Léon Say, Cobden, p
pas le droit de maintenir son rang par une fortune trempée des larmes des veuves et des orphelins et faite au détriment du pain du paysan. » ^
Ces sentiments étaient ceux de Robert Peel. Guizot qui, pendant son ambassade à Londres, avait vu assez souvent le futur chefdu nouveau parti conservateur et avait conversé librement avec lui, lui a rendu ce témoignage - : « Ce qui me frappa surtout dans la conversation de sir Robert Peel, ce fut sa constante et passionnée préoccupation de l'état des classes ouvrières en Angleterre ; préoccupation morale autant que politique et dans laquelle, sous un langage froid et un peu compassé, perçait l'émotion de l'homme aussi bien que la prévoyance de l'homme d'État. « Il y a là, disait-il sans cesse, trop de souffrances et trop « de perplexité ; c'est une honte comme un péril pour notre civi- « lisation ; il faut absolument rendre les conditions de ce peuple « du travail manuel moins dures et moins précaires. On n'y peut « pas tout, bien s'en faut ; mais on y peut quelque chose et on « y doit faire tout ce qui se peut. )) Dans l'activité de sa pensée et le loisir de sa vie, c'était évidemment là, pour lui, l'idée dominante de l'avenir. »
Pourquoi donc, devenu premier ministre, Robert Peel ne se hàtait-il pas de provoquer l'abrogation d'une loi qui élevait le prix des subsistances et permettait aux propriétaires fonciers d'augmenter leurs revenus aux dépens des autres classes ? Les circonstances parlementaires le gênaient quelque peu. Il avait combattu, en 1841, la proposition de lord John Russel tendant à remplacer l'échelle mobile par des droits fixes (8 shillings pour le froment) et provoqué le vote de défiance à la suite duquel avaient eu lieu la dissolution de la chambre et les élections conservatrices. Il avaitàcompteravec les vieux tories, obsti-, nëment attachés aux privilèges de l'aristocratie rurale et dont le représentant dans le cabinet, le duc de Buckingham, devait se retirer dès qu'il fut question de modérer les droits de l'échelle mobile^. Les hésitations de Robert Peel n'étaient pas cependant celles du politicien qui craint de voir se débander sa majorité.