POPULATION
La population indigène se partage en deux catégories distinctes aussi bien par Faspect que par les aptitudes : les Malgaches et les Hova.
Sous la dénomination générale de Malgaches (1), on comprend un grand nombre de peuplades ayant des caractères ethniques variés, mais dont rétablissement à Madagascar remonte à une époque reculée. La côte Est est occupée dans ces conditions par les Betsimisaraka, qui se divisent en plusieurs tribus. Ils ont la peau foncée, les cheveux crépus et la taille élevée. Leurs caractères anthropologiques les rapprochent des Indonésiens, mais ils ont évidemment subi, surtout dans le voisinage de la mer, de nombreux mélanges avec d'autres populations.
Les Betsimisaraka sont doux et pacifiques, mais très indolents. Les villages qu'ils habitent sont petits et misérables, excepté près de la côte. Chez eux, le commerce existe à peine, les industries sont rudimentaires ; Tagriculture même n'est pratiquée que juste pour la satisfaction de besoins peu nombreux.
(i) On désigne aussi quelquefois par ce nom Tensemble <ies habitapts de Madagascar,
Les Hova (1), arrivés à Madagascar à une époque relativement récente, sont, d'après toutes les probabilités, d'origine malaise. Ils ont la peau jaune, les cheveux lisses, la taille et les formes peu développées. Ils sont intelligents et laborieux, mais rusés et défiants. On trouve . chez eux une aptitude remarquable à prendre nos coutumes et nos usages.
Les Hova habitent la province de Tlmerina et, quoique le territoire qu'ils occupent soit un des plus stériles et des plus désolés de" Madagascar, ils sont arrivés à y vivre dans une certaine abondance. Ils font beaucoup de commerce et pratiquent quelques industries ; l'agriculture a atteint chez eux un notable degré de perfectionnement, surtout en ce qui concerne la création et l'entretien des rizières.
Les Hova, d'abord refoulés dans le centre par les anciens habitants de l'île, y sont restés longtemps cantonnés ; peu à peu, par des conquêtes successives, ils ont étendu leur puis-
(1) Afin de suivre Tusage, je désignerai par le nom de Hova les habitants de Tlmerina; en réalité, ce nom ne s'applique qu'à une partie d'entre eux, comprenant seulement les hommes libres des castes roturières, par opposition aux nobles [andriana) et aux esclaves {andevo). L'appellation d'Antimerina, que le docteur Gatat a proposé de donner à Tensemble de la population de la province centrale, serait plus exacte et plus conforme à la terminologie adoptée pour les diverses peuplades de Madagascar.
sance sur une grande partie de Madagascar, notamment sur le versant oriental. Le gouvernement entretient dos postes militaires et des agents administratifs dans les provinces soumises.
Au point de vue de la densité de la population, le centre et le reste du pays diffèrent beaucoup. Dans Tlmerina, les villes et les villages, souvent considérables, sont rapprochés ; chez les Betsimisaraka, excepté dans la région maritime, les villages sont, au contraire, petits et rares. Quelques-uns de ceux que j'ai visités dans la vallée du Mangoro se réduisent à cinq ou six cases.
La population étrangère est, en général, peu nombreuse, sauf à Tamatave et à Tananarive.
La grande majorité des Français habite Tamatave et fait du commerce ou de la culture.
Sur le reste de la côte, nos compatriotes sont rares ; à Mahanoro, par exemple, on n'en trouve que deux, originaires de la Réunion. A Tananarive, en dehors de l'escorte militaire, du personnel de la Résidence, des différentes administrations et de la Mission catholique, on ne comptait, au moment de mon voyage qu'une quinzaine de Français, au plus.
Parmi les colons des autres nations, les Anglais remportent de beaucoup ; dans la capitale particulièrement, ils ne sont pas moins d'une cinquantaine. Sur la côte se sont surtout établis des Mauriciens; à Mahanoro, par exemple, on en compte une dizaine.
Les Allemands et les Américains ont fondé d'importantes maisons de commerce à Tamatave, dans quelques autres villes de la côte et à Tananarive.
Quelques Norvégiens sont installés à Tananarive et à Antsirabe, au Sud de Tlmerina.
Dans les villes de la ^ôte orientale et particulièrement à Tamatave, à Andovoranto, à Mahanoro, habitent une grande quantité d'Indiens Malabares ; ils s'occupent du commerce de détail, où ils réussissent généralement mieux que les Européens. A Tamatave on compte aussi quelques Chinois.
Les Arabes sont assez nombreux dans TOuest et même à Diego-Suarez, mais on n'en ren" contre aucun dans l'Est et dans le centre.