‹ Le commerce extérieur et les tarifs de douaneChapitre 33 sur 153 · V. supra, p · texte numérisé non relu

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2. La première édition de la Richesse des nations parut en 1775-1776.

la Russie et la Turquie, la pacification de la Pologne et la grande consommation de toiles d'Allemagne faite parla flotte espagnole avaient donné lieu à une demande supplémentaire des produits anglais en Europe.

Il n'aurait pas été besoin pour favoriser l'exportation des produits anglais de créer le monopole du commerce colonial. Les colonies n'en auraient pas moins offert un marché supplémentaire, dont les demandes auraient provoqué la création d'un surcroît de produits, augmenté réellement le travail, sans détourner en rien le travail existant de son affectation naturelle, et finalement développé le capital national. Le monopole, on vient de le voir, a simplement modifié la répartition du travail et du capital existants, et en leur donnant une direction moins avantageuse, il a nui à l'augmentation du capital national. Si le commerce des colonies a été profitable à l'Angleterre, ce n'est pas à cause du monopole, c'est malgré le monopole.

Ce qui prouve bien que les avantages du commerce colonial résident, non dans le monopole, mais dans l'activité que développe l'ouverture de nouveaux marchés, c'est que les colonies de l'Espagne et du Portugal donnent plus d'encouragement à l'industrie de quelques autres pays qu'à celle de leurs métropoles. Presque toute leur consommation en toiles, par exemple, est fournie par la France, la Flandre, la Hollande et l'Allemagne. Le capital employé à l'achat de cette toile se distribue entre les pays étrangers et leur fournit un revenu ; le profit commercial seul se dépense en Espagne et au Portugal. Parfois même le genre de commerce auquel le monopole colonial réduit les pays tiers est plus favorable à leur développement que celui dont la métropole s'est réservé le privilège. Le négociant de Hambourg qui échange ses toiles contre le tabac d'Ame' rique par l'intermédiaire obligé du marchand de Londres, vend peut-être ses toiles meilleur marché et paie le tabac plus cher. Mais les retours de Londres à Hambourg sont plus rapides et plus exacts que ceux d'Amérique à Londres. Dès lors, le capital employé par Hambourg aux achats de tabac est moindre que si le commerce se faisait directement, et il reste plus de capital disponible pour satisfaire aux besoins généraux de l'industrie en Allemagne.

Tout en fondant sa réfutation du système mercantiliste sur des principes économiques, Adam Smith ne néglige pas les arguments de l'ordre politique qui peuvent lui être opposés. C'est ainsi — on l'a vu — qu'il discute l'utilité d'une circulation métallique abondante somme moyen de pourvoir aux dépenses d'une guerre. Il se demande encore s'il ne serait pas raisonnable de soutenir une fabrique nécessaire à la défense nationale, et il admet, à ce titre, les primes à l'exportation des voiles de vaisseau et de la poudre de guerre*. De même les primes à la grande pêche, considérées comme un moyen d'augmenter le nombre des vaisseaux et des matelots, ne soulèvent pas de sa part d'objections de principe ^ Enfin, toujours dans le même ordre d'idées, il approuve l'acte de navigation. Au point de vue économique, il en critique les dispositions sans aucune réserve. On vient de voir qu'il lui reproche de restreindre les effets bienfaisants que produit naturellement l'ouverture des marchés coloniaux. 11 constate de même l'influence fâcheuse de l'acte de navigation sur le commerce étranger. En prohibant certaines marchandises eu égard à leur provenance où à la nationalité du navire importateur, la loi limite les ventes que peuvent faire les étrangers et par voie de conséquence leurs achats; le prix des marchandises étrangères est ainsi surélevé, celui des marchandises anglaises est abaissé au détriment de l'Angleterre •*. Adam Smith explique encore qu'à l'époque où fut voté l'acte de navigation, l'Angleterreétaitdéjàunegrandepuissance commerçante. Elle disposait même de forces navales considérables, puisque, dans la guerre avec la Hollande sous le protectorat de Gromwell, sa flotte était supérieure à celle delà Hollande et que, dans la guerre qui éclata au commencement du règne de Charles H, sa flotte était au moins égale, sinon supérieure, aux deux flottes réunies de la France et de la Hollande. Dans l'une et l'autre occurrence, les actes de 1650 et de 1651 et l'acte de 1660 ne pouvaient encore avoir produit grand effet. Ce ne sont donc pas ces lois qui ont fondé la puissance maritime de l'Angleterre *. Néan-

i. Richesse des nations, liv. IV, chap. v.

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