‹ Le commerce extérieur de la FranceChapitre 2 sur 3 · PÉRIODE · texte numérisé non relu

PÉRIODE

triennale .

DIMINU- TION.

Du tableau qui précède, il résulte : 1° que le mouvement des échanges qui avait suivi, de 1847 à 18C6, une progression si rapide, a subi, depuis cette époque, un ralentissement de plus en plus sensible et qui n'est pas particulier à la France, car, si j'en avais le loisir, je pourrais vous montrer le même phénomène en Angleterre, en Allemagne, en Belgique, aussi bien que chez nous.

Ge ralentisse m en1 s'explique par des causes mul-

tiples, les unes apparentes, les autres réelles, les unes accidentelles, les autres normales et qu'on peut considérer comme permanentes, s'il est permis d'appliquer ce mot à des phénomènes historiques.

Les causes apparentes proviennent presque uniquement de la dépréciation du numéraire et par conséquent d une augmentation des prix qui ne correspond pas à une augmentation de la masse des produits échangés.

L'élévation des prix dont la cause principale mais non unique est la découverte des mines d'or et d'argent des Etats-Unis et de l'Australie, s'est produite surtout de à 186G : cette hausse subite, comparable à celle du XVI e siècle, après la découverte des mines du Mexique et du Pérou, ne s'est pas continuée dans les mêmes proportions : de là un ralentissement apparent dans la progression des échanges.

Les causes trop réelles mais accidentelles et qu'on peut regarder comme transitoires sont les désastres militaires, les inquiétudes politiques, les catastrophes financières, et les fléaux comme le phylloxéra, les mauvaises récoltes, etc., qui ont si cruellement éprouvé l'agriculture, l'industrie et toutes les forces productives du pays.

Enfin les causes normales et durables, moins manifestes, mais tout aussi actives, sont : 1° la diminution progressive des effets produits par les découvertes scientifiques, par les traités de commerce, par le développement des voies de communication qui ont imprimé aux échanges un si prodigieux essor, mais dont l'action ne saurait être indéfinie et se ralentit fatalement à mesure que le niveau s'établit ;

2° Le développement industriel et agricole, le progrès des moyens de transport dans des pays qui étaient, il y a quarante ou cinquante ans, tributaires des nations plus avancées et mieux outillées, et qui devien-

nent aujourd'hui leurs concurrents ou du moins qui aspirent et qui apprennent à se passer d'elles.

De la comparaison entre les importations et les exportations il résulte que la valeur de ces dernières, supérieure de 1847 à 1866, inférieure d'une centaine de millions de 1867 à 1876, de plus d'un milliard de 1877 à \ 886 présente encore, d'après les tableaux des trois dernières années, un écart de plus de 750 millions. Il en est de môme depuis plus longtemps en Angleterre et en Belgique, et en Allemagne depuis 1866.

Cet écart est du reste moins considérable qu'il ne parait : je vous ai fait remarquer qu'en France, on ne mesurait pas d'après le môme étalon la valeur de l'importation et celle de l'exportation : la même inégalité de mesure existe en Angleterre, en Belgique et en Allemagne ; mais quand l'écart est aussi important qu'il est chez nous et surtout en Angleterre, il faut bien admettre que la dette marchandises n'est pas exactement balancée par la créance marchandises. Comment donc se rétablit la balance ? L'opinion vulgaire s'imagine volontiers que la dette se compense par une exportation de métaux précieux. L'examen le plus superficiel des tableaux du mouvement du numéraire métallique ou des lingots suffit à faire justice de ce préjugé.

En fait, la dette se paye, mais par des moyens qui échappent à tout contrôle administratif : lettres de change, virements de comptes, coupons d'actions ou d'obligations industrielles, de dettes d'Etats, de sociétés de crédit, bénéfices réalisés sur les transports,

sur les réexportations, etc Il n'en reste pas moins

certain que les nations les plus riches vivent en partie de leurs rentes et que ce n'est pas uniquement par les produits de leur travail quotidien, mais par les revenus de leur capital accumulé par le travail d'autrefois qu'elles acquittent leur dette envers l'étranger : c'est la conséquence de leur richesse. De môme qu'il y a des indi-

vidus rentiers, il y a des peuples rentiers qui se procurent une plus grande somme de jouissances et de bien-être que ceux qui vivent au jour le jour et n'ont à compter que sur leur travail.

C'est une situation qui peut avoir ses agréments mais qui a aussi ses dangers. Le rentier qui ne sait pas reconstituer et augmenter son capital par le travail ne tarde pas à voir ses revenus décroître, et à moins de manger le fonds, il est bien forcé de réduire ses dépenses.

En sommes-nous là? S'il faut s'en rapporter aux résultats des trois dernières années, il semblerait que le besoin de réduire nos dépenses, c'est-à-dire nos importations, commence à s'imposer : l'avenir peut seul décider de l'importance de ce symptôme.

Mouvement du commerce spécial par nature de produits {par millions de francs) (1).

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