Ibid
que l'Angleterre ^ est intéressée à la prospérité des nations voisines, qu'elle considère à tort comme des rivales et des ennemies. Quand les communications sont libres entre les nations, l'industrie de chacune d'elles profite des perfectionnements des autres; on constate d'abord avec mécontentement l'augmentation de la quantité des marchandises dans la fabrication desquelles l'étranger possède une supériorité. Mais, à la suite des marchan dises, l'art lui-même s'importe graduellement. Que l'on ne craigne point qu'après s'être perfectionnés dans toutes les fabrications, nos voisins cessent d'avoir recours à nous. « La nature, en donnant aux différentes nations des génies, des climats et des sols divers, a assuré leurs rapports mutuels et leur commerce aussi longtemps qu'elles restent industrieuses et civilisées. Plus une nation se développe dans les arts, plus elle a certainement recours à ses voisins industrieux. Les habitants, devenus opulents et habiles, veulent acquérir les produits les plus achevés et comme ils ont beaucoup de marchandises à donner en échange, ils provoquent sur une vaste échelle les importations des pays étrangers. L'industrie des nations d'où ils importent est encouragée, et la leur se développe également par la vente des produits qu'ils exportent en retour. » David Hume conclut ainsi : « Si la politique étroite et mauvaise devait triompher, elle devrait chercher à réduire toutes les nations qui nous environnent au même degré de paresse et d'ignorance que le Maroc et la côte de Barbarie. Et quel en serait le résultat? Les nations voisines ne pourroient plus nous envoyer de marchandises; elles ne pourraient plus nous en prendre. Notre commerce intérieur lui-même languirait faute d'émulation, d'exemple et d'enseignement, et nous tomberions promptement dans la même situation abjecte à laquelle nous aurions réduit les autres. » -
1. David Hume admet qu'un pays purement commerçant, tel que la Hollande, apprélicnde que les autres Etats se passent dos services qu'il leur rend comme courtier ou transporteur. Encore ce danger peut-il être conjuré à force d'adresse et d'activité.
2. Quesnay a écrit de même dans le Journal de l'Agriculture : « Commerçons-nous avec une nation? 11 n'y a pas de mal à l'enrichir; car si ceux avec lesquels nous commerçons n'étaient pas riches, naus ferions un pauvre commerce.» Cité par Schelle, op. cit., p. 381.
Ari\.\unk. — Commerce. 5
Adam Smith enfin allait réfuter définitivement la thèse mer- Ôantiliste et fonder sur les vrais principes de l'économie politique la doctrine du libre-échange.
Adam Smith fait naître la richesse, non du seul travail agricole comme Quesnay, mais de tout travail appliqué aux objets matériels. S'il ne s'élève pas jusqu'à la notion des biens immatériels constitués par les services, du moins établit-il que l'ouvraison des matières premières, le transport, l'approvisionnement et la distribution des produits bruts ou fabriqués créent de la richesse tout comme le travail agricole, en d'autres termes, que la richesse se compose de tous les objets matériels susceptibles de satisfaire nos besoins ou nos goûts. Ce principe le conduit à dénier aux métaux précieux le privilège de constituer la richesse elle-même. Les métaux précieux sont une richesse, parce qu'ils sont propres aux usages du luxe et au service de la circulation. Ils ne sont pas toute la richesse. Celle-ci se compose de l'ensemble des biens produits par le travail.
Une partie de ces biens, d'autant plus forte que la société est plus prospère, est mise en réserve et accumulée. C'est le capital, qu'Adam Smith divise en trois fonds : le fonds des consommations, portion employée à la consommation immédiate ; le capital fixe, comprenant les machines et outils, les bâtiments affectés à la production, les améliorations des terres, l'habileté des producteurs; le capital circulant, où se classent les vivres mis en réserve pour la subsistance des producteurs, les matières destinées à l'ouvraison, les produits fabriqués non encore livrés à la consommation, enfin le numéraire parle moyen duquel les vivres, les matières ouvrables et les produits ouvrés circulent et sont distribués aux personnes qui en font usage.
Le numéraire est donc une fraction du capital et plus spécialement une portion du capital circulant. La caractéristique du capital circulant est de ne donner de revenu qu'à la condition
de se déplacer, de se transformer et de changer de maître. « Les marchandises d'un commerçant ne lui donneront point de revenu ou de profit avant qu'il les ait converties en argent, €t cet argent ne lui en donnera pas davantage avant qu'il Tait de nouveau échangé contre des marchandises. Ce capital sort continuellement de ses mains sous une f^rme pour y rentrer sous une autre, et ce n'est qu'au moyen de cette circulation ou de ces échanges successifs qu'il peut lui rendra quelque profita » La vente des marchandises rend au marchand la disposition du capital qu'il avait employé à leur achat; l'argent du consommateur remplace le capital du marchand. De même le capital du marchand remplace le capital «mployé parles cultivateurs et les industriels et permet à ceuxci de recommencer à produire-. Le numéraire est l'instrument de ces transformations, « la roue de la circulation ^ ». Il concourt ^nsi aux opérations qui donnent naissance au revenu de la nation. Mais il ne fait pas partie de ce revenu. Les autres portions du capital circulant, les vivres, les matières, les produits fabriqués sont versés à de certains moments, après une Année ou à d'autres intervalles, dans le fonds des consommations immédiates et entrant alors dans la composition du revenu delà société. L'argent ne saurait y être compté, sans double emploi, avec les produits consommables, dont il n'est que la représentation. Et même, loin de faire partie du revenu de la nation, l'argent en est une charge. La formation et l'entretien de la circulation métallique sont la cause d'une certaine dépense, qui est prise sur le revenu delà société.
Le capital joue un rôle de première importance. De son aug^ mentation ou de sa meilleure utilisatioa dépend le développement de l'activité du pays, source de son enrichissement.
Par meilleure utilisation du capital, il ne faut pas toujours entendre l'affectation qui rapporte le plus grand profit aux possesseurs de ce capital, mais celle qui entretient \e plus de travail dans le pays. En particulier, le degré d'utilité des opérations commerciales est mesuré parla quantité de capital dont
i. Richesse des nations, liv. Il, chap. i.