‹ Le commerce extérieur et les tarifs de douaneChapitre 84 sur 153 · Stephen Dowcll, op. cit., p. 278 et · texte numérisé non relu

Stephen Dowcll, op. cit., p. 278 et

3. P. Clément; Histoire du système protecteur, p. 142. Arna.«.»jé. — Com<«erce. 14

temps que la loi, demeurée partiellement inappliquée, de 1822. La loi de 1828 (9, Georges IV, c. 60) établit une échelle de prix descendant par degrés de i shilling, dont le plus élevé, pour le froment S était de 73 shillings et au-dessus. Le blé atteignant ce •prix, le droit d'entrée était de 1 shilling. Le droit s'élevait graduellement, en même temps que le prix descendait, jusqu'à 20 shillings, taux applicable lorsque le prix s'était abaissé à 67 shillings sans tomber au-dessous de 66. Toute réduction ultérieure de 1 shilling ou fraction de 1 shilling dans le prix donnait lieu à une augmentation de 1 shilling dans le droit.

En 1832, la chambre des communes s'ouvrit à la classe des manufacturiers. Les whigs, qui avaient réalisé la réforme électorale, avaient également inscrit dans leur programme, dès 1830, la réforme fiscale. Ils firent voter en 1833 une nouvelle mise à jour du tarif des douanes (3 et 4, Guillaume IV, c. 56) ; quelques droits d'entrée furent réduits ; la prohibition d'importer les boutons fut supprimée ; il fut permis d'importer^ en vue de la réexportation, le gros et le petit bétail vivant ainsi que les viandes de bœuf et de porc fraîches ou légèrement salées.

Ce tarif de 1833 était encore en vigueur en 1841, après dix années de gouvernement whig. Appauvri par des dégrèvements effectués sans mesure sur les taxes intérieures de 1830 à 1834, puis, après 1837, parles moins-values d'une période de dépression commerciale, le budget n'avait jamais paru pouvoir faire les frais de la-réforme douanière.

En même temps qu'elle créait la gêne budgétaire, la crise commerciale jetait la population ouvrière dans une affreuse misère. Guizot rapporte, dans son étude sur Robert Peel, la cruelle détresse où était tombée Bolton, «ville manufacturière de 50,000 habitants située dans le comté de Lancaster, près de Manchester. « Sur 50 établissements de manufactures, 30 étaient fermés; plus de 5,000 ouvriers ne savaient où trouver ni presque où chercher leur subsistance. Les désordres et les crimes, comme les misères, allaient croissant dans cette ville désolée avec une effrayante rapidité. Près du quart des maisons n'avaient plus d'habitants ; les prisons en regorgeaient.

1. Custonis lariffH, p. 247. Les tarifs de l'orge, de l'avoine et des seigle, pois et haricots étaient établis d'après le même principe.

Des enfants mouraient de faim dans les bras de leurs mères ; des pères abandonnaient leurs femmes et leurs enfants, essayant de les oublier puisqu'ils ne pouvaient les nourrir. » ^

C'est à Bolton, raconte Guizot, que l'agitation contre les lois céréales prit naissance, au mois d'août 1838, dans une conférence improvisée par un jeune chirurgien nommé Paulton. Un comité des principaux manufacturiers de Manchester, qui s'était formé pour chercher un remède à la détresse publique, apprenant le succès de Paulton, le chargea de parcourir les principaux districts manufacturiers pour dénoncer l'action néfaste des lois douanières sur le prix des subsistances. La chambre de commerce adressa une pétition aux Communes pour demander l'abrogation de la loi sur les grains. Une déclaration hostile à cette loi réunit dans la ville 25,000 signatures. En octobre 1838, une association permanente fut constituée ^ ; 50,000 liv. st. furent souscrites à Manchester pour les frais de propagande. Le chef incontesté de l'association fut bientôt Richard Cobden, fabricant de toiles peintes à Manchester. Ce fut lui qui trouva le nom de Ligue contre les lois céréales {anticorn laios league) sous lequel elle est demeurée célèbre '; il en fut le principal orateur et l'âme. Elu député de Stockport en 1 841 , il porta ses revendications à la chambre des communes. Mais c'est à l'opinion qu'il s'adressa par-dessus tout, en organisant sur tous les points du territoire des meetings sans cesse renouvelés. En 1843, la ligue commença dans Londres même une campagne dont le succès fut prodigieux. Elle devint dès lors une puissance.

L'abrogation des corn laws était, pour employer l'expression de l'un des meilleurs lieutenants de Cobden, W.-J. Fox*, « l'étoile

1 . Guizot, Sir Robert Peel, Étude d'histoire contemporaine, Paris, Didier, 1856, p. 107.

2. Les fondateurs, au nombre de sept, se nommaient : Edward Baxter. W.-A. Gunningham, Andrew Dalziel, James Howie, James Leslie, Arctiibald Printice, Philip Thomson.

3. Sur la ligue, voir principalement Bastiat, Cobden et la Ligue, ou Vagitation anglaise pour la liberté des échanges (t. III des Œuvres complètes) Paris, Alcan, 1883; J. Garnier, Richard Cobden, les ligueurs et la ligue, Paris, Guillaumin, s. d.; P. Clément, Histoire du système protecteur, et les articles cités, p. 216, note; Léon Say, Cobden, Paris, Alcan.

4. Discours du 25 janvier 1844. V. Bastiat, op. cit., p. 225.

polaire de la ligue, le point vers lequel elle naviguait sans se préoccuper d'aucune autre considération ». Mais ses revendications s'attaquaient à tout le tarif des douanes. Elle réclamait V l'abolition totale, immédiate et sans conditions, de tous les monopoles, de tous les droits quelconques en faveur de l'agriculture, des manufactures et de la navigation, en un mot, la liberté absolue des échanges » ^

Dans l'intervalle, la chambre des communes avait été renouvelée et le cabinet whig renversé (août 1841). Sir Robert Peel, appelé aux fonctions de premier lord de la Trésorerie, prit comme chancelier de l'Echiquier Goulburn, qui avait fait partie avec lui, au même titre, du cabinet Wellington ; le vice-président du Board oftrade fut Gladstone, qui devait en 1860 introduire en Angleterre le libre échange absolu. Le nouveau Premier reprit bientôt l'œuvre de réforme commencée par ses anciens collègues des cabinets Liverpool et Ganning, Robinson et Huskisson. Une première revision du tarif eut lieu en 1842 (5 et 6, Victoria, c. 47). Le pas fut décisif. Le tarif des douanes comprenait 1,200 articles ; sur 750 d'entre eux les droits furent réduits. Les matières brutes destinées aux manufactures furent soumises, quand elles n'étaient pas exemptes, à des taxes très faibles, souvent purement nominales et ne dépassant dans aucun cas 5 p. 7o de la valeur ; sur les articles demi-fabriques les taxes les plus élevées ne représentaient pas plus de 12 p. 7o de la valeur; les produits achevés devaient payer au maximum 20 p. 7o- Avec les droits prohibitifs sur les objets manufacturés, disparaissait la prohibition d'importer pour la consommation les viandes et le bétail vivant.' La diminution de recettes que pourrait causer la revision du tarif douanier était évaluée à 1,250,000 liv. st. -. Le rétablissement de Vincome tax, dont le. produit fut estimé à 3,770,000 liv. st., permit d'entreprendre une réforme qui devait, dans la pensée de Robert Peel, ranimer le commerce et les manufactures et relever avec eux tous les autres intérêts du pays.

Sur plusieurs denrées alimentaires, notamment sur le sucre

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