aura reconnu l'impossibilité de continuer à les exploiter par les moyens rudimentaires employés actuellement dans la plupart d'entre elles.

Les usines dépendant du gouvernement hova ont été pour la plupart fondées par M. Laborde. Elles ont été créées de toutes pièces, presque uniquement avec les ressources du pays. Longtemps, elles ont été abandonnées, mais, depuis quelques années, le gouvernement s'occupe de les remettre en activité et même d'en exploiter de nouvelfes. Jusqu'à ces derniers temps, le

gouvernement s'est adressé en Angleterre pour les machines dont il avait besoin, mais aujourd'hui qu'il a à son service, pour diriger ces établissements, des ingénieurs français, ceux-ci sans doute adresseront leurs commandes aux constructeurs de notre pays.

En dehors de ces usines et de la fabrique de produits céramiques , créée récemment par M. Iribe , et où il a installé un moteur à vapeur, Tlmerina ne possède actuellement aucune industrie nécessitant l'emploi de machines.

Plusieurs causes s'opposent du reste au développement de l'industrie dans les environs de la capitale. Le matériel nécessaire ne peut y être transporté qu'avec des frais énormes; il serait même de toute impossibilité d'y amener des machines un peu lourdes et dont les éléments ne pourraient pas se démonter. D'un autre côté, la force motrice artificielle ne peut pas être obtenue économiquement, puisque les combustibles minéraux font défaut à Madagascar et que les grandes forêts sont trop éloignées de Tananarive pour que le bois puisse y être employé d'une façon avantageuse.

Lorsque les industries se créeront à l'intérieur de l'ile en dehors des zones forestières, c'est donc seulement par l'utilisation des chutes

d'eau et du vent qu'on obtiendra la foret' motrice nécessaire.

Les premières sont très nombreuses. Dans des lieux convenablement choisis, il su (lirait de quelques travaux peu importants pour obtenir, au moyen de roues hydrauliques ou do turbines, une quantité de force répondant à tous les besoins et susceptible d'êtrj transportée électriquement à une certaine distance, si elle ne pouvait pas être utilisée ^ur placu. C'est a ce moyen que la grande industrie devra avoir recours.

Quant aux moulins à vent, abandonnés peu à peu dans les pays où le ?ombustiIjlo est abondant, ils peuvent encore rendre de grands services dans ceux où il est rare. Les moulins qu'on établirait à Madagascar pourraient facilement être construits et réparés par les ouvriers du pays. Ils constitueraient un exeellent moteur pour la petite industrie indigène, d'autant plus que la conduite en est simple et n'exige guère de connaissances spéciales.

Outils.

On n'importe à Mad:igascar qu'une petite quantité d'outils servant au travail du bois, do la pierre ou des métaux; ceux qu'emploient

les ouvriers hova sont généralement fabriqués dans le pays.

Les outils importés viennent surtout d'Angleterre et d'Amérique. Ils sont de bonne qualité, mais en raison des matières employées, de la façon assez soignée et du transport, leur prix de vente à Tananarive est élevé.

Les outils que font les Hova sont des imitations grossières de ceux introduits par les étrangers; le plus souvent, ils ne valent rien, tant à cause de leur forme que par suite du peu do résistance et de la mauvaise trempe du fer employé. Aussi ne conviennent-ils pas à un bon travail et s'usent-ils rapidement. Les ouvriers se résignent à les remplacer fréquemment, parce qu'ils peuvent en acheter de neufs à peu de frais.

Les ouvriers hova ne savent pas se servir de nos outils ; c'est encore, en dehors du prix, une raison de leur préférence pour ceux de fabrication indigène, moins nombreux et plus simples ; ils suppléent à la perfection de l'outillage et à l'habileté professionnelle par une longue patience; elle seule leur permet, surtout quand ils n'ont qu*à copier un modèle, de faire des travaux convenables.

A cet égard, l'exemple des charpentiers et des menuisiers est caractéristique : même

quand ils ont une scie à leur disposition, ils aiment mieux façonner un madrier ou une planche avec la hachette qui a seryi à abattre Tarbre. J'ai vu aussi plusieurs fois des ouvriers travaillant sur un établi, au lieu d'employer le valetj dont ils connaissnient l'usage, maintenir avec le pouce d'un des pieds posé sur l'établi la pièce de bois qu'ils rabotaient ; ils étaient ainsi dans une position absolument gênante et impropre r l'exécution d'un ouvrage soigné.

L'Imerina, qui est, pour ainsi dire, la seule partie de l'île où les métiers soient constitués pourra devenir un marché pour nos outils, mais seulement quand on en aura appris la manœuvre et l'usage aux ouvriers.

Dans les autres provinces, les fonctions ne sont pas encore divisées : chacun est agriculteur, charpentier, tisserand suivant les moments et d'après les besoins; le métier de forgeron seul est indépendant. Dans ces conditions, chacun ne sait se servir que d'un outillage rudimentaire fabriqué dans chaque région.

Tous les outils et instruments emplçyés pour l'agriculture et les opérations qui en dépendent sont faits dans le pays.

MARCHANb^SES DIVERSES

Armes.

Dans rimerina et i;ans toutes les parties de l'île soumises aux Hova, le commerce des armes est seulement toiéré. Sur la côte orientale, par exemple, le nombre des indigènes possédant un fusil pour la chasse est très restreint.

C'est donc surtout au gouvernement hova qu'on peut vendre deu Tusils destinés à l'armée. Les modèles en usage sont variés : ils comprennent depuis le fusil à pierre jusqu'aux carabines de précision. Ces armes à feu proviennent en général dos types réformés des troupes européennes.

Dans les tribus indépendantes de l'Ouest et du Sud, presque toub les indigènes sont armés de fusils. C'est le type connu sous le nom de « fusil de traite » qui sert aux échanges.

La poudre venduij sur la côte Est et dans l'Imerina est d'origine anglaise ou américaine.

Toutes les arme» blanches, sabres et épées, se font dans les ateliers indigènes ; néanmoins chez les Hova, on peut vendre aux officiers de l'armée quelques sabres européens ; ils doivent être fort ornés, mais aucun type n'est réglementaire ; chacun s'arme suivant son goût.

Instruments de musique.

Les Malgaches ayant des aptitudes musicales assez développées, quelques instruments de musique pourront être importés, lorsque leur éducation sera un peu plus complète.

Actuellement, le seul qui soit de vente courante est l'accordéon ; beaucoup d'indigènes savent en jouer ; on en trouve dans tous les villages ayant eu quelques rapports avec les Européens.

Dans rimerina, le type le plus répandu est de forme hexagonale et d'origine anglaise. Quelques Hova qui ont étudié la musique et qui savent la lire, possèdent des instruments de fabrication soignée ; certains d'entre eux sont d'habiles exécutants : dans un concert donné à l'école anglaise de Tananarive, j'ai entendu jouer sur l'accordéon des morceaux d'Haydn et de Mozart.

Sur le littoral, c'est l'accordéon rectangulaire de fabrication française, allemande ou suisse qui prédomine. Les commerçants qui font des échanges devront être approvisionnés de ces instruments ; ceux d'une qualité ordinaire sont suffisants pour la clientèle malgache.

A Tananarive et dans le reste de rimerina où le protestantisme est répandu et où les temples sont assez nombreux, chacun d'eux renferme un petit harmonium. Ces instruments viennent ordinairement d'Angleterre.

Papeterie et librairie.

La plupart des écoles existant actuellement à Madagascar ont été ifotidées par les missionnaires anglais ou se trouvent sous leur influence directe ; ces Missionnaires s'adressent dans leur pays pour les diverses fotimitures qui y sont employées. Par suite des habitudes prises pendant leur jeunesse, les Hova conservent une préférence marquée pour la papeterie anglaise. Ce éommerce nous échappe ainsi presque entièrement.

Les objets et les livres destinés aux écoles entrent en franchise sans payer les droits de douane.

Le papier que nos usines envoient à Madagascar est surtout emplpyé à l'impression des journaux en langue française qui se publient à Tamatave et à Tananarive, ainsi que des divers ouvrages édités par les missionnaires catholiques dans leur librairie de Mahamasina.

Dans un rapport commercial publié en 1887, M. Ranchot signale le curieux commerce de vieux journaux illustrés que les Anglais font à Madagascar. Chaque gravure se vend environ fr. 10. Il serait aisé de le faire dans les mêmes conditions avec les journaux français.

Parfumerie.

J'ai dit précédemment que les Malgaches fabriquent du savon ; mais comme il est trop caustique on lui préfère souvent le savon importé, particulièrement celui de Marseille.

Dans rimerina, on vend aussi une certaine quantité de savons de toilette ; il faut qu'ils soient fortement parfumés et élégamment enveloppés. Le prix doit être peu élevé, mais la qualité n'a aucune importance. Les mêmes observations s'appliquent aux pommades, aux eaux de senteur, etc., qui trouvent aussi quelques acheteurs chez les Hova.

La parfumerie vendue à Madagascar est en général de provenance française.

Produits chimiques et pharmaceutiques.

Les produits chimiques qu'on peut placer à Madagascar sont en petit nombre.

Je signalerai seuîôment l'acide sulfurique, employé sur la côi»? et dans les zones forestières pour la préparation du caoutchouc. Il n'est pas vendu directement aux indigènes ; il leur est donné en échange d'une partie du caoutchouc qu'ils apportent dans les comptoirs, ou bien il îour est fourni d'avance pour une récolte future et la valeur en est déduite de celle des produits qu'ils viennent vendre plusieurs mois après.

La pharmacopée malgache est simple ; en dehors des plantes du pays, elle renferme peu de médicaments.

Pour citer quelques exemples, les médecins hova font entrer l'acide sulfurique dans la confection de diverse.^ potions. A l'intérieur, la teinture d'iode est, employée dans les affections syphilitiques ; à Textérieur, l'alun sert contre les maladies cutanées.

L'usage du sultaie de quinine commence à se répandre parmi les indigènes. Les Hova sont atteints par la fièvre, comme les Européens, quand ils descendent sur la côte et, même chez les individus originaires des régions insalubres, l'immunité n'est pas absolue ; chaque village compte toujours quelques malades. La quinine, connue sous le nom de fanafody

fotsy — ' le remède blanc — est une des premières choses qu'on demande à Tétran^er de passage. Aussi les négociants qui vont faire dos échanges dans Tintérieur doivent-ils en être pourvus.

Les médicaments dont se servent les Hova viennent généralement d'Angleterre ; ils sont de qualité médiocre. La quinine qu on trouve dans le commerce est souvent falsifiée et presque absolument inerte.

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