PROTECTION INDUSTRIELLE
Louis-Philippe sembla d'abord disposé à modérer la protection industrielle. Le comte Duchâtel disait en 1832 aux notables d'Elbeuf : « Nous avons fait une révolution pour détruire les privilèges et il faut vous familiariser avec l'idée de voir, tôt ou tard, l'abrogation de celui qui vous protège ; c'est un canonicat dans lequel vous ne pouvez pas demeurer éternellement* ». Mais il fallait compter avec l'opposition des représentants des grands manufacturiers. L'un d'eux, le comte Jaubert, disait à la tribune en 1836 : « Aucune société ne peut se passer absolument d'aristocratie ; il en faut une à tous les gouvernements. Voulez-vous savoir quelle est celle du Gouvernement de juillet? C'est celle des grands industriels et des grands manufacturiers : ce sont là les fondateurs de la dynastie nouvelle » ^. Les ministres ne pouvaient demeurer indifférents à l'appui que cette classe active, intelligente et riche donnait à la monarchie. C'est ce que M. Guizot^ écrivait à lord Palmerston, en 1840, pendant son ambassade h Londres. « En France, une partie des propriétaires du sol, même sans s'associer à aucune conspiration, à aucun projet de renversement, reste encore envers le Gouvernement de juillet 1830 dans une disposition malveillante et ne lui prête point la force que cette classe de la société donne en général au pouvoir. Une autre classe, celle des grands manufacturiers, maîtres de forges, négociants, s'est au contraire empressée vers le gouvernement du roi et lui a apporté, lui apporte en toute occasion, l'appui de son activité, de son intelligence, de sa richesse, de son influence sociale. Il est impossible que le gouvernement du roi ne porte pas aux intérêts et aux sentiments de cette classe et de la population qui se rattache à elle un soin très attentif et ce n'est qu'après de scrupuleuses enquêtes, des discussions approfondies et par des démonstrations évidentes de l'intérêt général du pays qu'il peut lui imposer des efforts dont elle reconnaisse la nécessité. »
Cependant, des atténuations partielles furent apportées au régime prohibitif. Une ordonnance du 19 mai 4831 rendit effec-