‹ Le commerce extérieur et les tarifs de douaneChapitre 30 sur 153 · Ibid., liv. II, chap. ii · texte numérisé non relu

Ibid., liv. II, chap. ii

elles ont pour effet de rendre la disposition aux agriculteurs et aux industriels nationaux et par la rapidité plus ou moins grande avec laquelle cette disposition leur est rendue '.

Le commerce intérieur est le plus avantageux de tous; le capital qui y est employé par le commerçant remplace pour la totalité un capital dépensé par les producteurs nationaux, et celui-ci redevient assez rapidement disponible pour de nouvelles productions.

Le commerce extérieur est moins utile. Adam Smith distingue le commerce étranger de consommation, qui se fait en échangeant les marchandises nationales contre des marchandises étrangères destinées à la consommation intérieure, et le commerce de transport, qui se fait en échangeant des produits étrangers contre des produits étrangers.

Dans le commerce étranger de consommation, le capital du commerçant remplace moitié m(yns de capital national que dans le commerce intérieur. Il remplace, en effet, le capital employé à l'étranger pour produire les marchandises que l'on importe, aussi bien que le capital employé par les producteurs nationaux à créer les marchandises que l'on exporte, tandis que, dans le commerce intérieur, les marchandises échangées les unes contre les autres étant également nationales, le capital du marchand ne remplace que du capital national. Ajoutez que les retours du commerce extérieur sont beaucoup moins rapides que ceux du commerce intérieur. Ceux-ci ont lieu au moins une fois et souvent trois ou quatre fois par an ; ceux du commerce extérieur sont rarement obtenus avant la révolution d'une année et se font attendre souvent deux et trois ans. « Ainsi un capital employé dans le commerce intérieur pourra quelquefois consommer douze opérations, ou sortir et rentrer douze fois, avant qu'un capital placé dans le commerce étranger de consommation en ait pu consommer une seule. En supposant des capitaux égaux, l'un donnera vingt-quatre fois plus que l'autre, de soutien et d'encouragement au pays. »

Lorsqu'au lieu d'acheter directement les marchandises étrangères avec des produits nationaux, on les achète avec d'autres

\. Richesse des nations, liv. II, chap. v.

marchandises étrangères contre lesquelles on a d'abord échangé les produits nationaux, le retour final est encore plus long, puisqu'il dépend des retours successifs de deux commerces étrangers. Le commerce étranger de consommation par circuit est donc moins avantageux qu'un commerce direct.

Enfin, le commerce de transport — produits étrangers contre produits étrangers — ne comportant aucune vente de marchandises nationales, remplace seulement le capital affecté à ravitaillement, à l'entretien des navires ainsi qu'à la subsistance des matelots. Il est le moins fructueux de tous, contraireiîient au préjugé courant.

Bien que moins avantageux que le commerce intérieur, le commerce extérieur est une nécessité pour une nation qui progresse. Il lui ouvre au dehors un marché supplémentaire où peut être porté tout le produit du travail qui excède la consommation intérieure. II permet en conséquence que ce produit soit créé ; il rend possible une division plus complète des occupations, le perfectionnement du travail, l'augmentation de puissance productive qui en sont la suite et qui sont ellesmêmes les causes efficaces de l'enrichissement de la nation. Mais le gouvernement doit se garder de sacrifier le commerce intérieur au commerce extérieur, sous le prétexte que celui-ci est la source de créances sur l'étranger. D'une façon plus générale, il ne doit pas prétendre imprimer une direction au travail et au capital. L'intérêt privé est ici le meilleur artisan du bien public. Chacun s'efforce de donner à son capital l'emploi le plus fructueux et travaille sans même y penser, en cherchant son profit personnel, à rendre aussi grand que possible le revenu de la société. Les individus sont d'ailleurs bien mieux placés que le gouvernement pour savoir quelle est, dans leur position, la branche d'industrie où ils pourront faire fructifier le plus leur capital. « L'homme d'Etat qui chercherait à diriger les particuliers dans la loute qu'ils ont à tenir pour l'emploi de leurs capitaux, n'irait pas seulement s'embarrasser du soin le plus inutile; mais encore il s'arrogerait une autorité qu'il ne serait pas sage de confier, je ne dis pas à un individu, mais à un conseil ou à un sénat, quel qu'il pût être, autorité qui ne pourrait jamais être plus dangereusement placée que dans les mains de l'homme

assez insensé et assez présomptueux pour se croire capable de l'exercera »

On comprend que l'auteur de cette analyse de la fonction du capital circulant et de l'utilité du commerce trouve « vraiment trop ridicule de s'attacher sérieusement à prouver que l'argent n'est pas la richesse -». Adam Smith n'en discute pas moins les principaux arguments des mercantilistes et il montre comment ont été méconnus par eux la nature et le rôle du numéraire.

Un commerçant, disent les mercantilistes, trouve généralement plus de facilité à acheter des marchandises avec de l'argent que de l'argent avec des marchandises. Ce n'est pas, répond Adam Smith, que la richesse consiste plus essentiellement dans l'argent que dans les marchandises, mais c'est que, dans le commerce, toutes choses se donnent immédiatement en échange contre de l'argent. Un marchand recherche naturellement l'argent. 11 ne peut indéfiniment garder ses marchandises. Outre qu'elles sont périssables, c'est pour les. revendre qu'il les a achetées. La revente est la condition de son profit; c'est la revente qui lui remplace le prix d'achat et lui permet de faire honneur à- ses autres engagements; il a souvent transformé en marchandises tout son capital et s'il ne le dégage pas par la revente dans un certain délai, il risque de se ruiner. Une nation n'a pas à redouter un semblable accident. Elle n'a besoin d'argent que pour faire circuler ses produits. A supposer qu'il lui fût momentanément impossible de se procurer la quantité de numéraire que réclament les échanges, elle en éprouverait quelque incommodité, mais elle ne serait pas ruinée ; le produit annuel de ses terres et de son travail n'en serait que très peu diminué, le numéraire ne formant qu'une petite partie du capital employé à la production. Au surplus, si l'on ne peut pas toujours acheter de l'argent avec des marchandises aussi promptement que des marchandises avec de l'argent, à la longue la marchandise attire l'argent plus sûrementque l'argent n'attire la marchandise. La possession du produit consommable est le but que visent les hommes. L'argent ne peut servir à rien qu'à acheter de la marchandise ; la marchan,-

1. liîc hesse des tiafions, liv. IV, cliap. i. " 2. lijid., liv; IV, ehap. i.

dise peut servir à acheter de l'argent, mais elle peut aussi être consommée. « Celui qui achète ne le fait pas toujours en vue de revendre ; il a souvent le dessein d'user de la chose et de la consommer, tandis que celui qui vend se propose toujours d'acheter ensuite quelque chose. Le premier peut souvent avoir fait toute son affaire, mais l'autre ne peut jamais en avoir fait plus de la moitié'. Ce n'est pas pour lui-même que les hommes désirent de l'argen-t, mais c'est pour tout ce qu'il leur permet d'acheter. »

Autre argument mercantiliste. Les marchandises consommables périssent d'habitude au bout de peu de temps*. L'or et l'argent sont presque indestructibles. Sans l'exportation, ces métaux s'accumuleraient dans le pays, dont la richesse serait de la sorte incroyablement augmentée. « Nous n'imaginons pas, répond Adam Smith, de regarder comme un commerce désavantageux l'échange de la quincaillerie d'.Vngleterre contre les vins de France, quoique la quincaillerie soit une marchandise très durable et que, sans l'exportation continuelle qui s'en fait, elle puisse aussi s'accumuler pendant plusieurs siècles de suite, de manière à augmenter incroyablement les poêlons et les casseroles du pays. » 11 saute aux yeux qu'il serait absurde d'avoir plus de poêlons et de casseroles qu'il n'en faut pour faire cuire tout ce qui se consomme d'aliments dans le pays ; il devrait également sauter aux yeux que la quantité d'or et d'argent est limitée dans chaque pays par l'usage qu'on en fait, soit comme monnaie, soit comme vaisselle ; que la quantité de monnaie est déterminée par la. valeur de la masse des marchandises à mettre en mouvement et la quantité de vaisselle d'argent par le nombre des familles riches et leur degré d'opulence. Il devrait être non moins évident que la richesse d'une nation ne peut pas être plus accrue par l'accumulation d'un excès de métaux précieux que le bien-être d'une famille ne le serait par l'acquisition d'ustensiles de cuisine innombrables dont elle n'aurait pas l'emploi.

Les mercantilistes ne prennent, pas garde que la valeur dû numéraire est, en quelque sorte, empruntée aux choses qu^'il

!.. J.-B. Say a dit, en une formule plus concise: la vente est la moitié d'un échange. V. infra, chap. vu.

achète, qu'elle dérive du pouvoir qu'il a de les acheter ^ Ce pouvoir d'achat diminuant en raison de l'abondance du métal précieux et augmentant en raison de sa rareté, l'une et l'autre n'ont que très peu « d'importance pour la richesse et la prospérité réelle du monde, pour la valeur réelle du produit annuel de la terre et du travail. Sans doute, la valeur nominale de ce produit, la somme d'or ou d'argent qui l'exprime oa la représente, est différente dans les deux cas ; mais la valeur réelle du produit, la quantité réelle de travail qu'il peut commander ou acheter sera toujours précisément la même^ ».

C'est l'argument de David Hume. Mais Adam Smith le développe autrement. Il ne dit pas, après son ami, qu'une baisse générale des prix consécutive à de grandes exportations de numéraire provoquerait à bref délai la rentrée de celui-ci, et que, de même, des importations de métaux précieux assez abondantes pour amener la hausse générale des prix ne tarderaient pas à avoir pour effet des exportations par lesquelles la circulation serait de nouveau réduite à la somme strictement nécessaire aux besoins des éch^inges. Ce raisonnement accorde sans doute une part trop grande à l'hypothèse pour qu'Adam Smith le reproduise. C'est aux faits que l'on peut observer de son temps au Portugal et en Espagne^ qu'il s'attache de préférence. Ils lui permettent d'établir que l'abondance de circulation peut être non seulement inutile mais nuisible.

Le Portugal a prohibé l'exportation des métaux précieux ; l'Espagne l'a soumise à des droits extrêmement élevés. Ces deux pays n'ont pas réussi, par ces mesures, comme ils l'auraient voulu, à retenir sur leur territoire tout le produit des mines du Nouveau Monde ; mais ils ont surchargé l'exportation de l'or et de l'argent de tous les frais de la contrebande. La valeur des métaux précieux a été de la sorte rehaussée, dans les autres pays, du montant de ces frais. De plus, il reste en Espagne et au Portugal plus d'or et d'argent qu'il ne serait nécessaire eu égard au produit annuel de leurs terres et de leur travail ; par suite, ces métaux sont un peu plus rares dans les autres

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