Anahjse du tableau économique
3. Maximes générales du gouvernement économique d'un royaume agricole, Maxime XVI, et article Grains, p. 252.
56 RKFUTATION DU SYSTKMK MERCANTILE.
richesses nouvelles. L'agriculture a seule ce pouvoir. Seule, elle donne un produit net.
Ces principes posés, quelle doit être la politique éconoQiique de la France ? La France est un royaume agricole. Elle a l'heureuse fortune de produire abondamment et à bon marché un grand nombre de ces biens consommables qui sont la vraie richesse et que d'autres nations sont obligées de demander au commerce extérieur : les grains, les vins et l'eau-de-vie, le sel, les chanvres et les lins, les laines et les autres produits que donne le bétail ^ Son gouvernement doit donc s'efforcer d'abord d'entretenir et de renforcer la puissance de production de son agriculture ou, comme le dit Quesnay, de faciliter et d'accroître la reproduction annuelle des biens de la terre, puis de réduire le plus possible les frais de cette reproduction, de façon h augmenter d'autant le produit net de l'agriculture, lequel se confond avec le revenu du royaume.
La politique de Colbert et de ses successeurs est allée à rencontre de ces maximes. Elle a entravé la reproduction des denrées agricoles en en limitant le débit, soit par des mesures directes comme en matière de grains, soit indirectement par l'effet des faveurs accordées à certaines manufactures.
Quesnay et ses disciples reprochent peut-être injustement à Colbert d'avoir « arrêté le commerce extérieur des grains pour faire vivre le fabricant à bas prix 2 ». La crainte des disettes toujours menaçantes, ou encore le désir de diminuer le prix de la subsistance des troupes pendant les quartiers d'hiver semblent avoir été plutôt le principal mobile du ministre de Louis XIV. Tels sont du moins les motifs qu'invoquent ceux des édits rendus sous son inspiration dont le texte nous a été conservé. Il n'en est pas moins vrai qu'en faisant de la prohibition à la sortie le régime général du blé et en n'y dérogeant que par des autorisations d'exportation limitées à trois mois ou à six mois, Colbert avait annihilé le commerce extérieur de cette denrée '. Ses successeurs achevèrent la ruine des cultiva-