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CONDITIONS DE LA COLONISATION

Nous avons déjà dit que le climat de Madagascar comme celui de la plupart des pays tropicaux ne permet pas aux Français d'y travailler de leurs bras, au moins d'une façon continue. Les colons doivent donc avoir recours, dans une large mesure, à la main-d'œuvre indigène; leur rôle se bornera d'abord à former cette main-d'œuvre, ensuite et principalement à en diriger l'emploi.

Même si les colons pouvaient travailler manuellement sans compromettre leur santé, ils ne sauraient lutter contre les ouvriers du pays. Ceux-ci ont une manière de vivre qui leur permet de se contenter d'un faible salaire ; pour la nourriture, le vêtement, l'habitation, ils saventprofiter des ressources qui sont à leur portée pour se procurer le nécessaire à peu de frais et même quelquefois sans rien dépenser. Le colon se trouve dans un état absolument différent : il apporte avec lui des habitudes, des goûts, des besoins naturels ou artificiels qui rendent son existence matérielle beaucoup plus coûteuse ; d'ailleurs, le plus souvent, il n'émigre que pour

améliorer sa situation ; or, ce n'est pas avec le gain d'un ouvrier indigène, quand il serait doublé et triplé, qu'il obtiendra à Madagascar l'équivalent de ce qu'il avait en France, même si sa position y était peu aisée. Un travail rendu très pénible par le climat et un salaire insuffisant pour payer les choses nécessaires à la vie d'un homme aussi accoutumé au bien-être que Test le Français, voilà ce qui attend à Madagascar celui qui n'y arrive qu'avec ses bras.

C'est donc seulement dans des circonstances exceptionnelles et pendant un certain temps que des ouvriers manuels pourront trouver place à Madagascar. Ils n'y seront utilisables que s'ils connaissent un métier spécial ; et pour être employés de la façon la plus convenable à la colonisation, ils devront plutôt servir d'instructeurs et de surveillants que travailler par euxmêmes.

A Madagascar, les intelligences et les capitaux sont plus nécessaires que les bras. Les colons n'y réussiront qu'en possédant une compétence sérieuse en rapport avec les travaux qu'ils veulent entreprendre, et aussi une certaine quantité d'argent.

C'est une illusion assez courante de croire que tout est facile dans les pays neufs, parce que la concurrence y est moins^rande et parce

que certaines circonstances extérieures sont plus avantageuses qu'en France. On reconnaîtra Terreur en remarquant que, presque toujours, dans une entreprise agricole ou industrielle aux colonies, tout est à créer et qu'on ne dispose pour le f&ire ni de tous les moyens nécessaires, ni d'exemples permettant de s'appuyerj sur l'expérience d'autrui. On n'aura donc chance de réussir que si on connaît à fond toutes les ressources de cette culture ou de cette industrie, toutes les difficultés qu'elle rencontre et tous les procédés susceptibles d'être employés pour les surmonter.

Si j'insiste sur la nécessité de connaissances spéciales chez les colons, c'est parce que, depuis mon retour en France, j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec plusieurs personnes qui projetaient d'aller s'établir à Madagascar. Elles étaient, toutes, animées d'une grande bonne volonté, de beaucoup de courage et certaines possédaient des capitaux ; mais, à part quelques exceptions, elles ignoraient absolument les conditions du milieu dans lequel elles allaient se trouver et étaient prêtes à faire de tout, indifféremment, en s'inspirant des circonstances. Un échec est ainsi rendu presque inévitable. Si, en colonisation, les idées arrêtées ont leurs inconvénients, l'absence d'idées et de plan en pro-

(luit d'autres non moins grands. Celui qui connait le mieux une industrie ou un genre de culture se heurtera déjà à d'éndrmes obstacles dûs aux conditions particulières du pays, analogues peut-être, mais jamais identiques, à celles qu'il aura rencontrées ailleurs. Ces obstacles deviendront insurmontables si on y ajoute une inexpérience personnelle et si on néglige de s'entourer de tous les renseignements de nature à faciliter le succès.

Les capitaux à engager à Madagascar devront être assez considérables, surtout au début.

Pour coloniser, il faut beaucoup d'argent. 11 en faut peut-être plus qu'ailleurs à Madagascar, puisque, dans beaucoup de ses parties, c'est un pays où rien n'a été fait ni par d'anciens colons, ui par les populations, ni par le gouvernement local. Si, par exemple, on veut créer une exploitation agricole, le plus souvent on aura un terrain vierge qu'il faudra défricher, aménager et planter, sur lequel il faudra construire des habitations et des magasins. Si on fonde une manufacture, les bâtiments, le matériel, l'instruction du personnel indigène, les voies de communication qu'il sera indispensable d'établir, entraîneront de grands frais. Le commerce exigera des approvisionnements, des voyages coûteux dans jPintérieur, la création de postes,

en dehors du comptoir principal. Dans tous les cas, il faudra attendre, souvent pendant un long temps, car rien de tout cela ne rapportera immédiatement : les plantations ne donneront de produits qu'au bout de plusieurs années, les industries reposent sur des cultures qui seront soit à créer, soit à développer, et qui nécessiteront de longs ouvrages préparatoires, les entreprises commerciales ne seront en pleine activité qu'après qu'on aura établi des relations suivies avec les indigènes.

L'importance des capitaux nécessaires à Madagascar exigera sans doute, dans beaucoup de cas, la formation de sociétés disposant de moyens d'action plus puissants que des individus isolés. Elles seules pourront, en général, entreprendre les grands travaux nécessaires à l'exploitation rationnelle de vastes territoires, faire des essais comparatifs que des particuliers seraient dans l'impossibilté de tenter et créer tout l'outillage de la colonisation. Elles auraient aussi les moyens de faire appel aux spécialistes dont la compétence est indispensable, surtout pendant la période du début.

Jusqu'à présent les capitaux ont manqué : c'est ce qui explique pourquoi la colonisation de Madagascar est si peu avancée. L'argent, qui abonde en France et qui y trouve de plus en

plus difficilement des placements avantageux, donnerait, dans notre possession africaine, des bénéfices assurés, si on le mettait au service d'entreprises bien conduites et convenablement étudiées au préalable.

Il me paraît inutile de m'étendre davantage sur ces considérations, forcément un peu générales et s appliquant autant à tous les pays neufs qu'à Madagascar en particulier. Pour en finir avec ce sujet, je dirai pourtant quelques mots encore des différentes branches dans lesquelles l'activité des colons peut s'exercer ; suivant qu'ils seront disposés à faire de l'agriculture, de l'industrie, du commerce ou'des travaux publics, ils devront, en effet, tenir compte de certaines circonstances spéciales dans lesquelles se trouvent les diverses régions du pays.

Sur le versant oriental, dans la région moyenne et aussi dans le Sud, existent dévastes espaces propres aux cultures dont j'ai parlé précédemment. Le littoral convient particulièrement aux plantations coloniales telles que celles de la canne à sucre, du cacao, de la vanille, tant à cause de la fertilité du sol que de la facilité relative d'écouler les produits ; c'est aussi une région peuplée qui serait abondante en main-d'œuvre sans certains obstacles qu'on

pourrait, comme je le montrerai, faire disparaître aisément.

Les exploitations agricoles n'exigent que des capitaux restreints ; des colons isolés ayant quelques ressources peuvent les établir avec chances de succès sur différents points de la côte; ils trouveront dans le rapport commercial de M. d'Anthoûard, que j'ai déjà eu loccasion de citer (1), des renseignements détaillés sur la somme à dépenser pour préparer le sol, faire les plantations et les travaux accessoires. A cause des frais généraux, ces plantations ne peuvent être productives que si elles ont une certaine étendue; toutefois, il ne faut pas l'exagérer relativement au capital dont on dispose, puisque, pendant un certain nombre d'années, variable suivant les cas, le produit sera nul et que, surtout au début, se multiplieront les dépenses imprévues. Plus d'une plantation a dû être vendue dans de très mauvaises conditions par celui qui l'avait créée et qui ne pouvait attendre le moment où elle serait en plein rapport. D'après les renseignements que j'ai pris sur la côte orientale, il faut de 12 000 à 15 000 fr. pour établir une plantation viable.

(1) Journal officiel du 21 juin 1891,

C est surtout pour les cultures nouvelles qu'ils voudraient introduire que les colons auront absolument besoin de connaissances pratiques et spéciales. Il ne jsuffit pas en effet de savoir que les conditions générales du sol et du climat conviennent à une plante : il faut tenir compte d'une série de circonstances locales relatives à la nature du terrain, à Taltitude, à Texposition, à Thumidité, aux vents dominants. Les expériences sont toujours coûteuses en agriculture, parce qu'elles demandent beaucoup de temps pour être décisives.

La mise en valeur de la région moyenne présentera plus de difficultés et exigera des ressources plus fortes; cela tient à l'absence de voies de communication et à la dissémination des habitants. D'ailleurs, on manque d'observations suffisantes sur la qualité des terrains qu'elle renferme. On a dit souvent que cette zone possède à la fois les avantages de la côte et ceux du centre : elle en réunit peutêtre plutôt les inconvénients. La population y vit dans un état de misère dû certainement à sa paresse, mais qui tient aussi à une pauvreté réelle et fréquente du sol. Il semble pourtant que certaines cultures, par exemple celle des caféiers, y réussiraient bien.

L'exploitation des richesses naturelles four-

nies par les mines et par les forêts demande plus d'argent que l'agriculture en raison des travaux préparatoires et du matériel qu'elle nécessite. Elle se fait ordinairement par voie de concessions qu'accorde le gouvernement hova en échange d'une part des produits. Pour être fructueuse, elle doit être organisée sur une vaste échelle et posséder un outillage puissant.

Malgré des tentatives renouvelées à diverses reprises, l'industrie proprement dite existe à peine à Madagascar. Dans l'état actuel des chemins, il ne faut pas songer à fabriquer, dans l'intérieur, des objets qu'on exporterait; on sera même souvent gêné pour écouler ceux destinés à alimenter les marchés indigènes; à cause des transports, il sera parfois plus économique de les faire venir du dehors. C'est dans l'Imerina, ou à proximité de cette province qui contient les plus grandes agglomérations de consommateurs, que les diverses industries auront le plus d'intérêt à se placer. Parmi celles qui donneraient immédiatement de grands bénéfices, on peut citer la fabrication des produits céramiques, la tannerie et surtout la filature et le tissage du coton.

Je ne reviendrai pas sur l^s mesures que doivent prendre les commerçants pour aug-

menter leurs opérations. Je rappellerai seulement que ceux qui voudraient s'établir à Madagascar ne feront des affaires importantes qu'en s'éloignant des points où les négociants sont actuellement concentrés et en allant dans des régions où ils trouveront de nouveaux clients. Ils n'arriveront, du reste, à lutter d'une manière efQcace contre la concurrence étrangère que s'ils sont aidés par les industriels français ; ceux-ci devront s'inspirer, pour la confection des produits destinés à Madagascar, des besoins et des habitudes des indigènes, au lieu de vouloir leur imposer ceux qu'ils sont habitués à fabriquer.

A l'égard des travaux publics, aucun pays ne les exige plus que Madagascar et aucun ne songe moins à les faire. Parmi ceux qui s'imposent, je ne citerai que la construction des routes, des ponts, des ports, des phares, l'assainissement de certaines régions, l'aménagement des cours d'eau pour la navigation ou l'irrigation. Ceux qui seraient tentés par ce vaste programme, dont la réalisation a tant d'importance pour le développement de la colonisation, ne trouveraient actuellement que de l'hostilité ou, du moins, de Tindifférence auprès du gouvernement local. On peut prévoir qu'il ne modifiera sa conduite à ce sujet que

lorsqu*il y sera forcé. Comme il ne dépend pas des capitalistes et des entrepreneurs d'exercer sur lui une action coercitive, ils n'ont, pour le moment, qu'à s'abstenir.

On voit Jonc qu'en résumé il faut à Madagascar des colons en petit nombre, mais possédant des capacités sérieuses et disposant de capitaux importants. Le reste se trouvera dans le pays, si on sait se concilier la bienveillance des habitants.

L'attitude que nous devons prendre envers les indigènes est une conséquence du caractère de la colonisation. Il faut chercher à faire d'eux des auxiliaires pour nos colons et des acheteurs pour nos produits. Ces deux résultats sont d'ailleurs intimement liés entre eux.

De même que notre intervention est utile pour tirer parti des ressources que contient Madagascar et que ses habitants laisseraient improductives, de même aussi nous ne saurions nous passer des Malgaches pour atteindre ce but. Si nous nous réservons la direction, nous devons, dans leur intérêt comme dans le nôtre, leur attribuer une large part dans l'exécution. On commettrait même, selon moi, une erreur grave en ne leur demandant qu'une aide purement matérielle ; ils deviendront

pour nous des auxiliaires intelligents, pourvu qu'une instruction visant spécialement ce but leur soit donnée. A ce sujet, presque tout est encore à faire.

En dehors des services qu'ils rendront directement en travaillant dans les plantations et les usines, les Malgaches pourront aussi exercer les métiers qui forment les accessoires obligés de ces exploitations ou qui seront rendus indispensables par les besoins d'une population européenne un peu plus forte. Aucune industrie n'est pleinement indépendante et ne se suffît à elle-même; en général, elle exige le concours d'industries moins compliquées, elle réclame la fabrication de certains objets secondaires, ou bien encore le travail de la manufacture est précédé ou suivi de transformations diverses de la matière première ou du produit fabriqué. Si on le trouve sur place, il semble bien inutile de faire venir de la métropole le personnel nécessaire à la préparation de ces objets ou à ces opérations.

Un but intéressant à poursuivre est donc la constitution ou le perfectionnement des métiers parmi la population indigène ; ils n'existent actuellement que chez les Hova; encore plusieurs sont-ils restés à Tétat rudimentaire ; comme je l'ai dit, les ouvriers ne possèdent

que des instruments de travail imparfaits et manquent de connaissances aussi bien que de traditions ils ne savent se servir ni de nos outils, ni de nos méthodes, et ils n^en ont pas qui leur soient propres.

Quel est le moyen pratique de donner aux Malgaches les connaissances qui leur font défaut? Il ne faut pas attendre la réalisation de ce progrès de leur seule initiative. Les plus intelligents d'entre eux, les Ho va. apprécient certainement l'importance et la valeur de notre organisation industrielle, mais ils sont incapables de comprendre quel en a été le lent développement. S'ils envoient chez nous des jeunes gens pour y puiser une instruction technique, ils voudront, même en l'absence de toute préparation scientifique sérieuse, en faire des ingénieurs et non des ouvriers habiles; de même, ils achèteront des machines, mais ils n'en raisonneront pas assez la marche et la construction pour pouvoir en modifier le plus simple organe. Dans la fièvre d'imitation qui les excite depuis quelques années, ils veulent arriver tout de suite au but, mais ils risquent fort de ne pas l'atteindre , faute de prendre le chemin long, mais sûr, au bout duquel il est placé.

Il ne faut pas non plus espérer que cette ins-

traction spéciale des Malgaches se fera par les colons. Les ouvriers européens qu'ils seront forcés d'employer au début, absorbes par la préoccupation de leur intérêt, chercheront à produire le plus possible et se serviront des indigènes comme manœuvres, sans se soucier de leur apprendre soit méthodiquement^ soit même empiriquement, nos métiers. Ce serait pour eux et pour les chefs d'exploitation, du moins ils le supposeraient, du temps perdu.

Dans ces conditions, Finstruction technique des indigènes, ayant un caractère d'utilité ecénéraie, rentre forcément dans les attributions du Protectorat. Il nous appartient de faire parcourir sous notre direction, aux populations qui y sont soumises, les étapes nécessaires entre leur civilisation et la nôtre. C'est une char*^c que nous devons remplir au point de vite industriel, comme à d'autres points de vue dont je n'ai pas à m'occuper ici, en échange des avantages que nous retirons ou que nous pourrions retirer de la possession des colonies, et même pour augmenter ces avantages.

Dans cet ordre d'idées, la création d'écoles professionnelles dans les principaux centres de colonisation rendrait de grands services, malgré l'imperfection de ce procédé pour des arts qui doivent normalement s'assimiler par un

exercice raisonné et Timitation : par l'apprentissage, en un mot. On y enseignerait le travail du bois, du fer et des autres matières pre" mières, ainsi que diverses spécialités en rapport avec les exigences locales. Si on trouve que c'est trop demander, actuelllement, que Tinstallation de pareils établissements, on pourrait, en attendant, profiter des travaux divers que le service du Protectorat aura l'occasion d'exécuter pour former des ouvriers indigènes en cherchant plutôt, dans certains cas, à perfectionner la main-d'œuvre qu'à lui faire rendre le maximum d'efïet directement utile.

En favorisant le développement des arts techniques, on craindra peut être de créer à nousmêmes et à nos colons une concurrence. Ce danger est chimérique. Il ne s'agit pas d'importer en bloc toute notre industrie mécanique à Madagascar. Au contraire, soit par les ustensiles qu'elle emploiera, poit pour les produits qui lui seront nécessaires, cette petite industrie manuelle et locale alimentera la nôtre. Il faut ajouter qu'à mesure que les Malgaches s'assimileront nos méthodes de travail, leur aisance augmentera; ils prendront des habitudes de vie se rapprochant de celles des Européens, autant que le comportent les différences de races et de climats, et deviendront ainsi de plus grands

consommateurs de nos produits. Quelques mètres de cotonnades et une bouteille de rluim de temps en temps — les premières fournies par l'Amérique et le çecond par Tîle Maurice, — voilà tous les besoins actuels d'une grande partie de la clientèle malgache. On peut espérer que, dans l'avenir, ces besoins seront plus nombreux.

Au point de vue de la modification des habitudes et des mœurs, sans laquelle nos marchandises ne trouveront jamais d'importants débou* chés à Madagascar, tout ce qui augmentera notre influence matérielle, intellectuelle ou morale, produira des effets salutaires. Considérée sous cet aspect, la diffusion de notre langue est nécessaire et doit être étendue par tous les moyens possibles. On ne saurait mieux résumer son action qu'on ne Ta fait dans le programme de V Alliance française : « La langue française u y est-il dit, « donne des habitudes françaises; les habitudes françaises amènent l'achat de produits français. Celui qui sait le français devient le client de la France. »

Il est heureux de constater que, depui*? quelques années, des changements sensibles se sont produits dans ce sens, surtout chez les Hova, malgré la réserve dans laquelle ils restent h notre égard. Par suite, simplement, des contacts plus

fréquents que ce peuple a eus avec les Français et d'une tendance à l'imitation, qui est une des caractéristiques intéressantes de sa nature, il manifeste peu à peu une préférence de plus en plus marquée pour les produits de notre fabrication. Convenablementencouragée, cette préférence peut devenir, en s 'accroissant encore, très profital^le à notre commerce et à notre industrie.

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