V. infra, p
initiale du système et l'insuccès final auquel il était voué, en grand administrateur. Ses prédécesseurs avaient usé surtout d'expédients, tels que la prohibition d'exporter l'or et l'argent. Ce sont les moindres moyens de Colbert. Il a vraiment une politique commerciale. Partant d'un principe faux mais nettement défini, il ne perd jamais de vue le résultat qu'il prétend obtenir, remontant aux causes qui ont fait augmenter ou diminuer les importations et les exportations françaises, mettant en œuvre et suivant avec une application inlassable les combinaisons les plus diverses pour multiplier les ventes et autres opérations qui peuvent procurer des créances, pour restreindre les achats et autres sources de dettes.
Les principaux éléments de l'exportation française étaient alors les vins, recherchés par l'Angleterre et la Hollande, les toiles, demandées par la Hollande et l'Espagne, les étoffes de laine pour le Levant, les merceries, soieries, bonneteries de soie et de laine, quincaillerie, pelleteries, qui trouvaient des acheteurs dans tous les pays. Les créances résultant de la vente de ces articles étaient — on l'a vu, — évaluées par Colbert au chiffre de 12 à 18 millions de livres. Mais, d'après ses calculs, il ne rentrait en argent que de 4 à 6 millions de livres. Dans le mémoire déjà cité, après avoir dit que les exportations sont « les mines du royaume », il ajoute : « Les Hollandais et autres étrangers font une guerre perpétuelle à ces mines et ont si bien fait jusqu'à présent qu'au lieu que cette somme (de 12 à 18 millions de livres) devrait entrer dans le royaume en argent comptant et y produire par conséquent une prodigieuse abondance, ils nous appdirtent en diverses marchandises, ou de leurs manufactures ou qu'ils tirent des pays étrangers, pour les deux tiers de cette somme, en sorte qu'il n'entre tous les ans dans le royaume, au comptant, que 4, 5 à 6 millions de livres ». Les exportations elles-mêmes avaient diminué par suite de la décadence des manufactures de drap, ruinées par la concurrence anglaise et hollandaise. « Avant l'année 1601) et même jusqu'en 1620 et plus avant il ne se faisait aucune manufacture de draps en Angleterre et en Hollande '■. Toutes les laines d'Es-
i. Les manufactures de draps fins dont parle Colbert étaient, contraire-
pagne et d'Angleterre étaient apportées en France pour y être filées et fabriquées et servaient ensuite non seulement pour la consommation du dedans, mais môme avec les excellentes teintures d'écarlale, bleu et autres couleurs vives, servaient aux. Marseillais, qui faisaient seuls le commerce du Levant, à l'échange des précieuses marchandises des Indes, qu'ils allaient prendre au Caire, et après les avoir rapportées en France, les distribuaient par toute l'Allemagne. Les manufactures faisaient gagner une infinité de peuples. L'argent ne sortait point du royaume; les marchands rapportaient quantité de marchandises riches par le moyen desquelles ils attiraient beaucoup d'argent au dedans. — Cet état si florissant est à présent bien changé. La ville de Marseille ne fait pas la dixième partie de son commerce en Levant. La ruine des manufactures est cause qu'il ne se fait plus qu'en argent, et que les marchands n'en apportent plus (du Levant) que pour la consommation du royaume. En sorte qu'autrefois les peuples gagnaient beaucoup aux manufactures (il ne sortait point d'argent du royaume pour ce commerce et il y en entrait beaucoup), à présent les peuples ne gagnent rien (il sort beaucoup d'argent du royaume et il n'y en entre point) ^ ».
Golbert veut relever les manufactures de laine ruinées et en établir de nouvelles. Les droits d'entrée et de sortie, les subventions, les règlements de fabrication lui servent d'instruments. Les tarifs des traites sont combinés en vue d'arrêter l'importation des lainages étrangers, favoriser l'importation et empêcher l'exportation des matières premières et des denrées alimentaircs, faciliter l'exportation des lainages manufacturés en
ment à co qu'il écrit, fort anciennes dans les Flandres, 0:1 Ion travaillait les laiiios anglaises et espagnoles, iiiles passèrent en Angleterre au commencement du règne d'Eli-sabeth (lu58-1603). Sans (loulc. l'exportation de ces lainages ne prit-elle d'importance qu'aux dates indiquées ^wir Colbert. V. Adam Smith, op. cil., liv. III, cliap. ni.
1. Discouis sui- les manufactures du royaume (minute autographe). 1C63. La décadence du commerce avec le Levant avait beaucoup d'autres causes, que (lolbert éntmière dans une in.stiuction de IfiTO a M. de ISointel, ambassadeur à Constantinople (citée par P. Clément, llis/oire de la vie et de Vudinininl ration de Colfjert, Paris. Guillauniin, 1840, p. 24y-i53). Ce commerce reprit de l'importance après le traité de lf)73 avec la Turquit». les nouvelles capitulations ayant étendu aux Franrais la nVluction «le ."i à 2 p. 'jo, précédemment accordée aux Vénitiens, aux Anglais cl aux Hollandais sur les droits d'entrée et de sortie. Ibid., p. 257.
France. Le trésor vient en aide aux manufactures de draps fins, à Sedan, Abbeville, Dieppe, Caen, Carcassonne; à celles des draps pour l'Inde et le Levant, dans le Dauphiné, le Lyonnais, le Languedoc, le Berri ; aux fabriques de serges façon Londres, à Gournay, Gisors, Ghaumont, Magny, Chevreuse, Auxerre, Autun, Noyers; aux fabriques de bas de laine, dans tout le royaume ; à celles de points de France, à Paris, Alençon, Bourges, Aurillac, et à une infinité d'autres, sans parler des Gobelins et de la Savonnerie, dit un mémoire de Colbert du iO avril 1673 ^ Des maîtrises sont créées dans les métiers où il n'en existait pas et des règlements édictés, qui déterminent les conditions de la fabrication. Colbert croit de la sorte prévenir les défectuosités auxquelles on attribuait, en même temps qu'à la concurrence étrangère, la réduction des débouchés et la déca- <ience des manufactures de laine ^. Le ministre de Louis XIV suit la tradition •'. Le souverain de l'ancien régime se croyait chargé de guider ses sujets dans la gestion de leurs intérêts ; il n'hésitait pas à leur imposer ses vues, descendant aux plus petits détails avec une sollicitude de père de famille, parfois naïf% toujours autoritaire. Colbert met une application minutieuse et une ténacité violente à cette réglementation d'où lui paraît dépendre la restauration de l'industrie française*. De 1666 à 1683, année où il mourut, 44 règlements et instructions sont élaborés * ; des agents sont créés pour en surveiller
1. Mémoire succinct sur ce qui est à stipuler dans le traité de paix entre le roi et les Etats-Généraux des l*rovince?-Unies des l'ays-Bas. P. Clément. Lettres, instructions et mémoires de Colbert, Paris, Imp. nat., 1861-1881, t. II, p. 676-677.
2. Voir le préambule des statuts et règlements pour la manufacture de serges d'Aumale (23 août 1666), cité par P. Clément, Histoire de la vie et de V administration de Colbert, p. 223.
3. La réglementation de lindustrie était ajicienne. En 1571, le chancelier de Birague avait revisé et complété les règlements sur la fabrication des draps .
4. L'ordonnance du 23 juin 1716 réduit de moitié la durée de tous les deuils publics et privés, « S. M. étant informée qu'une des principales causes de l'interruption du commerce et de la cessation des manufactures vient de la trop longue durée des deuils qui se succèdent souvent les uns aux autres... »
5. Colbert fit graver une médaille à l'efligie du roi, portant la légende Minerva Locupletatrix Arles Instauratae, 1664.